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Le bonjour d’Albert à Lourmarin

In 2.3- Romans, 3- Spectacle vivant, Pas de catégorie on 29 juin 2008 at 10:41

Une naissance, c’est toujours émouvant et c’est le cas pour ce festival nouveau-né à Lourmarin le 26 juin 2008. Lourmarin, jolie bourgade où vivait Albert Camus juste avant son tragique accident de voiture du 4 janvier 1960 dans la voiture de Michel Gallimard. Plaisir d’être invité en tant qu’écrivain pour soutenir ce festival ensoleillé et chaleureux nommé Sun Art. Plaisir d’échanger avec des lecteurs attentifs et passionnés, tous âges confondus. Plaisir d’entendre et découvrir à l’ombre fraîche du très beau temple cet incroyable conteur qu’est Emile Abossolo M’Bo, de retrouver la belle, sympathique et fantasque Aissatou Thiam qui vient d’écrire un livre sur sa vie en collaboration avec Marc Tardieu. Plaisir encore de retrouver depuis si longtemps le fabuleux Manu Dibango qui semble immunisé contre les caresses de l’âge. Plaisir enfin de flâner sous ce soleil estival, mon panama vissé sur la tête dans cette ambiance de beauté et d’intelligence qui semble émaner des murs, des échoppes et du public. Pas étonnant qu’Albert Camus ait choisi cette commune comme lieu de résidence. Son fantôme chaleureux et humaniste y traverse les murs.

Ecoute d'histoires de l'esclavage racontées à marianne et discussion autour du texte dans la très belle boutique du Voyageur sans bagage.

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Voir aussi:

Ola, Oh là là!

In Chronique des matins calmes on 8 juin 2008 at 5:32

Voici un article de Jean-Michel Helvig piqué dans son blog de mediapart, où il s’insurge contre le phénomène à relents totalitaires de la ola. J’y étais, et je puis assurer qu’il est difficile de résister à 2 contre 80 000, à cette vague populueuse, véritable marée brune des plages pacifiques du sport. Vous trouverez en bas de cet article mon analyse esthétique du phénomène.

Mettre le holà à la « ola »

08 jun 2008Par Jean-Michel Helvig

On associe souvent les « résistants » à des hommes debout. Il y a des occasions aussi de dire «non» sans faire l’effort de se dresser ; je veux ici prendre fait et cause pour un acte assez difficilement perceptible de l’extérieur et à bien des égards héroïque par ce qu’il suppose d’objection à la pression de l’environnement social : ne pas se lever quand la « ola » déferle dans un stade. Les habitués des enceintes sportives savent déjà de quoi il s’agit. Pour les autres une petite explication préalable est utile.

La « ola » est une vague déferlante de bras successivement tendus que l’on observe dans les tribunes de spectateurs, accompagnée d’un grand cri collectif dont l’écho qui s’approche intime l’ordre de bientôt se lever, et le bruit qui s’éloigne autorise à se rasseoir. Je suis de ceux, quitte à passer pour un individualiste forcené, qui ressentent ce mouvement d’ensemble comme uneinsupportable tyrannie du nombre. Plus prosaïquement, j’ai observé, sans tomber dans une parano excessive, que chaque fois qu’une « ola » m’a masqué le terrain avec cette forêt de bras épileptiques, il venait juste de se produire quelque chose d’important sportivement parlant. C’est particulièrement frustrant au rugby où une attention soutenue est requise pour ne rien rater d’une balle qui surgit d’un regroupement, un décalage de joueurs qui dynamise une attaque, un lancer de touches où tout va se jouer en un instant dans les hauteurs, un ballon à suivre qui renverse le jeu, etc… La « ola », issue des rencontres de football, essaime maintenant dans bien d’autres manifestations publiques, et pas seulement sportives.

Cet exercice où la foule impose sa loi expose les contrevenants à une sanction aux effets pervers. Je m’explique. Au bout d’un tour ou deux de stade, il y a toujours un moment où le public le plus moutonnier se lasse. Ou tout simplement s’aperçoit que ce qui se produit dans le match est quand même plus intéressant que ce qui se passe dans les tribunes.Les ultras de la « ola » n’apprécient pas que la chaine soit ainsi rompue et une bordée de sifflets jaillit du bord opposé pour flétrir les dissidents. Du coup les joueurs peuventprendre les huées pour eux et se demander pourquoi, et surtout à qui l’on en veut ainsi. Raymond Domenech, l’entraîneur-sélectionneur de l’équipe de France de football, pestait récemment contre de tels sifflets qui avaient décontenancé ses joueurs dans un match contre l’Equateur.

Certes j’entends déjà l’objection que c’est faire grand cas d’une petite chose appartenant au folklore des stades. Eh bien non. J’aime l’atmosphère joyeusement canaille des tribunes ( quand ça ne dérape pas bien sûr dans les interpellations racistes ou xénophobes), j’aime les couleurs arborées par les supporteurs, attributs vestimentaires excentriques ou visages peinturlurés, je communie dans les exclamations de joie ou de dépit, je confesse volontiers des préférences vocales assez marquées en faveur de certaines équipes au détriment d’autres, mais on ne fera pas croire que la ola contribuede quelque manière que ce soit, à la célébration du sport. C’est un exercice de pure narcissisme collectifoù le public semble vouloir de donner en spectacle à lui même et – peut-être – à ceux qui sont sur la pelouse pour assurer, eux, le vrai spectacle. J’y soupçonne aussi l’allégorie d’un totalitarisme où quelques individus déterminés parviennent à enclencher la logique implacable de l’imitation qui finit par s’imposer par elle-même sans que l’on ne sache plus quelle en était la cause et quelle en est la finalité.

Aller chercher du conspirationnisme derrière la « ola », ça peut prêter à sourire. J’en conviens. Evidemment qu’il n’y a pas mort d’homme ! Et tout en restant assis à chaque fois, je ne suis jamais encore fait remonter les bretelles par mes voisins de tribune. Mais on sait assez précisément, depuis que la « ola » est née il y a vingt ans dans les stades mexicains, comment on l’enclenche. Il suffit d’être une quinzaine de personnes ( des études statistiques ont été faites) qui se lèvent ensemble, tendent les bras et invitent les spectateurs sur leur gauche à faire de même, ce qui, de proche en proche, fera rouler la vague gestuelle et sonore ( à l’origine on criait « ola » en se levant, culture hispanique oblige).

Dernier détail : la ola « roule » toujours autour du stade dans le sens des aiguilles d’une montre. Ce qui n’est pas le moindre symptôme du désolant conformisme caractérisant ce mouvement de foule.

Le frisson totalitaire

Par Alain Foix

Prévenant un vent de panique, le speaker du haut des tribunes du Stade de France annonce : « Attention, tout ce qui va arriver maintenant est prévu ». Bonne précaution, en effet. Bruit d’hélicoptère qui surgit dans l’ovale de ciel gris découpé par le grand toit du stade ouvert. Sur la musique des Walkyries, un gendarme masqué du groupe GIGN, cagoule et uniforme noirs, descend de la mouche métallique le long d’un long filin, telle une araignée malfaisante suivie à toute allure par une cohorte de congénères. L’araignée en chef tient un sac mystérieux qu’elle dépose sur la pelouse. Une bombe ? Dans le même élan, une vague de plumes roses d’autruches tout droit surgies des Folies Bergères, se répand, fesses, cuisses, cuissardes et talons aiguilles sur la pelouse. Les grandes poules ont un chef, elle est, comme il se doit, en tête du triangle formé par l’escadron d’oies roses de la fameuse maison aux fantasmes uniformes labellisés. Dandinant de la croupe et toutes jambes dehors, elle s’avance vers l’araignée qui ouvre son sac et lui offre… un œuf d’argent géant. Une balle de rugby. Offrande du ciel, qui nous tient tout entier dans l’ovale de son œil, aux poules sauvages (mais si bien domestiquées) qui emportent leur prise vers les tribunes alors que du ciel tombe une pluie d’or en milliers de serpentins et que retentit de nouveau la musique de Wagner. Le stade est fécondé, mis en mouvement. Le match peut commencer et la ola, par vagues successives, offrira aux gladiateurs pendant tout leur combat, l’obscène danse du ventre du petit peuple bandé et grisé par le sentiment d’une unité totale. D’aucuns diront une communion. Mais de quel culte, quel dieu, quelle religion sinon celle d’un Etat représenté par sa force de coercition, tout de noir vêtue et qui descend du ciel pour féconder le stade ? La ola est une prière. Gare aux infidèles qui ne se lèvent pas au moment où passe la vague. Le match n’est que prétexte à la messe, on l’aura compris. Tout est cohérent et ordonné dans cette mise en scène grotesque où tout symbole joue à plein. C’en serait risible si ce n’était pas inquiétant comme le sont les clowns fascistes Le stade a pris le pouvoir sur le sport comme l’église sur les croyants. Il existe une esthétique du totalitarisme qui n’est jamais aussi à l’aise que dans un stade. La musique de Wagner qui est bien l’hymne de cet esprit, est ici reprise dans un pastiche avec hélicoptère d’ « Apocalypse now », mais sans la dérision caustique que Francis Ford Coppola a su y injecter.

Alors, oui, c’était un acte de résistance que de rester assis sur son siège, tentant de se concentrer sur ce qui nous paraissait l’essentiel : le match de rugby que nous sommes venus voir. Mais comme c’est dur de se sentir si seuls.

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