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Archive pour 2009|Page d'archive annuelle

Quels sourires pour 2010?

Dans Chronique des matins calmes le 31 décembre 2009 à 4:51

Le sourire est sans doute la plus belle invention de l’homme. Du sourire agressif, tous crocs dehors à celui intérieur, tendre ou énigmatique, l’homme réinvestit son héritage animal aux fins complexes de la sociabilité. Le sourire est en ceci également l’expression la plus aboutie de la complexité humaine. Il porte sa part d’énigme, et celui de la Joconde a  de singulier qu’il renvoie à l’énigme fondamentale de tout sourire. L’homme est celui qui pose la question de son identité énigmatique, et dans la réponse, il y a la question, celle que nous connaissons tous : l’homme.

Ainsi, le sphinx ou plutôt la sphinge, puisqu’il s’agit en l’occurrence d’un être féminin, est celui, celle, qui sourit renvoyant l’homme, en miroir de son sourire, à l’abysse de son identité fondamentale. Identité qui fait sourire puisqu’elle est par nature impénétrable, reflet de celui qui se regarde sourire.

Mona Lisa n’est autre que la Sphinge d’une renaissance.  En elle se reflète le peintre et sa peinture comme énigme de la représentation de l’énigme. Ce tableau de Léonard est en effet l’œuvre des œuvres, maître étalon, dont l’énigme renvoie à celle de toute œuvre d’art, comme un sourire renvoie à tout sourire. Sourire caché dans l’œuvre, qui, comme la mer de Valéry, est toujours recommencé.

C’est sans doute pour cela que les plus grands artistes questionnant l’art et son énigme, de Duchamp à Basquiat en passant par Fernand Léger, Picasso, Dali ou Wharol, ont questionné par un sourire recommencé le sourire de Mona Lisa.

L’art est ce qui pose question au temps. Au temps qu’il fait comme au temps qui passe, dans lequel l’homme, sur quatre, deux, trois pieds, avance son énigme au bord du précipice.

Alors, à l’aube d’une nouvelle année, il est sans doute d’actualité, sinon de nécessité, d’interroger de nouveau le sourire sans la question renouvelée duquel l’homme arrête de marcher pour revenir à quatre pattes et pour montrer ses crocs. Quels sourires pour 2010 ?

L’artiste est par nature et par fonction ce lui qui aide à l’interrogation. En voici quelques uns pour commencer.

Bonne et heureuse année, pleine de sourires créatifs et permanents (malgré tout). ALAIN FOIX

Je suis partout

Dans Chronique des matins calmes le 7 décembre 2009 à 10:41

Sarkozy veut supprimer l’histoire-géo en terminale S. On le comprend. C’est vrai quoi! Depuis que l’éducation nationale est devenue un centre de formation à l’industrie et au commerce, pourquoi maintenir des disciplines qui ne servent à rien comme l’histoire-géo, la philosophie, la musique, l’éducation physique, les arts plastiques, voire la littérature? Un comptable a-t-il besoin de ça pour faire des comptes? Un technicien ou un ingénieur doit-il s’embarasser l’esprit de ces choses superflues et risquer de n’être plus compétitif dans son domaine pointu? Dès le second cycle, on lui a préparé sa case toute chaude où il passera sa vie au coeur de l’industrie en attendant sa retraite. Et puis, en ce qui concerne l’histoire-géo, c’est notre président omniprésent himself qui se charge de la faire, photos (montées) à l’appui, puisque l’histoire, c’est désormais de l’image (“faut rigoler, faut rigoler pour empêcher le ciel de tomber” disait notre inénarrable et regretté philosophe chanteur en citant ses ancêtres les Gaulois):

Moi le jour de la chute du mur de Berlin

Moi à Yalta

Moi et mes amis scarabées

Moi le jour où j'ai battu le record du monde du 100 m

Moi le jour où les tours jumelles se sont effondrées

Moi et mes potes à l'île de Pâques

Moi en mai 68

Moi et mon pote Pelvis Presseles

Portrait de maman par Léo Vidi-VinciMoi et Marie (radieux)

Moi, pourtant, j'étais là ce jour là, mais là, j'ai pas pu

Identité toi-même, identité ta mère

Dans Chronique des matins calmes le 4 décembre 2009 à 6:50

L’initiative prise par Sarkozy-Besson de lancer un vaste débat sur l’identité nationale relève non seulement d’une grande perversité, mais qui plus est d’une escroquerie intellectuelle. Escroquerie car la particularité même du concept d’identité appliquée à un individu « je » ou à une communauté ou nation « nous » est que ce « je » ou ce « nous » ne peuvent s’identifier eux-mêmes. C’est l’autre qui nous identifie et c’est dans le regard de l’autre que se dessinent les contours de notre identité. L’identité est un outil de combat soit pour une minorité en regard du dominant, soit pour un camp en regard du camp adverse. Elle est ce qui nous enferme dans une posture définie en fonction de l’image qu’elle renvoie à l’autre ou qu’elle nous renvoie du regard de l’autre.

Il faut donc qu’il y ait crise pour lever la question de l’identité. Ainsi, poser le débat sur l’identité est, en soi, affirmer l’état de crise et créer nécessairement en face de celui qui cherche à définir son identité un autre, bouc émissaire dont la fonction est à la fois de justifier le sentiment de crise et de l’expliquer. Ce n’est donc pas une question critique sur soi-même, mais sur l’autre dans son rapport à un soi cherchant à se définir.

Outre le simple constat d’arrière-pensées politiques à deux pas des élections régionales, on pourrait aussi penser que nos dirigeants actuels ont lancé en période de crise une vaste opération de narcissisme national qui n’aurait finalement pour conséquence que de passer du baume devant un miroir tendu. Il n’y aurait donc pas de mal à se faire du bien comme dit la voix populaire. Hélas, c’est une erreur communément répandue que de penser que Narcisse est amoureux de lui-même. Non, il l’est de son image, et son image n’est pas lui mais une illusion, au mieux une projection. Narcisse est donc fondamentalement malheureux car il ne peut s’atteindre lui-même, et la surface de l’eau qui lui renvoie son image en miroir l’efface à la moindre caresse. L’image de soi n’est pas en soi mais pour soi, et fait de soi un autre. L’image n’est que le retour d’une expression. Retour comme Echo dont la mythologie dit qu’elle est amoureuse de Narcisse. Car elle aime celui qui lui ressemble, non pas physiquement mais ontologiquement.

La vérité est que l’identité est en soi une énigme. Elle n’a pas de définition, pas de clef, elle est un mot. Il n’est pas juste lexicalement de dire la clef, mais bien le mot de l’énigme. Et c’est le mot, le nom, seul qui identifie.

Etre identifié c’est être nommé, rien de plus, et l’on ne se nomme pas soi-même, sauf à être en crise vis à vis de son ascendance ou de son passé. Celui qui ne se connaît pas car il ne connaît pas son père, ni sa mère, passe devant le sphinx et découvre que le mot de l’énigme est « homme ». Faute d’avoir été nommé par eux et se reconnaître en eux, il tuera son père et profanera sa mère avant de se crever les yeux pour ne plus voir son image, car celle-ci devient mensonge flagrant, n’est plus en mesure de créer l’illusion de son identification en tant qu’homme.

Alors, il n’y a d’autre identité française que l’entité nationale qui vous définit français. A la question « qu’est-ce que l’identité française », il faudrait donc répondre : « être français ». Et qu’est-ce qu’être français sinon être nommé, identifié comme tel par l’instance qui vous dépasse car elle est autre que vous et antérieure à vous, et qui a la capacité comme vos parents, de vous donner un nom. C’est bien pour cela qu’une nation est, pour reprendre une expression de Barack Obama, « bien plus que la somme de ses parties ».

Or les termes de ce débat sur l’identité nationale semble présupposer que la nation française est la somme de ses parties se reconnaissant en elle. C’est cette vision qui appartient au nationalisme comme une des expressions du totalitarisme. Lequel fait de la mère patrie un monstre dangereux. Si ma mère qui me nomme ne suppose pas que je suis en soi différent d’elle, c’est une mère abusive et monstrueuse qui ne veut qu’elle pour seul horizon et qui, pour mon plus grand malheur fera lever en moi Narcisse tenant la main aveugle d’Œdipe.

Après Mulhouse, le ciel est vide à Strasbourg

Dans 3- Spectacle vivant le 29 novembre 2009 à 1:11

Ce week-end, Bernard Bloch reprenait ma pièce Le ciel est vide à la Filature de Mulhouse dans une salle pleine à craquer. Je ne l’avais pas vue depuis un an, et je dois dire le plaisir, la distance aidant, que j’ai pris en recevant comme un don cette formidable interprétation des comédiens, véritables athlètes affectifs comme disait Artaud, qui se donnaient tout entier sur scène. Ils me confièrent après la représentation qu’ils se sentaient complètement vidés comme s’ils venaient de courir un marathon. Je le comprends aisément. La mise en scène de Bernard Bloch a bougé, a pris une certaine maturité, allant au plus loin de l’interprétation qu’il a de cette pièce. Cette interprétation qui, de par l’esthétique de ce metteur en scène, s’inscrit dans la part sombre de ce texte et va fouiller au plus profond. Je dois dire qu’elle me touche profondément, car sans céder à aucune facilité, il lève une sourde émotion qui jamais ne vous lache dans le continuum d’un développement taillé dans une rigueur proprement ascétique. Le type d’émotion que je ressens en écoutant notamment le Lontano de Ligeti. Bernard est un chercheur de perles qui va au plus profond à la limite de sa respiration. Qui plonge et qui replonge sans cesse avec obstination. Son expression samedi soir après la représentation, un peu fermée, très concentrée, disait qu’il était encore loin d’être satisfait du résultat, qu’il cherchait encore, un an plus tard, cette perle là, encore au bout des doigts qu’il n’avait pas encore saisie à pleines mains. Une perle noire. De fait, il convoqua les comédiens pour l’après-midi suivante afin de faire un raccord, comme il se dit dans le jargon du théâtre. Je ne suis pas le genre d’auteur qui, à l’instar de Jean Genêt face au metteur en scène Roger Blin, impose sa vision du texte. Je veux comme disait Jean Cocteau, être étonné. “Etonne-moi”, est le mot d’ordre tacite que je passe au metteur en scène. Autrement dit, fais moi voir ce que tu vois et que je n’avais pas vu dans mon propre texte.  En cela Bernard m’étonne, et je reste spectateur devant sa mise en scène. Il s’est lui-même beaucoup étonné, puisque, prenant à bras le corps cette pièce de théâtre qui impose dans la construction scénique un rapport opératique entre le texte parlé, la musique et l’image, il s’est lancé dans un processus de mise en scène qu’il n’avait jamais auparavant mis en œuvre, allant même par la présence obsédante de l’image et de la musique, plus loin qu’il n’était indiqué dans les didascalies. J’en profite pour saluer ici le remarquable travail cinématographique de Dominique Aru, qui dans la douceur, la complicité et la ténacité, a apporté à Bernard Bloch dans leur collaboration artistique sa vision d’artiste de l’image accompagnant le texte et la musique dans la particularité d’une scénographie de théâtre. Chose éminemment délicate et complexe. Oui, j’étais content de les retrouver tous, en même temps que cette pièce. Oui, je suis heureux de cette interprétation, même si comme Bernard et comme artiste, je sais qu’une œuvre n’est jamais terminée, qu’il faut la pousser toujours et encore dans ses retranchements. L’insatisfaction n’est pas antinomique du plaisir. Sans doute, en tant qu’auteur de cette pièce, et peut-être parce que je suis créole et baroque, homme de l’Ouest et non pas Alsacien comme Bernard, pétri dans la culture des bords du Rhin, j’aurais fait valoir une autre lecture faisant jouer sa part d’humour désespéré se mêlant au tragique, le rire de Silène qui se déploie dans le blues ou certaines biguines, cette part africaine de la musique qui faisait que Nietzsche préféra Bizet à Wagner. Mais Bernard préfère la rive orientale du Rhin, là où les ombres sont plus sombres. Et pourquoi pas? Cela me convient.

Je reviendrai samedi prochain à Strasbourg, le 5 décembre, voir la dernière, j’espère provisoire, de cette pièce. Je sais que par l’obstination de ce « chercheur de traces », elle aura encore bougé pour mon plus grand plaisir et, j’espère aussi pour celui de la compagnie et des spectateurs.

Post-scriptum: ce vendredi 4 décembre, je reçois ce sms de Bernard: La représentation de ce soir a été la plus gracieuse de toutes. J’ai entendu ton texte comme jamais. A samedi. BB

JUSTE POUR RIRE

Dans Chronique des matins calmes le 23 novembre 2009 à 11:44

 


Une jeune journaliste de CNN avait entendu parler d’un très, très vieux juif qui se rendait deux fois par jour prier au mur des lamentations, depuis
toujours.

Pensant tenir un sujet, elle se rend sur place et voit un très vieil homme
marchant lentement vers le mur.

Après trois quarts d’heure de prière et alors qu’il s’éloigne lentement,
appuyé sur sa canne, elle s’approche pour l’interviewer:

“Excusez-moi, monsieur, je suis Rebecca Smith de CNN. Quel est votre nom ?”

“Morris Zilberstein” répond-t-il.

“Depuis combien de temps venez-vous prier ici ?”

“Plus de 60 ans” répond-t-il.

“60 ans ! C’est incroyable ! Et pour quoi priez-vous ?”

“Je prie pour la paix entre les Chrétiens, les Juifs et les Musulmans.

Je prie pour la fin de toutes les guerres et de la haine.

Je prie pour que nos enfants grandissent en sécurité et deviennent des adultes responsables, qui aiment leur prochain.”

“Et que ressentez-vous après 60 ans de prières ?”

“J’ai l’impression de parler à un mur.”

Main gauche et identité nationale

Dans Chronique des matins calmes le 19 novembre 2009 à 10:31

Par un hold-up inattendu, la France a fait main basse sur les qualifications pour la coupe du monde, mais est rentrée aux vestiaires la queue basse, honte sur elle et sur un match lamentable qu’elle devait remporter haut-la-main. Mais voilà, le magicien Thierry Henry  a, comme on dit en Haïti, « travaillé de la main gauche », celle du diable dit-on. Ainsi pour une triste qualification, la France vend son âme à Lucifer. Ce n’est que du football, direz-vous, un jeu où les hommes se transforment en manchots devant des pingouins qui criaillent et applaudissent par millions avant de se prendre le bec et se jeter  à bras raccourcis les uns contre les autres. Un jeu oui, mais agôn, métaphore de la guerre selon la classification du regretté Roger Caillois. Le football ou la guerre par d’autres moyens. Il est vrai que dans les guerres l’arbitre laisse à désirer et que la morale a déserté les champs de bataille. Il y a bien-sûr l’ONU qui semble-t-il fait ce qu’elle peut dit-on, en distribuant des cartons jaunes et rouges (on voit le résultat en Palestine notamment) et le Tribunal International de La Haye qui siffle les hors-jeu et sanctionne quand il peut.  Mais précisément ce qui fait la différence entre le sport et la guerre proprement dite, c’est qu’il y a un arbitre, garant de la morale et de l’intégrité humaine et qui fait appliquer immédiatement les règles. Ainsi le sport y gagne en principe une fonction d’humanisation et d’élévation, d’émancipation humaine au sens le plus fort. Et cette immédiateté du respect de la loi qui sanctionne derechef le fauteur, en est l’outil principal, comme le deuxième coup de feu du faux départ. Il y a pour aider à cette immédiateté des outils modernes comme l’image vidéo qui peut permettre de rectifier une erreur d’arbitrage en temps-réel comme disent les informaticiens. Or Platini s’oppose à cela sous prétexte que ça casserait la continuité du jeu et sa fluidité (tu parles d’une fluidité de ce match là !). Ce qui revient en fait à faire valoir le fait sur le droit, l’esthétique ou la fin justifiant les moyens. C’est ce même cynisme qui prévaut chez ceux qui, à compter par une bonne part de nos politiques, amènent à applaudir de fait cette déchirure du cordon sanitaire et moral séparant le sport de la guerre, et qui est là occasionnée par une erreur d’arbitrage non rectifiée. Aujourd’hui, les Français sont divisés en Spartiates tenants de la loi du plus fort ou du plus chanceux et en Athéniens qui ont inventé une philosophie posant la pensée de la prééminence du droit sur le fait dans la dimension de l’humanité. Je rappelle que ce qui fait précisément le ferment de notre « identité nationale » (terme éminemment problématique), est la République française précisément basée sur les principes du droit comme émancipant l’homme et le citoyen de la condition sauvage et de la loi du plus fort. Sa liberté de principe étant immédiatement reliée au respect de la loi qui garantit l’égalité, laquelle suppose aussi la fraternité.

C’est donc, en ne respectant pas ce principe de démocratie et de justice qui se joue symboliquement au cœur même du sport contemporain, que la France qui devrait montrer l’exemple, se disqualifie en se qualifiant honteusement. Cette main gauche la suivra tout au long de la prochaine coupe du monde, car même si elle y accède, elle a perdu toute légitimité. Il serait alors plus sage pour des raisons à la fois morales, politiques et d’ »identité nationale » que la France décide de rejouer ce match .Ceci l’élèverait alors aux yeux du monde  et d’elle-même au niveau de ses principes fondateurs.

C’est pour cela que suivant l’idée de mon ami et excellent éditorialiste Jean-Michel Helvig qui m’a appelé, outré, juste après le coup de sifflet final, j’en appelle à une pétition pour demander de rejouer ce match. Que vous soyez pour ou contre, n’hésitez pas à laisser vos commentaires sur ce blog.

Comme une théorie des nuages. Art lucinant!

Dans Chronique des matins calmes le 17 novembre 2009 à 7:37

L’espace n’est qu’un visage du temps car le temps vit dans toute forme, toute matière, toute structure. Tout être est temps et toute forme mouvement. Et si tout n’était que nuages ? Comme la pensée qui est mouvement et comme l’art qui est d’abord danse et geste, saisie formelle du temps. Et si l’art n’était d’abord que cela : un condenseur humain qui offre à l’homme toute l’épaisseur du temps, une fenêtre sur l’empire de son envol ? Alors quel effroyable blasphème envers l’essence même du grand Tout que ce vers du poète : Ô temps suspends ton vol. Un vers comme lame d’un impossible suicide car même mort le temps charrie notre être dans le mouvement de la matière. Alors il faut bien croire que l’artiste est ouvrier du temps comme le prêtre est ouvrier de Dieu. Il est celui qui par le geste, le mot, le son, l’image et le rituel raccorde chacun à l’infini. L’artiste travaille le temps et le saisit en chaque instant. Instant qui fait de lui un artisan, un travailleur qui travaille à tâtons et qui demande qu’on lui laisse du temps, matière insaisissable de son ouvrage.

Comme une manière d’illustration de mes pauvres mots, je vous invite à regarder ci-dessous la vidéo d’une œuvre saisissante et proprement hallucinante où rien n’est centre, toujours périphérie comme un nuage qui danse et qui se plie au mouvement incontrôlé de ses molécules. Comme dans tout mouvement borroméen, le tout est dépendant du mouvement de ses parties. Est-ce de la danse ? De la peinture ? De l’écriture ? De la musique ou de l’architecture ? Le tout bien certainement. Ici chaque partie vit comme une réponse au tout qui le précède, créant un nouveau tout et ce à l’infini. Une lancinance, hallucinant, art lucinance.

Et c’est signé  Blu and David Ellis

LE PRIX DU SILENCE

Dans Chronique des matins calmes le 12 novembre 2009 à 12:03

trois-femmes-puissantes-de-marie-n-diaye_referenceEh bien, nous y voilà ! Comme la vérité sort de la bouche des enfants, elle est ce soir, au 20 heures de France 2, sortie toute crue et grasse de celle de l’inénarrable Eric Raoult, maire de Neuilly-sur-93, c’est-à-dire Le-Raincy, ville où le Prince Louis Philippe d’Orléans (dit Philippe Egalité) avait son pavillon de chasse. Et il est vrai que dans ces parages du bois de Bondy, ça sent encore l’hallali, et plus précisément aujourd’hui l’hallali contre l’halal de l’Ali. Cette fois-ci, juste après le couvre-feu des délinquants, forcément délinquants, de 13 ans et moins, le coup de feu est parti en direction du gibier de potence littéraire qui non content de manger à la table de Drouant le bon pain bien français des Goncourt , vont bramer de par le monde (qui plus est chez les teutons et casques pointus, nous sommes le 11 novembre que diantre) qu’il y a quelque chose de pourri au royaume de France. Alors là, c’en est trop pour notre Eric Ragoult national. Que Marie N’Diaye se permette de clamer de Berlin qu’elle a quitté notre pays parce que ça sentait trop la vulgarité et la répression sous la nouvelle gouvernance quelle indécence et quel affront de la part d’une personne au nom si bizarrement pas français que la France a daigné couronner d’un prix si illustre et si français. Magnifique, Eric, superbe sortie, en plein dans le mille ! D’une pierre trois coups !

1-Qu’il soit bien entendu que tout artiste et écrivain subventionné et primé est aux ordres, le petit doigt sur la couture du pantalon (et qu’on chante à tue-tête la Marseille et sans fausse note, tudieu ! Profitons de cette parenthèse pour vous inciter à lire le livre de l’excellent Rainer ROCHLITZ., Subvention et subversion, Gallimard, 1994 qui donne à réfléchir à ce sujet)

2- Toute association artistique et culturelle est une association sous contrôle de la France même si elle n’est pas subventionnée parce que la culture est française et donc nationale (où ne va pas se cacher l’identité, dites donc). Par conséquent, la bande à Goncourt comme les autres n’ont qu’à bien se tenir et qu’ils remettent leur prix sous réserve afin que nos bêtes littéraires ne sortent pas de la réserve dorée que la France dans sa grande générosité leur offre sous les dais de la République. Ces artistes là, ne sont-ils pas comme des fonctionnaires, dixit Ragoult (étant entendu que tout fonctionnaire, de l’armée à La poste en passant par l’Education Nationale doit se la boucler ou quitter sa fonction).

3- Bien rappeler au bon peuple que ce n’est pas parce qu’on est écrivain ou artiste qu’on est au-dessus de la loi commune qui est de souffrir en silence sous le règne du bon Nicolas 1er.

N’avez-vous pas remarqué que ce bon vieux Eric est en ce moment le préposé aux basses œuvres et qu’il dit tout haut ce que son maître pense tout bas ? Voir l’épisode de Jean de Neuilly dont il a défendu sur toutes les ondes la candidature avec la meilleure mauvaise foi dont il est capable. Cette fois-ci, le dérapage contrôlé vient ponctuer et parachever un autre passé quasi inaperçu par l’autre inénarrable, Frédéric Le Neveu de François. N’a-t-il pas dit sans sourciller au sujet de l’affaire Polanski qu’il était « Le ministre des artistes » ? Et le mot était passé comme une lettre à la poste. Ah bon ! Première nouvelle, le ministre de la Culture serait ministre des artistes. Voilà qui aurait fait bondir André Malraux, lui qui affirmait bien fort que le ministère de la Culture n’avait d’autre objet que de faciliter l’accès du public aux œuvres. Et pourquoi pas en sus ministre du public ? Il y a des glissements sémantiques qui ont, l’air de rien, de graves conséquences, notamment entre autres d’ajuster la mire de l’Eric qui voit rouge dès qu’on agite le mot culture. Ah les mots ! Voilà le danger. Ils le savent bien nos gouvernants pour si bien les manipuler en artilleurs de la pensée (T) unique.

Ci-dessous, petit portrait D’Eric Raoult dans sa bonne ville du Raincy (que je connais bien pour y avoir été prof de philo. Une de mes élèves de terminale A3 m’ayant durablement traumatisé, découvrant dans sa copie qu’elle avait écrit qu’Hitler était un génie qui a inventé une “race aérienne”. Authentique). Au fait que disait Marie N’Diaye pour provoquer l’ire de l’édile?

Trous de mémoire dans le mur, ou le songe d’une nuit d’automne

Dans Chronique des matins calmes le 10 novembre 2009 à 12:52

le-mur-de-berlinComment jouer le mur ? se demandent Bottom et ses compagnons du Songe d’une nuit d’été. Comment raconter une histoire (tell a story) en représentant les objets et personnages qu’on veut raconter ? Bottom allant dans les coulisses (un buisson dans les bois) se fait faire une tête d’âne par Puck. Et c’est bien une histoire sans queue ni tête racontée par des ânes à laquelle on assiste. Et voilà nos comédiens amateurs qui se prennent les sabots dans le tapis de mensonges d’une nuit pleine de symboles qu’ils aimeraient ordonner pour leur gloire d’histrions. Et quoi de plus symbolique qu’un mur qui sépare deux amants. Et quoi de plus beau que la fin d’une histoire lorsque le mur abattu rassemble les amants. Et si on est là, présent, narrateur et acteur d’une histoire  si édifiante, on est le héros qu’embrasse à pleine bouche la vérité toute nue. On tient en vainqueur l’histoire par le bout de sa queue. Celui qui sait raconter l’histoire est celui qui se la fait au final. La politique n’est-elle pas l’art du story telling ? Mais l’art est un mensonge vrai, et pour cela il faut être artiste. Ceux qui, aujourd’hui, jour de commémoration de la chute du mur, veulent nous raconter à leur manière la chute/élévation du symbole en l’incarnant par leur soi-disant présence héroïque au jour j et se prennent les pieds dans leur tapis de mensonges, me font irrésistiblement penser à Bottom et ses amis pieds-nickelés. Si ce n’était que théâtre, c’est-à-dire du réel distancié, cela serait drôle. C’est hélas du réel bien banal que l’Argus des médias répercute en échos au quatre coins du monde. L’histoire de compagnons de réelle politique qui ne savent comment faire pour sceller leur personne bien vivante dans le mur de l’histoire, et qui pour cela n’hésitent pas à opérer quelques trous de mémoire dans leur agenda personnel à la date du 9 novembre 1989.  Il ne faut jamais manquer de lire Shakespeare par le filtre politique. Il nous raconte des histoires qui ramènent toujours aux temps de notre histoire.

Pour le plaisir, et rien que le plaisir, voici donc un extrait du dialogue du mur dans le Songe :

LE MUR

Dans cet intermède, il arrive

Que moi, dont le nom est Groin, je représente un mur,

Mais un mur, je vous prie de le croire,

Percé de lézardes ou de fentes,

À travers lesquelles les amants, Pyrame et Thisbé,

Se sont parlé bas souvent très intimement.

Cette chaux, ce plâtras et ce moellon vous montrent

Que je suis bien un mur. C’est la vérité.

Et c’est à travers ce trou-ci qu’à droite et à gauche

Nos amants timides doivent se parler bas.

THÉSÉE Peut-on désirer que de la chaux barbue parle mieux que ça ?

DÉMÉTRIUS C’est la cloison la plus spirituelle que j’aie jamais ouïe discourir, monseigneur.

THÉSÉE Voilà Pyrame qui s’approche du Mur. Silence !

Entre Pyrame.

PYRAME

Ô nuit horrible ! ô nuit aux couleurs si noires !

Ô nuit qui es partout où le jour n’est pas !

Ô nuit : ô nuit ! hélas ! hélas ! hélas !

Je crains que ma Thisbé n’ait oublié sa promesse !

Et toi, ô Mur, ô doux, ô aimable Mur,

Qui te dresses entre le terrain de son père et le mien,

Mur, ô Mur, ô doux et aimable Mur,

Montre-moi ta fente que je hasarde un œil à travers.

Le mur étend la main.

Merci, Mur courtois ! Que Jupiter te protège !

Mais que vois-je ? je ne vois pas Thisbé.

Ô méchant Mur, à travers lequel je ne vois pas mon bonheur,

Maudites soient tes pierres de m’avoir ainsi déçu !

THÉSÉE Maintenant, ce me semble, c’est au Mur, puisqu’il est doué de raison, à riposter par des malédictions.

PYRAME, s’avançant vers Thésée. Non, vraiment, monsieur ; ce n’est pas au tour du Mur. Après ces mots : m’avoir ainsi déçu, vient la réplique de Thisbé ; c’est elle qui doit paraître, et je dois l’épier à travers le Mur. Vous allez voir, ça va se passer exactement comme je vous ai dit. . . . . La voilà qui arrive.

PYRAME, collant ses lèvres aux doigts du mur.

Oh ! baise-moi à travers le trou de ce vil Mur !

THISBÉ, collant ses lèvres de l’autre côté.

C’est le trou du Mur que je baise, et non vos lèvres.

PYRAME

Veux-tu me rejoindre immédiatement à la tombe de Nigaud ?

THISBÉ

Morte ou vive, j’y vais sans délai.

LE MUR, baissant le bras.

Ainsi, j’ai rempli mon rôle, moi, le Mur :

Et, cela fait, le Mur s’en va.

Sortent le Mur, Pyrame et Thisbé.

THÉSÉE Maintenant, le mur qui séparait les deux amants est à bas.

DÉMÉTRIUS Pas de remède à ça, monseigneur, quand les murs ont des oreilles.

HIPPOLYTE Voilà le plus stupide galimatias que j’aie jamais entendu.

THÉSÉE La meilleure œuvre de ce genre est faite d’illusions ; et la pire n’est pas pire quand l’imagination y supplée.

Le vrai tombeau de Claude Lévi-Strauss

Dans Chronique des matins calmes le 4 novembre 2009 à 1:37
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Claude Lévi-Strauss

Claude Lévi-Strauss est mort. Il avait cent ans et il emporte avec lui tout un siècle d’intelligence. Il s’était tu depuis longtemps, laissant parler et babiller le monde, ce qu’il en reste. Il avait dit ce qu’il avait à dire et la musique, cette musique qu’il aimait tant, disait la suite. Il est mort comme meurent les civilisations, comme meurent peu à peu les peuples qu’ils nous a racontés (et dont il a suivi, avec une calme résignation, la lente agonie): en laissant le monde muet et comme hébété devant l’immense trou noir, cette entropie irrémédiable qui nous dévore à petit feu. Il nous a raconté ce que ces peuples avaient à nous léguer, c’est à dire la beauté, l’homme en son éternité, en sa structure profonde, en son refus de la bestialité. Il nous a dit la culture non comme opposition absolue, mais relative à la nature, comme transcendance, comme sublimation et comme travail. Travail sur la nature et dessin sur le monde pour en tirer quelque dessein. J’ai pris le bateau de l’ethnologie alors qu’il l’avait abandonné depuis longtemps comme triste épave rêvant encore dans les vagues du temps des derniers grands voyages. Je suis monté sur ce bateau qui coulait par le fond à la recherche de l’homme. Mais sur ce pont, à l’université, je fus reçu froidement par la glace de ces mots jetés sur un ton sans appel: “l’ethnologie c’est terminé”. Je ne fus pas saisi, pas plus que lorsque quelque temps auparavant, mettant le pied sur le bateau philosophie, je fus reçu par un étonnant professeur qui m’asséna: “tout est dit”. Mais il y avait Jankélévitch, mais il y avait Lévi-Strauss et tous ces grands penseurs qui me furent contemporains et qui m’apprenaient la grâce, le je-ne-sais-quoi toujours indécidé qui fait que le monde pas plus que l’art ou la pensée ne sont jamais clos. Qu’il y a toujours du jeu, et le jeu c’est l’homme. Tant qu’il y a du jeu il y a de la pensée, et tant qu’il y a de la pensée, il y a de l’avenir. Ils m’ont transmis cette attitude permanente de toujours chercher la faille du rideau d’eau ou de fumée qui veut faire de l’univers infini un monde clos. Claude Lévi-Strauss comme tous les grands penseurs ne peuvent vraiment mourir car ils nourrissent notre pensée et notre coeur. Le vrai tombeau des morts disait Cocteau, c’est le coeur des vivants.

En hommage à Claude Lévi-Strauss, voici un passage de mon livre Ta mémoire, petit monde (Ed. Gallimard, 2005) que je lui ai dédié:

Je me voyais petit monde au milieu des grands mondes dans l’eau du monde entier et fus assailli d’une soif immense de connaissance. Je voulais savoir l’homme.
Perdu dans sa clairière native au milieu des taillis, cet homme me souriait sur la jaquette d’un livre beau et imposant qui ne cessait depuis longtemps d’alimenter mes rêveries. Je le prenais souvent en mains et le feuilletais sans lire. Sur cette couverture, un jeune Indien aux tatouages mystérieux. A l’intérieur, des êtres magnifiques au sourire calme et imposant qui me faisaient penser à ma douce Tata. De grands chapitres en lettres capitales, ces noms étonnants : Tupi-kawahib, Nambikwara, Bororo, Caduveo, et ce mot qui m’emportait très loin : « le retour ». Tristes Tropiques, ce titre me transportait, dans une onde nostalgique, vers mon enfance. Je revoyais la pluie sur sa tôle ondulée, les flamboyants tout dénudés de fleurs, le morne échangé en rivière, le balancement des cocotiers dans l’or du crépuscule et la biguine dont la gaîté est tissée de tristesse. Tristes Tropiques de Lévi-Strauss, dans la collection « Terre Humaine », disait quelque chose de mon enfance. Mais je commençais à percevoir que cette enfance se mêlait d’autres enfances et que ce livre tenait toutes les enfances. Ce livre soutenait le ciel d’une utopie, d’une île, d’une île monde, d’un pays toutouni, du pays de l’enfant.
Alors je lus Tristes Tropiques. Un livre qui s’ouvre par « La fin des voyages », et proclame d’entrée : « Je hais les voyages et les explorateurs ». Un livre pourtant qui m’a fait voyager comme jamais ne voyagerai. Un livre qui se clôt sur la pose du chat au sourire songeur que nous comprenons sans le savoir « en deçà de la pensée et au-delà de la société », au-delà du miroir.
Je marchais de plain-pied sur la terre sauvage. J’avais glissé imperceptiblement de l’animal à l’homme par l’œuvre d’un petit pont, ce petit « n » reliant l’éthologie à l’ethnologie.
Je partais avec Lévi-Strauss dans le transatlantique qui ramenait au pays, à Fort-de-France et Pointe-à-Pitre. Puis pagayant dans sa pirogue à l’embouchure de l’Orénoque, je remontais le rio Pimenta-Bueno, passais un rapide sur le Gi-Parana et nous campions au bord du Machado avec les Tupi-Kawahib. Les Kawahib, pour moi, étaient les cousins proches des Caraïbes de Vieux-Habitants. Nous étions en famille. Je retournais à la source même, la fontaine du temps.
Oui, c’était décidé. Je resterais auprès de Lévi Strauss. Je suivrais son chemin, car c’était aussi le mien. Je suivrais son parcours qui monte à la philosophie pour redescendre au creux sombre des vallées humaines.

De l’identité nationale

Dans Chronique des matins calmes, Pas de catégorie le 31 octobre 2009 à 2:38

alain Foix,auteurAprès la sécurité, l’identité nationale, nouveau cheval de bataille de politiques qui, à court de projet font jouer la fibre ethnique et la corde patriotique juste avant les élections régionales. Le mot est lancé en pâture aux médias, tous vont se jeter dans ce piège, tous vont monter au Front, au Front national bien-entendu qui s’érige comme garant de l’identité nationale. Va-t-on aller au fond de ce concept? le mettre en question? Etudier sa validité, son sens historique, sa pertinence dans un monde désormais ouvert? Peu de chances. Il est plus que certain qu’on va agiter les couleurs du noir au rouge en passant par le blanc, le rose et le bleu. Les drapeaux vont claquer, la marseillaise résonner et la France de 2009 retrouvera les spasmes et les odeurs fétides d’un 19è siècle raciste et impérialiste qui a commis ce fameux concept d’identités nationales sur les bases d’une perception essentialiste et romantique des peuples. L’arbitre sifflera la fin du match juste avant que le Front national ne marque le but décisif. Les maillots bleus auront alors peut-être gagné des points sur les roses et rouges, mais le mal sera fait et l’on verra se lever des tribunes des chemises brunes entonnant des chants de hooligans.Juste pour gagner quelques voix et quelques régions, on remue la boue dans laquelle sommeille la bête immonde. Ecoeurant.

La question doit être posée, mais pas de cette manière par le fameux ministre de l’identité nationale qui sans doute ne sait pas quel ministère il dirige puisqu’il pose la question à la nation entière. Cela dit,  il n’y a pas le choix, il va falloir s’y coller et faire entendre de nouvelles voix qui montrent d’autres voies.

A propos voici un extrait de  mon dernier essai (Noir de Toussaint Louverture à Barack Obama, ed. Galaade) où je parle justement de cette question:

Identité, mot policier, mot administratif, fondamentalement, outil de classement, de recherche, de mise en carte. Avant que le mot identité ne devienne un concept de combat de nations dominées cherchant à faire valoir leur existence dans l’ordre de la diversité contre le dominant, il fut un outil de marquage de territoires et de populations mis à disposition de l’administration par les anthropologues. Ceux-ci dessinaient les contours humains de la carte du monde après que les géographes de la force militaire de l’occupant en eurent tracé les contours physiques. Ainsi chacune de ces populations du monde qui, dans leur langue s’auto-désignaient «les  hommes », fut marquée d’un nom, d’une particularité qui la classait dans une sous-catégorie d’homme. Et de sous-catégorie d’homme à catégorie de sous-hommes, il n’y a qu’un pas allègrement franchi. (Alain Foix, Extrait de Noir de Toussaint Louverture à Barack Obama, ed. Galaade)

Simone et André Schwartz-Bart contre la pluie et le vent

Dans Chronique des matins calmes le 21 octobre 2009 à 11:04
Simone Schwartz-Bart lors d'un dîner au Maud'huy (Guadeloupe). Photo A.F.

Simone Schwartz-Bart lors d'un dîner au Maud'huy (Guadeloupe). Photo A.F.

A l’heure où Bernard Bloch reprend les répétitions de notre pièce le “Ciel est vide” (qui sera jouée en novembre et décembre à la Filature de Mulhouse et au TJP de Strasbourg), pièce qui dénonce les bêtises identitaires et communautaristes en confrontant sur une même scène Shylock et Othello, je lis cet article ci-dessous, sur le magnifique couple d’écrivains que furent Simone et André Schwartz-Bart. Tous deux ont eu à lutter à la fois contre la bêtise identitaire de leur “communauté” respective et contre celle de leur conjoint.

J’ai rencontré Simone Schwartz-Bart pour la première fois en 1986 en Guadeloupe alors que j’étais un jeune réalisateur de documentaires. Je l’avais filmée dans sa boutique d’antiquités à Pointe-à-Pitre, se balançant nonchalamment sur un rocking chair. Je me souviens du calme souverain de cette dame dont la parole coulait comme une rivière de sous-bois. J’étais ému et admiratif de l’auteure de Pluie et Vent sur Télumée Miracle, livre d’une incroyable puissance poétique. Elle me parlait de sa maison à Goyave, de la campagne environnante et de son admiration pour les scieurs de long travaillant dans cette région. J’étais loin d’imaginer son combat quotidien contre la bêtise politique et populiste qui amenait certains nationalistes à rejeter ou soutenir les artistes, écrivains et penseurs selon leur supposée appartenance ethnique. Deux ans plus tard, je fus nommé directeur de la scène nationale de la Guadeloupe. Sa pièce, Ton beau capitaine, produite par ce théatre était jouée à Chaillot tandis que j’étais confronté à ce monstre de bêtise identitaire que je n’avais pu soupçonner derrière le calme souverain de cette gracieuse guerrière des stupidités communautaires. Je n’étais pas alors écrivain ou artiste, ou du moins, je ne m’identifiais pas comme tel, juste le directeur d’un théâtre qui entendait faire son travail de manière consciencieuse en direction du public, le vrai, pas de cette frange d’idéologues et d’artistes frustrés qui faisaient entendre leur voix aux politiques complaisants jusque de l’autre côté de l’océan. Le combat était inégal. La simple honnêteté du travail bien fait, le simple souci de vérité et d’authenticité ne peuvent rien contre la mauvaise foi politique. L’art et la création artistique, la culture en son acception la plus haute étaient battus en brèche par une certaine idée de la culture comme identité ethnique. Je jetai l’éponge au bout de 3 ans de combats  au cours desquels je comptabilisais de belles victoires en présentant à un public nombreux et conquis de belles oeuvres de la création mondiale. Je ne désirais pas céder sur le terrain de l’exigence artistique au profit de l’idéologie. C’est pour cela que je quittai ce poste lorsque j’ai compris que je ne gagnerais pas cette guerre. Si à l’époque j’étais artiste ou écrivain peut-être que comme André et Simone Schwartz-Bart, j’aurais trouvé en moi-même et en mon oeuvre matière à continuer ce combat. Et c’est à cette aune que je mesure le courage de ces artistes qui tiennent bon contre vents et marées. Mais hélas, comme il est dit dans cet article, ils finissent par s’exiler au moins un moment pour parfois revenir comme ce fut le cas pour Simone et André, ou partir de façon définitive comme ce fut le cas récemment pour Maryse Condé. Je continue à regarder ma Guadeloupe natale et tant aimée comme la terre d’un immense gâchis où tant de potentialités sont étouffées par les fautes politiques de quelques uns.

Juste retour des choses

PORTRAIT

Simone Schwarz-Bart. Elle est noire des Antilles, il était juif de Pologne. Ils ont croisé leur écriture pour mêler douleurs et cultures.

Par NATALIE LEVISALLES

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Simone passe le bac dans un mois, mais elle a perdu sa convocation, elle perd toujours tout. La voilà rue du Cardinal-Lemoine à Paris, qui cherche le rectorat pour en demander une copie. Un jeune homme l’aborde en créole, il l’accompagne au rectorat, ils parlent, ils s’asseyent dans un café. A eux deux, ils ont un franc, le café coûte 45 centimes, ils en commandent deux qu’ils ne boivent pas pour pouvoir rester tout l’après-midi. Simone rentre très tard chez sa mère. Interrogatoire en règle. «- D’où tu viens ? – J’ai rencontré un jeune homme, nous avons bavardé jusqu’à présent. – Il est antillais pour que tu lui fasses pareille confiance ? – Non, il m’a abordée en créole, mais il est juif. – Ma pauvre enfant, il n’y a plus de juifs, c’est le peuple de la Bible. Et que fait-il dans la vie ? – Ecrivain. – Un jour, on va te retrouver morte au bois de Boulogne, il n’y a plus d’écrivains depuis le XIXe siècle.»

Simone Brumant venait de rencontrer André Schwarz-Bart, le jour même où il avait déposé au Seuil le manuscrit du Dernier des Justes, un des premiers romans sur la Shoah, qui allait lui apporter le prix Goncourt en 1959.

Cinquante ans plus tard, trois ans après la mort d’André, Simone, sa femme, écrivain elle aussi, fait publier un inédit, l’Etoile du matin,qui reprend certains thèmes du Dernier des Justes, la magie de l’enfance, les shtetls de Pologne et l’extermination des Juifs. Qu’elle soit guadeloupéenne et lui juif polonais n’est pas anecdotique, c’est au centre de leurs livres et de leur histoire. Simone vit aujourd’hui entre sa maison de Goyave en Guadeloupe et son pied-à-terre parisien. Cette femme qui a deux fils et quatre petits-enfants a une silhouette et une vivacité de jeune fille. Légère et solide, elle sert un café italien dans son appartement de Chinatown, là où les marchands de fruits vendent surtout du gingembre et des durians et où, tous les matins, de vieux Chinois qui mourront en France s’installent sur un banc pour prendre le soleil.

La grand-mère paternelle de Simone était une négresse de Saint-Martin qui parlait anglais et créole. Elle était entrée au service d’un négociant en vins (bordelais mais né en Guadeloupe) tombé amoureux d’elle au point de l’épouser. «Les Békés le lui ont fait payer, il a dû laisser son affaire. Ils sont partis à l’îlet Brumant, dans la rade de Pointe-à-Pitre, pour se préserver de l’imbécillité des deux communautés, les Noirs non plus n’étaient pas prêts à accepter ça.»Plus tard, ils se sont installés à Goyave, à l’époque une commune déshéritée où venaient se réfugier les Blancs gâchés, ces déclassés qui «s’étaient mis à la négresse ou à l’Indienne». Ils auront quatre enfants, dont le père de Simone, militaire de carrière. La mère de Simone était institutrice à Trois-Rivières, «tellement soucieuse de tirerses élèves du joug de la canne à sucre». Dans la petite salle à manger familiale, il y avait un énorme tableau noir, la mère faisait rattraper les enfants qui manquaient parce qu’il fallait aller au charbon ou soigner les bêtes.

André, lui, venait d’une modeste famille de juifs polonais installés à Metz. Ses parents et deux de ses frères sont morts déportés. Restaient deux frères dont il s’est occupé et une petite sœur qu’il a sauvée en la cachant dans une salle de cinéma où ils ont regardéGoupi mains rouges en boucle. Il l’a ensuite cachée dans un grand manteau et posée dans le filet à bagages d’un train qui partait en zone libre.

Quand Simone et André se sont rencontrés, ils ne se sont plus quittés. Simone fréquente les amis d’André, anars, artistes, disciples de Lévi-Strauss. Elle est fascinée par les «âpres critiques des Juifs contre les Juifs. Et pourtant un lien fort les unissait, ça m’a appris à questionner ma propre communauté».

Après le Goncourt, blessé par l’accueil mêlé rencontré en France, en particulier parmi les Juifs dont certains lui reprochent le côté christique de son héros, André veut s’éloigner. Ils partent au Sénégal puis en Suisse où ils resteront dix ans et écriront beaucoup. D’abord, ensemble, Un Plat de porc aux bananes vertes (1967). Puis lui se met à la Mulâtresse Solitude, elle à Ti Jean l’horizon et à Pluie et vent sur Télumée miracle, qui seront achevés plus tard en Guadeloupe. Simone écrira encore une pièce, Ton beau capitaine(1987) et ils feront ensemble une encyclopédie, Hommage à la femme noire (1989). C’est tout.

Quand André publie la Mulâtresse Solitude, le grand roman de la résistance à l’esclavage, il déclenche encore une fois des réactions mêlées, chez les Noirs cette fois. Simone lit ce passage d’une lettre de Léopold Senghor à André : «Je crois savoir que vous avez du sang juif. Et en effet, seul un Juif pouvait nous sentir à ce point, pouvait être à notre niveau de souffrance et de puissance imaginante : de force et de tendresse en même temps.»Mais tout le monde n’est pas Senghor.

En Guadeloupe, les années 70 sont des années de nationalisme radical. «Les Noirs ne lui reconnaissaient pas le droit de parler en leur nom»,dit Simone. D’autres décrivent le climat de l’époque : la seule musique politiquement juste est le gwo ka (populaire et paysan) pas la biguine (bourgeoise et urbaine). La seule langue identitaire est le créole, pas le français, langue de l’aliénation. En 1986 encore, l’écrivain Raphaël Confiant écrivait : «Je somme les écrivains antillais de cesser la désertion de leur langue maternelle.»Pendant plus de vingt ans, l’ambiance est irrespirable. Maryse Condé, autre Guadeloupéenne, part pour continuer à écrire. La Mulâtresse Solitude (1972) d’André et Pluieet vent… (1979) de Simone sortent dans cette période. Pour certains, il est insupportable qu’un Blanc écrive le grand livre de la résistance à l’esclavage. Quant au succès de Pluie et vent… en métropole, il est suspect pour les indépendantistes. Certains se souviennent du quasi-procès politique dont Simone est sortie en pleurant.Contrairement à Maryse Condé, André et Simone sont restés en Guadeloupe, ils n’ont plus jamais publié. Simone passe la main sur la nappe, pensive.«Certains ont même nié qu’il ait écrit Solitude. Il ne fallait pas qu’il soit dit que ce petit juif avait fait ce travail-là. Ça a changé maintenant.» Inutile de dire qu’elle n’est pas dans la concurrence des mémoires.

Dans les années qui suivent, ils ouvrent une boutique d’antiquités coloniales, puis Simone tient une table d’hôte dans sa maison de l’îlet Brumant. C’est bon, pas cher, joyeux, certains jours on y joue du gwo ka. Simone n’écrit plus une ligne. André écrit tout le temps, des milliers de pages, qu’il détruit toutes, ou presque. Après sa mort, en triant ses papiers dans la maison blanche de Goyave, Simone retrouve le manuscrit de l’Etoile du matin«Ces personnages qu’il portait, c’est comme s’il me les avait confiés et que je les portais comme lui a porté mon monde. Il m’a restitué cette ignominie de l’esclavage à laquelle je ne voulais pas m’atteler, pour me préserver. C’est un cadeau qu’il m’a fait. Et un cadeau double, car en éditant ce manuscrit, j’ai repris le goût d’écrire.»

En 5 dates

1er août 1938

Naissance en Charente.

1967

Un Plat de porc aux bananes vertes (avec André Schwarz-Bart).

1989 Hommage à la femme noire

(avec André).

20 septembre 2006

Mort d’André.

2009

Fait publier l’Etoile du matin d’André.

Ma promesse de l’aube

Dans Chronique des matins calmes le 16 octobre 2009 à 1:09
plage de Big Sur

plage de Big Sur

Il est des livres qui vous hantent à votre insu. Je devais avoir 12 ans lorsque, prenant sa reliure de carton pour du cuir doré, je me saisis d’un des Reader’s Digest que ma mère lisait à l’hôpital pendant ses longues nuits d’aide-soignante. Que n’ai-je entendu sur ces ouvrages calibrés pour la digestion légère d’une littérature jetée en pâture au plus grand nombre. Certes, il n’y a pas que du bon, loin de là, dans ces recueils, et il est vrai qu’à l’instar du fameux Lagarde et Michard, ils peuvent, par l’aperçu livré à la lecture, donner le sentiment de connaissance, une docte ignorance. Mais j’ai toujours tenu le mépris affiché pour ce type d’ouvrages, pour l’expression hautaine de ceux qui sont nés dans la bibliothèque de leurs parents. Ceux-là mêmes aimeraient sans doute aujourd’hui que leur fils ou petit-fils daignât sortir un instant le nez de son ordinateur ou de l’écran de son portable pour le plonger ne serait-ce qu’un moment dans un de ces ouvrages. Las, le Reader’s Digest a subi de plein fouet la crise qui frappe l’édition et la presse écrite, et a posé le bilan en 2008.

Cet après-midi là qui pleuvait l’ennui à seaux versés sur la cité HLM de Bondy-Nord où je vivais, j’ouvris ce livre, calé chaudement sur l’oreiller,   sur un extrait de La promesse de l’aube de Romain Gary. A peine le titre lu, je me sentis emporté dans les profondeurs d’une poésie nouvelle. Mes lectures se bornaient habituellement à Jules Verne, Le Club des cinq ou Bob Morane. Avec cet extrait, j’entrais dans la grande eau de la littérature, et j’en avais pleinement conscience. Ce que je ressentis à la fin de ce grand moment de lecture,  ne fut pas la petite frustration causée par le mot à suivre au terme d’un feuilleton, mais une faim immense qui me prit à l’estomac. Ce livre, j’allais le lire un jour, le dévorer en entier, je me l’étais promis. Il m’ouvrait une immense perspective sur le monde. Les années ont passé, par dizaines, et récemment, au milieu d’un tas de livres épars, je tombe sur lui. J’avais lu maints ouvrages de Romain Gary et de son pseudonyme Emile Ajar, et j’ai une grande admiration pour cet auteur. Mais sans doute par un des effets pervers du Reader’s Digest, j’avais, par le travail du temps et de l’oubli, l’impression d’avoir lu ce récit jusqu’à son terme, et j’en ai oublié ma « promesse de l’aube », celle du petit lecteur qui deviendra un jour, dans l’emmêlement de ses chemins de vie, un écrivain. Et peut-être le suis-je devenu un peu à cause de cette lecture du Reader’s Digest.

Je ressentis immédiatement au milieu de ces pages le même sentiment d’immensité qui m’avait saisi à l’aube de mon adolescence. Mais cette fois-ci, avec un air de familiarité. Immédiatement projeté sur une plage de Big Sur, Californie, je retrouvais une baie que j’arpentais il y a tout juste un an sur les traces de Steinbeck, Miller, Faulkner, Stevenson, Fante ou Kerouac, recevant de plein fouet la puissance frémissante de l’océan Pacifique. Elle s’écrivait sur la page vierge de sable blanc toujours recommencée, ouverte sur l’infini comme un cahier de poésie. C’est en écrivain que je captais alors toute la puissance de ce lieu littéralement enivrant. Mais le lecteur que je suis, emporté par les mots de Romain Gary au milieu des phoques et des oiseaux marins, revivait son enfance attachée à celle de cet auteur dans les reflets dorés d’un crépuscule fermant en la reliure de l’horizon le grand livre du monde sur nos existences si différentes, si lointaines et si proches.

Loto école

Dans Chronique des matins calmes le 7 octobre 2009 à 9:50

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Scène dans un collège pilote de l’académie de Créteil:

Aubry ! … Présente!… Borloo!…Présent !… Bayrou!…Présent !… Besancenot ! …Présent !…  Boutin !… Présente !…Cohn-Bendit!… Présent!… Delanoë !… Présent !  Debré !…Présent…  De Villepin !… Emmanuelli !… Présent…  Fabius !… Présent !…  Guigou !… Présent !… Giscard d’Estaing ! … Présent !… Hollande!… Présent…  Jospin !… Présent !… Kahn !… Présent !… Lepage !…  Présente !… Le Pen !… Présente !… Mammère !.. Présent !… Mitterrand !… Présent !  Royal !… Présente !… Sarkozy !… Sarkozy !…. Sarkozy… !

-         Absent, monsieur

-          Comment absent ?  Encore absent ! Si ça continue, on n’ira pas au match du Paris Saint Germain.

-         Il dit qu’il s’en moque, monsieur.

-         Comment il s’en moque ?

-         Il préfère rester à la maison jouer au loto en ligne et aux paris sportifs. Ca rapporte plus que l’école. D’ailleurs, il dit qu’il n’aime pas le football

-         Mais il parie sur des joueurs.

-         Les joueurs, c’est que de l’argent

-         Et sa classe, et son équipe ? Il y pense ?

-         Il dit qu’il s’en moque, monsieur. Chacun pour sa pomme qu’il dit, monsieur. Il veut jouer plus pour gagner plus.

-         Et son avenir ? Il pense à son avenir ?

-         Ben oui, monsieur, il dit qu’il veut être Président de la République

-         Eh bien alors ?

-         Eh ben, il dit que l’école ça sert à rien, que pour être président il suffit de savoir tchatcher.

-         Tchatcher ?

-         Oui, tchatcher, parler plus vite et plus fort que les autres, ne pas leur laisser le temps de répondre, s’agiter et faire croire qu’on sait tout quand on ne sait rien. Ca s’apprend pas à l’école, surtout pas.

-         Ca me laisse sans voix

-         Eh ben, on peut partir maintenant, si vous n’avez plus rien à dire

-         Partir ?

-         Oui, de toutes façons, ça sert à rien de rester, vu que Sarko il n’est pas là, on n’a aucune chance de gagner les billets pour le match. Et nous aussi, on veut être présidents.

De mal en pis

Dans Chronique des matins calmes le 19 septembre 2009 à 10:14

kpnstvpsMarée blanche sur le Mont Saint-Michel. Les producteurs de lait, montés au sommet de l’absurde, skient  sur l’immaculée abjection de 11 millions de litres de lait qu’ils ont déversé sur tout le sol français. Quelque soient les raisons (hausse des quotas laitiers et faible rémunération des éleveurs) qui veulent justifier un tel acte de désespoir, il n’en reste pas moins que l’impensable se répand à nos pieds. Je le vois, je ne le crois pas. Comment est-ce possible. ? Comment est-ce pensable ? Ma mère me disait : « si tu te regardes trop longtemps dans la glace, tu vas voir le diable ». J’en ai fait l’expérience. Le diable se cache derrière notre propre image. A la fixer trop longtemps, nous effaçons le monde autour de nous. Le monde n’est plus. Il ne reste plus que l’image figée de notre visage derrière lequel se déploie peu à peu l’horreur d’un néant grimaçant dans les ténèbres  Notre image nous échappe. Elle flotte désormais sur un monde dépeuplé et navigue sur son ombre.  C’est maintenant Lucifer qui contrôle cette image. Il sort toujours fraîchement diplômé et bronzé d’une grande école de communication qui délivre des masters internationaux. Il a une Rolex au poignet et a tatoué sur son front : « celui qui n’a pas pu s’offrir une Rolex avant l’âge de 50 ans a raté sa vie. ». Les producteurs de lait ont fait appel à lui et ont signé du sang de leur désespérance au bas d’un parchemin.  Ce vendredi 18 septembre, le Styx est un grand fleuve blanc qui déverse ses millions de litres de lait. Au bord du fleuve, un enfant édenté médite, le crâne chauve et le ventre gonflé par le vide d’une écuelle qu’il tient au bout d’un bras décharné. Il se dit que la vie est un enfer où la folie blanche avance à la vitesse d’un cheval au galop.

Cependant, des ingénieurs ont inventé un système informatique pour optimiser le moment de la traite d’une vache. Ils ont inséré un capteur dans son pis, et dès que le lait est prêt à s’écouler, elle envoie un sms à son éleveur. Qui a dit que le monde allait de mal en pis ?

De retour

Dans Chronique des matins calmes le 15 septembre 2009 à 4:22
Photo Serge Guichard

Photo Serge Guichard

Sans doute l’escapade au milieu des cigales du dernier article fut-il un signe annonciateur d’un plus profond silence et d’un long marronnage loin de toute écriture. J’ai pris des vacances. Pas possible? Un écrivain prend des vacances? Mais si, mais si. J’en suis moi-même étonné. Plus d’un mois sans aller sur mon blog et y laisser un petit mot, une petite humeur. Oserais-je vous avouer que cela ne m’a pas manqué?  Sans doute la grosse fatigue contractée à Avignon y est-elle pour quelque chose, une sorte de grippe Avignonaise qui m’a cloué dans un transat avec la flemme comme compagne. Toujours est-il que l’écrivain en moi s’est fait la fille de l’air. Pas moyen de lui mettre la main dessus, trop accaparé par le temps qu’il fait. Bon les choses semblent s’être remises en ordre, et je vais pouvoir alimenter ce blog qui s’ouvre de nouveau dans le vent de l’automne. C’est tout pour aujourd’hui. That’s all folks.

La métrique des cigales

Dans 3- Spectacle vivant, Cahiers d'Avignon le 30 juillet 2009 à 11:09

img_0458J’ai lâché prise et j’ai quitté le four aux mille plateaux et le moulin à paroles de la Cité des papes qui fait farine de tout ce grain et cette ivraie qui se déverse tous les ans dans la fournaise de cette ville du théâtre. J’ai fui le temps d’une belle après-midi, las d’arpenter les rues étroites et tortueuses, les places écrasées de soleil, peuplées de buveurs de pastis, de bières, d’orgeat et de coca-cola auxquels je tends dans une indifférence aimable ou une feinte attention les cartons rouges sur lesquels s’affichent les visages d’Angela Davis et de Gerty Archimède. Las de jouer le vendeur à la criée : « Pas de prison pour le vent, messieurs et dames, ou 24 heures de la vie d’Angela Davis, une pièce mise en scène par Antoine Bourseiller, écrite par Alain Foix, tous les jours à 12h 40 au théâtre du Petit Louvre ». Las d’expliquer qui est Angela Davis, Antoine Bourseiller ou Gerty Archimède. Las de vanter l’histoire de ce huis clos de « 3 femmes de combat fendant l’armure en butte à un cyclone et un douanier imbécile et illettré » et d’inviter à lire au verso les extraits d’une critique élogieuse qui « porte cette pièce dans un vent favorable»,  las de cacher l’auteur Alain Foix derrière les lunettes noires de ce vendeur à la criée. Las de lire derrière certains sourires condescendants « tiens, encore une histoire de noirs » avant que le nom d’Antoine Bourseiller et le mot Comédie française ne fixe plus sérieusement leur attention. J’ai pris un dernier bain d’applaudissements, recueilli le miel tout frais des émotions d’un public secoué de « mots et d’émois » comme l’écrit Armelle Héliot, critique du Figaro, et puis j’ai pris mes jambes à mon cou sans oublier la caisse rouge sonnante et trébuchante des recettes (oui, je suis également caissier en plus d’être régisseur, psychologue du travail, gestionnaire producteur, taxi pour la compagnie, responsable de la communication, comptable, garçon coursier et parfois restaurateur) et je suis rentré en douce sur l’île de la Barthelasse où la compagnie a loué une agréable maison pour sa résidence avignonnaise. Me voilà seul, enfin, pour la première fois depuis un mois. Je goûte le vent qui passe dans les vignes et les tournesols et caresse mes cheveux, je hume l’odeur mêlée de conifère et de lavande. Caché à l’ombre d’un néflier aux feuilles d’un vert d’amande, mes yeux se laissent happer par le songe des feuillages troué par l’infini d’un ciel si bleu. Mon rêve se berce des cigales. Mon corps harassé, abandonnant toute résistance, se laisse emporter par les sens. Je suis un bateau ivre, je bois l’eau qui me berce, je bois comme un buvard toute cette nature qui veut s’écrire en moi. Je suis un grand silence, un rien dans cette grande mélodie du monde. Jamais je n’avais entendu ainsi toutes les nuances, toutes les flexions et tout le rythme de ce chant des cigales pourtant si familier. J’entends leurs canons et leurs répons et, de loin en loin, le tissage de leurs harmonies qui tapisse le paysage. Je découvre étonné que la poésie de ces insectes chanteurs s’écrit en octosyllabes avec césure, deux hémistiches : 1,2,3,4/1,2,3,4 comme celle du coureur de 110 m haies que je fus, mais en mode vivace.  Cigales coureuses de haies, chanteuses de haies, de toutes ces haies qui bordent ce grand jardin et protègent du mistral, qui chantent au ciel l’intense plaisir d’une solitude retrouvée. Cigales qui me soulèvent et me donnent de nouveau l’envie d’écrire. Une belle heure d’écriture, si douce, havre de paix.

Au loin la rumeur d’Avignon que m’apporte le vent. Il faut que j’y retourne. Plus que 2 jours. Il faut tenir.

Cigale

Dans Cahiers d'Avignon le 9 juillet 2009 à 11:55
Alain Aithnard se prend la tête en répétition (Photo Alain Foix)

Alain Aithnard se prend la tête en répétition (Photo Alain Foix)

Je m’en doutais un peu. On ne peut pas être à la fois dans l’action et dans l’écriture. Surtout si cette action vous prend tout votre temps et toute votre énergie. Une petite pose dans la fourmillère urticante (parfois) du festival d’Avignon et j’écris un petit mot pour que ma promesse d’écrire mes cahiers d’Avignon ne passe pour une promesse de Gascon. Hier, c’était la première de Pas de prison pour le vent. Belle première, public enthousiaste, promesse d’une traînée de poudre de bouche à oreilles maintenant que la mèche est allumée. Nous avons connu de belles galères, notamment la régie lumière qui se met en rideau juste avant que celui du théâtre se lève pour la générale. On a fait venir de toute urgence une nouvelle console flambant neuve. Mais les repères lumières avaient changé. Beau cafouillage à la générale. Inquiétude aussi pour Yane Mareine qui reprenait le rôle et qui se trouvait désabilisée. Rien pour calmer son angoisse et son trac. Elle a fait une performance absolument remarquable, un miracle dit Antoine Bourseiller. Elle campe une Gerty Archimède plus vraie que nature. Bon, nous reprenons dans une demi heure. Il faut installer les décors en 10 minutes. Je vous laisse.

Une dernière chose: ci-dessous l’article que j’ai écrit dans le journal Cigale distribué à Avignon.

Erasmus ou la folle utopie d’un cavalier d’Europe

Eloge du décentrement et de la crise

Il errait, le « rat errant » (Errans mus comme l’appelait avec mépris Luther son ex-disciple et ami). Il galopait Eramus Rotterdamus (Erasme de Rotterdam) par toute l’Europe, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest. Une course échevelée. La crinière folle de son cheval devait frapper au gré du vent l’écritoire qu’il avait fixé à l’avant de la selle. Il écrivait sur le mouvement ondulatoire de sa monture, sur le déferlement de son galop, l’écume de son garrot, et sur la danse des paysages. L’auteur de l’Eloge de la folie mettait une dernière main au manuscrit de Thomas More, l’ami qui attendait de l’autre coté du Channel. Thomas More  avec qui il avait imaginé l’écriture d’Utopia, ce lieu qui n’a pas lieu, et qui n’a pas de lieu (u-topos), qui n’est que déplacement, déport du réel vers l’imaginaire.  L’imaginaire, ce vaste lieu, infini du non-lieu rempli par le flux continu et les ressacs de l’imagination, ce non finito du mouvement, cette mer toujours recommencée et qui décoiffe sans cesse par son déferlement la chevelure  des plages de la conscience lissée par l’inertie et la paresse des évidences, baumes cosmétiques protégeant du réel les vérités fatiguées, les certitudes ridées. Utopia, une île hors de tout centre, qui est son propre centre, un espace excentrique, une folie abritant l’impensé, riant de la Raison constituée comme un rire de Silène douloureux et moqueur. L’imagination est mouvement, l’utopie sa destination. Et la folie déplace le philosophe, le dérange, le désaxe car elle est le lieu de la création, expression de l’original, sa pente, sa déclinaison d’où surgit le nouveau. C’est le clinamen de Lucrèce cet axe incliné du monde qui fait que tout n’existe qu’en se jouant de la verticale et se moquant du droit. Désaxer est toujours ouvrir l’espace d’un nouveau chant.

Et Erasmus écrit sur le cahot des routes nouant le fil de ses pensées par les carrefours et les chemins sans fin. Il rêve d’une perle baroque trouvée sous le sabot léger de son cheval. Une perle aux rondeurs imparfaites qui roule et danse et se créant un centre à chaque volte, magnifie la lumière par le prisme de ses imperfections. Une perle comme un individu à la fois unique et multiple. Il rêve de l’Europe, une utopie,  combinaison en une seule île de tous les horizons. Une perle qui roule, rolling stone qui chaloupe et rebondit à chaque aspérité du terrain, rendant hommage à la surface complexe du monde. Et c’est Shakespeare, fils spirituel de Thomas More qui la ramasse, l’élève à la lumière, y scrute les ombres de l’être et du non-être. Et c’est le fou qui parle encore entre Hamlet sur ses remparts et le grand rire profond des fossoyeurs car le haut est en bas et la bassesse parfois sur les hauteurs. Le monde ne tourne pas rond et la folie atteint les plus puissants, les esprits les plus droits et les âmes les plus claires. Iago a raison d’Othello, l’infâme Aaron révèle au plus profond de ses ténèbres, au cœur sanglant d’une immonde cruauté, une âme pleine de lumières. Au sein de la tempête, c’est la folie de Caliban qui est le parangon de la raison et sous les ors de Buckingham l’affreux boitement de Richard III bat une mesure de guerre au milieu de la ronde gracieuse d’un temps de paix. De Venise à Copenhague et de Prague à Stratford le grand maître du théâtre du Globe convoque au banquet de l’Europe toutes les parties de l’univers. L’Afrique, l’Asie et l’Amérique apportent sur l’espace agonique des scènes d’Europe les fruits incomparables et bariolés de la richesse du monde. Et c’est le personnage, l’individu universel et singulier qui en est l’hôte. Immense potlatch où chacun apporte ce qu’il a de plus précieux : lui-même.

C’est à ce riche banquet qu’au crépuscule de sa course effrénée rêvait le cavalier Erasme. Banquet d’Europe galante et conviviale dont la richesse se fonde sur la gratuité du don, c’est-à-dire du sens, partant, de l’humain qui ne peut être objet d’aucun commerce, et finalement de la Culture Culture comme perle sauvage, baroque et imparfaite en son essence et sa beauté et dont le non fini, l’inachèvement toujours recommencé, renvoie à l’infini du monde. Culture comme sol d’une belle Europe qui danse et ne s’assied à la table commune que pour parler de tous. Culture dont le centre est partout et la périphérie nulle part, qui roule et rebondit sans cesse sur l’indivis des actes, des situations, paroles et créations singulières comme autant d’accidents nécessaires qui font la vie en sa richesse. Une Culture toujours en mouvement pour que le bouillon tourné en multiples saveurs, ne se fige en grumeaux d’identités. Une Culture, pas des cultures, agie par des sujets dont la liberté bouscule l’inertie des communautés. Une Europe qui permet d’être soi en sortant de soi, se libérant des nous déterministes et des identités fermées.

Penser vraiment l’Europe, c’est penser la Culture qui convoque les nations comme forces d’agrégation de volontés individuelles, d’appartenances voulues, désirées et décidées par des sujets conscients et libres. L’Europe c’est donc le déplacement, le décentrement, et c’est la crise car elle ne peut qu’être utopie en marche, bousculant le réel, posant question aux nations, à toutes les identités qui doivent sans se renier affronter le vertige de leurs propres limites, de leurs imperfections mises en lumière. L’Europe des nations est un concert baroque où chaque instrument, chaque note et chaque timbre ne déploie son identité que dans la résonnance avec les autres. Il libère l’individu de la seule force agrégative de sa nation, crée une force centrifuge, l’ouvre à un ensemble plus large auquel il participe en apportant à la fois sa liberté de sujet et les particularismes de son paysage. Il met en valeur le fait que son identité n’est pas simplement expression de sa nationalité, mais l’ordre des choix individuels qui le font interprète irremplaçable de la partition du monde.

Erasme sur son cheval rêvait de l’homme en parcourant l’Europe, nouvel espace de liberté, mais aussi de responsabilité devant un monde se révélant indéfini. Planète en crise d’identité, une crise topographique et universelle où les vieilles nations enfermées dans leurs histoires devaient affronter l’éveil épistémologique d’une pensée en crise ouvrant le passage vertigineux d’un monde clos à l’univers infini selon le mot d’Alexandre Koyré. Et à l’horizon déjà la danse chaloupée d’une Amérique aux épaules découvertes, éveillant le désir, le besoin d’utopie. Une utopie violée car ce ne fut pas l’homme mais les nations, mais le commerce et la « profitation » qui fut l’objet d’une ruée vers l’or. Et Caliban, le noir, l’indien, l’étrange étranger, vit sa sueur et son sang échangés contre perles de pacotille sinon des coups de fouet. A ce banquet immonde, des nations chiffonnières en s’emplissant la panse au milieu des cadavres creusaient leurs propres tombes de leurs dents carnivores en se bombant le torse. Et leurs blasons d’identité redevenaient des oriflammes guerrières. L’Europe était de feu et de sang et son utopie remisée au rang de fable pour enfants.

Ce n’est qu’armes déposées au milieu de la ronde, que put de nouveau se danser la danse baroque d’Europe, décentrée, forcément décentrée par les danseurs eux-mêmes. Danseurs luttant avec toute la grâce nécessaire et toutes leurs distinctions contre la pesanteur et l’inertie de leurs nations, sol de leur élévation. Si cette danse est un rêve, alors, comme disait Nietzsche, rêvons le jusqu’au bout sachant qu’au milieu de la ronde comme dans le cœur de l’homme, il y a toujours ce boitement, ce diable dans la musique, un hideux Richard III dont le dessein, la raison d’exister, est toujours de transformer cette fête en une affreuse danse guerrière.

Le cadeau de Pandore

Dans Chronique des matins calmes le 4 juillet 2009 à 9:28

alain Foix,auteurPeut-être, me dis-je, que mon caractère indépendant vient du fait que je suis né un 4 juillet du côté des Amériques, mais cancer né sous les tropiques du cancer, vivant sous le 50° degré de latitude Nord, et pourtant casanier, je passe mon temps à remonter le temps, remonter en descendant vers ma source, en bas, saumon humain, voyageur pantouflard, plutôt pantouflard voyageur. Jamais en place et pourtant immobile. Les amis me disent qu’ils ne me voient pas bouger, et pourtant qu’est-ce que je remue. Je remonte le courant pour rester immobile. C’est un truc de famille. Ma grande tante Justine qui vivait à Saint Rémi les Chevreuse depuis l’âge de 40 ans, a plaqué son mari à son 100è anniversaire pour prendre, pour la première fois de sa vie, l’avion et retrouver son petit frère, l’oncle Félix qui bêchait encore son jardin sous le vent, ses grands yeux bleus plangeant dans la mer caraïbe comme tous les jours depuis 96 ans, et sa peau noire et lisse couverte de sueur faisant miroir au ciel. Elle est morte près de lui à l’âge de 106 ans et lui l’a suivi comme s’il l’attendait depuis toujours pour s’en aller ensemble. Ma grande-tante Emilie Perrinette que tout le haut de Basse-terre appelait Tata, a gardé sa jeunesse et peut-être même son pucelage pendant 77 ans puis décida d’entrer en vieillesse en se mariant avec Fanfan, le docker du Port, musclé encore comme un athlète malgré son litre de rhum quotidien, et qui lui faisait sa cour depuis plus de 40 ans. Une fois marié, Fanfan mourut d’une cirrhose. Peut-être avait-il atteint le but de sa vie. Tata le suivit peu de temps après. Elle s’ennuyait tellement sans son Fanfan, son éternel prétendant. Et puis, ma grand-mère Estelle que tout le monde du côté de Campêche, anse-Bertrand appelait maman Telle depuis que tout petit j’avais décidé de l’appeler ainsi. Rescapée d’une grande fratrie centenaire, elle souffla ses cent bougies aux côtés de sa petite soeur de 96 ans en récitant par coeur le plus long poème de la langue française: “la mort de Jeanne d’Arc” de Charles Péguy appris sur les bancs de l’école communale. Et mes yeux émerveillés voyaient bien deux jeunes filles qui récitaient par coeur leur si longue récitation, en un français éclatant ressorti sous des décennies de créole quotidien. Maman Telle pria alors quotidiennement le Bon Dieu qu’il vienne le chercher. Elle se sentait vieillir et ne supportait pas la vieillesse. Il vint effectivement le chercher après un an de prières. Alors, que sonne l’heure de mon anniversaire, peut me chaut, je reste immobile en écrivant dans le courant. Je bois et respire la langue française, j’y nage comme un saumon car c’est elle qui est la mesure du temps qui m’alimente et qui me porte. Je suis écrivain parce que je ne veux pas vieillir sans l’avoir décidé. Mon grand ami et néanmoins excellent dramaturge Jacques Guimet, me dit un jour alors que nous regardions ensemble depuis ma terrasse les rouleaux de la mer Caraïbe: “Alain, je crois que tu as un problème entre Prométhée et Epiméthée”. Je le regardai étonné et lui dis enfin: “Personne ne m’avait encore qualifié de façon si exacte”. Prométhée vole le feu et va toujours à l’avant du présent. Epiméthée, son frère jumeau, mari de Pandore, est au contraire celui qui remonte le temps, qui garde les valeurs anciennes, gardien de la tradition. Alors tous les 4 juillet, lorsque Pandore, qu’on appelait également Anésidora « celle qui fait sortir les présents des profondeurs »   m’apporte son coffret cadeau, je fais le point et me demande où je me trouve encore exactement entre ces deux là.

Culture et identité nationale en débat à Avignon

Dans Chronique des matins calmes le 2 juillet 2009 à 12:53

Mercredi 15 juillet : 11 h Théâtre des Halles, le Collectif Culture du PCF organise un débat sur le thème “L’identité nationale peut-elle fonder un projet culturel ?”  Débat avec Thierry Fabre, écrivain, animateur des Rencontres Averroës, Alain Foix, philosophe, dramaturge, Mohamed Kacimi, écrivain, dramaturge, Pierre Laurent, coordinateur national du PCF, Michèle Riot-Sarcey, historienne. Modérateur, Alain Hayot.

Question sensible par excellence.

Sur le même thème de l’identité nationale, j’ai écrit un article commandité par le journal L’humanité  que je vous livre ci-dessous (paru samedi 27 juin):

Histoire de l’esclavage et identité nationale

L’histoire officielle retient que la première abolition de l’esclavage fut décrétée le 4 février 1794 par la Convention qui dépêcha Victor Hugues aux Antilles pour l’y faire appliquer. Les békés martiniquais ayant livré l’île aux Anglais, il ne put débarquer qu’en Guadeloupe. Mais le 16 juillet 1802, Napoléon fit rétablir l’esclavage qui ne fut aboli que le  27 avril 1848 à l’instigation de Victor Schœlcher. Mais cette histoire passe curieusement sous silence le 29 août 1793, date de la toute première proclamation d’abolition promulguée par Sonthonax, envoyé par la Convention à Saint-Domingue pour y faire régner l’ordre républicain. Se trouvant alors sous les feux croisés des colons français, des Anglais et des Espagnols, il n’eût d’autre recours que de faire appel à Toussaint Louverture, leader des esclaves révoltés devenu général de l’armée espagnole, en lui promettant l’abolition de l’esclavage contre son ralliement à la République. C’était la seule carte à jouer pour conserver à la France ce pays de cocagne, véritable grenier de la France qui représentait une valeur économique telle que Robespierre, au nom de l’intérêt suprême de la Nation, avait combattu toute idée d’abolition de l’esclavage. Et c’est contrainte et forcée que la Convention signa le décret de 1794.

Toussaint Louverture, après s’être retourné contre les Espagnols, devint alors général en chef de l’armée française de Saint-Domingue puis, ayant pacifié l’île, gouverneur de cette colonie. Dès lors Napoléon voulut en reprendre une totale possession en rétablissant l’économie esclavagiste. Mal lui en prit car Toussaint Louverture par une résistance acharnée réussit à vaincre la plus grande armée du monde et 1er Janvier 1804, Dessalines, son bras droit, déclara Saint Domingue devenue Haïti, indépendante.

Ainsi, le troisième terme de la devise républicaine, Fraternité, conquis de haute lutte, ne fut ajouté qu’en 1795 au binôme Liberté-Egalité après que Louverture ait envoyé à l’Assemblée nationale trois députés : un blanc, un mulâtre, un noir représentant Saint-Domingue, part alors intégrante de la nation française. Fraternité maculée dès 1802 par la marée noire coloniale qui, dans les faits et dans les esprits, posait une tache sombre sur la devise républicaine.

Cette tache demeure malgré la décolonisation dans les esprits, l’organisation sociale, économique, et les lois coutumières de la société française. N’est-il pas long et laborieux de décontaminer une construction ou une usine ayant beaucoup servi ? C’est ainsi que les noirs, mais aussi les ressortissants des anciennes colonies paient encore l’impôt de la couleur, c’est-à-dire une dévalorisation de leurs droits d’accès à l’égalité citoyenne par le travail et le statut social. La loi ne suffit pas s’il n’y a pas un véritable travail de l’histoire, du savoir, de la réflexion critique, et d’éducation sur la condition historique de citoyens français d’une république une et indivisible qu’on appelle à tort les minorités.  Si le 10 mai on s’en tient à la seule date de 1848, on s’interdit en pleurant, de comprendre en quoi le commerce triangulaire fut la pierre angulaire d’une colonisation des terres et des esprits dont les effets se font ressentir jusqu’aujourd’hui. Cette date de commémoration doit être un moment de réflexion sur l’identité française et sa construction à travers l’histoire de la République. Elle ne concerne pas seulement les noirs mais d’abord et avant tout les fondements de notre unité et identité républicaine. Ce que nous dit l’insurrection sociale née en Guadeloupe cet hiver sous l’impulsion du LKP, est que cette histoire n’est pas close. On feint de croire que ces événements sont le produit d’une simple particularité des outres-mers, alors qu’ils concernent le fonctionnement général d’une nation en mal d’identité qui n’a pas réglé son histoire coloniale.

Lorsque Toussaint envoya à l’Assemblée nationale les trois députés représentant les trois couleurs de Saint-Domingue, il signifiait à France la réalité colorée de sa république. Mais il savait, en vieux guerrier, que le combat à venir était plus long que ses neuf années de guerre pour la reconnaissance des droits de tous à la liberté, l’égalité, la fraternité. Distinguer le combat des noirs et autres dites minorités à la lumière de lois et manifestations mémorielles sans les intégrer dans l’unité réflexive d’une nation en marche, c’est en quelque sorte trahir ce « Spartacus noir » qui mena la révolte des siens pour l’intégrer dans une révolution qui restitue la République à elle-même et la réconcilie avec son esprit même.

Alain Foix

Avignon ouf

Dans Cahiers d'Avignon le 1 juillet 2009 à 10:40

-          T’as une doublette ?

-          Euh ! C’est quoi une doublette ?

-          C’est comme une triplette, mais à deux branches.

-          Ben… euh ! Non, je n’ai pas. C’est grave ?

-          Ca ne fait rien, on va en piquer une à une compagnie, y en a tripette, des doublettes.

Et  voilà  Fabrice le régisseur qui pioche dans un tas de câbles jetés pêle-mêle sur le sol.

-          Eh les gars, va falloir penser à finir de marquer  votre matos. Tiens, Alain, pour toi ça va être orange et bleu. Voilà du gaffeur (et il me tend des rouleaux de scotch de couleur orange et bleu)

-          Merci (je transpire à grosses gouttes. La chaleur matinale dans cette cour pourtant ombragée du théâtre du Petit Louvre sans doute, mais surtout le stress qui, malgré l’ambiance chaleureuse et bon enfant, court subrepticement sur toutes les échines. Allez, encore un verre de jus d’orange et trois tasses de ce café noir généreusement mis à disposition des compagnies qui s’apprêtent à partager la chapelle, grande salle de ce beau lieu d’Avignon  off, pendant tout un mois)

-          Et tes gamelles là ? C’est quoi ? (Il me montre les projecteurs que j’ai déposés à même le sol sous le gril disposé au-dessus de la scène et qui déjà s’habille de câbles et de spots)

-          3 mille et cinq 500 (ça, je connais, c’est la puissance des projecteurs que m’a généreusement prêté un théâtre parisien)

-          Bon, alors faut y mettre les colliers et les élingues

-          C’est quoi les élingues ? (zut ! encore collé)

-          Les câbles de sécurité en cas de décrochage. Tu sais poser les colliers sur les gamelles?

-          Ben… non

-          Bon laisse, je vais faire. Tu as des gélatines ?

-          Oui

-          Quelles couleurs ?

-          Bleu nuit, ambre, vert et rouge

-          Tu les as là ?

-          Euh non, je les ai laissées dans ma chambre. C’est urgent ?

-          Pas grave, on verra ça le 2 juillet, au réglage avec  Mr Antoine Bourseiller. Eh ! Quelqu’un sous l’échelle ! Faut pas le laisser seul perché là-haut. Maintenez-moi cette échelle !

Je jette un œil inquiet au technicien perché en haut de la grande échelle à une hauteur vertigineuse au-dessus de la scène. Il accroche un des multiples projecteurs personnels qu’ont apporté les compagnies pour compléter selon les besoins spécifiques d’éclairage de leur mise en scène l’ensemble mis à disposition par le théâtre. Tiens, justement, voilà Antoine Bourseiller qui vient vers moi, moustache frémissante, demi-sourire en coin. Sa silhouette légère se profile devant un de ces innombrables portraits de Gérard Philipe peints en fresque sur les murs de la ville et les cours des théâtres qu’il hante en fantôme bienveillant. Il semble heureux d’être là, toujours là, bien vivant, jeune, toujours jeune et encore en action dans ce festival dont il a, il y a déjà bien longtemps, essuyé les premiers plâtres aux côtés du fantôme bienveillant.

-          Quel boulot ! me dit-il, admiratif en regardant l’essaim de techniciens en action. Tout est millimétré. Ca va être serré. Tu crois qu’on aura le temps d’installer et de défaire le décor en un quart d’heure pour laisser la place à la compagnie suivante ? Peut-être qu’il ne faudrait pas installer le sol en altuglas et jouer sur le tapis de sol noir.

-          Oh ! non ! Ne me dis pas que j’ai trimballé depuis Paris ces 150 kg de lais d’altuglas pour rien. Et puis ce serait dommage m’insurgé-je.

-          Tu as raison. On va essayer comme ça. Mais il faudra se faire aider.

-          J’espère que la pièce ne va pas déborder l’heure et quart que nous avons annoncé. Je n’aimerais pas avoir à couper dans le texte. Ce serait un casse-tête.

-          Non, ne t’inquiète pas, ça ira.

-          Attendons de voir les répétitions.

-          Oui, allez, on n’a plus rien à faire ici, on se revoit le 4 pour les premières répétitions.

Le voilà reparti de son pas étonnamment léger pour un homme de 77 ans. Il semble pressé d’aller retrouver à Arles sa fille Marie Sara, la fameuse toréra française, son autre bain de jouvence avec le théâtre.

Michael Jackson est mort, les statistiques ethniques aussi

Dans Chronique des matins calmes le 26 juin 2009 à 8:42

photo_2313_460_260_51554En voilà un, l’homme gris comme l’appellent les Inconnus, qui aurait échappé aux statistiques ethniques comme il a toute sa vie échappé à toute identification extérieure à sa personne même. C’est l’artiste absolu, l’individu qui finit par se confondre avec son œuvre même. On est ce qu’on fait et non ce que l’on dit ou l’on se dit être. Voilà la leçon laissée dans le ciel universel de cette comète qui a illuminé nos nuits noires, nos nuits blanches. Comète dont la queue tire au 21è siècle les illuminations des sixties dont elle est issue. Voilà l’homme qui a grisé toutes les couleurs de l’arc en ciel humain est la faisant danser un pas, le moonwalk, créé à partir du shuffle-step, un pas inventé par les esclaves noirs auquel on avait interdit de danser. Le shuffle-step (pas frotté) et le stomp-step (pas frappé) sont à l’origine des subterfuges géniaux qu’ont trouvé les noirs pour danser en bafouant les négriers. Pourquoi ? Parce que selon les critères  occidentaux, traîner les pieds ou marcher lourdement en les frappant au sol n’entrait pas dans le lexique permettant d’identifier l’acte de danser. Ces danses se jouent donc du concept, des cadres d’identification canoniques. La danse comme la création en général, la vraie, est toujours détournement, acte de déjouer en jouant. C’est pour cela aussi qu’il est resté enfant, Michaël. Un artiste qui va jusqu’au bout de lui-même. Alors, il est amusant de constater qu’au même moment, celui qui ne sait pas danser sinon avec les concepts détournés à des fins politiques et qui se rend aux Antilles, une des sources du jazz, admet que le problème des inégalités sociales ne peut pas être réglé par l’indentification des individus dans des catégories raciales, mais par la lutte contre les sources de l’inégalité qui ne sont pas fondamentalement ethniques mais sociales et économiques.

Sur le pont d’Avignon

Dans 2.4- Théâtre le 24 juin 2009 à 12:01

A quelques jours du départ pour Avignon, c’est le branle-bas de combat. L’équipe entoure la nouvelle venue, Yane Mareine qui a courageusement relevé le défi de reprendre en peu de temps le rôle pivot de Gerty Archimède. C’est un bonheur de la voir entrer dans le rôle, chercher son personnage pour l’incarner avec justesse. Intéressant d’autant plus que ce personnage réel, je l’ai bien connu puisque c’était ma tante et que je la vois peu à peu revivre et investir le corps et l’esprit de cette belle comédienne qui semble avoir le même tempérament naturel, la même force de persuasion, le même type de charisme et d’autorité que la personne qu’elle incarne. J’observe Antoine Bourseiller au travail. C’est toujours un vrai plaisir de voir ce sculpteur de la scène s’emparer de la matière du texte et modeler avec rigueur et précision le jeu de l’acteur qui, emportant ses qualités et son interprétation personnelle, se laisse littéralement prendre en mains par le maître. Celui-ci en  profite pour mettre une nouvelle touche à sa mise en scène, cherchant les déplacements et les actions les plus justes, les plus signifiants, les plus propres à éclairer le texte et la dramaturgie. Le crû d’Avignon promet d’être riche. J’aime aussi observer la manière dont l’équipe peu à peu inscrit la nouvelle venue dans le groupe et dans la partition. Le théâtre est un lieu de solidarité et de conflits où se joue l’humain en sa totalité. En quelques années, nous avons formé, à travers ce spectacle et quelques actions un véritable esprit de troupe, et cela me plaît. Je ne résiste pas à présenter, même succintement, chacun de ces artistes qui vont participer à la fournaise théâtrale d’Avignon:

Antoine Bourseiller met en scène

Bourseille-AntoineMetteur en Scène de théâtre et d’opéra, auteur de pièces dramatiques, comédien, directeur de théâtre, fut aussi ami de Jean Genet dont il a monté Le Balcon et Le Bagne. Il est un des découvreurs d’auteurs du théâtre contemporain. Chevalier de la légion d’honneur et Commandeur dans l’ordre des Arts et des Lettres. Il a dirigé dans ses mises en scène Danielle Delorme, Edwidge Feuillère, Maria Casarès, Suzanne Flon, Christine Fersen, Annie Decaux, Anna Karina, Sami Frey, Yves Robert, Jean-Paul Roussillon, Serge Reggiani, Pierre Richard, Chantal Darget, Fanny Ardant, Jean-Louis Trintignant, Roland Bertin, Henri Tisot, Jean-Paul Farré, Jean Pierre Bisson…

Yane Mareine joue Gerty Archimède

Tatie 083-1

Comédienne et chanteuse. Elle s’est formée au métier de comédienne aux cours Charles Dullin à Paris, puis a multiplié les masters class, entre autres avec le maître Grotowski. A partir de 1979, elle joue en Allemagne des rôles du répertoire classique, notamment  Hélène de Troie, qu’elle interprète entièrement  en  langue allemande. Dès lors, elle jouera dans divers théâtres d’Europe, enchaînant de nombreuses  créations  sous la direction notamment  de Jorge Zuluetta, Jacobo Romano, Astor Piazzolla, Yves  Jansen. Elle inscrit ses choix théâtraux dans une véritable exigence du théâtre de texte

Sonia Floire joue Angela Davis

sonia-floire1Elle a été formée à la classe libre du cours Florent puis au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique (CNSAD) par Philippe Adrien, Dominique Valadié, Gilberte Tsaï, Caroline Marcadé, Christian Benedetti, Daniel Mesguich. Au cinéma, elle a joué dans « Les amants reguliers » – Réalisation Philippe Garrel et dans « Une famille très ordinaire » – Réalisation Julius Amédée-Laou.Au théâtre, elle a joué notamment dans « Un songe, une nuit d’été » d’après Shakespeare – mise en scène par Pauline Bureau, « Dom Juan » de Molière – mise en scène Jacques Osinski et « Sur le vif (2) Le gai savoir » – mise en scène Gilberte Tsaï.

Mariann Matheus joue Soeur Suzanne

mariann-mElle a joué au Théâtre du Campagnol Mémoires d’Isles, de Ina Césaire, mise en scène Jean-Claude Penchenat, pièce pour laquelle elle collabore à l’adaptation de récits transmis par des femmes âgées des Antilles.

Puis, « La Bonne âme de Se-Tchouan » (rôle principal), adaptation en créole du texte de Brecht, mise en scène Pierre Vial à Fort-de-France, au Centre dramatique de la Soif nouvelle. En 1987, « Ton beau capitaine » de Simone Schwarz-Bart, mise en scène S. Cave, en Guadeloupe, et reprise au Théâtre National de Chaillot. En 1991, « La Tragédie du Roi Christophe » (rôle du conteur-chanteur), de d’Aimé Césaire, mise en scène Idrissa Ouedraogo à la Comédie- Française et « Grand Hôtel » (rôle principal), pièce de V. Placoly, mes de Y. Labejof, pour les Rencontres Caraïbéennes de Théâtre au C.M.A.C à Fort-de-France. Parallèlement au théâtre, Mariann Mathéus poursuit son travail musical pour « revisiter » la tradition dont elle est issue.

Alain Aithnard joue Joachim

aithnard2Comédien et musicien, Alain Aithnard est un habitué des grandes scènes et joue régulièrement avec de grands metteurs en scène comme Jacques Nichet (Combat de Nègre et de Chiens de B.M. Koltes -2003, La Tragédie du Roi Christophe (Aimé Cesaire,1997 ), Joël Jouanneau (Madame, on meurt ici -2002, Mamie Ouate en Papouasie – 2000, Les Dingues de Knoxville-1999 Gaucheuppercut- 1996, La Main Bleue-1998, L´Aigle À Deux Têtes-1998, Le  Marin perdu en mer -1990, Pierre Beziers (Les Lettres Perdues d´Honoré Bonaventure de jean Cocteau – 2000, BELOVED OU LA MEDEE DU 124 d´apres le roman de Toni Morrison), Richard Demarcy (LES Rêves de Lolita et Laverdure 1992, POUR VOUS Lucio Mad -1987, L´Etranger dans la Maison 1982, Voyages d´Hiver,-1986, ALBATROS-1984), Gabriel Garran (Le Destin Glorieux du Maréchal NNIKKON NNIKKU de tchicaya U’Tamsi-1987, PARCOURS (d´apres Sur le Chemin des glaces de Werner Herzog)-1981, Disparitions (d´apres les textes de Lewis Caroll)- 1979), Jean Paul Wenzel (Garance SPARDAKOS d´après le roman Spartacus d´Arthur Koestler-1975, LE MANDAT (d´après le roman de Sembene Ousmane)…

LE RETOUR DE LA RACE

Dans Pas de catégorie le 23 juin 2009 à 10:12

La CARSED (Commission alternative de réflexion sur les « statistiques ethniques » et les discriminations) composée de philosophes, scientifiques, anthropologues, sociologues, statisticiens et dont je fais partie, présentera le lundi 29 juin, à 10 heures, à l’Amphithéâtre de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, 105 Bd Raspail 75006 Paris son rapport publié et intitulé LE RETOUR DE LA RACE.

En voici la table des matières et l’avant-propos:

Introduction et Propositions

Veut-on une République communautariste ? Élisabeth Badinter

L’ethnicisation des rapports sociaux en France.
Réalité objective ou représentation « intéressée »
du corps social Jean-Loup Amselle

Vous avez dit « ethniques » ? Ou de la nécessité d’examiner le terme d’un peu près, Jean-Pierre Dozon
Les « statistiques ethniques »ou la science et les scientifiques victimes d’une conjecture du mouton du Petit Prince, Athanase Bopda
La mal-mesure des « races » Critique de l’usage inconsidéré des catégories de couleur, Jean-Luc Bonniol
« Diversité » Le piège des mots, la dérive des idées, Michel Giraud
Les recensements comme instrument politique (un bref aperçu des exemples étrangers) Elena Filippova
Diversité des classifications,richesse des histoires et des territoires, Alain Blum
Les classifications se suivent mais ne se ressemblent pas, Hervé Le Bras
Peut-on promouvoir les statistiques ethniques sans référentiel et sans impliquer la statistique publique, notamment le recensement ? Stéphane Jugnot
Chronique de discriminations annoncées. L’enquête Trajectoires et Origines, France Guérin-Pace
L’obsession différencialiste. L’alibi de l’enquête statistique, Collectif
Face aux discriminations. Pour une poursuite des recherches engagées, Jean-Luc Richard
Spécificité de la perception des discriminations en France, Roser Cussó
Technique, science, éthique, politique. Les enjeux du débat sur la mesure de la « diversité », Maryse Tripier
Évanescente diversité, Véronique De Rudder & François Vourc’h

AVANT PROPOS

La Commission alternative de réflexion sur les « statistiques ethniques » et les discriminations : Une initiative indépendante et scientifique

Un Comité pour la mesure et l’évaluation des discriminations et de la diversité (COMEDD), nommé par Yazid Sabeg a été mis en place le 23 mars 2009. Selon sa lettre de mission, il est en charge « d’identifier, d’évaluer et de proposer les catégories d’observation mobilisables, dans le cas de la France, pour la mesure et l’évaluation de la diversité et des discriminations ». Il doit répondre au souhait du Président de la République de disposer d’outils qui « reposent sur des méthodes incontestables », définis, « dans un esprit de dialogue, avec l’appui de la communauté scientifique et statistique ». Fort bien, mais la mesure de la répartition ethnique de la population vivant sur le territoire français, car c’est de cela qu’il s’agit, a suscité depuis plusieurs années de vifs débats tant dans la communauté scientifique qu’au sein de la société civile. Or la composition du Comité Sabeg les ignore : aucun scientifique opposé à la mise en place de statistiques ethniques ou simplement dubitatif sur leur utilité n’en fait partie. Il néglige par ailleurs la plupart des

disciplines travaillant sur la discrimination : en particulier n’y figure aucun anthropologue, aucun historien, aucun géographe, aucun philosophe. Pire, alors qu’il prétend délivrer un avis scientifique, il ne comprend qu’une petite

minorité de scientifiques, partageant de façon ostensible le même avis, en compagnie d’une majorité de représentants d’associations, de grandes entreprises ou d’institutions. Le choix des membres du COMEDD semble avoir été motivé par le seul critère d’une position ouvertement favorable aux statistiques ethniques. L’idée même d’une politique publique écrite sous la dictée des scientifiques relève, au mieux, de la naïveté, au pire, du cynisme. Le rôle des scientifiques n’est pas de produire des « méthodes incontestables », ni d’imposer des choix de société, mais de clarifier les enjeux et conséquences des choix possibles avant qu’ils soient soumis à une discussion publique et démocratique. Dans sa lettre de mission, Yazid

Sabeg veut faire croire que la « science », représentée par quelques partisans de la mesure de l’ethnicité, peut apporter une solution miracle à la discrimination en trois mois de discussion. Nous ne sommes pas dupes. C’est pourquoi nous avons décidé de créer une « Commission alternative de réflexion sur les « statistiques ethniques » et les discriminations » (CARSED). Composée de scientifiques parmi lesquels des anthropologues, des historiens, des juristes, des géographes, des démographes,

des sociologues et des philosophes, la CARSED a abordé des questions essentielles  la lutte contre les discriminations passe-t-elle nécessairement par la définition brutale

d’identités ethniques et raciales qui aboutiront inéluctablement à la constitution artificielle de minorités fermées et rivales ? Ne faut-il pas privilégier des études ponctuelles en profondeur qui scrutent les modes de discrimination, les discriminateurs et les discriminés pour en comprendre les motifs, et proposer des moyens d’action concrets ? Que valent les expériences étrangères quand on les replace dans leur contexte historique et social ? Quelles sont les attentes

des entreprises, des associations et des institutions ? Une ou deux fois par semaine depuis le début du mois d’avril, la CARSED a débattu autour d’exposés de ses

membres et auditionné des acteurs de la société civile concernés par la discrimination. Le présent ouvrage livre la synthèse de ses travaux. Pour y parvenir, il était important de se tenir à distance du politique. Dans cette optique, la CARSED a fonctionné en dehors de toute institution et sans financement. Le débat sur des questions de sociétés qui concerne chacun d’entre nous doit se dérouler en

public, et non dans un cénacle d’experts ou prétendus tels par la grâce du prince. Les textes qui suivent proposent de véritables alternatives aux politiques actuelles de la diversité, des alternatives en profondeur qui prennent au sérieux la montée des inégalités au lieu de se livrer à des gesticulations cosmétiques dont le seul effet risque d’être une racialisation de la France.

Vénus et Adam (teasing)

Dans 2.4- Théâtre le 20 juin 2009 à 12:16

Lundi 22 juin, 20h au théâtre Darius Milhaud à Paris, lecture de Vénus et Adam.

Voici un petit extrait de la pièce (l’entrée) à mettre en bouche:

VENUS ET ADAM

1

Noir, musique comme un générique. Lumière progressive sur une scène nue ou presque, un plateau de télévision. Un personnage, le journaliste, entre et vient à l’avant-scène. Il s’adresse à une caméra. Son image est projetée en fond de scène comme chaque intervention filmée dans cette scène.

Le journaliste : A quoi ça tient la paix ! Juste une question de lumière. Un œil distrait qui se détourne, un petit crachin, du vent faisant friser la chevelure du fleuve, et ça passait pour l’ombre filante d’une mouette rieuse. Encore un peu de brume et moi je continuais comme chaque matin à mâchouiller tranquille mes œufs brouillés les yeux perdus dans la Tamise. Un petit peu de brume et on dormait tranquille sans ce morceau de bois flottant à l’air insignifiant, qui vient gâter notre sommeil.

Ce 21 septembre 2001, le monde avait de quoi s’occuper et c’est au ciel qu’on regardait l’enfer. Mais il y a toujours des gens qui gardent la tête baissée, qui ne veulent rien savoir, qui rêvent au fil de l’eau. Au tout début, ça n’avait l’air de rien. Un petit matin d’automne comme Londres les aime bien. Blanchâtre, clairet et tristounet comme le thé tiède d’une vieille rombière, avec un vent frisquet qui vous ramène des feuilles mortes, des petits bateaux sur l’eau. Elles voguaient en rangs serrés sur la Tamise en frissonnant vers le grand large. Qu’est-ce qu’on avait à faire de ça ? Un bout de bois flottant au fil de l’eau. Ce n’était rien d’autre que rien, du genre non-événement. Un truc qui aurait pu passer incognito devant les yeux indifférents de l’univers. C’était pas fait pour être vu. Un truc intime qui ne regardait que ceux qui l’avaient fait. Un truc communautaire, un truc vicieux en cercle fermé. Eh bien voilà que ça s’étale en plein mitan du jour, dans les journaux, à la télé, dans tout ce qui parle et qui se lit et c’est l’écho du monde, tiré aux quatre coins. Jusqu’à New-York, jusqu’à Pékin, Paris, Johannesbourg ou Istanbul. Et moi qui suis journaliste, un envoyé spécial, je vis tranquille à Londres et j’écris pour Paris. Je suis contraint de mettre les mains dans cette horreur. Mon Dieu oui, cette horreur. De la décortiquer et de la découper, et mon stylo est un scalpel qui a l’odeur du sang, qui va fouiller profond, qui a pris goût à ça. Ma main est comme un chien sauvage. Elle fouille, elle fouille, elle gratte, elle gratte car l’opinion réclame, car l’opinion a faim.

Voix off : coupez !

Noir, sur l’écran du fond de scène, le journaliste sur fond d’images d’eau, de fleuve et de brouillard, musique. Un autre personnage entre. On aperçoit juste sa silhouette sur le fond d’images qui suggèrent un ambiance londonienne. Il s’adresse au public.

Le détective: Que voulez-vous ? on a besoin, des journalistes. Enfin, maintenant bien plus qu’avant. Avant, c’était plus simple. C’était un jeu d’enfants. On coursait les voleurs et ils nous couraient après. Les assassins passaient à table et eux mangeaient les restes. Fallait faire attention à ne pas laisser de bons morceaux parce qu’ils étaient sitôt lâchés à la grande meute et ils partaient hurler à tous les vents. Maintenant, ils font partie de notre métier. On nous apprend à faire avec, à les utiliser. Un journaliste bien dressé, ça vous en ramène des trucs et des pas clairs. Non, non, je plaisante. Oui, bien-sûr, c’est ça, je ris jaune, comme ils disent mes collègues, toujours très spirituels. Il ne faut pas croire, il n’y a pas que des gentlemen à Scotland Yard. Y a plein de rigolos. Au début, ils rigolaient, c’était comme un réflexe. Ils se marraient comme des gorets, après, ils riaient jaune et je riais avec. Dans ces cas là, on est bien tous pareils.

Voix off : on tourne !

Le journaliste (à la caméra) : Ce bout de bois flottant, c’était du bois d’ébène. Du bois qu’on entassait dans des silos flottants bien attaché à de grosses chaînes. Parce que ce genre de bois sauvage, ça remuait dans le voyage. Ca ne bougeait pas seulement, mais ça criait, mais ça mordait et ça pleurait. Du bois vivant avec des yeux exorbités, des jambes faites pour courir, des bras pour étouffer, des mains pour étrangler. Eh oui, du bois d’ébène. Mais celui-là, qui se baladait dans la Tamise, et qui aurait bien pu tomber d’un des navires du temps passé, ce n’était rien qu’un tout petit bout de bois. Quarante ou cinquante centimètres à peine. Oh, presque rien ou pas grand-chose. Il n’avait rien en soi de dangereux. Pas de dents pour arracher le nez, pas d’œil pour effrayer, pas de voix et pas de cri. Pas de jambes pour maronner et se carapater. Pas même de mains pour étrangler. Il n’avait rien. Rien. Juste un tronc, un petit tronc. Un tronc sans branche, avec rien qui dépasse. Tout lisse.

Voix off : coupez !

Le détective (au public) : Ce rire nous faisait mal, il nous serrait les tripes à dégueuler. C’était de l’humour noir. On est œcuméniques dans la police (il pouffe). Et l’autre qui la ramène : « pas même moyen de lui mettre des menottes » (il contient un fou-rire). Ah oui, je vous jure, on rigole bien dans la police. Ca fait passer l’angoisse.

Le journaliste (au public hors caméra pendant que la caméra filme le détective)

Un tronc humain, mon dieu. Un tronc humain. Sans tête, sans bras, sans jambes. Un tronc d’enfant. C’était… presque un bébé. Emmailloté au fil de l’eau, juste habillé d’un short orange. Un petit Moïse mais sans berceau. Mais c’était quoi, Bon Dieu. Mais c’était quoi sa terre promise ?

Le détective (à la caméra) : Quel Hyde ? quel Jack ? quel éventreur ? Pour quel mobile ? sur un enfant ! un truc sexuel, de pédophile ? Un crime raciste ? On en voit plein. Mais pas comme ça. Ca, c’est pas du racisme ou alors, sauce martienne bien pimentée, un gars qui en a contre toute l’humanité. On a même pensé à un déchet de trafic d’organe. Mais pourquoi jeter ça dans la Tamise, pourquoi le vider de tout son sang, bien le nettoyer à l’intérieur comme un poisson de court-bouillon et l’habiller d’un short orange ? Parce que le môme, c’est sûr, quand on l’a égorgé, il n’avait pas sur lui de short orange. On lui a mis le short après. Le sang était à l’intérieur.

Voix off : coupez !

Le journaliste (toujours hors caméra) : Mais c’était quoi sa terre promise ? Il allait où ? Il venait d’où l’enfant de l’eau, le petit poisson? Quelles étaient ses attaches ? A qui accrochait-il ses petits bras? Quels seins lui donnaient la tétée, l’enfant sans tête ?

Voix off : ça tourne !

Le détective : (à la caméra) : Mais plus le temps passait, et moins ça rigolait. Petit à petit, on voyait bien que les regards ne se croisaient plus, on évitait de se parler en face de peur de voir sur nos visages les plis des draps froissés.

Voix off : coupez !

Le journaliste :( hors caméra): Il venait d’où l’enfant de l’eau et c’était quoi sa terre promise ?

Le détective : (à la caméra  pendant que le journaliste s’apprête à se faire filmer)

L’enfant sans tête nous grignotait nos nuits et nous mettait dans l’embarras. On ne savait plus quoi faire de lui. Une armée de sans-papiers à côté de ça, c’est de la plaisanterie. C’est qu’il revendiquait, de jour en jour un petit peu plus de place. C’est qu’il manifestait dans son silence. Mais pas moyen de l’expulser. Aucune identité, aucune adresse, pas de destination. Drôle de colis. Ca nous est tombé dessus. Drôle d’héritage. Un petit paquet de chair que nul ne réclamait.

Le journaliste (à la caméra, avec un autre ton) : Il allait où, il venait d’où, quelles étaient ses attaches?

De l’utilité de la philosophie

Dans Chronique des matins calmes le 19 juin 2009 à 12:42

alain Foix,auteur

Aujourd’hui, grand jour. Les postulants au baccalauréat ont planché sur la traditionnelle épreuve inaugurale de la philosophie. Par quel miracle cette discipline persiste-t-elle encore dans le cursus de nos lycéens? En ces temps bien sombres du sophisme galopant où certains politiciens ont tendance à prendre des libertés avec la langue et le concept, où ce dernier fait l’objet d’une gadgétisation sans précédent, où la pensée unique, c’est à dire l’absence de pensée, la contre-pensée, ourdit une véritable machination contre la pensée critique, cela paraît une étrange persistance d’un temps révolu. Un acte de résistance intempestif. Pourquoi la philosophie puisqu’elle ne sert à rien et que l’école est devenue simple pourvoyeuse de main-d’oeuvre et de savoir-faire pour le commerce et l’industrie? On voit bien certaines tentatives pour la contraindre à servir des manoeuvres politiciennes. N’exhibe-t-on pas de temps à autre un dit philosophe gominé, brillant à force d’être astiqué pour rutiler sous les spotlights, et qu’on renvoie illico à la poussière de ses études dès lors qu’on estime qu’il a servi la cause? Et plus personne n’ose affirmer haut et fort que l’existence de la philosophie comme celle de l’art n’est pas liée à son utilité, et que c’est précisément pour cela qu’elle est nécessaire. Au lieu de chercher à utiliser les penseurs, ces politiciens feraient souvent mieux de retourner dans des ouvrages de philosophie lorsqu’il leur prend d’utiliser des mots comme ethnie, nation, identité, sujet, engagement, liberté, pour ne citer que ceux-ci dont le s discours actuels dégradent le sens. Et si on les faisait plancher sur cette question: “L’identité est-elle prison de l’être ou expression de sa liberté?” Allez, pour traiter d’une telle question, nous n’accordons pas quatre heures ni sept, mais le temps d’une législature. A la veille de la nouvelle élection, on ramasse les copies.

Manuel Valls sur la race et danse sur le Front

Dans Chronique des matins calmes le 18 juin 2009 à 10:08

alain Foix,auteur

Voilà, il suffit d’avoir des ambitions présidentielles et les afficher pour que la race et la vase remontent au front (et du front) à la vitesse d’un cheval au galop. Allez, come on Evry body! Ce ne sont pas les odeurs, mais la vision des corps colorés étalés en brocante qui vont mettre le souk. Et l’édile de l’Essonne qui nous sonne l’hallali, et la horde affamée des médias pointe sa truffe aux semelles d’un Tartuffe qui dit vouloir cacher toute cette race qu’il ne saurait voir et qui parle de white et de blancos. Qu’on appelle une caravane de Roumains sur ce souk. Ne sont-ils pas blancs eux-aussi? Au fait, qu’entend-il par blanc? Et voilà, le Coppé décapoté qui, en équipier de la course à l’échalotte présidentielle, lui apporte son soutien en parlant d’identité française. Décidément, ces gens là creusent leurs tombes politiques avec leurs dents qui rayent le plancher. Tous ont appris la leçon réthorique dont est passé maître l’actuel hébergé de l’Elysée, et leur langue sent mauvais. Beaux discours mais haleine pestilentielle. Ils jouent de la forme et du fond où le haut et le bas, l’humain et l’abject contractent un mariage de raison scellé sur l’autel d’une vraie déraison. Car il est déraisonnable de jouer avec ce feu là. Pure folie que de mêler en un même discours le raisonnable et l’irrationnel. De jouer sans cesse entre race et justice. De parler d’apparence là où il s’agit de conditions, de parler de culture, d’appartenance et d’identité, là où il s’agit d’économie, de mélanger le social et le sociétal. Appelons un chat un chat disent-ils en sortant leur vrai faux passeport du pays du pouvoir tamponné “langage de vérité”. Mais justement, les hommes ne sont pas des chats, même si un fameux syllogisme dénoncé par les traqueurs de sophistes affirme que l’un d’eux, Socrate, est un chat. C’est pour combattre ces sophismes que me suis fendu d’un petit essai intitulé NOIR de Toussaint Louverture à Barack Obama. Appelons donc un sophiste un sophiste et travaillons sur la langue, sur les mots, luttons contre cette vague de concepts fumeux qui nous sont lancés à longueur de jours à travers les médias. Désossons les! Il y a urgence. Il y a du travail. Alors je commence derechef sur ce blog. Voici ci-dessous un premier article  que j’intitule “un chat un chat” pour commencer à faire le point dans cette vaste brocante des idées reçues et vide-grenier des concepts frelatés.

UN CHAT UN CHAT

Voici venu le temps crépusculaire où l’esprit de géométrie comme disait Pascal, annonce la défaite de l’esprit de finesse. Les philosophes se terrent tandis que règnent géomètres et statisticiens d’une pensée guerrière, pensée glacée figeant l’individu dans les catégories où ils deviennent mobilisables. C’est l’ère de la pensée abusive des généralisations, des identifications factices. Etes vous ceci ? Etes vous cela ? Cochez ici et regardez en fin de page (c’est écrit à l’envers), vous saurez qui vous êtes. Signez, vous êtes engagé.

Où sont passés les philosophes ? Face au silence de ces derniers, certains hâbleurs mondains s’érigent en penseurs du monde et des statisticiens échappant au contrôle de la raison apportent leurs solutions frappées au coin du sens commun, estampillées par l’évidence du chiffre. Et l’on entend alors clamer du ciel des idées vides que seule la statistique peut lutter contre les discriminations. Et l’on nous dit sans sourciller : qu’importent les mots pourvu qu’on ait les chiffres, à bas la sémantique et soyons pragmatiques, dissocions la forme et le fond. Le mot discrimination positive blesse l’oreille ? Qu’importe ! puisque monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir, on peut bien faire ces choses sans le dire. D’ailleurs le chiffre peut remplacer le mot puisque la chose existe sans le mot qui désigne.

« L’ennui, glisse timidement le philosophe sorti de sa caverne, est que celui qui désigne c’est l’homme, et la statistique a bien besoin de désigner pour comptabiliser ». La sémantique ! encore un truc de philosophe, un truc à couper des cheveux en quatre. Alors, rasons les donc! boules à zéro sur le boulier des crânes. Ce n’est pas compliqué : un noir est un noir, un juif est un juif, un arabe un arabe, un blanc un blanc, un chat un chat. Maintenant qu’on a les unités rasées de toute singularité, on peut compter, pas mélanger les torchons et serviettes.

Voilà que notre philosophe s’enhardit et revient à la charge : « additionner, c’est soustraire, dit-il, c’est même diviser. Car pour additionner des humains ou toute autre chose, il faut les séparer. Or les humains ne sont point des choses. »

Du coup, le statisticien se fâche car il est de bonne foi et croit bien faire. Il ne voit pas que la solution préconisée est de même nature que le problème qu’il entend combattre. Il suffirait, pense-t-il de s’auto désigner pour régler le problème de la désignation par l’autre. Où sont les Sartre pour expliquer ce que se désigner veut dire ? Lui faire voir clair dans ce grand jeu de dupes. Lui rappeler  qu’à Auschwitz la défaite de l’humain commença par l’auto désignation, c’est à dire la soumission, l’abdication de soi en vue d’une comptabilité fermant les portes de l’espoir. Où sont nos Barthes pour signifier que la sémantique c’est du sang tout autant que du sens, nos Foucault et Deleuze pour rappeler que le pouvoir et la loi passent par la surveillance et la marque sur les corps ?

Cet outil statistique qu’on préconise du haut de ce ciel vide, semble une machine célibataire, comme un « marteau sans maître » d’autant plus efficace que s’absente la main qui le tient.

Kafka n’est pas bien loin. Où est le projet politique ? Qui gère cet outil statistique ? Comment l’utiliser si (ce qu’à Dieu ne plaise) il devenait opératoire ? On oublie de nous le dire. La statistique est une chose bien trop sérieuse pour la laisser aux seules mains des statisticiens.

Et en ces temps crépusculaires, des noirs sortent leur CRAN d’arrêt. Puisqu’on les a désignés noirs, que le noirceur devienne leur uniforme. Voilà la symétrie rêvée par la pensée géométrique. S’affirmer noir, renforcer sa noirceur pour obtenir les droits refusés aux noirs à cause de leur noirceur. Tel est le paradoxe qui ferme le cercle vicieux. Comment sortir de ça sans une pensée critique ? Une pensée dénonçant par la sémantique même l’état de sédimentation des esprits pétrifiés par d’épaisses couches d’histoire.

En ce même temps, des historiens soulèvent toute la cendre et les fers d’esclavage cachés sous le tapis empire et mettent à jour une vérité sur l’Empereur. Hegel le voyait passer à Iéna comme « l’esprit du monde à cheval », un particulier, un singulier portant l’universel en marche. Le philosophe aurait eu tort ? Certes, à vouloir incarner, comme on fait encore aujourd’hui, la marche de l’histoire dans une personne, il en a occulté les ombres inavouables, nauséabondes. Il faut admettre que l’histoire est comme l’individu, elle a plusieurs facettes. Le rôle de l’historien alors rejoint celui du philosophe : distinguer et individualiser sous peine d’être un idéologue forgeant en sous-main la raison de guerre et la pensée comptable. La distinction, voilà la chose. Elle s’enracine dans le sujet et dans l’individu. Elle est à la source même de la pensée européenne. Pensée qui dans son flux premier pose le sujet comme fer de lance de toute pensée. Ce « connais toi toi-même » de Socrate qui signifie que là est le travail jamais fini, chemin qui ne mène nulle part sinon à l’autre en soi, serait battu par le « désigne toi » ? Ce sujet, pierre de pensée que Descartes sortit de sa gangue, que Spinoza tailla, que Leibniz et Diderot mirent en lumières comme prisme aux mille facettes insaisissable en un regard, que Kant porta au sublime et Goethe sertit dans l’ombre, serait à jeter comme pierraille d’Intifada en monticules  d’identités massées et comptabilisées ? Impensable. Comment mesurer l’homme et le peser ? Dans quelle balance sinon celle d’une potence? Mais la potence, disait Hugo, « est une balance qui a  un homme à un bout et toute la terre à l’autre. Il est beau d’être l’homme ».

En cette balance, l’individu est le Tout-monde. Voilà son unité. C’est pour cela que lorsqu’on veut  poser son pied en terre de Martinique là où s’élève de nouveau la pensée du monde, il faut tourner sa langue 7 fois dans sa bouche avant de désigner les hommes comme pierres qui roulent de charybde en scylla, de rocaille à racaille, hors du flot agité de leur histoire.

Où sont nos chercheurs d’or, de pierre philosophale, pour expliquer que ce qui nous vient à l’aval nous revient de l’amont ? Que dans ce flux de matière, de mouvements et de sédiments qu’est notre histoire, l’individu doit être saisi avec prudence et distinction dans le tamis de la pensée ?

Pas de prison en photos

Dans 2.4- Théâtre le 15 juin 2009 à 12:01

Galerie photos de Pas de prison pour le vent

La vraie Gerty Archimède, députée après-guerre avec pain et gendarme

La vraie Gerty Archimède, députée après-guerre avec pain et gendarme


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Photos ci-dessus: Brigitte Enguerrand

Antoine Bourseiller, metteur en scène

Antoine Bourseiller, metteur en scène

Alain Aithnard (Joachim)

Alain Aithnard (Joachim)

Mariann Mathéus (Soeur Suzanne)

Mariann Mathéus (Soeur Suzanne)

Sonia Floire (Angela Davis)

Sonia Floire (Angela Davis)

L'auteur embrassant la statue de sa grande tante Gerty

L'auteur embrassant la statue de sa grande tante Gerty

La toute première lecture à l'occasion de la journée de la femme (mars 2006) dans la grande salle de conférences de l'espace Niemeyer place du Colonel Fabien

La toute première lecture à l'occasion de la journée de la femme (mars 2006) dans la grande salle de conférences de l'espace Niemeyer place du Colonel Fabien

Inauguration de la rue Gerty Archimède (mai 2007) en présence de mme Hidalgo et de la maire du 12è arrondissement de Paris

Inauguration de la rue Gerty Archimède (mai 2007) en présence de mme Hidalgo et de la maire du 12è arrondissement de Paris

Photos ci-dessous: Brigitte Enguerrand

LES-TROIS--TABLE4725

Mariann Matheus, Sonia Floire et Marie-Noelle Eusèbe (remplacée à Avignon)

Mariann Matheus, Sonia Floire et Marie-Noelle Eusèbe (remplacée à Avignon) Photo Alain Foix

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Avis pour Avignon

Dans 2.4- Théâtre, 3- Spectacle vivant le 14 juin 2009 à 1:44

Nous relançons l’aventure de Pas de prison pour le vent à Avignon cet été (du 8 au 31 juillet, 12h40 tous les jours) dans le magnifique théâtre du Petit Louvre (tout près du Palais des Papes).

J’y serai dès le 29 juin pour le montage technique avec Antoine Bourseiller, metteur en scène.

Dès le 29 juin, je compte lancer une chronique avignonaise (cahiers d’Avignon) portant un regard sur la vie de cette ville lors du festival, un peu à la manière de mes chroniques hollywoodiennes (cahiers de Californie) de l’été dernier (voir les archives). Ainsi, ceux qui n’ont pu se rendre sur place pourront vivre à travers le prisme de mes textes une aventure d’un mois faite sans aucun doute de galères en tous genres d’une compagnie se produisant dans le off d’Avignon. Restez à l’écoute.

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Ci-dessous, la salle de la chapelle au théâtre du Petit Louvre (225 places à remplir tous les jours au milieu de plus de 800 spectacles présentés à Avignon. Ca c’est téméraire! Que ceux qui ont déjà vu et apprécié ce spectacle fassent circuler le bouche à oreilles. C’est vital.) P.S. Salle climatisée, fauteuils confortables, on peut y dormir à l’aise (voilà un argument publicitaire). En prime, deux extraits vidéos: extrait1, extrait2

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Lecture de Vénus et Adam

Dans 3- Spectacle vivant le 13 juin 2009 à 8:13

L’association L’Ecritoire organise le 22 juin 2009 à 20h au théâtre Darius Milhaud à Paris (19è), une lecture de Vénus et Adam (Grand Prix Beaumarchais_ETC). J’en profite pour mettre au point cette lecture avec les comédiens pressentis pour la création de cette pièce que la compagnie Quai des arts produira et que je mettrai en scène. C’est l’occasion de confronter une nouvelle fois ce texte au public et à sa critique qui sera bienvenue lors de la discussion qui s’ensuivra, et qui contribuera  à notre réflexion sur ce projet. Alors bienvenue amis critiques.

Ci-dessous l’affiche de cette lecture produite par l’écritoire.

Vénus et Adam lecture

Des chiffres et des êtres

Dans Pas de catégorie le 15 mai 2009 à 7:04

Voici un article que j’ai écrit en 2005 et qui est d’une actualité encore criante:

Voici venu le temps crépusculaire où l’esprit de géométrie comme disait Pascal, annonce la défaite de l’esprit de finesse. Les philosophes se terrent tandis que règnent géomètres et statisticiens d’une pensée guerrière, pensée glacée figeant l’individu dans les catégories où ils deviennent mobilisables. C’est l’ère de la pensée abusive des généralisations, des identifications factices. Etes vous ceci ? Etes vous cela ? Cochez ici et regardez en fin de page (c’est écrit à l’envers), vous saurez qui vous êtes. Signez, vous êtes engagé.

Où sont passés les philosophes ? Face au silence de ces derniers, certains hâbleurs mondains s’érigent en penseurs du monde et des statisticiens échappant au contrôle de la raison apportent leurs solutions frappées au coin du sens commun, estampillées par l’évidence du chiffre. Et l’on entend alors clamer du ciel des idées vides que seule la statistique peut lutter contre les discriminations. Et l’on nous dit sans sourciller : qu’importent les mots pourvu qu’on ait les chiffres, à bas la sémantique et soyons pragmatiques, dissocions la forme et le fond. Le mot discrimination positive blesse l’oreille ? Qu’importe ! puisque monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir, on peut bien faire ces choses sans le dire. D’ailleurs le chiffre peut remplacer le mot puisque la chose existe sans le mot qui désigne.

« L’ennui, glisse timidement le philosophe sorti de sa caverne, est que celui qui désigne c’est l’homme, et la statistique a bien besoin de désigner pour comptabiliser ». La sémantique ! encore un truc de philosophe, un truc à couper des cheveux en quatre. Alors, rasons les donc! boules à zéro sur le boulier des crânes. Ce n’est pas compliqué : un noir est un noir, un juif est un juif, un arabe un arabe, un blanc un blanc, un chat un chat. Maintenant qu’on a les unités rasées de toute singularité, on peut compter, pas mélanger les torchons et serviettes.

Voilà que notre philosophe s’enhardit et revient à la charge : « additionner, c’est soustraire, dit-il, c’est même diviser. Car pour additionner des humains ou toute autre chose, il faut les séparer. Or les humains ne sont point des choses. »

Du coup, le statisticien se fâche car il est de bonne foi et croit bien faire. Il ne voit pas que la solution préconisée est de même nature que le problème qu’il entend combattre. Il suffirait, pense-t-il de s’auto désigner pour régler le problème de la désignation par l’autre. Où sont les Sartre pour expliquer ce que se désigner veut dire ? Lui faire voir clair dans ce grand jeu de dupes. Lui rappeler  qu’à Auschwitz la défaite de l’humain commença par l’auto désignation, c’est à dire la soumission, l’abdication de soi en vue d’une comptabilité fermant les portes de l’espoir. Où sont nos Barthes pour signifier que la sémantique c’est du sang tout autant que du sens, nos Foucault et Deleuze pour rappeler que le pouvoir et la loi passent par la surveillance et la marque sur les corps ?

Cet outil statistique qu’on préconise du haut de ce ciel vide, semble une machine célibataire, comme un « marteau sans maître » d’autant plus efficace que s’absente la main qui le tient.

Kafka n’est pas bien loin. Où est le projet politique ? Qui gère cet outil statistique ? Comment l’utiliser si (ce qu’à Dieu ne plaise) il devenait opératoire ? On oublie de nous le dire. La statistique est une chose bien trop sérieuse pour la laisser aux seules mains des statisticiens.

Et en ces temps crépusculaires, des noirs sortent leur CRAN d’arrêt. Puisqu’on les a désignés noirs, que le noirceur devienne leur uniforme. Voilà la symétrie rêvée par la pensée géométrique. S’affirmer noir, renforcer sa noirceur pour obtenir les droits refusés aux noirs à cause de leur noirceur. Tel est le paradoxe qui ferme le cercle vicieux. Comment sortir de ça sans une pensée critique ? Une pensée dénonçant par la sémantique même l’état de sédimentation des esprits pétrifiés par d’épaisses couches d’histoire.

En ce même temps, des historiens soulèvent toute la cendre et les fers d’esclavage cachés sous le tapis empire et mettent à jour une vérité sur l’Empereur. Hegel le voyait passer à Iéna comme « l’esprit du monde à cheval », un particulier, un singulier portant l’universel en marche. Le philosophe aurait eu tort ? Certes, à vouloir incarner, comme on fait encore aujourd’hui, la marche de l’histoire dans une personne, il en a occulté les ombres inavouables, nauséabondes. Il faut admettre que l’histoire est comme l’individu, elle a plusieurs facettes. Le rôle de l’historien alors rejoint celui du philosophe : distinguer et individualiser sous peine d’être un idéologue forgeant en sous-main la raison de guerre et la pensée comptable. La distinction, voilà la chose. Elle s’enracine dans le sujet et dans l’individu. Elle est à la source même de la pensée européenne. Pensée qui dans son flux premier pose le sujet comme fer de lance de toute pensée. Ce « connais toi toi-même » de Socrate qui signifie que là est le travail jamais fini, chemin qui ne mène nulle part sinon à l’autre en soi, serait battu par le « désigne toi » ? Ce sujet, pierre de pensée que Descartes sortit de sa gangue, que Spinoza tailla, que Leibniz et Diderot mirent en lumières comme prisme aux mille facettes insaisissable en un regard, que Kant porta au sublime et Goethe sertit dans l’ombre, serait à jeter comme pierraille d’Intifada en monticules  d’identités massées et comptabilisées ? Impensable. Comment mesurer l’homme et le peser ? Dans quelle balance sinon celle d’une potence? Mais la potence, disait Hugo, « est une balance qui a  un homme à un bout et toute la terre à l’autre. Il est beau d’être l’homme ».

En cette balance, l’individu est le Tout-monde. Voilà son unité. C’est pour cela que lorsqu’on veut  poser son pied en terre de Martinique là où s’élève de nouveau la pensée du monde, il faut tourner sa langue 7 fois dans sa bouche avant de désigner les hommes comme pierres qui roulent de charybde en scylla, de rocaille à racaille, hors du flot agité de leur histoire.

Où sont nos chercheurs d’or, de pierre philosophale, pour expliquer que ce qui nous vient à l’aval nous revient de l’amont ? Que dans ce flux de matière, de mouvements et de sédiments qu’est notre histoire, l’individu doit être saisi avec prudence et distinction dans le tamis de la pensée ?

Alain Foix

Marianne à l’Assemblée nationale

Dans 2- Publications, 2.2- Jeune Public le 5 mai 2009 à 6:09

Elle est née, ma nouvelle Marianne! Marianne qui, souvenez vous, s’était égarée au cours du premier épisode, dans les couloirs de l’Assemblée nationale, pour se retrouver dans la chambre des statues oubliées. Chambre dans laquelle des statues bavardes et trop longtemps frustrées de ne pouvoir parler à des humains, lui ont tous raconté leur version de l’histoire de l’esclavage aux Antilles françaises pour qu’elle la raconte à son tour aux enfants. C’était Histoires de l’esclavage racontées à Marianne. Cette fois-ci, notre petite députée en herbe, revient à l’Assemblée nationale, invitée par le Président de cette auguste assemblée en personne. Elle est alors confrontée à une mystérieuse disparition: celle des Célébrités du Juste Milieu. Après avoir rencontré dans les couloirs le souriceau Rousseau, rat de bibliothèque un tantinet parano, elle fera appel à un drôle de génie enfoui dans les 800 000 livres de la bibliothèque de l’Assemblée. Autour de ce génie, d’autres esprits, des grands, qui ont fréquenté ce lieu et le hantent encore comme Mirabeau, Victor Hugo, Lamartine, Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, Montesquieu…

Marianne et le mystère de l’Assemblée nationale est un conte citoyen commandé à votre serviteur par l’Assemblée nationale pour aider les jeunes et moins jeunes à pénétrer en ce lieu et mieux connaître son esprit et son fonctionnement.  Il est publié chez Gallimard-jeunesse et, après avoir été offert aux 577 députés seniors, il sera également offert aux 577 députés juniors qui se réuniront en juin prochain lors de la session du Parlement des enfants. C’est le second d’une série que j’espère longue et pleine d’aventures citoyennes.couvbassequalite Envente dans toutes les bonnes librairies

L’amour d’écrire (encore)

Dans 4- Rencontres/événements le 3 mai 2009 à 9:49

Voici mon rapport (tardif) sur la soirée L’amour d’écrire en direct organisée le 14 avril dans la salle Le vent se lève (La Villette) par Marc-Michel Georges. Les écrivains invités étaient : Denis Baronnet, Agnès Dominici, Moni Grégo, Christophe Roturier. Jury : Pamela Edouard et le public (nombreux). And the winner wax : Christophe Roturier.

Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur nos têtes ? Des sifflets serpentins par dizaines et des langues colorées déroulant leur humeur, versatile agaçante et gourmande surgissant de cent bouches affamées se massant aux abords d’une scène. Camés de mots, de mots, Léon, caméléons aux langues de glu. Les gloutons déglutissent, dévorant mot à mot à la bouche des mouches qui les couchent aux rayons lumineux de quatre tables en métal, guéridons dans un cercle de lumière où se pressent quatre abeilles laborieuses agitées des élytres et soumises au dictat des minutes sous le règne d’un soleil éphémère. 7 minutes top chrono pour sortir dans la fièvre de leurs pattes de mouches à partir d’un pollen imposé tout le miel de leurs mots qui s’étalent, sueurs d’encre sur pétales angoissés de page blanche, en vermeils filaments, perles de mots à rosée, arrosés d’inconscients exposés. 7 minutes sous les airs d’Offenbach, une mezzo enivrée et un gris flamboyant baryton ton sur ton qui nous chantent les chansons à tonton. 7 minutes sous l’écran délirant d’un clown blanc schizophrène et dansant déchiré en deux moi divorçant en deux mots, le mot moi et le moi à l’envers et comprenne qui pourra mais pas moi. 7 minutes et le gong, rugissement enroué de la nuit d’un vieux lion cacochyme dans son mal d’aurore, le pelé des savanes oublié de l’arène, de l’arène des abeilles butinant tous les mots balancés : une savate, un beau comme, une rencontre fortuite, une table de dissection, un parapluie, une machine à coudre et un iconoclaste. Gare au lion avaleur de vils verbes à l’aval. L’autre est amont, Isidore, le dormeur bien vivant qui n’est pas mort ce soir comme le vieux lion gobeur de gouteuses mouches à mots. Et elle court la gazelle. L’autre, la gazelle, danse sa danse des abeilles sous le verbe arc en ciel, ô le Rimbaud Warrior des verts mots! Le mot rit, tu ris. Je te salue gladiateur, auteur de l’arène, combattant de mille mots. Je lève mon verre, écrivain, pas en vain, à tes phrases déroulées en rubans d’ADN. A ton Acide Désoxyribo Nucléique qui enroule en hélice tous tes mots molécules, tes mots dits de poète, tes vers blancs, tes vers veines rouges ou bleus. Les vers veines ne mentent pas, ni vers l’âme ni vers l’aine. A ton Adénosine triphosphate aussi où phosphore le suc si précieux de ton adrénaline créatrice. Toi l’acharnée butineuse qui te bats contre vents et marées pour garnir nos rayons de ton miel, toi qui te risques aux abords de la langue tournée et poisseuse du tue-mouches et ses mots endormis, les éculés des mouches. Toi qui fais face ce beau soir sur la scène à la foule bigarrée des camés et Léons de La Villette aux grandes langues enroulées et qui sifflent sur nos têtes. Tu fais Ourcq en avalant ta glotte et hoches la tête incrédule aux paroles d’une linotte qui te sert en dessous de ceinture tout un plat indécent pour l’auteur que tu es. Alors tu t’élèves, 7 minutes et pas plus, mais pas trop en métro aérien et tu sors du sous sol de la langue, où s’agitent scarabées scribouillards et Sysiphes cryptographes, des mots mets enfilés du métal de ton style et des phrases viaducs pour transports en commun. Quatre épreuves en stations avalées mot à mot, un supplice délicieux, aussi doux et exquis qu’un cadavre, et la messe nous est dite. Ite missa est. Un curé autrichien sans son chien nous attendra dehors après que nous eussions presque enjambé le cadavre d’un mannequin écroulé sous le poids de ces mots. Il est peintre mais plus drôle qu’un vieux chien autrichien aboyant aux étoiles de tissus qui mangeaient les poitrines. Il nous sert en hosties gigantesques, designées en icônes déconnantes, le corps blanc et de rouge lacéré à manger et sucré d’un très vieux cadavre sans son sang. Celui dont le père nous a laissé cette phrase du temps longtemps, du temps où les poules avaient encore toutes leurs dents: « au commencement était le verbe ». Ce sera mon dernier mot, Marc-Michel. Et merci pour cette soirée qui vaut bien un retour. Alain Foix

Histoire d’un vieil arabe

Dans Chronique des matins calmes le 20 avril 2009 à 11:04

Une fois n’est pas coutume, je publie dans ce blog qui se voudrait sérieux, mais pas trop, une blague que je viens de recevoir via Internet. Je la trouve drôle et très en accord avec l’air du temps. Pourquoi perdre une occasion de rire? Félix de Félice écrivait dans un vieux livre érudit sur la danse intitulé L’enchantement des danses et la magie du verbe (Albin Michel, 1957) “qu’on n’a jamais autant dansé que dans les pires heures de l’histoire”. Réaction sans doute naturelle. Le rire est de ce point de vue de même nature que la danse. Alors rions maintenant.


LE VIEIL ARABE

Un vieil Arabe vit depuis plus de 40 ans à Chicago. Il aimerait bien planter des pommes
de terre dans son jardin, mais il est tout seul, vieux et faible.

Il envoie alors un email à son fils qui étudie à Paris pour lui faire part de son problème.

Cher Ahmed,
Je suis très triste car je ne peux pas planter des pommes de terre dans mon
jardin. Je suis sûr que si tu étais ici avec moi, tu aurais pu m’aider à retourner la terre.
Ton père qui t’aime. Jamil.

Le lendemain, le vieil homme reçoit ce courriel :

Cher Père,
S’il te plaît, ne touche surtout pas au jardin! J’y ai caché ce que tu sais.
Moi aussi je t’aime.
Ton fils Ahmed.

À 4 heures du matin arrivent chez le vieillard la US Army, les Marines, le FBI, la CIA et même une unité d’élite des Rangers.
Ils fouillent tout le jardin, milimètre par millimètre, et repartent bredouilles.
Quelques heures plus tard, le vieil homme reçoit un nouveau courriel de son fils :

Cher Père,
Je suis certain que la terre de tout le jardin est désormais retournée et
que tu peux planter tes pommes de terre. Je ne pouvais pas faire mieux.
Ton fils qui t’aime,
Ahmed.

L’amour d’écrire

Dans 4- Rencontres/événements le 13 avril 2009 à 6:39

Le 14 avril à partir de 20h 30, au 181 rue Jean Jaurès, Paris 19è, je joue les auteurs journalistes dans cette manifestation littéraire tout à fait décalée, singulière et étonnante, mais avant tout ludique et conviviale qui a pour nom l’amour d’écrire en direct. J’ai accepté l’invitation de Marc Michel George à la confiance, sans bien savoir ce qui m’attend, mais c’est amusant et excitant. Si vous êtes tentés par l’aventure, vous pouvez réserver auprès de Marc Michel à l’adresse suivante: marcmichelgeorge@aol.com ou au 06 82 38 63 51, en vous munissant de 10 euros et d’un petit objet comme il est indiqué sur le flyer ci-dessous.

A tout bientôt peut-être…

lamourauventle14avril09

Jeudi NOIR

Dans Chronique des matins calmes le 9 avril 2009 à 7:21

Aujourd’hui, c’est l’enfant qui paraît et le cercle de famille s’agrandit. Il est NOIR. C’est mon petit essai paru ce jour chez Galaade.

Pour l’occasion je me fends d’un petit poème au pied levé à boire coude levé au comptoir à la santé du nouveau-né. Boire cul sec et sans modération, renversé tête penchée et la gorge déployée même pour rire.

Petit noir

(Poème à boire au comptoir)


Aujourd’hui Jeudi NOIR beau soleil printanier

Aujourd’hui paraît NOIR livre blanc sur le noir sous le blanc

Blanc sur noir

Blanc qui crisse tableau noir qui s’efface sans un cri

Un silence sous l’histoire qui s’écrit pas à pas tout en blanc

Pas de cri sans espoir

La mémoire un grimoire désespoir

Sans la poire pour la soif

Pour la soif de l’histoire

Qui s’écrit sans les cris

Blanc et noir et couleurs sans la peur

Sans fureur

Un chat noir ne l’appelle pas un chat

Nomme le Noir

Comme la nuit qui fait gris mistigris

Même Socrate le vieux chat qui écrit

Mais si noir n’est pas Noir

Il nous reste l’espoir

Pour Socrate bien-sûr

Mais pour tous qu’ils soient gris blancs ou noirs et bien libres

Libres, libres surtout, libres d’abord, libres

Libres comme zèbres échappés des barreaux noirs et blancs

De savane en savane en courant les couleurs

De savane en savane les savants courants d’air

Mon inteview sur Tropiques FM aujourd\’hui

Un autre discours de Dakar

Dans Chronique des matins calmes le 7 avril 2009 à 12:13

Disons le d’emblée: je ne suis pas un très chaud partisan de Ségolène Royal qui fait souvent de la démagogie une arme première de son action politique et des actions rélles des outils d’abord conçus pour la communication. Mais je reproduits ici un extrait de son discours de Dakar dont le bon sens remet les choses à l’endroit et a le grand mérite d’atténuer le rouge, monté aux visages sombres ou clairs, d’une honte levée sous la douche glacée d’un trop fameux discours de Dakar.

Extrait du discours de Ségolène Royal à Dakar

“Pour le meilleur et parfois hélas le pire, nos destins ont été liés. Ils sont liés.

Le pire : ce fut l’esclavage, cette « déportation la plus massive et la plus longue de l’histoire des hommes », comme l’a écrit Christiane Taubira dans l’exposé des motifs de notre loi de 2001 qui reconnaît ce « crime orphelin » pour ce qu’il fut : un crime contre l’humanité.

Le pire : ce fut la colonisation dont une partie de la droite, dans un projet de loi, a essayé de nous faire croire, en 2005, qu’elle eut des « aspects positifs » (…)

Permettez-moi d’être très claire. Qu’il y ait eu à cette époque des hommes et des femmes sincères de bonne volonté, cela est sûr. Mais on n’a rien dit quand on n’a dit que cela. Le problème est que la colonisation fut un système. Ce système doit être condamné pour ce qu’il fut : une entreprise systématique d’assujettissement et de spoliation. Ses séquelles doivent être combattues sans fléchir.

Les colonisés n’avaient pas le choix. Le travail forcé et le Code de l’Indigénat étaient la règle. Et le mépris. Et le racisme. Et la violence d’un système qui fit les uns ployés sous le joug des autres.

Je veux rendre honneur à ceux qui, dans toute l’Afrique, se sont battus et sont morts dans une combat qui était le combat des Africains, oui, et de toute l’humanité.

Et je suis fière qu’il y ait eu en France des consciences pour s’insurger et des militants pour se porter aux côtés de ceux qui luttaient pour leur indépendance. Ceux-là défendaient nos valeurs quand la colonisation en était la négation.

Je crois que nous avons le devoir de poser les mots justes sur ce qui fut. Car les mots font plus que nommer : ils construisent la réalité et le regard qu’on porte sur elle. Nos plaies d’histoire ne sont pas toutes cicatrisées. Le devoir de mémoire n’a pas besoin de permission. Chacun s’en acquitte avec la subjectivité et l’héritage qui est le sien. Ce dont, en revanche, nous sommes collectivement comptables et responsables, c’est du droit à l’histoire et du devoir de vérité.

Ce droit à l’histoire et ce devoir de vérité, c’est ce qui permet de regarder les faits en face et de partager un récit qui ne soit pas ressassement du passé mais moyen de le dépasser sans amnésie et de se projeter ensemble dans l’avenir.

Dans la dernière lettre qu’il a écrite à sa femme avant d’être assassiné, Patrice Lumumba a dit sa foi inébranlée dans l’établissement de la vérité historique : « L’Histoire dira un jour son mot. L’Afrique écrira sa propre histoire ».

Honneur aux maîtres de la parole qui conservèrent et transmirent. Honneur aux historiens de l’Afrique qui ont rappelé au monde que non seulement l’Afrique était le berceau de l’humanité mais qu’elle était avec l’Asie mineure le berceau de la civilisation humaine.

Honneur aux historiens de l’Afrique qui ont rappelé au monde l’existence des grands royaumes et des grands empires de l’Afrique. Honneur aux historiens de l’Afrique qui ont retracé les mille et une relations nouées bien avant la conquête, en des temps où le Sahara, la Méditerranée et l’Océan Indien n’étaient pas des frontières mais des points de passage et de mise en contact.

Quelqu’un est venu ici vous dire que « l’Homme africain n’est pas entré dans l’Histoire ».

Pardon pour ces paroles humiliantes et qui n’auraient jamais dû être prononcées et qui n’engagent pas la France. Car vous aussi, vous avez fait l’histoire, vous l’avez faite bien avant la colonisation, vous l’avez faite pendant, et vous la faites depuis.

Et ce que Léopold Sedar Senghor et Aimé Césaire ont magistralement accompli avec le concept « négritude » , vous l’avez poursuivi avec le mot « Afrique », cet étendard d’une dignité reconquise.

C’est pour cela que les œuvres des historiens Cheikh Anta Diop du Sénégal et de Joseph Ki-Zerbo du Burkina Faso, constituent non seulement un sommet de la science, mais aussi un sommet de la lutte pour la liberté.

C’est pour cela qu’il était si important de démontrer comme ils l’ont fait que la Grèce ancienne devait tant à l’Egypte ancienne qui elle-même devait beaucoup à l’Afrique. Ils ont montré que les langues africaines permettent le même déploiement de la rationalité humaine que les langues européennes.

Il leur a souvent été reproché d’être partisans.

En insistant sur leur engagement indépendantiste et panafricain, on a voulu mettre en doute la rigueur scientifique de leurs recherches.

Mais aujourd’hui, chaque jour, les découvertes de l’égyptologie valident les thèses de Cheikh Anta Diop.

Une certaine histoire européenne de l’Afrique a voulu dénier aux Africains la fierté d’être Africains.

Et comme le pensait Lumumba, écrire c’est agir et agir c’est écrire.

Pour aujourd’hui, il est bon que se constituent autant que cela est possible des équipes mixtes de chercheurs africains et européens pour retracer le destin commun de l’Afrique et de l’Europe. Car c’est en élucidant ensemble les pages communes de nos histoires que nous pourrons écrire ensemble les pages communes de nos futurs.

Alors oui, il est temps que nous pratiquions davantage entre nous l’égalité vraie, loin des paternalismes, des misérabilismes, des ostracismes, loin des doubles langages qui masquent mal les doubles jeux.

Oui, la France doit honorer sa dette à l’égard de l’Afrique et que les Français doivent apprendre à l’école ce qu’ils ont reçu de l’Afrique.

Quand notre territoire national fut envahi, l’Afrique fut un refuge et une aide pour les forces de la France Libre.

Les soldats africains ont contribué, sur tous les champs de bataille, à inverser le cours de l’histoire.

Le 8 mai 1945, sans l’Afrique et les Africains, jamais la France n’aurait retrouvé sa liberté.

Alors comment oublier la sanglante répression menée au camp de Thiaroye contre des Tirailleurs qui réclamaient simplement le respect, leur dû et le droit de porter leurs galons car ils croyaient qu’à l’égalité du sang versé devait succéder l’égalité des droits. Ils avaient raison.

Il y a des mots que le peuple français doit au peuple sénégalais et à tous les peuples africains qui ont souffert pour nous et par nous, ce sont des mots simples mais puissants, trois mots que j’ai envie de dire ici en tant que citoyenne et élue de la République française :

Pardon. Merci pour le passé. Et s’il vous plaît, pour l’avenir, bâtissons ensemble.

Je veux que nous ayons la force de reconnaître enfin tout ce que nous vous devons et tout ce que nous pouvons ensemble.

Et c’est parce que j’aime la France, parce que je la crois suffisamment forte et généreuse, que je la veux capable de regarder son histoire en face. Je le veux capable d’assumer son devoir de vérité et son devoir de responsabilité.

Nous devons créer ensemble, à l’échelle de nos deux continents, une “Commission Vérité du passé et avenir commun” qui aurait accès à toutes les archives civiles et militaires, qui accueillerait tous les témoignages et qui aurait pour mission de dire le vrai, de pacifier les mémoires et de récueillir tous les témoignages.

La France républicaine mérite aussi que cesse ce qu’on appelle – et on sait ce que cela veut dire – la Françafrique et l’opacité de décisions prises dans le secret de quelques bureaux.”

NOIR, dernier ouvrage contre écran noir

Dans 2- Publications le 28 mars 2009 à 4:14

9782351760710A l’heure où Yazid Sabeg, commissaire à la diversité et à l’égalité des chances va présenter à Nicolas Sarkozy son rapport concernant notamment les statistiques ethniques auxquelles il est favorable, et les dispositifs pour la discrimination (raciale) positive dont il est devenu le chantre, à l’heure où le CRAN (le soi-disant comité représentatif des associations noires – qu’est-ce qu’une association noire ? et en quoi en est-il représentatif ?- ) pose son écran noir sur la nuit blanche et surfe à contrepied et contretemps sur l’écume mal contrôlée de l’élection d’Obama, je sors mon cran d’arrêt. Il a pour nom NOIR, sous-titré de Toussaint Louverture à Barack Obama. C’est un essai sur la question noire édité par Galaade dans la collection auteur de vue (c’est le second ouvrage de cette collection qui fut récemment baptisé par l’ouvrage à quatre mains d’Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau joliment intitulé L’intraitable beauté du monde). J’y démonte méthodiquement la mécanique de la couleur pour aider à remettre les pendules à l’heure afin que la couleur du temps ne se lise pas seulement sur la Rolex de notre président bling-bling. C’est mieux et moins cher qu’une Rolex (8 euros) si on a peur, avant l’âge de 50 ans d’avoir raté sa vie. Parution le 9 avril. Avril, ne vous découvrez pas d’un fil…de pensée.

Et comme un bonheur ne vient jamais seul, quelques jours plus tard sortira mon ouvrage intitulé Marianne et le mystère de l’Assemblée nationale où la petite héroïne de l’histoire de l’esclavage, raconte aux petits et grands à travers une de ses aventures oniriques (un polaroïd bizarroïde un peu burlesque qui renvoie de l’autre côté du miroir) le fonctionnement, l’histoire, la structure, l’esprit et les couloirs de l’Assemblée nationale. Une autre manière de remettre les pendules à l’heure de la démocratie décidément bien agitée sous les giboulées. Une coédition Gallimard-jeunesse/Assemblée nationale. Collection Giboulées (justement). A paraître le 25 avril.

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Larousse danse à tous vents

Dans 2- Publications le 19 mars 2009 à 4:55

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Nous avons fêté mardi soir 17 mars, le 10è anniversaire du dictionnaire de la danse édité par Larousse, et son 10 000è exemplaire vendu. Belle performance pour un ouvrage de cette envergure et de ce poids (en mots, noms propres, noms communs, références, notions et concepts, en papier, en photos) et dont le sujet est la danse considéré comme un art majeur. Le succès de cet ouvrage prouve qu’il répondait à un véritable besoin. Et cependant, lorsque Philippe Le Moal, directeur de ce dictionnaire, s’est lancé avec 150 collaborateurs (parmi lesquels je me trouvais en tant que conseiller scientifique), cela paraissait une véritable gageure. Certains même y voyaient un luxe. Il y avait de la fierté ce soir là, dans les bulles de champagne, et Philippe Le Moal s’est vu décorer à l’occasion de l’insigne de Chevalier des arts et des lettres.

Il faut dire que nous revenions de loin. Lorsqu’en 1983, j’ai présenté à la Sorbonne ma thèse de philosophie intitulée « danse et philosophie », j’avais l’impression de naviguer dans un véritable désert, et mon travail était celui d’un archéologue, voire d’un épigraphiste déchiffrant dans les manuscrits les plus anciens le geste dansé par les labyrinthes du concept. Je faisais appel à Platon, Nietzsche, Bergson, Aristote, Plotin, Descartes, Heidegger, Hegel ou Diderot, ou Buytendijk, Merleau-Ponty ou Valéry pour les plus modernes. Mais il est vrai que ma tâche en eût été bien facilitée si je disposais d’un tel ouvrage. Cette thèse, il fut question de l’éditer, mais l’éditeur intéressé à l’époque fit marche arrière, considérant qu’au final, il y avait trop peu de lecteurs potentiels pour un tel ouvrage. Quelle avancée en à peine 25 ans ! Depuis fleurissent maints ouvrages et thèses consacrés à l’étude de la danse qui, il y a 25 ans auraient été regardés avec mépris car la danse n’était pas considérée comme un sujet digne d’étude, et pour un danseur, le fait d’être philosophe et parler de la danse, était suspect. Le succès de librairie que connait mon petit essai « je danse donc je suis », en dit également long sur ce changement d’attitude devant la réflexion sur la danse.

Je fus, à la fin des années 80, tuteur du mémoire de DESS de Philippe Le Moal qui me sollicita après avoir lu quelques uns de mes essais sur la danse, notamment « Notre-Dame de Paris de Victor Hugo, une leçon de philosophie de la danse » paru dans la revue Théâtre-Public. Comme une boucle se bouclant, il me proposa plus tard d’être conseiller scientifique de ce dictionnaire dont je n’aurais, quelques années auparavant, même pas osé imaginer l’existence. J’y ai apporté ma pâte notamment sous l’aspect des notices sur les concepts et notions renvoyant à la philosophie ou à des philosophes et écrivains. Concepts tels l’espace, le temps, la forme, la motion, et des auteurs tels que Nietzsche, Valéry, Artaud, Diderot, Kleist, Brecht…

Ainsi, ce dictionnaire encyclopédique imaginé par Philippe Le Moal et réalisé sous sa direction, est-il un vrai outil de travail pour étudiants et chercheurs en danse, autant qu’un excellent ouvrage de référence pour les amateurs et curieux de cet art aux aspects multiples et à l’histoire dont la richesse se nourrit de la grande histoire de notre civilisation et de sa rencontre avec les autres.

L’Outre Village fait salon

Dans Pas de catégorie le 14 mars 2009 à 12:38

C’est le salon du livre. Ci-joint le programme du Village Outre-mer (nom très exotique, ça pourrait faire un peu exposition coloniale si on avait mauvais esprit, mais pourquoi toujours voir les choses du mauvais côté? Disons alors que comme le village mondial est un tout-monde, nous sommes le tout-monde du tout-monde. Je dis nous car j’y serai -sans ceinture de banane- pour présenter mon roman Vénus et Adam). Si ça vous chante: de 17h 30 à 18h au Village (sans fleurs ni couronnes)

Programme des rencontres au forum du « Village Outre-Mer » Rencontres, cafés littéraires, lectures… une quinzaine de rendez-vous avec les écrivains invités sont proposés aux visiteurs du « Village Outre-Mer ». En complément du programme initié par le Secrétariat d’Etat, les éditeurs ont été sollicités afin d’imaginer leurs propres rencontres et de donner la parole à leurs auteurs.

SAMEDI 14 MARS

11h30 – 12h00 : Forum des éditeurs d’Outre-Mer / Éditions K’A Rencontre avec André Robèr, Fonnkèr pou lo zié, Editions K’A Ce recueil de poèmes visuels est publié à l’occasion de « Kréyol Factory », exposition qui aura lieu à la Villette à partir du 7 avril 2009. Présenté par André Robèr

12h00 – 12h30 : Forum des éditeurs d’Outre-Mer / Ibis Rouge Rencontre avec Laure Moutoussamy, L’Habitation de morne-Roche, Ibis Rouge 2009 Une histoire imprégnée de faits réels, romancée au travers des souvenances d’une famille,un aperçu de la persistance du culte hindouiste dans les îles… Amour, trahison, aventure et autres péripéties agrémentent ce nouveau palpitant récit. Présentée par Marie-Michaël Manquat, journaliste à Pilibomag

14h00 – 14h30 : Rencontre avec Anne Tallec, Le Maître et le violoncelle, JC Lattès 2009 Thomas, un luthier de réputation internationale, revient dans les Vosges, la région de ses ancêtres. Il découvre dans le violoncelle de son grand-père un secret qui pourrait supplanter les plus grands maîtres de la lutherie. Présentée par Guy Registe, journaliste à Radio France

14h30 – 15h00 : Rencontre avec Mémona Hintermann et Lutz Krusche, Quand nous étions innocents, JC Lattès 2009 Pologne, 1989. Lors d’une visite officielle du Président Mitterrand, deux journalistes tombent amoureux et ne se quittent plus : La Française Mémona Hintermann, grand reporter de France 3 et l’Allemand Lutz Krusche, correspondant du magazine Der Spiegel. Deux parcours hors norme, émouvants, surprenants et parfois fous, se croisent et s’unissent. Présentée par Guy Registe, journaliste à Radio France

15h00 – 16h00 : Rencontre avec Maud Fontenoy, Les Contes de la mer, Ed. du Chêne 08 Avec la passion qu’on lui connaît, la navigatrice nous fait découvrir ou redécouvrir des contes anciens sur le thème de la mer. Maud s’appuie sur ces contes pour nous parler de la mer aujourd’hui, de l’importance de la protéger, la mer étant le berceau du vivant. Présentée par Guy Registe, journaliste à Radio France 7

16h00 – 16h30 : Forum des éditeurs d’Outre-Mer / UDIR – Rencontre jeunesse Jean-François Samlong, Zabeth et le monstre de feu, Éd. Desnel 2008 Peurs et frissons autour d’un récit contemporain qui trouve sa source d’inspiration dans les contes et légendes de l’île de La Réunion, mais aussi dans la réalité scientifique volcanologique. Présentée par Daniel Honoré, auteur de Shemin brakanot, Éditions K’A 2008

16h30 – 17h00 : Forum des éditeurs d’Outre-Mer / Éditions le Motu Les Mythes marquisiens avec Jean-Marc Pambrun, T. III du Karl Von den Steinen, Editions Le Motu 2009 Édition française d’un livre exceptionnel de 1925 qui n’existait à ce jour qu’en allemand, il intéresse tous les scientifiques concernés par le Pacifique. Ce tome III répertorie tous les objets détenus dans les collections mondiales, il est illustré de plus de 850 reproductions. Jean-Marc Pambrun est écrivain et directeur du Musée de Tahiti et des Îles. Rencontre animée par Emmanuel Deschamps, éditeur aux éditions le Motu.

17h00 – 17h30 : Forum des éditeurs d’Outre-Mer / HC éditions Rencontre avec Fred et Marie-josé Alie, Elle & Elle, HC éditions 2009 L’une écrit, l’autre peint. Ce recueil de textes de chansons, de poèmes, de slam, est illustré par des peintures et des croquis.

17h30 – 18h00 : Rencontre avec Alain Foix, Vénus et Adam, Galaade éditions 2007 Alors que la planète regarde les ruines fumantes des Twin Towers, le corps d’un enfant noir est retrouvé dans la Tamise. L’inspecteur Ling, expérimenté et méthodique, et Jean Windeman, journaliste se rêvant écrivain, tentent de lever l’énigme : Crime rituel ou crime raciste ? Présentée par François-Xavier Guillerm, journaliste à France Antilles

Patrick Weil et la diversité

Dans Chronique des matins calmes le 13 mars 2009 à 3:37

Dans quelques jours, je publie deux ouvrages: le premier, un essai intitulé NOIR ou de l’administration de la couleur de Toussaint Louverture à Barack Obama (chez Galaade), le second un album pour la jeunesse intitulé Marianne et le mystère de l’Assemblée Nationale (coédition Gallimard/jeunesse et Assemblée nationale). Le premier pose les questions concernant la République et la démocratie française dans sa relation avec les gens dits de couleur, le second a pour objet d’offrir au jeune publique sous la forme d’une histoire fantastique, une compréhension claire du fonctionnement et de l’esprit qui anime notre Assemblée nationale. Les deux ouvrages mettent en valeur l’esprit de la République et le fonctionnement de notre démocratie et donc cet esprit des lois qui fondent notre mode de vivre ensemble. Je vous en parlerai plus longuement.

Alors, Alain Foix se met-il à faire de la politique? Non, si on entend par cela l’engagement dans un parti quel qu’il soit. Oui, et j’en ai toujours fait autant dans ma vie professionnelle, civile, littéraire et artistique en tant que citoyen impliqué dans la vie de sa société. En ceci, je souscris tout à fait à la position de Patrick Weil qui, dans un article de Libération paru ce jour, explique pourquoi il refuse de participer au Comité de la diversité. Une belle attitude politique de quelqu’un qui n’est pas un politique mais un citoyen responsable et conséquent quant à la cohérence entre sa pensée et ses actes. Penser c’est agir, écrire c’est agir. Alors oui, l’artiste, l’homme de lettre, le philosophe, le sociologue ou le scientifique sont des hommes politiques dans la mesure où toute action est engagement. Voici donc reproduit ici l’article de Patrick Weil sous la couverture de mon livre racontant un nouvel épisode des aventures citoyennes de ma petite Marianne.couvbassequalite

Patrick Weil: “pourquoi je refuse de participer au Comité sur la diversité”

Comment participer à un comité chargé de lutter contre les discriminations, alors que ce même comité a été nommé par un gouvernement qui mène une politique discriminatoire à un niveau jamais atteint depuis la deuxième guerre mondiale? C’est pour cette raison notamment que Patrick Weil, directeur de recherche au CNRS et historien de l’immigration, a refusé la proposition de Yazid Sabeg, commissaire à la diversité et à l’égalité des chances, de participer à son Comité pour la mesure et l’évaluation des discriminations et de la diversité.

Monsieur le Commissaire,
J’ai bien reçu votre invitation à participer à un «comité pour la mesure et l’évaluation des discriminations Rtr5rre_comp_2 et de la diversité» et vous en remercie.

J’ai toujours pensé que pour un chercheur, accepter de faire partie d’un comité, d’une commission nommée par le pouvoir politique, c’était faire de la politique. En faire avec la formation et l’information du scientifique, mais en faire tout de même puisqu’il s’agit de faire des propositions politiques ce qui implique, non pas un accord complet, mais un minimum d’accord avec le cadre général de la politique suivie dans le domaine de la mission ou de la commission.

Or dans des domaines qui sont particulièrement de ma compétence, ceux de l’immigration et de la nationalité, qui ne sont pas étrangers à la mission de votre commissariat, le gouvernement qui a vous a nommé mène une politique discrètement et objectivement discriminatoire, à un niveau jamais atteint depuis la Seconde Guerre mondiale, sous l’impulsion d’un ministère de l’immigration et de l’identité nationale, inédit dans notre histoire politique.

Je ne me vois pas travailler aux outils de la lutte contre la discrimination dans le cadre d’une commission nommée par vous, pendant que les naturalisations et l’accès à la nationalité par mariage, le regroupement des conjoints de Français, pour ne citer que quelques exemples, continueront de s’effectuer de façons de plus en plus discrétionnaire et discriminatoire.

Je ne saisis pas non plus très bien l’objectif de cette commission et il m’inquiète même pour le moins. S’agit-il mettre en oeuvre une politique de lutte contre les discriminations en raison de l’origine réelle ou supposée? Si c’est le cas, les instruments existent, ils ont été rappelés clairement par la commission présidée parMadame Simone Veil dont j’approuve l’excellent rapport.

Au mois de juin dernier Patrick Simon et moi-même rappelions que dans le cadre constitutionnel existant, une meilleure connaissance des nationalités et lieux de naissance des ascendants, croisée avec des données socioprofessionnelles permettraient dans les statistiques publiques et au niveau des grandes entreprises privées de mieux approcher les phénomènes discriminatoires et d’ainsi mieux les combattre.

De façon ponctuelle, pour permettre notamment de relier les informations recueillies à partir de ces données objectives à la perception ou la réalité des discriminations, sur échantillon anonyme et sous le contrôle de la CNIL, des enquêtes conduites par la statistique publique pourraient contenir des questions faisant référence à la religion, aux origines ou à la couleur de la peau.

Mesurer la diversité dans la société française est un objectif différent, qui ne me paraît ni prioritaire ni de même de la compétence légitime des pouvoirs publics,contraire en réalité à l’article 1 de notre Constitution.

Pour toutes ces raisons, je ne peux accepter votre proposition.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Commissaire, l’expression de mes sentiments les meilleurs.
Patrick Weil

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Promos sur la Guadeloupe

Dans Pas de catégorie le 4 mars 2009 à 3:45

On me pose beaucoup de questions sur la Guadeloupe. Les événements actuels éveillent l’intérêt sur une île dont on découvre aujourd’hui la réalité territoriale et humaine comme département français. On veut en savoir plus sur sa sociologie, son économie, son histoire. Cette étonnante méconnaissance a des racines profondes liées au fait que les Départements et Territoires d’Outre-mer pourtant partie intégrante de la France, ne font pas l’objet d’une intégration culturelle réelle dans l’histoire et la géographie de la France puisqu’ils n’ont pas une place efficiente dans les manuels et les programmes scolaires et ne sont guère étudiés à l’école avec le sérieux nécessaire. Tout commence à l’école, tout part de l’enfance, c’est un truisme. C’est pour cela que depuis quelques années je me suis attaché à écrire des livres pour la jeunesse qui soient tout à la fois éducatifs et amusants. C’est le cas de L’histoire de l’esclavage racontée à Marianne, de Marianne et le mystère de l’Assemblée nationale (à paraître en avril 2009), de Je danse donc je suis,  ou encore de Aujourd’hui en Guadeloupe (le tout publié chez Gallimard-Jeunesse). Ce dernier ouvrage me semble tout à fait d’actualité pour ceux qui, avec leurs enfants (ou ceux des autres), désirent avoir une information à la fois précise et illustrée par des images et un récit.

Voici la fiche de présentation de ce livre qui j’espère, donne envie d’y aller voir de plus près, pas seulement pour les belles plages et le soleil, mais pour la connaissance d’un monde si proche, si loin. J’ai vu qu’il y avait des promos sur les vols et les séjours. Tiens, tiens…

Journal de Guadeloupe

La collection Le journal d’un enfant propose de mêler fiction et documentaire pour faire découvrir aux enfants la vie quotidienne de leurs homologues d’autres pays ou d’autres époques. Ecrits sous la forme d’un journal, au style à la fois simple et élégant, avec un ton sensible ou drôle, les livres présentent les lieux et les moments à travers un regard proche de celui du lecteur. C’est l’occasion parfaite pour rendre l’Histoire et l’étranger familiers et pour que les enfants prennent conscience que leur point de vue sur le monde n’en n’est qu’un parmi tant d’autres.

Les éditions Gallimard ont publié récemment un nouveau titre, Aujourd’hui en Guadeloupe – Lou à Sainte-Anne . Lou est une petite guadeloupéenne qui doit bientôt rejoindre son papa en métropole. Excitée et angoissée de quitter sa terre natale, elle décide de rédiger le journal de sa dernière année sur son île.

Les jours, les semaines et les mois passent, rythmés par les fêtes, les saisons, les évènements climatiques. Chaque page, chaque moment de la vie de Lou permet alors d’évoquer un aspect de la vie quotidienne en Guadeloupe aujourd’hui, comme l’habitat, l’alimentation, les cyclones ou l’histoire de l’esclavage. A côté des pages de journal, des volets documentaires s’ouvrent et se ferment, qui apportent des compléments d’informations, des chiffres, de nouvelles images ou des schémas. On y trouve même la recette des acras !

Les illustrations très colorées égayent l’ensemble et contribue à plonger le petit lecteur au milieu d’un monde nouveau et fascinant. Les premiers et les dernières pages sont purement informatives et proposent une carte de Guadeloupe, un glossaire et des photos, donnant un cadre précis et concret au journal de Lou.

Aujourd’hui en Guadeloupe , par Alain Foix, illustré par Florent Silloray et Nicolas Thers, chez Gallimard jeunesse, collection Le Journal d’un enfant / Série Monde, 200x235mm / 64 pages / paru le 22 mai 2008 / 12,90euros / pour les enfants à partir de 8 ans.

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Guadeloupe sur Seine

Dans Chronique des matins calmes le 3 mars 2009 à 10:17

Le problème guadeloupéen tel qu’il s’exprime aujourd’hui est l’expression d’une situation sociale qui a des racines profondes dans l’histoire coloniale française. Ce n’est pas le moindre intérêt de cette crise qui trouve en France un bel écho médiatique que de jeter une lumière nouvelle sur cette partie de l’histoire de France. Histoire de France, oui, et non simplement histoire des outre-mers. Car c’est une question posée à la relation séculaire qu’entretient la France avec ses territoires dits outre-mer. Gerty Archimède fait partie de ces élus qui, en 1947 se sont battus avec Césaire pour que les Antilles, la Guyane et la Réunion deviennent des départements français, ce dans le but d’obtenir les mêmes droits sociaux et politiques que ceux qui sont en vigueur dans l’hexagone. La départementalisation a eu lieu, mais l’espoir d’égalité territoriale a été déçue. Gerty Archimède (décédée en 1980), m’a confié peu de temps avant sa mort (elle était ma grande-tante), qu’elle en venait à regretter cette victoire de la départementalisation parce que sous certains aspects, notamment ceux des droits sociaux, rien n’avait progressé en regard de l’ancien statut colonial.

Le combat actuel tel qu’il s’exprime dans cette grève qui dure depuis plus de cinq semaines, est bien à la fois une lutte sociale et une lutte politique de fond pour que soit enfin pris en compte la question du statut des départements d’outre-mer. Révision du statut ne signifiant pas nécessairement indépendance, mais reconsidération de la réalité sociale, économique et politique du fobctionnement de ces département et de leur relation avec la métropole. Ne répondre qu’aux demandes sociales actuelles pour faire taire momentanément la colère, reviendrait tout compte fait à mettre une cautère sur une jambe de bois, soigner le symptôme et laisser courir la maladie.

Dans ma pièce Pas de prison pour le vent ( écrite en 2005, créee en Martinique en 2006, elle va être reprise cet été en Avignon), Angela Davis et Gerty Archimède s’entretiennent sur la question antillaise. Voici un extrait de ce dialogue qui me semble jeter une lumière particulière sur ce qui se passe aujourd’hui en Guadeloupe:

Gerty Archimède à Paris. Pain et force de l'ordre...

Gerty Archimède à Paris. Pain et force de l'ordre...

Gerty : Et pourquoi tout cela, parce que ce n’est pas l’océan qui sépare, c’est la Seine. Rive gauche et rive droite. Nous sommes rive droite, très au large, à la dérive, périphériques extérieurs. Pour se battre contre cela, nous n’avons d’autre choix que passer rive gauche dans cette grande cathédrale où les lois scélérates sont votées, et se battre contre elles.

Angela : La Seine, je l’ai vue, étudiante à Paris. J’ai vu des femmes antillaises pleurer et trembler, s’enfermer dans leur chambre. Dehors, au milieu de la Seine, des cadavres par dizaines. Elles tremblaient d’être prises pour des femmes algériennes. Êtes-vous donc des rois et des reines, avez-vous un sang bleu qui vous coule dans les veines ? En quoi seriez-vous différents de tous ceux qu’on poussait ces jours-là dans les eaux de la Seine ?

Gerty : En quoi serions-nous différents ? Mais c’est simple, mademoiselle, nous, on se jette tous seuls dans la Seine. Pas besoin de pousser. Quand la loi s’applique de manière différente d’un côté ou de l’autre de la Seine, on se jette au milieu. La République nous a faits ce que nous sommes et la République est ce qui se trouve au milieu. Elle est ce sang bleu qui nous coule en plein cœur et nettoie nos artères qu’un sang rouge oxygène. Elle est notre liberté et nos chaînes, notre amour et la haine de nous-mêmes, notre défi et toute notre tragédie. Car le blanc au milieu parfois nous sépare de nous-mêmes.

Une approche anthropologique du contexte de la révolte en Guadeloupe par Henry Petit-Jean Roget

Dans Chronique des matins calmes le 19 février 2009 à 5:06

Henry Petit-Jean Roget outre d’être une figure haute en couleurs de l’intelligentsia guadeloupéenne, fut le conservateur départemental des musées de la Guadeloupe. Spécialiste des arts amérindiens, notamment des pierres gravées des indiens de la caraïbe, il est également un écrivain ayant un net penchant pour la littérature pour la jeunesse, et un artiste de la vie dont la fréquentation est toujours stimulante et pleine d’enseignements. Cet homme taillé dans un sourire permanent est un de ces guadeloupéens à la peau blanche et dont la créolité ouverte et plongée dans des racines profondes va de sa Martinique originaire à la Guadeloupe en passant par l’ensemble de l’arc caribéen bandant sa flèche tout à la fois vers la métropole et l’Amérique continentale. Cet article très intéressant publié dans l’excellent magazine martiniquais Internet Madininart, donne une approche claire et juste des racines du problème guadeloupéen, à l’usage de ceux qui découvrent l’amérique, aujourd’hui, en Guadeloupe.

Emeutes en Guadeloupe février 2009.


La chanson de Jocelyne Labille : ” Je n’ai pas demandé mes dents blanches, mon nez plat, mes cheveux crépus….” remporte en ce moment un succès incroyable. Cette reprise permanente sur les radios de cette chanson devrait nous amener à nous poser des questions sur les causes de ce succès.

En repartant assez loin en arrière dans le temps, on peut tenter de dégager les raisons profondes de l’adéquation entre une révolte populaire en cours – qui s’exprime par une grève générale dure et digne jusqu’à maintenant – et la chanson d’une artiste jusque là peu connue du grand public. Nous savons par expérience, et toute personne qui occupe des responsabilités le sait bien, dans le cas de la moindre négociation, que nous vivons dans une société dont les mots qu’utilisent ses membres ne disent pas ce qu’ils semblent exprimer.

L’exprimé se situe presque à chaque fois dans le registre du non-dit et pourtant du bien compris. Les échanges verbaux dans un contexte conflictuel ou de simple opposition hiérarchique, se produisent de façon croisée. On ne répond pas à ce qui est dit. On répond à ce qui est supposé avoir être signifié.

L’un des fantasmes exprimés les plus fortement et clairement se réfère à l’actualité de l’esclavage. ” nou pa esklav !”. La locution signifie en fait que le locuteur veut imposer à l’autre sa croyance : Toi qui me parles, tu penses que je suis esclave. Alors, si on admet la forme de pensée à laquelle nous sommes confrontés quotidiennement pour appartenir à la société guadeloupéenne, le ” nou pa esklav  ” ne veut pas dire que nous sommes au temps de l’esclavage. Le fait est admis. Il est du domaine de l’acquit.

Que signifierait alors la référence permanente à un état antérieur dont on sait bien qu’il n’existe plus. Il faut se souvenir que Lacan a bien montré, et l’école freudienne l’a accepté et utilisé, que “l’Imaginaire est le Réel”.

L’esclavage a bien été aboli, rétabli et aboli à nouveau. Ici, le rétablissement de l’esclavage dans sa proximité temporelle 1802 et sa présence dans les mémoires par la révolte de Delgrès, constitue un traumatisme et paradoxalement une honte. Il est curieux que personne ne parle en ce moment de Louis Delgrès, officier métis originaire de la Martinique, présenté pourtant comme le héros de l’indépendance temporaire et de la résistance au colonialisme de la Guadeloupe. C’est peut-être qu’il n’est pas considéré comme un héros dans un inconscient collectif traumatisé par le rétablissement d’un régime ancien abominable. Il est un perdant. Delgrès n’a pas gagné, il n’a pas rusé, il s’est suicidé. L’esclavage a été rétabli malgré la révolte. Plus tard, 1848, c’est l’abolition définitive. Le contexte tel qu’il est fantasmé présente cet évènement fondamental et fondateur sous un jour différent. L’esclavage n’a pas été aboli par un soulèvement général d’une population. La liberté a d’abord été concédée par la République, le maître blanc fantasmé, c’est un fait établi historiquement – bien que contesté et c’est leur droit par des auteurs – et exprimé par la formule lapidaire : « A pa Schoelcher ki libéré Nèg ! ». Les révoltes d’esclaves ont accéléré l’aboutissement d’un processus d’émancipation déjà enclenché, que des penseurs et des êtres éclairés avaient contribué à mettre en œuvre.

Révolte et opposition au pouvoir dans un cas (c’est le soulèvement de la Guadeloupe en 1802 avec la rébellion conduite par Louis Delgrès) acceptation et concession d’un nouvel état en 1848 malgré des sursauts de révolte (émeutes à Trois Rivières, Guadeloupe, par exemple).

Nous vivrions ici dans une société analogue dans son fonctionnement à l’une de celles que l’ethnopsychiatre G. Devereux a étudiées et qualifiées de sociétés “pathologiques normales”. C’est à dire une société dans laquelle la névrose collective établit la normalité des comportements. L’une des différences entre la constitution de la société Guadeloupéenne et celle de la Martinique provient des conséquences sur sa formation sociale de l’absence de l’épisode révolutionnaire conduit par Victor Hugues, celui du soulèvement de Delgrès et le traumatisme d’un rétablissement de la servitude. Les différences de structure sociale entre ces deux sociétés insulaires n’excluent pas les ressentiments et l’ambigüité des relations inter communautaires en Martinique dus à la présence toujours tangible d’un groupe endogame, descendant des colons. Ce groupe qui assoie sa légitimité sur l’antériorité de l’occupation d’un territoire conquis, comme pendant des centenaires d’autres groupes l’ont fait avant lui, a engendré une société métisse avec laquelle il entretient des relations de haine et d’amour dont la complexité n’a rien à envier à celles d’autres sociétés pluriethniques.

En Guadeloupe, la position du groupe des blancs créoles est différente. Ils ne sont pas perçus comme étant au sommet de la pyramide sociale et économique. Ils sont guadeloupéens, historiquement là, et peut-être même que leur statut de survivants des révolutions de 1774 et 1802 concourt à leur faire reconnaître leur légitimité dans une société qui est sans homogénéité, sans classes définies, sans stratifications affichées. La caractéristique de la Guadeloupe, me semble-t-il, est d’être constituée de groupes ethniques, de communautés. Ces groupes, les Indiens, les Syro-libanais, les Blancs-créoles, les Métropolitains, les Haïtiens et depuis quelques années les Juifs d’Afrique du Nord, se côtoient et se mélangent, peu ou pas du tout. Cette hétérogénéité sur un territoire éclaté sur plusieurs îles est sans doute l’un des facteurs qui explique l’absence de projet d’ensemble pour la Guadeloupe. Chaque élu ne pense qu’à ses échéances électorales et met en œuvre une politique à courte vue, quand la motivation d’une élection ne serait pas les perspectives de l’enrichissement personnel toujours possible que confère la détention du pouvoir au détriment de l’intérêt général du pays. C’est pourquoi la question de l’indépendance n’est pas à l’ordre du jour. La population a une vision négative de ses élus alors qu’elle constitue la clientèle de la classe politique qu’elle met au pouvoir, dont elle sollicite les faveurs et l’octroi de privilèges. Le revendication évoquée d’un changement de statut, sous jacent au discours, comme remède à tous les maux, solution à tous les problèmes est actuellement, une autre ruse. S’agit-il-pour la Guadeloupe du statut politique qu’il faut revoir, ou plutôt d’une forte demande de changement de statut social, de respect, que réclame la population toute entière ? N’avons-nous pas entendu à maintes reprises au cours des négociations : « Respectez-nous » ?

Le Ministère des DOM TOM de la rue Oudinot ne se trompe-t-il pas ? A-t-il une vision claire de l’Outremer. Le pouvoir central d’une France perçue d’ici comme lointaine, blanche et dominatrice, s’oppose point par point à l’image idéalisée d’une Caraïbe proche, noire et libérée. Il n’y a pas l’Outremer des Départements Français d’Amérique, DFA. Il y a des Outremers. Ce sont trois pays, la Guyane, la Guadeloupe et la Martinique, avec trois structures sociales et trois histoires différentes. Le reconnaître marquerait un respect pour les populations de ces trois DFA et la reconnaissance de leurs identités particulières. Alors, si ce qui est dit n’est pas ce qui est signifié, le succès d’une chanson qui défie toute les ventes au hit parade des chansons en créole en cette période de grève générale et de fortes revendications, traduit bien ce qui n’est pas exprimé. Si on continue à emprunter le chemin du langage camouflé, on découvre alors que l’abolition de l’esclavage est une réalité admise contre laquelle on ne peut pas aller. Les faits sont là dans leur réalité. Personne sur le territoire de la République française n’est encore maintenu en esclavage. Cette situation serait perçue comme effroyable car elle ne peut pas être changée. Personne n’est plus esclave, et contre quoi pourrions-nous nous insurger, contre qui pourrions-nous nous révolter ?

Il semble alors apparemment possible de saisir ce qu’exprime profondément et tragiquement la chanson de Jocelyne Labille. Ce serait le désamour pour eux-mêmes des individus qui composent notre société post esclavagiste. Le, Je n’aime pas le, Moi. Je ne m’aime pas. Je suis un Noir. C’est là, sur cette question, – comme l’a montré l’anthropologue Jean Luc Bonniol dans son ouvrage « La couleur comme maléfice » – d’être différent du « Blanc », qui reste chaque fois la référence en tant qu’individu et comme couleur. C’est autour de la question de couleur que se situe le point de convergence de toutes les contradictions de notre société, le cœur du problème social. Ce qui est exprimé dépasse ce qui est pensé et autocensuré.

Le langage devient précis, car l’expression dans sa réalité n’est pas l’expression du : “Je suis descendant d’esclave”, mais bien celle d’un imaginaire rendu réel et actuel : “Je suis fils d’esclave”. Autrement dit, moi en tant qu’individu, je me perçois comme étant dans la relation d’immédiateté qu’établit le lien père-fils, celle d’un père présent et esclave. La notion de père présent semble contradictoire et devoir s’opposer à la réalité sociologique d’une société matrifocale au sein de laquelle le père est absent ou relégué au rang de géniteur. C’est aussi un des points sur lequel il faudrait s’attarder pour l’englober au sein d’une analyse plus vaste.

Le fait historique est aboli au profit d’une réalité actuelle. Dans l’expression orale, les discours, les revendications, on parle de l’esclavage pour n’avoir pas à accepter la réalité d’un fait perçu comme une souillure indélébile qui, elle, ne peut pas être lavée, celle de se situer dans la lignée d’une descendance d’asservis. Ce fait, être le descendant d’êtres humains chassés, capturés, déportés contre leur gré, vendus, réduits en esclavage, considérés comme des biens meubles, est vécu comme une souffrance permanente et odieusement insupportable. Il occulte toutes les autres situations qui permettraient à l’inconscient collectif de faire le travail nécessaire d’une psychothérapie de groupe. C’est pourtant peut-être ce qui se passe en ce moment avec la libération de la parole à laquelle on assiste. Jamais on n’a autant échangé, confronté d’idées, de façon affichée ou de façon anonyme par le truchement d’internet. L’écrivain Ernest Pépin l’a fait, l’un des tout premiers après le professeur de philosophie Jacky Dahomay, qui a pris position par un article paru dans la presse locale dès le début des évènements. Il n’en reste pas moins qu’à aucun moment autant de personnes ont laissé si librement cours à leur besoin de s’exprimer, d’évacuer un mal-être. Nous vivons un mai 68 guadeloupéen.

Cette libération de l’expression de toutes les frustrations par la grève générale pourrait entraîner, et on doit l’espérer, la fin de ce repli confortable dans la rébellion d’un état névrotique que l’on pourrait qualifier d’infantile. Ecartons d’emblée le cliché du Noir grand enfant que laisserait supposer l’emploi du qualificatif « infantile ». Utilisé dans un contexte d’examen des manifestations discursives d’une crise sociale, avec les outils que fournit l’anthropologie, il se réfère à la phase d’opposition par laquelle passent tous les êtres humains quand ils grandissent. A un moment donné de leur existence, pour mûrir, pour affirmer leur personnalité, ils doivent s’opposer à l’autorité, quelle qu’elle soit. C’est la période du refus de céder, du non ! Alors, la rupture de négociations dont on rejette la responsabilité sur l’autre partenaire au risque d’entraîner des dommages irréparables, économiques et sociologiques, sur une société déjà fragilisée par un coût de la vie contre lequel elle s’insurge, la mise en cause de l’action de l’Etat pour faire respecter la libre circulation des personnes par la destructions de barrages érigés par des adolescents révoltés, trouverait peut-être ses fondements psychologiques dans un système traditionnel d’éducation de l’enfant. N’alterne-t-il pas permissivité la plus totale et ferme répression, soudaine et imprévue, le châtiment corporel, le coup de ceinture ? Une personnalité solide ne peut pas se construire sans la frustration dans l’enfance des désirs, et sans les limites qu’impose l’éducation à la vie en société, quelle que soit la société, sa localisation et sa culture. L’absence de bornes mises à l’infini possible du vouloir, débouche immanquablement sur l’insatisfaction perpétuelle.

Le slogan, refrain phare des manifestants du LKP, «”liyannaj kont pwofitasyon” » contre la vie chère, se situe lui aussi dans le registre du dit non dit. Ce slogan scandé, chanté par la foule des manifestants, rythme depuis un mois tous les déplacements du collectif : «La Gwadloup sé tan nou, la Gwadloup sé pa ta yo»… la Guadeloupe est à nous, la Guadeloupe n’est pas à eux ! Le « yo » qui se traduit par « eux » renvoie à un autre indéterminé. Les « eux » ne sont pas nommés. Eux, ne désigne personne en particulier. Il s’inscrit dans le registre d’une pensée somme toute commune à nombre de sociétés précapitalistes ou traditionnelles qui ont conservé des relations étroites avec leur environnement naturel. Dans ces sociétés, il est interdit de nommer une chose dangereuse, un être craint, sous peine de le faire apparaître. En Martinique, le chasseur ou le pêcheur d’écrevisses en forêt ne prononce jamais le mot « serpent ». Il parlera prudemment de la bête longue, d’une cravate pour le désigner. Le «yo» dans un climat de crise, de tensions inter ethniques ravivées par un reportage télévisé, «Les derniers maîtres de la Martinique», et commenté pour les propos racistes, inadmissibles, d’un membre de la communauté békée, désigne l’oppresseur, l’exploiteur, et met en garde. La Guadeloupe ne leur appartient pas, ils n’y feront pas ce qu’ils veulent.

On pourrait craindre que le slogan fédérateur du mouvement LKP ne se transforme et ne livre précisément à la vindicte populaire l’oppresseur, le colon toujours présent, le « blanc pays. La signification apparente esquive la confrontation. On ne dit pas : «La Gwadloup sé tan nou, sé pa ta zot», la Guadeloupe n’est pas à vous. On ne peut pas soutenir cette affirmation sans rentrer dans le champ ambivalent de l’admis et du contesté. C’est un fait que les blancs au 17° siècle, s’insérant au sein de la société des Caraïbes insulaires, qui occupent les îles depuis au moins 600 ans, avec violence en Guadeloupe, avec plus de douceur en Martinique, ont forgé ces pays. Ils l’ont fait d’abord en tant qu’engagés, les 36 mois, ou comme petits colons, les habitants, puis avec l’aide et l’exploitation d’esclaves. Personne pour l’instant ne veut transgresser le tabou de l’institutionnalisation des clivages sociaux historiques. Le langage camouflé permet un artifice pour rejeter l’animosité sur un objet caché, afin que chacun des protagonistes du jeu dramatique qui se déroule, s’exonère de la culpabilité de ne pas pouvoir entamer le dialogue. Se parler, se connaître conduirait l’une et l’autre communauté à apprendre à se comprendre, à abandonner les relations intransgressibles dans le registre du dominant/dominé, au profit de relations entre classes socialement différentes, qui seraient, elles, porteuses d’espoir et d’apaisement, car la mobilité sociale y aurait sa place.

On constate le repli grandissant d’une Guadeloupe sur elle-même, la montée de la xénophobie, les bouffées discriminatoires. Cette attitude de protection narcissique dans sa quête de construction, reconstruction, de son identité, exclue toute ouverture de la Guadeloupe sur le monde, d’accepter ce qui vient de l’extérieur et d’envisager avec réalisme un projet de société qui reste à élaborer et à bâtir. Il ne suffit pas de dire qu’il y a des jeunes diplômés et que l’on recrute des non guadeloupéens, façon déguisée de ne pas dire un métropolitain, un blanc, un « étranger ». Il conviendrait de s’interroger sur les raisons qui font que nombre de ces jeunes diplômés d’origine guadeloupéenne, quand ils reviennent au pays, sont rejetés. Beaucoup d’entre eux insérés dans la vie professionnelle dans l’Hexagone, n’envisagent même pas de revenir en Guadeloupe malgré le désir qu’ils ont de rapporter au pays leur expérience, leurs qualités. Ils sont ici considérés de façon méprisante, comme des « Bounty », noirs dehors, blancs dedans.

L’acceptation de l’histoire, du métissage culturel et biologique de la société qui compose la Guadeloupe, conduira peut être notre pays à se tourner vers l’avenir pour préparer et travailler avec réalisme et sans exclusion à ce désir contenu ou exprimé, un changement de statut. Ce qui est encore du domaine de l’utopie pourrait devenir alors une réalité tangible et offrir à toutes les composantes ethniques de la Guadeloupe, d’origine européenne, africaine, indienne, syro libanaise, pour citer les plus anciennes, qui chacune a sa justification historique de guadeloupéanité, un fonctionnement de société démocratique, respectueuse de toutes ses différences et résolument tournée vers le futur. Prendre une autre voie risquerait de nous conduire, après la destruction totale du tissu social, à rebâtir une société entièrement fondée sur les abus de toutes sortes, les passe-droits, l’instauration d’une nomenklatura et de ses gardes, autant de ces « pwofitasyon », que tous dénoncent aujourd’hui. La Guadeloupe comme sa parente proche et différente, la Martinique, doit devenir une île cannibale non pas pour dévorer tous ceux qui la gênent, mais au contraire où tout ce qui passerait à sa portée, courants littéraires, musicaux, plastiques… serait examiné, reniflé, capturé, transformé et assimilé pour créer un nouveau courant métis multiforme, une nouvelle créolité guadeloupéenne.

H. PR. le 17 février

Henry Petitjean Roget Dpl. VI° section Sciences Economiques et Sociales
EHSS Paris.
Docteur en Préhistoire

Cette approche repose en grande partie sur les travaux de, Jean Benoist, Edith Kovacks-Beaudoux, Jean Luc Bonniol, A et J Petitjean Roget, Michel Giraud, Georges Devereux, Claude Levi-Strauss, Sydney Mintz, R et S Price …

De l’héritage d’une infamie

Dans Chronique des matins calmes le 17 février 2009 à 10:17

Voici un article de Toni Delsham qu’il vient de me faire parvenir. Toni est Martiniquais, écrivain, journaliste. Libre penseur. Ses interventions, souvent pertinentes, donnent toujours à méditer sur une situation complexe qui est celle de la société antillaise.

LA CONFRONTATION DIRECTE ENTRE BEKES NEGRES MULATRES EST-ELLE ENFIN ENCLENCHÉE ?

Martiniquais et Guadeloupéens sont des milliers à descendre dans la rue pour exiger l’augmentation de leur pouvoir d’achat quand le reportage de Roman Bolzinger de Canal + est diffusé sur les écrans télé. Jamais, journaliste ne pouvait trouver pareille audience. Ces brutales affirmations qui, sans doute aucun,  vont acculer le monde béké à faire entendre sa voix et ses vérités, vont-elles enfin conduire à cette confrontation martinico- martiniquaise, que j’ai toujours souhaitée car, me semble-t-il, indispensable pour l’amorce de solutions pour le futur. Voilà ce que j’écrivais dans Cénesthésie et l’urgence d’être, il y a quatre ans de cela.

« La racisation des rapports intergroupe à la Martinique  comme le démontre Juliette Esméralda Amon dans son ouvrage, suivie par ce qui ressemble à une dérive raciale, anti-mulâtre, anti-blanc, anti-kouli,   par les utilisateurs politiques  du concept de la Négritude, ont déjà rendu pareilles situations  dangereuses  et explosives, car portant en elles les germes d’une exclusion ou d’un repli   conduisant droit à l’affrontement. L’exploration interne de la Martinique traversée d’autoroute et désormais amputée  de poches de résistance, ne révèle  pas un pays déstructuré en attente du baiser, ou de l’épée, qui réveillerait la belle aux  bras dormants,  mais bien un  pays en formation stoppée et déchiqueté par des obus à tête chercheuse. La  mise en relation dominés dominants n’a pas obéi au schéma classique, à savoir : des  ressortissants d’un pays colonisateur imposés dans un lieu habité par un peuple identitaire et  d’origine que l’on se hâtait d’exterminer. Il y a eu brutale mise en présence, dans un lieu étranger, d’individus transplantés et disparates d’Europe et d’Afrique, déjà nourris l’un et l’autre par des matrices concurrentes, déjà adultes de souffrances communes, déjà forgés de guerres et d’épidémies, déjà illuminés de joies et d’espoirs. Mais, contrairement aux Amériques, la résultante ne fut pas l’apparition d’un peuple composite uni sous la bannière de la digenèse, comme aux U.S.A, comme au Brésil, comme en Argentine, etc. Dans la Caraïbe  le départ de la  métropole anglaise et de la métropole espagnole enclencha le processus de formation des peuples.   Le cursus très particulier des Martiniquais  est vide de l’action collective, situation   les   dressant les uns contre les autres, les  affaiblissant de douleurs rentrées et  partagées, dans la soumission et la fatalité,  ne les grandit pas d’actions  guerrières, les étourdit, au contraire, de l’écho de leurs propres lamentations,  les   contraint à la lecture de leur mal-être,  et non à la conscience de leur force. Pourtant les Martiniquais, tous les Martiniquais, ont soif de ne plus être   les bâtards que l’on n’attend pas. Ils ont hâte, quelles  que soient leurs convictions politiques, de signifier leur  existence, d’abord à leurs propres yeux, ensuite au reste du monde. Cette fois,  forts de ce que l’exploration interne leur a  révélé : En premier lieu, la nécessité d’une convergence d’intérêts qui passe par une normalisation des rapports entre les différentes composantes de leur personnalité, de leur identité à savoir : Négres, békés, mulâtres, koulis. Les instruments de cette normalisation peuvent, et doivent être les lois. Soient celles qui existent déjà dans le cadre français et européen si tel est le souhait de la Martinique, soient les lois que se donneront les Martiniquais, s’ils décident d’un changement  de statut. L’important est, que cette décision soit prise par un peuple guéri de toute schizophrénie, car  ayant stabilisé et intégré sa propre image.  En pays du métissage et de   créolisation accélérée, à cause du déséquilibre existant entre les ingrédients en concurrence, on ne saurait substituer au racisme blanc, un racisme noir avec comme victime expiatoire le … métis, le mulâtre. Il est fou de prétendre lutter contre le vent en niant éternellement notre réalité. Dès lors, que les éléments racistes  des héritiers du groupe des blancs  ne soient pas d’accord sur le discours du métissage et de la créolisation,  ou que ceux qui, parmi les héritiers des deux autres groupes,  autoproclamés légataires universels et exclusifs de l’esclave martyrisé, ne soient pas d’accord, eux non plus, importe peu. Le temps, à son rythme, fait ses affaires. Le François n’est qu’une étape de plus, un défi de plus, une ultime résistance des pesanteurs du passé. Hélas, avoir tant  tardé à poser le problème afin de le résoudre dans un franc débat martinico- martiniquais, a multiplié les quartiers clos,  à Trinité, au Diamant, mais cette fois  avec de la terre   apportée qui expriment une autre approche des conflits raciaux, car n’ayant pas l’expérience de plusieurs siècles de cohabitation tumultueuse, aux règles établies dans un tragi-comique ballet amour- haine, des descendants des immigrants du dix sept et dix huitième siècle. »

PLANTER LES INGRÉDIENTS DE LA CONVERGENCE D’INTÉRÈTS.

Si le reportage de Canal + permet le débat entre Martiniquais blancs et Martiniquais noirs, alors vive Canal+. Dans un pays né dans de telles conditions, je doute que la volonté d’épuration ethnique soit le souhait, ni pour l’un, ni pour l’autre. Le reproche de la Martinique du plus grand nombre n’est pas le François replié sur lui-même, avec une volonté affirmée de préserver une identité Martiniquaise plus proche de l’Europe que de l’Afrique, mais bien d’être le repère de ceux que Camille Chauvet appelle les héritiers du crime. Le dictionnaire précise qu’un héritier est la  personne qui reçoit ou qui doit recevoir des biens en héritage. Le même dictionnaire dit que  l’héritier est également le continuateur, le successeur. Et d’illustrer la définition par un exemple : les héritiers d’une civilisation. Jusqu’en 1848, les békés étaient tous des esclavagistes jouissant du système, donc acceptant d’être les héritiers d’une « civilisation ».

Après cette date quelques uns, extrêmement minoritaires, hommes ou femmes, refusèrent cet héritage. Ils, et  elles, furent bannis du clan. Alors, peut-être que l’héritier du crime est celui qui s’obstine à être le continuateur, le successeur de la « civilisation » des racistes et des esclavagistes. Comment  démontrer que l’on n’est pas l’héritier de la « civilisation » du crime ? Sans doute en courant le vidé du carnaval, en hurlant à s’éclater les poumons sur un stade, en cessant de penser qu’un béké peut   faire des enfants à une noire mais…  ne doit pas l’épouser, en n’exilant pas sa fille aux Etats-Unis parce qu’elle est amoureuse d’un nègre, en  ne  contrariant pas les projets de Dieu quand l’amour fait battre le cœurs des enfants noirs et blancs, blancs et noirs. Bref, vivre  normalement dans un pays normal.  A ce niveau-là, c’est vrai, il est urgent que les Békés communiquent sur leur passé, leur présent et leur futur. Car, je le répète la Martinique, département, ou autonome, a besoin de toutes ses forces vives unies dans une convergence d’intérêts.  En cas d’indépendance la question ne se pose pas, les nouveaux patrons établiront les règles du jeu.

Je crois.

Tony DELSHAM

La peau du volcan

Dans Pas de catégorie le 16 février 2009 à 5:11

Les Guadeloupéens, c’est bien connu, ont un tempérament volcanique. Mais ce volcanisme si spécifique, ne se manifeste qu’en de rares moments meurtriers où, à l’instar d’une éruption de la soufrière, la rue s’embrase d’une nuée ardente. Nuée ardente, phénomène propre à certains volcans comme celui de la Guadeloupe ou de la Martinique, tout à fait différent du tempérament italien qui fait spectacle de sa violence périodique en belles coulées de lave fort prévisibles et finalement peu meurtrières comme celles du Stromboli. C’est que la poussée tellurique est, aux Antilles, contenue par la masse solide d’une croûte épaisse qui maintient longtemps la violence tellurique sous pression avant qu’elle n’explose. C’est que ces terres là ont très peu d’exutoires où s’exprime la colère profonde. Seuls çà et là quelques tremblements de terre sporadiques en grèves multipliées de l’eau, de l’électricité, du pétrole et autres services publics, et en barrages tout à coup élevés sur les routes, marquent l’expression d’un mal-être souterrain qui bée par ses failles un rictus noir à la face joyeuse d’un soleil tropical. Cette croûte si lourde à lever et qui retombe lourdement une fois l’explosion survenue, est vieille d’au moins 500 ans. Elle est blanche et sa masse représente à peine un centième de celle du territoire. C’est la masse des békés (blancs créoles) et des propriétaires et dirigeants d’entreprises et de commerces qui dominent l’ensemble de l’activité de ces îles. Le blanc de cette peau posait autrefois au fer rouge son lys noir sur peaux noires ou dites telles. Descendants de familles de nobles négriers, ils se sont imposés par la violence et sur la violence, au-dessus d’une masse noire qu’elle voudrait indéterminée et soumise au poids d’une histoire qui les plie et les enferme dans le noir. Victor Hughes, envoyé par la convention en 1794, les avait décimés en Guadeloupe au nom de l’égalité et de l’abolition de l’esclavage. Mais les Békés de la Montagne Pelée, surent se mettre au couvert de la couronne d’Angleterre pour narguer la République de leur peau de lys bien blanche. Avec l’aide de Joséphine et de Napoléon, ils restaurèrent l’esclavage, en 1802, et purent imposer de nouveau la domination sur l’ensemble des petites Antilles. Cette croûte blanche posée sur une peau de douleur aux blessures jamais cicatrisées, sait attendre avec la bénédiction du pouvoir central, que le pus s’exprime et s’assèche pour se reposer de nouveau sur la plaie. Ainsi vont les explosions cutanées de la Guadeloupe. La dernière en date d’une telle importance était celle de mai 1967, déclenchée par le geste d’un commerçant blanc menaçant de lancer son chien sur un noir. Le chien, le kapo éternel du négrier dans la conscience locale, celui qu’on écrase sur les routes sans aucun état d’âme. Celui sur lequel s’exprime toute la haine du noir contre le blanc dominant et sa haine de lui-même. Le mépris qu’on lui porte n’a d’égal que celui supposé par le noir du blanc sur lui-même. Un mépris en miroir. Briser cette croûte, c’est penser autrement la circulation des énergies, en finir avec la mécanique de la colère noire contre la force blanche. Des blancs et des noirs aujourd’hui réfléchissent ensemble à une autre distribution de la force qui organiserait différemment la société et l’économie au-delà de l’opposition noir/blanc. Mais cela signifie que ce cône volcanique, cette pyramide générant une violence endémique s’inscrive dans l’ensemble du territoire français dans une écologie nouvelle. Une politique de la relation qui ne parte pas du haut du cratère, mais du niveau de la mer. Là où se joue réellement le droit du sol qui fonde notre nation française, et non celui du sang sur lequel se fixent des lymphocytes qui nous reviennent du fond des temps et phagocytent de leur blancheur toutes les couleurs de notre belle île en forme de papillon.

De retour

Dans Chronique des matins calmes le 5 février 2009 à 2:21

Pardon à tous mes lecteurs pour ce long silence. Il n’est pas toujours simple de tenir à jour un blog lorsqu’on est par ailleurs submergé par l’écriture et autres activités très prenantes comme le théâtre. Je viens enfin de mettre un point final aux premiers jets avant corrections de deux ouvrages à paraître bientôt. Le premier intitulé Marianne et le mystère de l’Assemblée nationale est un livre pour la jeunesse illustré par Benjamin Bachelier. C’est le deuxième épisode des aventures de Marianne, petite députée junior qui s’était déjà illustrée dans l’album intitulé Histoires de l’esclavage racontées à Marianne. Elle est taillée pour devenir un personnage récurrent qui parle aux enfants de questions citoyennes, éthiques et politiques par le truchement de ses aventures pleines de fantaisie et de rêves. C’est une coédition de l’Assemblée nationale et de Gallimard qui me l’ont commandé. Il est à paraître au mois de mai, juste avant l’assemblée des députés juniors qui se tiendra à l’Assemblée Nationale au mois de juin. Cet ouvrage, mis en vente dans le circuit commercial, sera offert aux 577 petits édiles représentant l’ensemble des circonscriptions françaises.

Le second ouvrage est une commande de Galaade dans la collection intitulée “Auteur de vues”. Ce sera le deuxième d’une collection inaugurée par Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau dont le livre intitulé “L’intraitable beauté du monde” vient de faire un véritable tabac médiatique. Le mien sera tout simplement intitulé “Noir”. Gageons que son contenu sera de nature à soulever une belle polémique. A paraître dans les semaines qui viennent.

J’entends derrière moi la calme rumeur du port de plaisance de Saint-Raphaël où nous venons de présenter ma pièce “Pas de prison pour le vent”. Nous rentrons fatigués et heureux de l’accueil qui lui a été réservé. Un spécial coup de chapeau aux comédiens, et en particulier Nanténé Traoré qui, pour une seule date isolée, a repris avec brio le rôle très conséquent d’Angela Davis crée par Sonia Floire. Une incroyable performance. Après seulement cinq séances de répétitions, elle a joué son rôle comme s’i elle en était à la 15è représentation.  Elle fait l’admiration de toute l’équipe. Un nom à suivre. Coup de chapeau aussi aux techniciens de ce très beau théâtre à l’étonnate acoustique et au parfait rapport scène-salle. Une équipe formidable, professionnelle et artisane qui communique à tout ce qu’elle touche l’amour de leur beau métier. On le fait rarement et eux, méritent comme on dit, une spéciale dédicace.

La journée fut très longue. Bonne nuit.

La bonne blague!

Dans Chronique des matins calmes le 22 janvier 2009 à 12:32

En déplacement en Seine-et-Marne mardi, Nicolas Sarkozy a fait savoir qu’il avait “hâte” que Barack Obama se mette au travail après son investiture pour “changer le monde avec lui”.

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Je ne sais pas pourquoi je pense tout à coup à cette blague:

Un éléphant et une souris courent côte à côte dans la savane. La souris tout à coup s’arrête, regarde derrière elle et dit à l’éléphant: “Eh! t’as vu la poussière qu’on soulève?”

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Sacré Victor

Dans Chronique des matins calmes le 19 janvier 2009 à 5:08

L’ami Patrick Marcland me fait parvenir ce texte d’une cruelle actualité:

“Que peut-il? Tout. Qu’a-t-il fait? Rien. Avec cette pleine puissance, en huit mois un homme de génie eût changé la face de la France, de l’Europe peut-être. Seulement voilà, il a pris la France et n’en sait rien faire. Dieu sait pourtant que le Président se démène: il fait rage, il touche à tout, il court après les projets; ne pouvant créer, il décrète; il cherche à donner le change sur sa nullité; c’est le mouvement perpétuel; mais, hélas! Cette roue tourne à vide. L’homme qui, après sa prise du pouvoir a épousé une princesse étrangère est un carriériste avantageux. Il aime la gloriole, les paillettes, les grands mots, ce qui sonne, ce qui brille, toutes les verroteries du pouvoir. Il a pour lui l’argent, l’agio, la banque, la Bourse, le coffre-fort. Il a des caprices, il faut qu’il les satisfasse. Quand on mesure l’homme et qu’on le trouve si petit et qu’ensuite on mesure le succès et qu’on le trouve énorme, il est impossible que l’esprit n’éprouve pas quelque surprise. On y ajoutera le cynisme car, la France , il la foule aux pieds, lui rit au nez, la brave, la nie, l’insulte et la bafoue! Triste spectacle que celui du galop, à travers l’absurde, d’un homme médiocre échappé.”

Victor HUGO, extrait de “Napoléon, le petit”.
Réédité chez Actes Sud, 2007.

Peut-être pensiez-vous à quelqu’un d’autre?

Le swing de Shakespeare

Dans Chronique des matins calmes le 2 janvier 2009 à 12:46

Bonne année à tous.

Voici, pour commencer, un petit texte que m’ont commandé les Ecrivains Associés du Théâtre, paru dans le B illet des Ecrivains du Théâtre. Le principe de ce billet est d’associer un auteur contemporain à un auteur classique. J’ai choisi Shakespeare comme parrain, et sans hésiter une seconde. En lisant le texte qui suit vous comprendrez pourquoi.

Le swing de Shakespeare, l’ami créole.

shakespearetimesContrairement à ce que les apparences, souvent trompeuses, pourraient laisser accroire, mon inconditionnelle admiration de Shakespeare, ne vient pas du fait qu’il a écrit les plus beaux personnages noirs de l’histoire du théâtre (Othello, Aaron, Caliban…), mais que ces personnages sont l’expression logique d’une écriture du théâtre qui se saisit du monde, du globe, comme une perle imparfaite. Perle qui, rayonnant par les diverses aspérités de sa forme, offre en son improbable rondeur, d’infinies possibilités de lumières
Le baroque est cette perle, étymologiquement. Sa surface, sa matière, sa géométrie irrégulière posent comme préalable que le centre n’est pas en l’objet lui-même mais dans le regard, forcément subjectif, et la position de celui qui regarde. Le sujet est l’objet, c’est-à-dire le public en la main duquel cette perle est posée. Elle doit être touchée, caressée, manipulée, tournée, retournée, renversée. Sa conformation lui interdit l’abstraction, lui impose le sens, le sensible, le sensuel. La saisie de sa forme implique un temps propre, une durée, celle du sujet qui s’empare de l’objet, le fait sien, s’y implique, s’y projette, s’y perd et médite dans le mouvement impulsé par la forme. Rien de cartésien en tout ça. L’unité de temps, de lieu, d’action n’est autre que celle du mouvement, de cette danse du regard, des oreilles, de l’intelligence et du corps du spectateur qui s’implique tout entier dans les circonvolutions de la dramaturgie.
Pas de monochrome dans l’œuvre de Shakespeare, pas de carré blanc sur fond blanc. Dans ce globe de théâtre, l’homme est couleurs et la couleur est mouvement.
Que le romantisme ait été pensé sur le socle d’une théorie des couleurs émise par Goethe contre l’abstraction des pensées newtonienne et cartésienne de la mécanique des lumières (excluant la subjectivité de l’œil humain), rien d’étonnant. Que le romantisme en ceci retrouve les sources du baroque et s’y abreuve, cela n’est pas surprenant. Et que par retour, le premier grand héros romantique soit Othello ressuscité par la grâce d’un grandiose opéra de Verdi, rien de plus naturel. La couleur est le centre parce que la couleur est ce qui décentre.
Elle décentre car elle existe toujours pour autre qu’elle-même, pas en soi mais pour soi, pour l’autre soi et le soi autre. Elle ne peut s’exprimer qu’en dialogue, qu’en mouvement aller-retour. Ainsi vont les héros shakespeariens qui ne jouent que dans les jeux de couleurs, qui ne trouvent leur identité que dans la trame polychrome des caractères qui composent le monde, l’homme dans le monde. Leur peau se dessine par celle des autres, elle se forme en s’y frottant. L’isolement ontologique, le solipsisme, y sont impossibles. Je est toujours un autre pour paraphraser Rimbaud. Pas seulement solidaire de l’autre, mais attaché à lui ontologiquement.
Pas d’Othello sans Desdémone et réciproquement. Pas d’Othello sans Iago et réciproquement. D’ailleurs, ils se reflètent l’un dans l’autre. Ils sont partie de l’autre. Iago est en Othello, Othello en Iago. L’unité de l’homme, celle de son individu est celle de son mouvement, de sa condition, sa situation interpénétrée de l’autre.
Le boitement du hideux, difforme et inachevé Gloucester de Richard III comme plus tard, celui de Quasimodo chez Victor Hugo, trouve sa raison d’être dans le cercle parfait de la danse auquel par nature il s’oppose. La danse de la paix est à Gloucester ce que celle d’Esméralda est à Quasimodo : une antithèse existentielle et fonctionnelle. Ils sont les « trouble-fête des jours frivoles », les contretemps nécessaires à la marche d’un temps qui se décline en « délicieuses mesures ». Ils sont diabolus in musica, cet intervalle musical, ce triton qui rendait impossible le rêve d’une harmonie musicale totale. Ce diabolus in musica qui permet aujourd’hui le swing, c’est-à-dire le boitement intégré de la danse qui jamais ne se referme en un cercle parfait, qui toujours se clôt en s’ouvrant, se dérive sur ailleurs, ne s’équilibre qu’en son contraire ou son complémentaire. Et lorsque l’harmonie est parfaite entre deux êtres s’aimant comme les jumeaux du Banquet, comme Roméo et Juliette, on le retrouve, ce diabolus in musica, sous la forme d’une mort dans la vie tirée tout droit d’un rituel africain et vaudou organisé sous la main noire d’un prêtre ensorceleur.
Alors, que de trahisons, de malentendus et d’impostures lorsque qu’un metteur en scène s’empare de l’œuvre du poète anglais pour traiter ses personnages et ses actions en des unités classiques, fermées, sans portes et sans fenêtres. Quelles abominations. Il faut être baroque pour jouer Shakespeare ou ne jamais y toucher. Il faut savoir saisir la diversité comme facteur d’unité en son mouvement. Savoir penser la totalité ouverte jamais réductible à la somme de ses parties. Penser l’unité dans le mouvement et le mouvement comme unité en construction. Rien n’y est donné par avance comme réalité ou comme abstraction.
Tout est déplacement. Le déplacement est comme la forêt de Macbeth, le possible comme impossible déplacé. Le lieu n’est pas le lieu mais sa projection utopique. En cela Shakespeare est bien fils spirituel de Thomas Moore. Utopie est le lieu du non lieu (topos, u-topos). Tout lieu renvoie à un autre lieu, tout royaume comprend d’autres royaumes, et ce qui est pourri en celui du Danemark touche à la pourriture du royaume d’Angleterre. De Venise à Vérone, de Windsor à Paris, de Stratford à Copenhague, de Barcelone à Leipzig, c’est l’Europe du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest comme totalité en mouvement, unité dans la diversité en dialogue avec l’Afrique, l’Asie et l’Amérique qui arrondit le monde. C’est le banquet européen ouvert par Erasme, cet inventeur d’Europe, ami intime de Thomas Moore avec qui il pensa Utopia. Une Europe écrite au galop d’un cheval, celui sur lequel ce Hollandais trottant avait fait poser un écritoire, et écrivait en sillonnant tous les chemins d’Europe. Erasmus, errans mus (le rat errant) comme l’appelait Luther. Un rat qui convoque l’homme au banquet d’une fête galante. Shakespeare est l’Erasme du théâtre. Son humanisme convoque le monde au plateau, le tout-monde dirait-on aujourd’hui en glissant. Un tout-monde comme espace mobile de toutes les rencontres et de toutes les métamorphoses, de l’homme en la nature et de la nature en l’homme. Copulations, hybridations, métissages. Le songe est une réalité et la réalité un songe, et Puck parcourt la planète en un éclair, facteur surpuissant de toute créolisation. Il y a de l’inversion, de la tête en bas et du cul en l’air. La surface est profonde comme dirait Nietzsche, et le rire est abyssal comme celui des fossoyeurs d’Hamlet. C’est carnaval.
Bien-sûr, Shakespeare est un créole et son verbe porte le swing. Bien-sûr ses héritiers les plus fidèles sont nés de l’autre côté de l’océan sous le ventre arrondi du Nouveau-Monde. Lire Le partage des eaux ou Concert baroque d’Alejo Carpentier, ou encore les œuvres théâtrales d’Aimé Césaire, celles de José Marti, René Depestre ou de Gabriel Garcia Marques, c’est entrer dans un ordre poétique du monde dont Shakespeare est le totem.
Et si, balayant tout agacement, j’accepte finalement avec le sourire de lire dans les pages des journaux, du Figaro comme de l’Humanité, que je suis un écrivain créole alors que je vis en l’hexagone depuis l’âge de 8 ans, c’est tout simplement par le fait que je sais que « créole » n’est pas en réalité un marquage territorial ni culturel au sens restreint, mais l’expression d’un genre universel et multiple. Et ces racines créoles je les puise autant d’un côté de l’océan que de l’autre, dans la brume des métamorphoses, entre Londres et Stratford, où règne encore sur les remparts du théâtre l’esprit du maître du Globe qui sait se faire entendre des écrivains adolescents, éternellement.

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