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40 ans de la francophonie

In Pas de catégorie on 24 mars 2010 at 8:22

Vous me direz: « quel egosystème cet Alain Foix », mais tant pis, cette affiche, je la trouve trop bien, alors je la publie.

Invité par l’Institut Français et par le Ministère des affaires étrangères Roumain, j’ai donné quelques conférences et fait plusieurs rencontres avec les étudiants des universités, des collégiens et lycéens de Bucarest et Timisoara. Très belles rencontres, chaleureux accueil et un vrai intérêt pour la langue française et ses productions littéraires.

Ci- dessous, quelques liens, conférences, articles et interviews reflétant ces rencontres:

Bucarest hebdo

conference-alain-foix-mardi-23-mars-a-l-institut-francais-de-bucarest

Jetez un oeil sur le discours du Président Sarkozy dans la même page. Ca vaut le coup d’oreille.

Et aussi:

9596-L-ecrivain-Alain-Foix-en-Roumanie

rencontre-avec-alain-foix-mercredi-24-mars-10h-au-lectorat

Le texte de ma conférence:

Eloge de l’imperfection

1- Erasme et l’utopie d’Europe

Imaginons Erasme, Erasmus, errans mus, le rat errant comme l’appelait Luther avec mépris. Imaginons l’auteur de l’Eloge de la folie, parcourant l’Europe à cheval, la plume au vent, au-dessus de l’écritoire qu’il installa à même la croupe de l’animal.

Il écrit au rythme de son trot, corrigeant le manuscrit d’Utopia que lui a confié son ami Thomas More. Utopia, ce lieu qui n’a pas lieu, et qui n’a pas de lieu (u-topos), qui n’est que déplacement, déport, projection du réel vers l’imaginaire.

Utopia est une île, une île hors de tout centre, une île qui est son propre centre. Un espace excentrique déplaçant le réel vers la terre de l’imaginaire.

Utopia est une folie. Folie est aussi le nom qui désigne un abri. Utopia est abri, l’abri de l’impensé, peut-être même de l’impensable pour la raison raisonnable. Abri protégeant  la pensée des prétentions de la Raison constituée, de ses fausses évidences. Une folie qui rit comme un cheval hennit, et qui se moque de la Raison et de la vertu empesée, artificielle, amidonnée et sèche des mandarins, ayatollahs et autres donneurs de leçons. Une folie au galop. L’imagination est son  mouvement, l’utopie sa destination.

Et la folie déplace le philosophe, le dérange, le décentre, le désaxe, car elle est le lieu de la création, expression de l’original, la pente, la déclinaison d’où surgit le nouveau.

C’est le clinamen de Lucrèce cet axe incliné du monde qui fait que tout n’existe qu’en se jouant de la verticale et se moquant du droit. Désaxer est toujours ouvrir l’espace d’un nouveau chant.

Celui qui chante annonce le lever d’un nouveau jour. Ce nouveau rameau, ce Neveu de Rameau, cet original, cet énergumène qui chante et danse sur la rage et sur l’écume des jours, le philosophe Diderot dit ne pas l’apprécier. Il prend sa distance avec lui. Lui, c’est lui, moi, c’est moi. C’est pourtant par sa bouche toujours tordue, par sa parole forcément déplacée, ses commentaires non autorisés, que le philosophe dit des vérités qui dérangent, sortant du rang de la pensée droite, unique dirait-on de nos jours, unidimensionnelle disait Marcuse.

Et Erasmus, le rat errant, écrit sur le cahot des routes nouant le fil de ses pensées par les carrefours et les chemins sans fin. Il rêve d’une perle baroque trouvée sous le sabot de son cheval.

Baroque, oui, c’est ainsi qu’on nomme une perle aux rondeurs imparfaites qui roule et danse et se créant un centre à chaque volte, qui magnifie la lumière par le prisme de chacune de ses imperfections. Une perle comme un individu à la fois unique et multiple.

Il rêve de l’Europe, une utopie, un impensé, une folie, une unité créée par le divers. Combinaison en une seule île de tous les horizons. Une perle baroque. Un rêve qui roule sous le sabot de son cheval, une rolling stone qui chaloupe et rebondit à chaque aspérité du terrain, rendant hommage à la surface complexe, chaotique et cabossée du monde.

Et c’est Shakespeare, fils spirituel de Thomas More qui la ramasse, cette rolling stone,  l’élève à la lumière, y scrute les ombres de l’être et du non-être. Et c’est le fou qui parle encore entre Hamlet sur ses remparts et le grand rire profond des fossoyeurs car le haut parfois est en bas et la bassesse souvent sur les hauteurs.

Le monde ne tourne pas rond, et la folie atteint les plus puissants, les esprits les plus droits et les âmes les plus claires.

Iago a raison d’Othello, l’infâme Aaron dans Titus Andronicus, révèle au plus profond de ses ténèbres, au cœur sanglant d’une immonde cruauté, une âme faite de lumière et de raison. Au sein de la Tempête, c’est la folie de Caliban qui est le parangon de la raison, et sous les ors de Buckingham l’affreux boitement de Richard III bat une mesure de guerre au milieu de la ronde gracieuse d’un temps de paix.

De Venise à Copenhague et de Prague à Stratford le grand maître du théâtre du Globe convoque au banquet de l’Europe toutes les parties de l’univers.  Sur le théâtre des opérations, l’Afrique, l’Asie et l’Amérique apportent à l’espace guerrier des scènes d’Europe les fruits incomparables et bariolés de la richesse du monde et de son utopie.

Et sur cette scène utopique, c’est le personnage lui-même, l’individu tout à la fois unique, multiple et universel dans sa particularité qui en est l’hôte. Une scène comme une auberge espagnole, comme un immense potlatch, un pot commun où chacun y apporte ce qu’il a de plus précieux, c’est-à-dire au fond lui-même. Un pot au feu, un melting-pot, une feijoada brésilienne, un colombo créole au sein duquel mijote toute l’âme de l’homme en son intraitable multiplicité qui fait son unité.

C’est à ce riche banquet qu’au crépuscule de sa course effrénée rêvait le cavalier Erasme. Banquet d’Europe galante et conviviale dont la richesse se fonde sur la gratuité du don, c’est-à-dire du sens et, partant, de l’humain qui ne peut être objet d’aucun commerce, c’est-à-dire encore en dernière analyse de la Culture.

Culture comme perle sauvage, baroque et imparfaite en son essence et sa beauté et dont le non fini, l’inachèvement toujours recommencé, renvoie à l’infini du monde.

Culture comme socle toujours en mouvement d’une belle Europe qui danse et ne s’assied à la table commune que pour parler de tous. Culture dont le centre est partout et la périphérie nulle part, qui roule et rebondit sans cesse sur l’indivisé des actes, des situations, des paroles et créations singulières comme autant d’accidents nécessaires qui font la vie en son insaisissable richesse.

Une Culture toujours en mouvement, forcément en mouvement, pour que son bouillon tourné en multiples saveurs, ne se fige et retombe en grumeaux d’identités fermées. Une Culture, accommodée et épicée des cultures multiples, mais qui ne se résout pas à n’être que la somme de leurs identités figées, de leurs soustractions aux autres.

Une culture mise en mouvement par la danse commune et insaisie des sujets. Sujets dont la liberté fondamentale bouscule l’inertie des communautés. Une Europe qui permet d’être soi en sortant de soi, se libérant des nous déterminants et des identités fermées, sans porte ni fenêtre.

Etre vraiment soi, c’est sortir de soi, comme tout bon comédien, tout bon danseur ou musicien, tout vrai penseur. C’est se décentrer, s’excentrer, se déplacer, s’ouvrir à l’infini, à l’indéfini, prendre le risque de l’imparfait, comme promesse du futur, d’une perfectibilité, d’un à venir jamais tout à fait décidé.

2- De la francophonie comme utopie de la diversité

Penser vraiment l’Europe, ne serait-ce pas en ce sens initié  par Erasme comme penser la francophonie ? C’est  à dire penser la Culture qui convoque les nations comme forces d’agrégation de volontés individuelles, d’appartenances voulues, désirées et décidées par des sujets conscients et libres. L’Europe comme la francophonie c’est donc le déplacement, le décentrement, et c’est la crise.

Crise car elle ne peut qu’être utopie en marche, bousculant le réel, posant question aux nations, à toutes les identités qui doivent sans se renier affronter le vertige de leurs propres limites, de leurs imperfections mises en lumière.

La francophonie comme l’Europe des nations est un collier de perles baroques.

Elle est un concert dans la mesure où chaque interprète, chaque instrument, chaque note et chaque timbre, ne déploie son identité que dans la résonnance d’avec les autres.

Un tel concert libère l’individu de la seule force agrégative de sa nation, crée une force centrifuge, l’ouvre à un ensemble plus large auquel il participe en apportant à la fois sa liberté de sujet et les déterminations, les particularismes du paysage alors ouvert de sa nation. Il met en valeur le fait que son identité n’est pas simplement expression de sa nationalité, mais l’ordre des choix individuels qui font sa personnalité, le font un interprète toujours irremplaçable de la partition du monde.

La francophonie comme l’Europe sont de nouveaux espaces de liberté, mais aussi de responsabilité devant un monde s’ouvrant encore, toujours, toujours-déjà indéfini. Comme du temps d’Erasme, notre planète est en crise d’identité, une crise topographique, une crise universelle où les vieilles nations enfermées dans leurs histoires, leurs cultes et leurs frontières sentent en elles l’irrésistible érection devant un monde nouveau.

Comme un éveil adolescent, elles pressentent la nécessité de ce passage vertigineux d’un monde clos à un univers infini. On dirait aujourd’hui « mondialisé ».

Il se lève de nouveau un besoin d’utopie. Une utopie nouvelle et vierge, car les autres furent violées. Violées par les dictatures et les totalitarismes, violées aussi par le commerce faisant de l’homme non plus le sujet mais l’objet de son profit, violé par la spéculation et la « profitation ».

Depuis Caliban de la Tempête de Shakespeare, le noir, l’indien, l’étrange étranger, virent leur sueur et leur sang échangés contre perles de pacotille sinon des coups de fouet.  Alors se sont levées des nations et des nationalismes, des blasons d’identités guerrières léchant le sang des coups de fouet sur leurs corps maltraités.

3- La francophonie et l’Europe comme alternative de paix par la diversité même.

Alors se sont levées l’Europe comme nouvelle danse des nations, et la francophonie comme une alternative possible à la colonisation.

De nouvelles rondes, des danses baroques dont le centre est partout et la périphérie nulle part. De nouvelles utopies, jamais finies, toujours à réaliser.  Et les danseurs de ces rondes là luttent avec toute la grâce nécessaire et toutes leurs distinctions contre la pesanteur et l’inertie de leurs nations qui cependant constituent le sol de leur élévation.

Si cette danse est un rêve, alors, comme disait Nietzsche, rêvons le jusqu’au bout. Rêvons le jusqu’au bout sachant toujours qu’au milieu de la ronde comme dans le cœur de l’homme, il y a toujours ce boitement, ce diable dans la musique, diabolus in musica, un hideux Richard III dont le dessein, la raison d’exister, est toujours d’abaisser cette ronde en une affreuse danse guerrière.

Alain Foix

Une lettre inédite de Jean FERRAT

In Pas de catégorie on 16 mars 2010 at 5:26

Mon excellent ami Laurent Klajnbaum vient de me faire un beau cadeau: la lettre inédite de Jean Ferrat ci-dessous.

Cette lettre a une histoire racontée par une certaine Myriam. Et voici pourquoi et comment elle a finalement atterri ici, sur mon site:

Bonjour

Mon Ami Christian B un des fondateurs des comités Ras ‘Front en Isère et à Voiron notamment (ou je milite depuis quelques années et Jardin aussi!) vient de nous adresser ce document ci-dessous ou pj.

C’est un discours de Jean Ferrat qu’il avait prononcé en 1997 lors du banquet républicain à Entraigues.  6 ans après (en 2003)  l’ami Christian  avait vaguement entendu ce discours à une émission de radio (il ne se souvient plus exactement), à cette période  Ras l’Front était en pleine activité et nous éditions un journal national, chaque comité local  alimentait avec des articles. L’ami Christian avait  écrit à Jean Ferrat pour lui demander le texte, afin de l’intégrer dans le journal mensuel de Ras l’Front.

Jean Ferrat lui avait  envoyé le brouillon de son discours et avait précisé (voir carte visite ci-après) que nous pouvions le diffuser tant que nous le souhaitions. Ce discours est paru dans le journal de Ras l’Front en 2003 et l’ami Chistian a gardé ce brouillon qu’il vient d’envoyer sur notre mailing liste.

Alors je vous l’envoie à mon tour. L’ami Christian nous précise « vous en ferez la relation avec le résultat du FN ». Jean Ferrat est mort, le FN renait du Sarkozysme et Ras l’FRONT n’est pas mort…….

Bises

Myriam

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J’ai pas fini mon rêve

In Chronique des matins calmes on 16 mars 2010 at 1:27

Cette chanson, je l’ai chantée toute la nuit. Elle m’a tourné et retourné comme une crêpe entre mes draps, m’empêchant de dormir. Pourquoi celle-ci et pas une autre? Elle me fait pleurer comme un enfant, des larmes irrésistibles, et le jour levé, en plein midi, je pleure encore. Jean sera enterré dans quelques heures à trois jours du printemps.

Est-ce cette émission que j’ai regardée hier soir sur une chaîne publique? On y voyait des images oubliées, des journalistes tournant le dos à la caméra, ou bien restant dans l’ombre, une ombre pensante, sensible, intelligente dialoguant avec l’artiste qu’elle met à la lumière. Et au milieu de cette lumière, pas un visage seulement, pas un sourire seulement, une voix, un être, une sensibilité. Le noir et blanc peut-être a cette vertu sur la couleur, mais c’est sûrement qu’il ne s’agit plus de la même télévision, des mêmes artistes, des mêmes journalistes, une télévision à l’écoute de la personne, respectueuse de l’individu, même si en même temps elle était capable de la pire des censures. Ferrat, tu me fais devenir un vieux con avec cette nostalgie du noir et blanc.

Je dis noir et blanc, mais en réalité cela est faux, elle était bleue, comme l’ombre et la neige. C’est cet oeil bleu que j’ai vu pour la première fois dans le magasin de Continental Edison de Clignancourt clignotant dans mes yeux d’enfant lorsque je suis arrivé en ce novembre glacé de ma Guadeloupe natale. Ce bleu en plein hiver me ramenant là-bas.

Je me retourne dans mon lit et je me vois assis au bord de l’océan couché sous l’horizon comme un immense écran de télévision et je me vois chanter: « attends encore attends, j’ai pas fini mon rêve. » Et ma mère qui reprend la voix sucrée d’Isabelle Aubret qu’elle adorait, le double évaporé de cette mâle voix claire des profondeurs, comme elle chantait Joe Dassin ou Nana Mouskouri. C’est peut-être ça, cette nostalgie, celle de la voix d’un enfant et de sa mère se mêlant devant l’écran océanic de leurs dimanches de banlieue.

Monsieur Jean Cap Ferrat, toi qui t’es choisi un nom du bord de l’horizon, tu me fais pleurer comme un bébé. Et je te vois là dans mon lit ou à ma place au bord de l’océan qui dis à la mort tapotant sur tes épaules: « attends, encore, attends, j’ai pas fini mon rêve ». Et je comprends pourquoi je pleure. Ton rêve, c’est mien, le nôtre. Chacun un jour viendra à ta place sur cette plage déserte de notre vie chanter cet hymne à l’existence, à l’espérance, au lendemain qui songe. Tu laisses ta place à regrets, comme je te comprends, mais moi, mais nous, tous ceux qui rêvent et osent songer, sommes déjà là pour chanter ta chanson et pour finir ton rêve sans fin.

En voyant un vol d’hirondelles

In Chronique des matins calmes on 13 mars 2010 at 8:43

Pourtant, que sa voix était belle. Comment peut-on s’imaginer en voyant un vol d’hirondelles, que Jean Ferrat vient de nous quitter?

Chacun de nous pourrait lui chanter ces paroles d’Aragon:

J’ai tout appris de toi sur les choses humaines.
Et j’ai vu désormais le monde à ta façon.

Une voix s’est éteinte qu’on croyait immortelle

Sombre et profonde comme l’Ardèche qu’il enchantait, sonore comme un gourd noir, claire comme l’eau claire. La nature faite homme par le corps, par l’esprit, par la voix, par ses choix. Plus qu’un chanteur, un aède, un barde qui nous disait la poésie brutale, subtile, cruelle, vivante du monde.

Nous serons vingt et cent, nous serons des milliers et bien plus certainement orphelins de sa voix.

Nous continuerons longtemps à chanter ses chansons que voici:

Départements Oubliés des Médias

In Chronique des matins calmes on 11 mars 2010 at 10:34

Très en colère, ce matin, l’Alain. DOM voudrait-il dire Départements Oubliés des Médias? Force est de constater qu’il en est de même pour les ROM (Régions d’Outre Mer) vers lesquels aucun chemin médiatique ne mène. Ce matin, sur France Inter, écoutant ma radio préférée, j’ai failli, d’indignation, avaler de travers mon café chaud bouillant. C’en était trop. Marie-George Buffet que j’aime pourtant bien et qui se porte à la pointe du combat contre le néocolonialisme, venait elle aussi, après le long défilé des politiques de tous bords au sujet des régionales, parler des 22 régions françaises, rayant d’un trait de salive toutes les régions d’outre-mer. Si l’outre-mer ne fait pas partie de la France, alors qu’on le dise clairement. Ce n’est pas un simple lapsus, car je constate que la fameuse vigilance des journalistes de France Inter fut prise constamment à défaut sur l’expression de ces « 22 régions françaises ». Comme s’il était convenu entre tous les politiques et les journalistes qu’on ne parlait que de ça: des élections régionales en France métropolitaine. Comme s’il était entendu que l’outre-mer ne faisait pas partie de la France. C’est grave, très grave. On raye  de la carte de France par le mépris du silence, ces millions de Français qui vous écoutent et qui avalent leur café de travers. Après on parle de lutte contre l’exclusion, on parle d’identité française, on parle d’égalité des chances et j’en passe. Je pense que le racisme et la xénophobie s’alimentent de telles impasses, de tels silences, de tels dénis d’existence. Les voix du racismes sont impénétrables et il se loge au fond même de notre inconscient. Seule la clarté du langage et sa précision sont de nature à le débusquer. Alors si on prétend lutter contre le racisme et la xénophobie, la première chose est de veiller à être exact lorsqu’on s’exprime. Et s’il est bien vrai que l’outre-mer fait partie intégrante de la France, alors on ne peut pas parler des 22 régions françaises au sujet d’un scrutin national de telle importance.

Bon, mon café s’est refroidi.

La recherche, un temps perdu?

In Chronique des matins calmes on 8 mars 2010 at 12:47

Je publie ci-dessous une lettre d’une doctorante, Clara Boyer-Rossol, à la Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. Cette lettre m’a frappée par la manière dont elle raconte très simplement et de manière sensible la situation de la recherche en France à travers l’expérience quotidienne d’une doctorante. Frappant, touchant et édifiant. A méditer.

Paris, le 22 février 2010

Madame la Ministre,

Je me permets de vous écrire afin de vous adresser mon témoignage sur la condition actuelle des doctorants en France.
Il est précisément 22h30, après une journée de travail à temps plein (un travail alimentaire il va sans dire), je commence la deuxième partie de la journée, consacrée à mes activités de recherche. En quatrième année de doctorat, je devrais m’investir à la rédaction de ma thèse, mais par manque de temps et de moyens, j’essaye seulement de maintenir ces activités.
Certains jours, je puise ma volonté de persévérer dans mon intérêt constant pour la recherche, d’autres jours, je m’appuie sur ces longues années de travail acharné pour relancer ma motivation. D’autres jours encore, je continue à travailler doublement pour le simple principe d’avoir payé 552 euros à la rentrée universitaire. Enfin, certains soirs comme ce soir, je peine à trouver du sens à cette situation. Je dresse un premier bilan : un parcours universitaire honorable, mené dans une perspective de professionnalisation (publications, interventions en conférences, terrains, enseignement…), des résultats encourageants et malgré tout ce travail, toute cette volonté déployée, je ne sais pas même comment je vais pouvoir matériellement finir ma thèse.
Je suis de cette majorité silencieuse qui n’a pas eu d’allocation de recherche et qui jongle quotidiennement entre activités rémunérées et études que l’on doit soi-même financer. Je suis de cette majorité silencieuse qui ne bénéficie d’aucun vrai statut (salariée tout en étant toujours étudiante, je ne bénéficie ni des avantages des travailleurs ni de ceux des étudiants telles que réductions, etc…). Je suis de cette majorité silencieuse qui perçoit ses débouchés comme un brouillard épais.
Ce dernier sentiment est particulièrement vivace chez mes collègues en sciences humaines. Pourtant, à l’heure des débats sur l’identité nationale ou autres polémiques médiatisées, ce sont bien les chercheurs en sciences humaines – historiens, sociologues, anthropologues – qui sont sollicités pour tâter le pouls de notre société. Je suis un de ces futurs docteurs en sciences humaines, j’ai un niveau bac plus 8 et, lorsque je ne troque pas un poste d’hôtesse d’accueil pour un poste de remplaçante dans une quelconque administration, ma préoccupation quotidienne est de trouver un énième prochain CDD – les congés payés ne font pas encore partie du vocabulaire des doctorants.
On entend parler de milliards d’euros que le gouvernement serait prêt à débloquer pour financer l’Enseignement Supérieur et la Recherche. Moi, je voudrais seulement savoir comment payer mes factures et soutenir ma thèse.
En aucun cas, mon intention est de dépeindre un portrait misérabiliste de ma situation. J’ai fait le choix de m’engager dans la recherche, et je l’ai fait avec conviction. Je crois en mes aptitudes et compétences de jeune chercheur comme en ceux de nombreux de mes collègues, je crois en la qualité de la recherche francophone et en sa production scientifique. Seulement, je m’interroge sur son devenir. Qu’en est-il, Madame la Ministre, lorsque finalement la seule perspective qui s’offre à un(e) doctorant(e) français(e) est de se tourner vers l’étranger pour espérer vivre de son travail ?
Je ne suis pas un chercheur de renom ou un spécialiste reconnu, je ne suis qu’une doctorante parmi tant d’autres, je ne suis pas au fait des derniers chiffres, statistiques et prévisions dont dispose votre Ministère, je n’ai rien d’autre que mon découvert à plusieurs chiffres, mes stratégies quotidiennes et un manque de visibilité à l’horizon.
Mais je continuerai demain, à mener tant bien que mal mon projet d’étude, non pas pour encadrer au mur mon diplôme, ni même pour un hypothétique débouché à la clé. Je continuerai demain parce que je crois en mon travail. Je déplore uniquement qu’en France, le pays de la Liberté, l’Egalité et la Fraternité, l’écho qui m’est quotidiennement renvoyé est celui de la Précarité.
En vous remerciant très sincèrement de votre attention, je vous prie d’agréer, Madame la Ministre, l’expression de mes sentiments distingués.

Klara Boyer-Rossol
Doctorante en Histoire
Université Paris VII

Les migrants votent avec leurs pieds

In Chronique des matins calmes on 6 mars 2010 at 3:22

Trouvé dans mes archives, un article sur les migrations que j’avais écrit en 1993 dans Africa International, suivant le rapport du Fonds des Nations Unies pour la Population. Il est toujours intéressant de retrouver des articles oubliés et de voir à quel point les politiques sont en retard sur les alarmes émises par les experts des diverses intitutions, relayés par les médias. Les médias semblent également amnésiques oubliant vite leur propres alarmes pour se faire l’écho immédiat des politiques qui semblent souvent avoir découvert l’eau tiède et se positionnent en retard sur des urgences annoncées des décennies auparavant. Dans cet article, le mot de mondialisation n’est pas prononcé, et pour cause, le terme n’était pas encore médiatisé, mais il s’agit bien de ça. Autre chose: à la veille la journée internationale des femmes, et des débats suscités par le port du voile, la burqa et autres modes de minorisation de la femme,  il est intéressant de noter ici le rôle primordial qu’elles jouent dans la question des migrations.

LES MIGRANTS VOTENT AVEC LEURS PIEDS

L’Etat de la population mondiale, le rapport 93 du Fonds des Nations Unies pour la Population.

Présent‚ comme chaque année par le Fonds des Nations Unies pour la Population, le rapport 93 se penche tout particulièrement sur le  problème  des migrations tel qu’il se pose aujourd’hui, avec acuité‚ depuis la fin de la guerre froide. Il note que la pression démographique mondiale est amenée à se renforcer et qu’au cours des vingt prochaines années, nous allons assister à des migrations massives et cela , malgré le fait que les pays occidentaux consacrent aujourd’hui 7 milliards de dollars par an à la résorption de ce problème et qu’ on assiste aujourd’hui à une légère réduction des inégalités de croissance entre le Nord et le Sud. En effet, de 73% du PNB mondial attribué‚ aux pays riches en 1989, nous sommes passés à 65% en 1993, soit une réduction de 16%.

On estime, par ailleurs, à 1,7% par an la croissance démographique mondiale, ce qui portera probablement la population mondiale, de 5,57 milliards actuellement, à 6,25 milliards d’habitants en l’an 2OOO, et à 11,6 milliards en l’an 215O, seuil projet‚ de stabilisation.

Quant à l’Afrique, elle est en train de battre des records de croissance démographique, puisqu’ elle devrait passer de 7OO millions de personnes actuellement à 1,6 milliards – soit plus du double -  en l’an 2O25, c’est à dire demain.

Le FNUAP estime que 95% de la croissance démographique mondiale est imputable aujourd’hui aux pays en développement  et que ce déséquilibre   constitue un des principaux facteurs des migrations internationales.

Cette croissance  est, selon cet organisme, un facteur d’aggravation de la pauvreté et non, comme on pourrait le penser un élément de développement potentiel. Car ce n’est pas une croissance maîtrisée. Il y a donc un distinguo à faire entre croissance et dimension de la population, en termes de développement économique. Dans les pays en développement, la demande d’emploi se développe beaucoup plus vite que le marché du travail, ce qui est une des causes d’ ‚migration massive.

La pandémie mondiale du SIDA peut-elle être un facteur de réduction démographique? Le FNUAP estime que, malgré l’ampleur du drame, cela n’aura pas une portée statistique déterminante puisque l’Afrique, le continent le plus touché, devrait atteindre en l’an 2OOO une croissance démographique de 1,8%.

Par contre, la dégradation de l’environnement devrait être une cause beaucoup plus certaine d’influence sur des tendances démographiques.

La désertification, l’érosion des sols, les inondations, l’élévation prévisible du niveau de la mer dû, selon certains scientifiques, au réchauffement de la planète, obligeant les habitants des zones sinistrées à fuir leur lieu d’habitation, tout cela peut fortement aggraver le phénomène de migration international.

Ces populations rurales migreront vers les grandes villes du Sud et du Nord, ce qui renforcera le phénomène des mégalopoles. On estime que d’ici l’horizon 2OOO, la moitié de la population mondiale vivra dans les villes et qu’il y aura 5 mégalopoles  de plus de 15 millions d’habitants dont 3 dans les pays en développement.  Tout cela risque de poser de sérieux problèmes de développement économique et social, avec, très certainement de nouveaux paramètres inédits à gérer et des situations on ne peut plus explosives. Si donc le phénomène de migration mondial continue de s’accentuer, cela risque, selon de FNUAP, de constituer une véritable menace pour la communauté internationale.

Mais quelles mesures adopter? N’y a-t-il pas là, dans les causes de migration, des facteurs purement liés à la modernisation générale de la planète? La distinction entre ville et campagne, par exemple, pour des raisons liées à la modernisation des moyens de communication; télévision, radio et facilité des voyages,  se fait plus fluctuante.

« Exposés à des horizons plus vastes qui leur donnent une autre idée de leur avenir possible, note le rapport, les ruraux sont devenus plus tributaires de centres urbains d’achat et de vente de biens et de services et, à bien des égards, ils font déjà partie du monde urbain ». Leur déplacement vers les zones urbaines rencontre donc de moins en moins de barrières physiques ou psychologiques.

Il est important à ce sujet de bien avoir conscience que les migrations humaines sont d’ abord l’expression collective de millions de décisions individuelles et familiales comme le rappelle ce rapport. C’est donc au niveau de l’environnement individuel et familial qu’il faut chercher les solutions à ces phénomènes de masse. Mais il est clair par ailleurs que le ressort du mouvement migratoire se trouve dans la pauvreté et l’insécurité‚ bien que, sauf en cas de crise politique et écologique, les migrants ne sont pas les membres les plus pauvres de leur communauté. Ces membres migrants s’avèrent assez bien renseignés sur leur destination, généralement volontaires et débrouillards, ce sont souvent des individus ayant un rôle actif au sein de leur groupe. Leur départ contribue à affaiblir encore plus leur communauté d’origine. Ce simple constat pour nous rappeler que le phénomène migratoire n’est pas seulement un phénomène d’invasion des régions favorisées, mais une vraie nuisance causée aux régions d’émigration. La cause psychologique liée à l’angoisse du manque de perspective à long terme, à l’ennui et au désespoir régnant dans certaines campagnes est aussi à prendre en compte. Si, comme le précise le FNUAP,   les migrations ont toujours été avantageuses sur le plan social et économique pour toutes les personnes concernées, il n’en reste pas moins qu’elles créent un certain traumatisme lié au déracinement. L’émigration apparait pour beaucoup de familles comme le dernier recours, la solution de la survie du groupe, un espoir de jours meilleurs. Et il n’est pas rare de voir des familles prendre la décision d’envoyer leurs jeunes chercher des ressources dans d’autres régions. Une étude montre que les fonds  que les migrants internationaux envoient chaque année à leur famille restée en arrière s’élèvent à 66 milliards de dollars et se placent, en valeur, au deuxième rang de l’économie mondiale après le pétrole. Leur montant dépasse toute l’assistance au développement venant de gouvernements étrangers. Mais il apparait aussi que ces fonds n’apportent finalement qu’assez peu au développement de l’économie globale des pays d’origine de ces migrants.

Pour apprécier l’ampleur du phénomène migratoire mondial qui pourrait devenir  » la crise humaine de notre époque », il est important de savoir que le nombre de migrants internationaux est estimé à 100 millions d’âmes, soit presque 2% de la population mondiale vivant hors du pays de naissance.

Il est faux de penser que cette migration se polarise du Sud vers le Nord.

Non seulement une bonne partie des migrations se situe à l’intérieur même des pays du Nord, mais depuis la fin de la guerre froide et depuis l’apparition de nouvelles puissances économiques du Sud Est asiatique et du moyen orient, on voit se multiplier à l’Est et à l’Ouest les nouveaux pays d’immigration.

Un autre préjugé dont il faut se débarrasser pour mieux apprécier la nature de ces migrations : elles ne sont pas uniquement le fait des hommes. Près de la moitié des migrants sont des femmes. Elles constituent ce qu’il est convenu d’ appeler  » la migration invisible » à cause du fait que les politiques d’immigration continuent souvent à considérer que les migrants sont des hommes et que les femmes sont à charge. Elles constituent aussi près de 75% de la population mondiale des réfugiés (6O à 80 % de ménages de réfugiés ont pour chef une femme) et une partie importante des immigrés clandestins. Les femmes, dans la migration, prennent en fait leur destin en main. Elles n’émigrent plus seulement pour suivre leur mari, mais pour chercher du travail. Les causes de leurs migrations individuelles sont bien sûr multiples, mais on peut noter que, notamment en Afrique, la perte de leur conjoint pour cause de SIDA  entre en ligne de compte. C’est un facteur important de déstabilisation des familles, donc d’émigration. – L’étude estime que 10 à 15 millions d’enfants dans le monde pourraient, d’ici l’an 2000, perdre leurs parents à cause du SIDA -.

La situation des femmes dans la migration n’est pas tellement plus enviable que dans leur pays d’origine. Elles sont souvent considérées par leurs employeurs comme une main d’œuvre bon marché et corvéable à merci. Sans compter qu’elles sont très exposées aux viols, à l’exploitation sexuelle et aux mauvais traitements en tous genres.

L’amélioration de la condition des femmes dans leurs pays d’origine apparaît donc comme une des clés de la limitation du phénomène migratoire.

Certains pays comme l’Algérie, la Bolivie, le Brésil, le Pérou, l’Egypte et la Zambie commencent à se rendre compte qu’il importe de mettre fin à l’inégalité‚ entre les sexes et d’ouvrir plus aux femmes l’accès aux ressources économiques, comme, par exemple, la propriété‚ des terres.

Ainsi, la dignité‚ de la femme comme celle de l’homme au sein de son groupe et de son pays doit être au centre de tout dispositif visant à ralentir le phénomène migratoire. Telle est, en partie, la conclusion du rapport de la FNUAP qui préconise les mesures suivantes:

-Dispenser des services sociaux aux zones rurales, notamment en matière d’éducation, de santé et de planification familiale.

-Dans les zones urbaines, s’intéresser de plus près aux infrastructures et aux services dispensés aux pauvres, encourager la croissance des petites et moyennes agglomérations par des interventions en matière d’ emploi, d’ éducation et de promotion sociale qui favorisent l’équilibre entre l’urbain et le rural.

- Les nations industrialisées doivent tenir compte des répercussions que leurs propres politiques économiques, commerciales et en matière de développement ont sur les migrations internationales.

La responsabilité des mouvements migratoire doit donc être, en matière politique imputable à l’ensemble des pays concernés. Il est clair que les migrants « votent avec leurs pieds » et dénoncent par le mouvement, un échec en matière politique, économique et sociale.

Les auteurs du rapport sont très clairs en l’occurrence lorsqu’ ils affirment dans leur conclusion : « L’environnement juridique et politique doit permettre à ceux qui sont au bas de l’échelle de mieux maîtriser leur propre vie. »

Alain Foix

AFRICA INTERNATIONAL

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