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	<title>Scènes de vie</title>
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	<description>Littérature, théâtre(s), arts, société et couleurs du temps</description>
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		<title>Scènes de vie</title>
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		<title>Rencontre entre Mumia Abu-Jamal et Mireille Fanon-Mendès France (témoignage)</title>
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		<pubDate>Wed, 21 Nov 2012 17:26:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>alainfoix</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Mumia Abu Jamal Hors les murs du couloir de la mort &#160; Mireille Fanon-Mendes-France Fondation Frantz Fanon Experte ONU &#160; 6 octobre 2012, 7h30. Départ de New York  pour Frackville au sud de la Pennsylvanie. Après trois heures de conduite, la prison de Mahanoy est en vue. Si Mumia a changé de prison -celle-ci -de [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=alainfoix.com&#038;blog=1857102&#038;post=2276&#038;subd=alainfoix&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/11/mumia-mireille2.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2277" title="mumia-mireille2" alt="" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/11/mumia-mireille2.jpg?w=604"   /></a></p>
<p><b>Mumia Abu Jamal</b></p>
<p><b>Hors les murs du couloir de la mort</b></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Mireille Fanon-Mendes-France</p>
<p>Fondation Frantz Fanon</p>
<p>Experte ONU</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>6 octobre 2012, 7h30.</p>
<p>Départ de New York  pour Frackville au sud de la Pennsylvanie.</p>
<p>Après trois heures de conduite, la prison de Mahanoy est en vue. Si Mumia a changé de prison -celle-ci -de moyenne sécurité- est l’exacte réplique de celle de Greene –haute sécurité. Même fils de fer barbelés entourant les murs, même position du parking, même entrée meublée des mêmes fauteuils en skaï orientés vers le même mur. Tout est identique, y compris la façon dont sont accrochées, face à la porte d’entrée, les récompenses du staff des gardiens, même comptoir d’accueil. Le portique de sécurité est peut être légèrement plus déporté vers la gauche qu’à Greene.</p>
<p>Le même long couloir tournant vers la droite mène non plus vers le secteur du couloir de la mort mais vers la salle des visites. Une salle relativement grande, basse de plafond ; de nombreux fauteuils les uns derrière les autres disposés face à l’estrade sur laquelle « trônent » les gardiens ; quelques tables rondes ; des distributeurs de boisson, de friandises et de plats pouvant être réchauffés dans un micro-onde ; une salle pour les enfants mais interdite d’accès. De nombreux panneaux sur les murs : <i>interdit aux prisonniers ; interdit aux prisonniers d’introduire les pièces dans les distributeurs et de sélectionner les denrées ;   interdit de bouger les meubles ; toilettes interdites aux prisonniers…</i></p>
<p>Mumia attend légèrement recroquevillé sur lui, souriant. Il se lève. C’est la première fois que je peux le voir sans la vitre épaisse qui le séparait de tous ses visiteurs. Me reviennent  plus de quinze ans de visite, l’atmosphère si particulière de Greene où se mêlaient à la fois la joie de passer plus de 3 heures avec Mumia, la crainte de ne pas le voir –les autorités pouvant à tout moment annuler la visite- et la pesanteur des conditions de la visite : la vitre où les voix ne peuvent atteindre l’un et l’autre qu’à travers quelques trous percés sur les côtés ; ses mains longtemps attachées, les premières fois, elles l’étaient par une chaîne lui entourant la taille et reliée à ses pieds. Il aura fallu la visite de Desmond Tutu pour qu’enfin nous le voyions les mains libres de toute entrave.</p>
<p>6 octobre 2012, il ne porte plus son uniforme orange mais est vêtu d’un uniforme marron avec pour seul agrément un parement jaune aux manches courtes, tenue réservée exclusivement aux visites.</p>
<p>Il aura fallu onze ans pour qu’il sorte du couloir de la mort, alors que le 18 décembre 2001, le Juge fédéral Yohn, de l’État de Pennsylvanie, avait « cassé » la sentence de peine de mort prononcée en 1982. Il aurait dû être extrait du couloir de la mort quelques jours après. C’est ce que nous attendions tous, même si nous savions que le Juge n’avait statué que sur la forme et non sur le fond de l’affaire ; pour la justice américaine, Mumia reste toujours coupable du meurtre qui lui est reproché. Après de nombreux appels tant au niveau fédéral qu’à celui de la Cour Suprême des Etats Unis, cette dernière « se lave les mains » des droits civils de Mumia et laisse à la Cour fédérale de Pennsylvanie le soin de revenir éventuellement sur la décision prise le 18 décembre 2001. Autre traitement inhumain et dégradant s’apparentant fort à une torture tant morale que physique.</p>
<p>Au-delà de ces « jeux  de justice », il est intéressant de s’interroger sur le maintien de Mumia dans le couloir de la mort. Rappelons que le droit à la vie et celui de ne pas être soumis à une peine cruelle, inhumaine ou dégradante, sont affirmés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme ainsi que dans des instruments internationaux et régionaux, à valeur normative,  et dans des constitutions et législations nationales, sauf aux Etats-Unis qui ne cessent de marquer leur différence, dans le sens le plus monstrueux, même si certains de ses Etats ont voté des moratoires Ce n’est toujours pas assez ! L’idéologie de la loi du Talion à la vie dure.</p>
<p>En aucune manière, une exécution judiciaire ne constitue un acte de légitime défense,  il s’agit juste d’un meurtre prémédité cruel et se rapproche, en ce sens, de la torture. C’est, comme le précise Amnesty International<a title="" href="#_ftn1">[1]</a>, « <i>une agression physique et mentale poussée à l’extrême contre une personne déjà réduite à l’impuissance par les autorités gouvernementales</i> ».  Tout Etat pratiquant la peine de mort ne peut prétendre être un Etat démocratique respectant les droits fondamentaux et encore moins lorsque cette peine de mort vise particulièrement les Afro-Américains qui « <i>représentent 42 % de la population dans le couloir de la mort mais seulement 12% de la population américaine, alors que les Blancs, représentant 72 % de la population, constituent 44 % des condamnés à mort</i> <a title="" href="#_ftn2">[2]</a>». Il faut ainsi admettre, à l’instar d’Arnaud Gaillard, que « <i>la peine de mort est un dispositif majoritairement au service des personnes de couleur blanche, et d&rsquo;autre part, que la vie n&rsquo;a pas le même prix selon la couleur de la peau ou les capacités financières de chacun ». </i>C’est bien d’ailleurs cette justice raciste que ne cessent de dénoncer Mumia et ses soutiens aussi bien américains qu’internationaux.</p>
<p>Mumia aura passé trente années dans le couloir de la mort, dont onze de trop. Dans cette attente réside aussi la cruauté et l’inhumanité de la peine de mort, non seulement le prisonnier attend sa mort mais cela constitue une torture mentale et physique inadmissible au regard du droit à la vie et du droit à la dignité humaine. Trente ans à attendre, à lutter, à clamer son innocence –il n’est pas le seul- trente ans constituant un traitement inhumain, une torture mentale et physique visant à le briser.</p>
<p>C’est compter sans la force de caractère de Mumia. Il résiste, étudie, lit, écrit, publie des livres<a title="" href="#_ftn3">[3]</a>, donne des interviews, apprend le chant et le piano et ne cesse de faire des exercices physiques à raison de 6 heures par semaine, travaille sur son cas, informe ses camarades de détention sur leurs droits, même s’il avoue ne pas être « avocat ». Il a compris comment marchent les rouages et a éprouvé leurs limites. Pour l’administration pénitentiaire et judiciaire, il est à briser et surtout il faut obtenir sa vie pour laver l’outrage de la mort du policier Faulkner.</p>
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<p>Ainsi lors de son arrivée à Mahanoy, les autorités n’ont eu de cesse d’obtenir de lui qu’il coupe ses dreadlocks –il avait promis de ne le faire qu’à sa libération-.  Il refuse, restera plusieurs semaines en isolement complet,  ni livre, ni radio, ni visite. Seul. Il perdra plusieurs kilos. Il ne cédera que devant l’insistance de sa femme et de ses soutiens. Il s’agissait pour les autorités américaines de le mettre face, hors du couloir de la mort, au même type de traitement dégradant et inhumain.</p>
<p>Mumia devrait passer le reste de sa vie en prison, à moins que le rapport de force entre ses soutiens et la justice permette que son cas ne soit réétudié, voire ré ouvert. C’est bien ce que la justice, dans le plus grand secret,  a empêché de faire en  rendant, le 13 août dernier, une ordonnance stipulant que Mumia était condamné à la prison à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle. Il était ainsi privé d’une possibilité de recours, si n’avait été la vigilance d’une de ses anciennes avocates.</p>
<p>Au traitement inhumain et dégradant, équivalant à de la torture, s’ajoute le fait que Mumia est victime d’une violation systématique de ses droits à la dignité humaine, à ne pas être discriminé en raison de ses origines et à ne pas être privé du droit à se défendre puisqu’avec cette tentative, il y a violation intentionnelle des règles de procédures pénales.</p>
<p>Depuis 2009, les soutiens de Mumia ont commencé une large campagne internationale portant sur ses droits civils qui ont été largement violés depuis 1982 : le jury n’a eu connaissance que partiellement des informations ;  Mumia, au tout début de son procès, a bénéficié d’une assistance juridique insuffisante ; le juge s’est montré ouvertement impartial ; les éléments nouveaux n’ont pas été acceptés par l’accusation ; sans oublier le poids politique de l’Ordre Fraternel de la police à Philadelphie. Ce constat interroge les normes internationales d&rsquo;équité pour les procédures judiciaires. Seul un nouveau procès, avec des observateurs étrangers, pourrait permettre le respect des droits civils de Mumia.</p>
<p>15 heures, la fin de la visite est annoncée. Nous avons passé cinq heures ensemble. Cinq heures où se sont, pour la première fois, interposés des silences ; il n’y a plus l’urgence du couloir de la mort. Nous étions deux amis, certes dont un est emprisonné, mais le rythme était différent, moins pesant. Les enfants des prisonniers couraient, riaient ; des familles jouaient aux cartes ; d’autres savouraient d’être si près l’un de l’autre ; un prisonnier, attitré aux photos, n’a cessé d’en développer &#8230;</p>
<p>Dans cet univers si impersonnel et où des vies se brisent, cette visite marque la seconde étape du combat mené avec les prisonniers politiques maintenus trop longtemps en prison alors qu’ils ne sont pas coupables ou qu’ils devraient être libérés depuis longtemps ;  Il reste la mobilisation à construire pour obtenir la libération de Mumia et la fin d’une justice ouvertement raciste. Le micro a grésillé la fin de la visite.</p>
<p>Paris, le 15 octobre 2012</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref1">[1]</a> Document, <b><i>Abolition totale ou partielle dans la loi et la pratique, </i></b>Index AI : ACT 50/13/98</p>
<p>ÉFAI, Londres, décembre 1998</p>
</div>
<div>
<p><a title="" href="#_ftnref2">[2]</a> Arnaud Gaillard<b><i>, 999, </i></b> éditions <em>Max Milo, 2011</em></p>
</div>
<div>
<p><a title="" href="#_ftnref3">[3]</a> <b><i>Live from death row</i></b> (1995);  <b><i>All things censored</i>;  <i>Death Blossoms : reflections from a prisoner of conscience</i> ; <i>Faith of our fathers</i>; <i>We want freedom: a life in the Black Panther party</i>; <i>Jailhouse Lawyers</i> </b>(2010); le dernier  en collaboration avec Marc Lamont Hill: <b><i>The classroom and the cell: conversations on Black life in America</i></b> (2012)</p>
</div>
</div>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/alainfoix.wordpress.com/2276/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/alainfoix.wordpress.com/2276/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=alainfoix.com&#038;blog=1857102&#038;post=2276&#038;subd=alainfoix&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<item>
		<title>Correspondances avec Baudelaire. Petit-Canal, Guadeloupe.</title>
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		<pubDate>Fri, 09 Nov 2012 18:36:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>alainfoix</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chronique des matins calmes]]></category>
		<category><![CDATA[baudelaire]]></category>
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		<description><![CDATA[Curieux la vie. Lorsque j&#8217;ai écrit, tout jeune encore cette nouvelle du haut des Marches de l&#8217;esclavage de Petit Canal, en 1983, je ne pouvais me douter que trente ans plus tard, j&#8217;y disperserais les cendres de mon père selon sa volonté. Il y a des correspondances comme disait Baudelaire. Cent sept marches &#160; &#160; [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=alainfoix.com&#038;blog=1857102&#038;post=2273&#038;subd=alainfoix&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Curieux la vie. Lorsque j&rsquo;ai écrit, tout jeune encore cette nouvelle du haut des Marches de l&rsquo;esclavage de Petit Canal, en 1983, je ne pouvais me douter que trente ans plus tard, j&rsquo;y disperserais les cendres de mon père selon sa volonté. Il y a des correspondances comme disait Baudelaire.</p>
<p><a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/11/sept2012-160.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2274" title="sept2012 160" alt="" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/11/sept2012-160.jpg?w=604&#038;h=453" height="453" width="604" /></a></p>
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:center;"><b>Cent sept marches</b></p>
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<p>Aujourd&rsquo;hui la pluie. La pluie à perte de vue, à perte de temps, à bout de patience. La pluie. Rien que de l&rsquo;eau. Sauve qui peut. Il pleut, nous pleuvons, vous pleuvez, ils ou elles pleuvent. Nom de Dieu. Ma pauvre calebasse pleine d&rsquo;eau oublie que pleuvoir ne se conjugue qu&rsquo;au singulier de la troisième personne. Je récite ma leçon : &laquo;&nbsp;pleuvoir, verbe impersonnel&#8230;&nbsp;&raquo; C&rsquo;est ça que les maîtres d&rsquo;école bien au sec dans leur poêle apprennent à ceux qui sont nés, bouche bée, de la dernière pluie. Et le grand &laquo;&nbsp;Il&nbsp;&raquo; transcendant nous pleut ses jours humides sans lune et sans soleil, nous pétrit et  repétrit corps et âme, jusqu&rsquo;à ne plus savoir ni hier ni demain, ni tu ni toi ni soi, ni Eve, jusqu&rsquo;à se sentir pleuvoir soi-même, transmuté de sang en eau, de chair en boue parmi d&rsquo;autres morceaux de boue à forme courbée face à terre, vaguement humaine, reconjugués sans passé, sans présent, sans futur en un &laquo;&nbsp;nous&nbsp;&raquo; compact et aqueux. Mais ceux qui ont pataugé dans la boue tropicale de Petit-Canal, Guadeloupe, au mois d&rsquo;Août, savent bien eux, dans leur petit coin de glaise qu&rsquo;on peut bien dire &laquo;&nbsp;je pleus, tu pleus, nous pleuvons&nbsp;&raquo;.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Ici à Petit-Canal, d&rsquo;habitude sec comme un coup de fouet, quand il pleut, on pleut. Rien d&rsquo;autre à faire. On est pluie, on pense pluie, on pense flique, on pense flaque, on ne pense pas, on a l&rsquo;âme pluvieuse et l&rsquo;esprit spongieux. Corps mous, esprits mous et boues coagulés, le cerveau se répand goutte à goutte, à vau-l&rsquo;eau la pensée va. La pluie a réponse à tout. Qui suis-je? La pluie. Où vais-je? A la pluie. Que puis-je espérer? La pluie. Après la philosophie des Lumières, il faudrait une philosophie de la pluie et de la pensée trouble. Descartes, poule mouillée. Répète après moi &laquo;&nbsp;je pense donc je suis sec.&nbsp;&raquo;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Pas de doute, Petit-Canal apporte à sa manière, une contribution humide à la Pensée de l&rsquo;Etre.</p>
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<p>Nom d&rsquo;un chien, Petit-Canal. Je me sens l&rsquo;âme d&rsquo;une éponge de mer qui rumine dans ses bas-fonds des pensées de crabe. Assis en haut de tes cent sept marches de l&rsquo;esclavage, vestige hideux d&rsquo;un temps lamentable, je les recompte une à une, ces marches pour passer le temps. Un&#8230; grand coup de fouet, deux&#8230; jarrets coupés pour marronnage, trois&#8230; bras arrachés dans un moulin de canne, quatre&#8230; langues retournées dans des gosiers, cinq&#8230; femmes qui mâchent la terre pour en mourir, six &#8230; révoltes mâtées dans le sang et dans l&rsquo;horreur, sept&#8230; peaux noires dans des crocs blancs, huit&#8230; nourrissons tués pour fuir la vie qui ne tient qu&rsquo;à une chaîne&#8230; trente deux&#8230; dents arrachées d&rsquo;un grand sourire, cinquante&#8230; viols de toutes petites négresses, soixante&#8230; jours à fond de cale, quatre vingt quinze&#8230; tonnes de café noir, autant de sang versé&#8230; cent sept&#8230; cris de douleur&#8230; et&#8230; cent sept par trois&#8230; ans d&rsquo;esclavage.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Des pensées rouges de crabe tourlourou au fond de son trou de terre humide. Je me sens percé de partout. Ce n&rsquo;est pas la pluie, la pluie est tiède. D&rsquo;en haut on les jetait ces hommes pour les punir de n&rsquo;être pas des chiens, dans des tonneaux percés de clous qui roulaient qui roulaient, tambours … cris humains, du haut des cent sept marches. A l&rsquo;arrivée c&rsquo;était de la boue, de la boue rouge, de la boue d&rsquo;homme dans un déluge de larmes.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Pas de doute, Petit-Canal à sa manière apporte sa contribution criante à la Pensée de l&rsquo;Homme.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Et le poète disait:</p>
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<p><i>C&rsquo;est là que j&rsquo;ai vécu dans les voluptés calmes,</i></p>
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<p><i>Au milieu de l&rsquo;Azur, des vagues, des splendeurs</i></p>
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<p><i>Et des esclaves nus, tout imprégnés d&rsquo;odeurs</i></p>
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<p>Ah! Baudelaire, Baudelaire, immense albatros, vaste poète égaré dans l&rsquo;insondable Léthé, le bel azur et l&rsquo;éther glacé. O esprit gémissant en proie aux longs ennuis. Toi, mon semblable, mon frère soumis d&rsquo;amour aux yeux noirs d&rsquo;une belle créole. Que n&rsquo;as tu pleuré de ta fenêtre ouverte aux enfers, cette horreur d&rsquo;un autre âge qu&rsquo;on appelle l&rsquo;esclavage.</p>
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<p><i>Quand la terre est changée en un cachot humide</i></p>
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<p><i>Quand la pluie étalant ses immenses traînées  </i></p>
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<p><i>D&rsquo;une vaste prison imite les barreaux&#8230;</i></p>
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<p>Et je suis là, assis en haut des marches  de pierre à trembler tout à coup. Ce n&rsquo;est pas à cause de la pluie. Elle est douce, elle est tiède. Et je suis là, assis en haut de ces marches mouillées à parler aux poètes bien au sec à leur fenêtre et qui pleurent par-dessus leur balcon les dames créoles au parfum envoûtant. Poète. Hypocrite poète.</p>
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<p><i>Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits.</i></p>
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<p>C&rsquo;est beau comme un tonneau de rhum clouté qui roule son homme marche par marche dans les cris rythmés d&rsquo;un vers à cent sept pieds.</p>
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<p>Et je tremble tout à coup. Ce n&rsquo;est rien, c&rsquo;est la pluie. La pluie tropicale qui  tatam, tamtamise sur les toits de tôle, les feuilles de bananier et mon crâne bien fatigué, répétitive, lancinante, fascinante, fascinante.</p>
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<p><i>Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle&#8230;</i></p>
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<p>&#8230; Sur un peuple innocent noirci sous le harnais. Harnais, Beauharnais, belle Salope.</p>
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<p>Ah! Baudelaire, Baudelaire, poète imperator du haut de ta pyramide, général mille étoiles régnant sur une armée de vers luisants, toi qui te dis roi d&rsquo;un pays pluvieux qui dis avoir plus de souvenirs que s&rsquo;il avait mille ans, toi l&rsquo;amoureux d&rsquo;une dame créole, que ne clames-tu ô poète lucide, que ta belle Joséphine te fit rétablir l&rsquo;esclavage.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Par vers ou par décret qu&rsquo;importe, serviteur volontaire d&rsquo;une immonde infamie qui feint drôlement de croire que la morsure de l&rsquo;amour vaut bien celle du fouet.</p>
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<p><i>Que vos grands yeux rendraient plus soumis que vos noirs</i></p>
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<p>Des cascades d&rsquo;eau de pluie dévalent les marches mille fois lavées. Une rangée de cocotiers court mollement vers la jetée comme les notes mouillées d&rsquo;une triste mélodie, comme une longue portée de chants déportés. Et je ne sais pourquoi, descendant l&rsquo;escalier, je me dis, titubant, que vraiment, alors vraiment, je hais le rhum et je hais la poésie.</p>
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<p><i>Je suis le roi d&rsquo;un pays pluvieux</i></p>
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<p>Une bouteille de rhum vide du haut des cent sept marches du passé regarde dans l&rsquo;aube d&rsquo;un jour pluvieux l&rsquo;ivresse d&rsquo;une longue nuit blanche descendre les escaliers à pas comptés. Je suis noir, je suis gris, je suis rond. Mais je tiens bon. Cent trois, cent quatre, cent cinq, cent six &#8230;cent six &#8230; mais où est passée la cent septième? Allez, je remonte &#8230; et puis zut, je descends. Je retourne en Afrique. Où est passée la cent septième? Garde-à-vous! A ma droite, un régiment de bananiers plutôt débraillé, la fleur au clair qui pend par terre. A ma gauche, la mélodie des cocotiers qui bat de l&rsquo;aile. Droit devant, la mer étale et salace sur le gris sale du matin glauque au bout de la jetée, pénétrée, empêtrée d&rsquo;espérance. A moi l&rsquo;Afrique oublieuse du passé. A moi la négraille d&rsquo;avant la négritude. A moi Pénélope, à moi Ariane tisseuses infatigables, je remonte le fil du temps, d&rsquo;un long voyage de trois cents ans.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>A moi Eurydice, douce Eurydice, je tourne le dos à l&rsquo;enfer. Je ne regarderai pas en arrière. J&rsquo;ai crevé l&rsquo;œil cannibale du grand Cyclope. Je suis né de la dernière pluie. Je suis libre. Je suis ma pente. Je sors de la gueule  du père Cronos. Adieu l&rsquo;île aux belles larmes, née pour pleurer sur le passé, fille languissante de l&rsquo;Echo, amoureuse des rêves de Narcisse. La jetée craque, la jetée crisse. Me voilà au bord du bout du monde. Il n&rsquo;y a plus rien entre moi et moi. A moi l&rsquo;absolu de l&rsquo;eau. Je plonge.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Des canots verts et bleus barbotent dans ma soupe de mer salée. Une chaudière sous pression siffle dans mon crâne chargé comme un paquebot. J&rsquo;émerge doucement de la brume. La mer recrache avec douceur ma longue nuit d&rsquo;ivrogne.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Alain Foix</p>
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<p>Petit-Canal/Guadeloupe le 16/août 1983</p>
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<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/alainfoix.wordpress.com/2273/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/alainfoix.wordpress.com/2273/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=alainfoix.com&#038;blog=1857102&#038;post=2273&#038;subd=alainfoix&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>OBAMA REELU, SOYONS &#171; REVE ACTIONNAIRES &#187;.</title>
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		<pubDate>Wed, 07 Nov 2012 09:22:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>alainfoix</dc:creator>
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		<description><![CDATA[CA C&#8217;EST AUJOURD&#8217;HUI!!! ET CA C&#8217;ETAIT HIER, C&#8217;EST A DIRE EXACTEMENT 50 ans, 1962. Martin Luther King n&#8217;avait pas encore fait sa Marche sur Washington et offert son Rève au monde entier, en 1963, sous la statue de Lincoln. Il n&#8217;avait pas encore prédit comme il le fit en 1964, l&#8217;élection dans une quarantaine d&#8217;années [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=alainfoix.com&#038;blog=1857102&#038;post=2263&#038;subd=alainfoix&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>CA C&rsquo;EST AUJOURD&rsquo;HUI!!!</p>
<p><a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/11/546522_t607.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2264" title="546522_t607" alt="" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/11/546522_t607.jpg?w=604&#038;h=482" height="482" width="604" /></a><a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/11/1756910_3_e74a_barack-obama-et-sa-famille-a-l-issue-du_24271aafcba73d8eebd3f94b95755dfd.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2265" title="1756910_3_e74a_barack-obama-et-sa-famille-a-l-issue-du_24271aafcba73d8eebd3f94b95755dfd" alt="" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/11/1756910_3_e74a_barack-obama-et-sa-famille-a-l-issue-du_24271aafcba73d8eebd3f94b95755dfd.jpg?w=604"   /></a></p>
<p>ET CA C&rsquo;ETAIT HIER, C&rsquo;EST A DIRE EXACTEMENT 50 ans, 1962. <a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/11/no-dogs-negros.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2266" title="No-dogs-negros" alt="" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/11/no-dogs-negros.jpg?w=604"   /></a></p>
<p>Martin Luther King n&rsquo;avait pas encore fait sa Marche sur Washington et offert son Rève au monde entier, en 1963, sous la statue de Lincoln. Il n&rsquo;avait pas encore prédit comme il le fit en 1964, l&rsquo;élection dans une quarantaine d&rsquo;années d&rsquo;un noir à la présidence des Etats-Unis comme le fit également le Président Kennedy. Et c&rsquo;est sans doute aussi pour ça qu&rsquo;ils ont été tués, comme je l&rsquo;écris dans ma biographie de Martin Luther King : &laquo;&nbsp;N’a-t-il pas en 1964, annoncé à la télévision, la possibilité que les Etats-Unis éliraient d’ici quarante ans un président noir, en total accord avec le Président John Fitzgerald Kennedy qui avait pronostiqué la même chose ? Peut-être est-ce même cette pensée, si complice de celle d’un noir qui a précipité JFK dans une tombe ?  MLK comme JFK voit loin, trop loin peut-être. Sans doute a-t-il tort d’avoir raison trop tôt&#8230; Que s’est-il passé pour que le 15 juillet 2011, Barack Obama, Président des Etats-Unis, contemple avec Ruby Bridges elle-même dans une aile ouest de la Maison Blanche, près du bureau ovale, le tableau de Norman Rockwell qui y est accroché ? C’est le produit du combat de Martin Luther King qui, dès 1960, prit un nouveau tour à l’occasion des élections présidentielles.&nbsp;&raquo;<a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/11/obama-norman-rockwell-painting.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2267" title="obama norman rockwell painting" alt="" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/11/obama-norman-rockwell-painting.jpg?w=604"   /></a></p>
<p>Le rêve de Martin Luther King est toujours en marche. Mais cela n&rsquo;est pas qu&rsquo;un rêve américain. Il est par nature universel. Le rêve, on le sait depuis Freud, est la part consciente de l&rsquo;activité inconsciente. Et dans la masse du non-dit, il y a toujours la part du refoulé et son retour possible. Mitt Romney pouvait derrière sa face souriante, apporter cette part grimaçante du &laquo;&nbsp;Tea Party&nbsp;&raquo; Un rêve éveillé peut être aussi une entreprise qui suppose des actionnaires. Ce rêve-là est une entreprise multinationale. Son siège est actuellement aux Etats-Unis, alors qu&rsquo;il le fut d&rsquo;abord en France. Une entreprise, on le sait, est ce qu&rsquo;en font ses actionnaires et ses employés qui peuvent aussi l&rsquo;être. Regarder ce qui se passe aux US sans mettre soi-même la main à la pâte, c&rsquo;est courir à l&rsquo;échec. Qu&rsquo;aurait été la révolution américaine sans l&rsquo;intervention de la France et de La Fayette? Qu&rsquo;en est-il en France et ailleurs de la promotion sociale de ceux qu&rsquo;on enferme dans les ghettos de banlieue? Le rêve se relève en titubant de l&rsquo;autre côté de l&rsquo;Océan. Il pourrait retourner aux limbes parce que comme le dit Bertolt Brecht, &laquo;&nbsp;Le ventre est encore fécond d&rsquo;où a surgi la bête immonde.&nbsp;&raquo;<br />
Alors, Français, Américains, démocrates du monde entier, encore un effort pour être &laquo;&nbsp;rêve actionnaires&nbsp;&raquo;. Et plutôt que dénigrer, comme le font certains assis sur leurs certitudes de gauche et regardant le premier président américain non wasp se débattre contre la réaction d&rsquo;un pays si violent qui cherche à entraver ses réformes les plus sociales, en disant &laquo;&nbsp;oh! qu&rsquo;il est décevant&nbsp;&raquo;, pourquoi pas agir à notre manière sur nos propres inégalités, rejoignant cet espoir fragile qu&rsquo;il tient à bout de bras? Oui, on peut rêver et s&rsquo;exclamer: &laquo;&nbsp;Obama, nous voilà&nbsp;&raquo;.</p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/alainfoix.wordpress.com/2263/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/alainfoix.wordpress.com/2263/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=alainfoix.com&#038;blog=1857102&#038;post=2263&#038;subd=alainfoix&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Chat vibre!</title>
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		<pubDate>Mon, 29 Oct 2012 17:47:57 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Je n&#8217;ai jamais été un écrivain à chat. Pourtant, ma Kiara ne manque pas une occasion, dès que je suis assis sur un canapé, de se blottir sur mes genoux pour laisser à mon grand dam ses touffes de poils de bâtarde d&#8217;angora sur mes vêtements. On m&#8217;entend aussi régulièrement hurler, constatant que je viens [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=alainfoix.com&#038;blog=1857102&#038;post=2249&#038;subd=alainfoix&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/10/kxfxsm5t.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2250" title="kxfxsm5t" alt="" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/10/kxfxsm5t.jpg?w=604&#038;h=453" height="453" width="604" /></a>Je n&rsquo;ai jamais été un écrivain à chat. Pourtant, ma Kiara ne manque pas une occasion, dès que je suis assis sur un canapé, de se blottir sur mes genoux pour laisser à mon grand dam ses touffes de poils de bâtarde d&rsquo;angora sur mes vêtements. On m&rsquo;entend aussi régulièrement hurler, constatant que je viens de repasser un pantalon sur une table couverte de poils invisibles, car la table à repasser, avec son molleton moelleux, est un des lits qu&rsquo;elle affectionne. Mais jamais, ô grand jamais, elle ne s&rsquo;aventure dans mon bureau lorsque j&rsquo;y suis, sinon pour me réclamer de ses miaulements autoritaires et péremptoires, de lui ouvrir la porte ou de lui servir son repas. Ainsi, loin de l&rsquo;image d&rsquo;Epinal, jamais on ne me verra, écrivain, méditer et travailler avec le support rêveur des yeux d&rsquo;un chat.<a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/10/ga-chat-coeur.gif"><img class="aligncenter size-full wp-image-2251" title="ga-chat-coeur" alt="" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/10/ga-chat-coeur.gif?w=604"   /></a></p>
<p>Par contre je puis affirmer maintenant, que je deviens un musicien à chat. Grâce à mon nouveau saxophone, je suis en train d&rsquo;établir une relation nouvelle avec ce vieux chat mélomane, noir et blanc. Dès que je sors le premier son, je le vois accourir du diable vauvert, traverser mon jardin et venir se blottir contre ma porte vitrée. Il s&rsquo;installe sur le paillasson devenu sa loge de concert. Même mes couacs ne l&rsquo;effraient pas. Il ne semble pas se lasser de mes gammes et de mes arpèges. Mon opinion sur ce chat qui était notablement désastreuse, est en train de changer. Et j&rsquo;ai l&rsquo;impression que celle qu&rsquo;il se faisait de moi aussi. Nous devenons amis grâce à la musique. Je ne joue plus pour moi-même, mais également pour un chat de gouttière. Cela peut paraître idiot, mais sa présence m&rsquo;encourage et m&rsquo;inspire. Je ne joue pas pour moi seul ou pour d&rsquo;abstraits auditeurs, mais pour un être de chair, d&rsquo;os et de poils.<a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/10/chat-noir-mimie_800_7157.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2252" title="chat-noir-mimie_800_7157" alt="" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/10/chat-noir-mimie_800_7157.jpg?w=604&#038;h=401" height="401" width="604" /></a></p>
<p>Lorsque j&rsquo;écris, je m&rsquo;adresse à un lecteur idéal que je ne croiserai jamais. Lorsque je joue, je communique avec un auditeur idéal qui est un chat. Un vieux chat de gouttière noir et blanc et c&rsquo;est, comment dire&#8230;. Miaou!<a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/10/chat-noir-1003.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2253" title="chat-noir-1003" alt="" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/10/chat-noir-1003.jpg?w=604"   /></a></p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/alainfoix.wordpress.com/2249/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/alainfoix.wordpress.com/2249/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=alainfoix.com&#038;blog=1857102&#038;post=2249&#038;subd=alainfoix&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Les chats, la flûte, le saxophone et moi</title>
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		<pubDate>Sat, 27 Oct 2012 22:22:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>alainfoix</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Je suis tombé amoureux d’un saxophone. Il s’appelle Jupiter, c’est sa marque, et c’est un ténor. Amoureux de sa forme, de sa taille, de sa couleur dorée, de sa peau rutilante. Je le prends à pleines mains, je l’embrasse à pleine bouche. Mes doigts parcourent avec sensualité ses clefs douces et subtiles, dociles aussi. J’aime [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=alainfoix.com&#038;blog=1857102&#038;post=2235&#038;subd=alainfoix&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/10/jupiter-saxophone-michelle-calkins.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2236" title="jupiter-saxophone-michelle-calkins" alt="" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/10/jupiter-saxophone-michelle-calkins.jpg?w=604"   /></a>Je suis tombé amoureux d’un saxophone. Il s’appelle Jupiter, c’est sa marque, et c’est un ténor. Amoureux de sa forme, de sa taille, de sa couleur dorée, de sa peau rutilante. Je le prends à pleines mains, je l’embrasse à pleine bouche. Mes doigts parcourent avec sensualité ses clefs douces et subtiles, dociles aussi. J’aime sentir la vibration de ses basses sur ma poitrine et sur ma cuisse, ses hurlements d’aigus qui me font frémir de plaisir dans des montées d’octave. J’aime sentir sa puissance lorsque sa colonne d’air m’emporte tout entier dans les bas-fonds d’un <i>Stormy Weather</i> où mon âme se renverse, et ses caresses lorsqu’il m’apaise dans le lit de douceur d’un <i>Blueberry Hill</i>. Cet instrument si viril en apparence et si féminin en sa nature profonde, me fait vivre une passion nouvelle. Nous faisons corps comme si nous étions depuis toujours destinés l’un à l’autre. Et cependant je le maîtrise à peine. Pour tout dire je pense que c’est lui qui m’apprivoise. Il m’apparaît plein de mystère, de ce mystère dont je sais bien que je n’aurai jamais fini de creuser les arcanes. C’est le début d’une passion que je soupçonne dévorante. Je le couche dans son étui et admire ses formes sur son drap noir. Je le reprends dans mes bras, l’accroche à mon cou, mords son bec de mes incisives supérieures, pousse ma lippe sous son anche et la titille de ma langue.</p>
<p>J’ai parfois une pensée pour ma flûte traversière au bec d’argent que je délaisse quelque part sur une étagère. Et je suis traversé du sentiment de trahison, une vague culpabilité. Cette bonne vieille flûte qui m’accompagne depuis mon adolescence. Une grande tendresse pour elle, mais j’ai le sentiment qu’il s’agissait entre nous deux moins de passion que d’une profonde amitié et complicité d’enfance.<a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/10/400_f_25985501_9ri4xnceexg6w68zapldtbw4s1jykark1.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2238" title="400_F_25985501_9Ri4XncEEXg6W68zAplDtbW4s1jykArk" alt="" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/10/400_f_25985501_9ri4xnceexg6w68zapldtbw4s1jykark1.jpg?w=604"   /></a></p>
<p>Je me souviens de ce jour où je fis sa connaissance. J’avais quinze ans et j’ai traversé le terrain vague qui séparait mon immeuble de Bondy Nord du conservatoire de Bobigny. On y prêtait des instruments aux jeunes gens désargentés mais désireux d’apprendre. Je voulais être Miles Davis. Alors j’ai demandé une trompette. Hélas, la dernière venait de partir. Pensant à Charlie Parker dit « The Bird », j’ai alors demandé un saxophone. Il n’y en avait plus depuis belle lurette. Il ne restait qu’une flûte, alors faisant contre mauvaise fortune bon coeur, je suis reparti avec et suis devenu flûtiste. J’étais heureux de toute manière d’avoir un instrument à moi et de jouer de la musique. Elle sut se faire aimer. Je sus la faire chanter et elle me berça de Bach et de Mozart, de Haydn et Vivaldi pendant de longues années jusqu’à ce mois de juillet dernier où tout à coup, passant devant la boutique d’un luthier d’Avignon, la beauté rutilante d’un saxophone Selmer m’arrêta net, faisant remonter en moi ce vieux démon de midi, cet appétit de jazz.</p>
<p>Glisser de la flûte traversière au saxophone ténor n’a rien en apparence de compliqué puisque les clefs et les doigtés se ressemblent comme des frères. Et cependant, on passe dans un tout autre monde. La musique est un dédale où l’on apprend l’oiseau. Tous ses chemins mènent à Icare. Mais chaque chemin perd son homme à sa manière. Celui du saxophone me conduira ailleurs, dans mon ailleurs, un autre ailleurs que celui de la flûte.<a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/10/saxophone_jupiter_jts2189xo-gs.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2239" title="Saxophone_Jupiter_JTS2189XO-GS" alt="" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/10/saxophone_jupiter_jts2189xo-gs.jpg?w=604"   /></a></p>
<p>Chose étrange, lorsque je joue dans mon bureau, je vois venir les chats du voisinage qui, dans mon jardin s’aventurent sous ma fenêtre, se collent à la porte vitrée. Mon saxophone serait-il un chat ou un appeau à chats ? Ses miaulements auraient-ils quelque résonnance singulière parlant à l’ouïe de ces félins ? Ma flûte jamais n’attira les oiseaux.<a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/10/albumcoverbird-thecompletecharlieparkeronverve.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2247" title="albumcoverBird-TheCompleteCharlieParkerOnVerve" alt="" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/10/albumcoverbird-thecompletecharlieparkeronverve.jpg?w=604"   /></a></p>
<p>J’observe le vieux chat noir et blanc, malin et sage qui reste d’habitude à bonne distance de moi mais ne semble pas me craindre outre mesure, le chat voyou tout blanc qui fait régner la terreur dans les parages et se frotte parfois aux griffes du vieux sage jaloux de sa domination. Le petit roux craintif est là aussi. Ce n’est pas cette fois-ci ma jolie chatte Kiara, cette petite bourgeoise enroulée au coin de ma cheminée qui les attire, mais bien mon saxophone ténor. Une pensée me traverse tout à coup l’esprit : Les Aristochats ! Me voilà plongé dans un dessin animé. L’inventeur de cette comédie musicale pour chats de gouttière était-il lui-même saxophoniste ? Ceci expliquerait cela. Je décide de m’en enquérir quand tout à coup, une autre image me vient. Je me revois à vingt ans chantant et jouant à minuit sous les fenêtres de ma bien-aimée un air de West-side Story en compagnie d&rsquo;acolytes éméchés. Serais-je moi- même un Cat? Décidément, les voies du saxophone ténor sont impénétrables.<a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/10/1551_1_.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2240" title="1551_1_" alt="" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/10/1551_1_.jpg?w=604"   /></a></p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/alainfoix.wordpress.com/2235/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/alainfoix.wordpress.com/2235/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=alainfoix.com&#038;blog=1857102&#038;post=2235&#038;subd=alainfoix&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Le livre et la chair</title>
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		<pubDate>Fri, 26 Oct 2012 09:24:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>alainfoix</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chronique des matins calmes]]></category>
		<category><![CDATA[Bondy]]></category>
		<category><![CDATA[marché]]></category>
		<category><![CDATA[Martin Luther King]]></category>

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		<description><![CDATA[Samedi dernier, j&#8217;ai troqué mon Martin Luther King avec mon crémier, contre deux douzaines d&#8217;oeufs, un morceau de fromage et un autographe. Il avait l&#8217;air content (voir la photo) et moi aussi. Le poissonnier d&#8217;en face en réclama un tout de suite contre deux truites. Toni, le fleuriste, l&#8217;Italien malin et coquin qui est aussi [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=alainfoix.com&#038;blog=1857102&#038;post=2225&#038;subd=alainfoix&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Samedi dernier, j&rsquo;ai troqué mon Martin Luther King avec mon crémier, contre deux douzaines d&rsquo;oeufs, un morceau de fromage et un autographe. Il avait l&rsquo;air content (voir la photo) et moi aussi.</p>
<p><a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/10/dsc_0025.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2226" title="DSC_0025" alt="" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/10/dsc_0025.jpg?w=604&#038;h=401" height="401" width="604" /></a></p>
<p>Le poissonnier d&rsquo;en face en réclama un tout de suite contre deux truites.</p>
<p><a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/10/poissonnier.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2232" title="Poissonnier" alt="" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/10/poissonnier.jpg?w=604&#038;h=401" height="401" width="604" /></a></p>
<p>Toni, le fleuriste, l&rsquo;Italien malin et coquin qui est aussi mon voisin, en veut bien un contre un gros bouquet plein de parfum.</p>
<p><a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/10/tony.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2228" title="Tony" alt="" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/10/tony.jpg?w=604&#038;h=401" height="401" width="604" /></a></p>
<p>Mais pour ma bouchère qui est plus chère, il faudra compter trois exemplaires pour une belle côte de boeuf posée sur son étagère.</p>
<p><a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/10/boucher.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2229" title="Boucher" alt="" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/10/boucher.jpg?w=604&#038;h=401" height="401" width="604" /></a></p>
<p>Ca me fait déjà quatre lecteurs sur le marché de Bondy. Qui a dit que la littérature ne nourrissait pas son homme?</p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/alainfoix.wordpress.com/2225/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/alainfoix.wordpress.com/2225/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=alainfoix.com&#038;blog=1857102&#038;post=2225&#038;subd=alainfoix&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Chaude rentrée</title>
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		<pubDate>Thu, 25 Oct 2012 09:01:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>alainfoix</dc:creator>
				<category><![CDATA[Pas de catégorie]]></category>

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		<description><![CDATA[Il est toujours agréable de voir affiché complet sur le mur du théâtre où se joue sa pièce. Ce fut le cas pour la reprise à Bobigny de La Dernière Scène. Ce fut d&#8217;autant plus agréable que ce lieu, Canal 93, dédié normalement aux musiques actuelles, n&#8217;avait jamais vu venir ce public-là, aux dires mêmes [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=alainfoix.com&#038;blog=1857102&#038;post=2219&#038;subd=alainfoix&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Il est toujours agréable de voir affiché complet sur le mur du théâtre où se joue sa pièce. Ce fut le cas pour la reprise à Bobigny de La Dernière Scène.</p>
<p>Ce fut d&rsquo;autant plus agréable que ce lieu, Canal 93, dédié normalement aux musiques actuelles, n&rsquo;avait jamais vu venir ce public-là, aux dires mêmes de Marc Gore, son directeur.</p>
<p>Beaucoup de gens venant de Paris et affrontant l&rsquo;inconnu d&rsquo;une banlieue où ils se sont perdus (beaucoup arrivaient essoufflés ou en retard).</p>
<p>C&rsquo;est ainsi que j&rsquo;ai pu mesurer l&rsquo;intérêt du sujet lui-même, car je ne crois pas que ces gens-là, qui n&rsquo;étaient pas, visiblement, en grande majorité des habitués des théâtres, soient venus sur mon seul nom et ma réputation.<a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/10/409236_10151285272214766_1294934063_n.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2220" title="409236_10151285272214766_1294934063_n" alt="" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/10/409236_10151285272214766_1294934063_n.jpg?w=604&#038;h=604" height="604" width="604" /></a></p>
<p>Non, c&rsquo;est Mumia Abu-Jamal et Martin Luther King qui les ont fait venir. Mais aussi, sans doute pour partie, concédons-le, le succès que nous avons rencontré à Avignon. Le bouche à oreilles à opéré du Sud au Nord, de l&rsquo;été à l&rsquo;automne.</p>
<p>C&rsquo;était un public chaleureux, vivant, métissé, populaire, pluriel. Tous âges, toutes origines, toutes classes sociales confondues. Un vrai public, un public vrai.</p>
<p>Encore une preuve s&rsquo;il en faut, que le théâtre intéresse le grand public pour autant que le sujet lui parle. Mais surtout jamais renoncer à  l&rsquo;exigence de qualité artistique car c&rsquo;est la forme qui structure le contenu et pas l&rsquo;inverse. Ils viennent au spectacle, pas à un meeting. Les multiples rappels à la fin de la pièce, les bravos qui fusaient et faisaient chaud au coeur, les yeux mouillés à la sortie, les chaleureux remerciements qu&rsquo;on nous adressait en sont le témoignage.</p>
<p>Nul doute que cette pièce tournera en France et à l&rsquo;extérieur. Les demandes affluent déjà, les réseaux se forment pour faciliter sa diffusion. Je suis un auteur-metteur en scène heureux. Je pense de toute façon la reprendre à Paris d&rsquo;ici la fin de cette saison (des tractations sont en cours) pour la présenter à un plus large public parisien.</p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/alainfoix.wordpress.com/2219/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/alainfoix.wordpress.com/2219/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=alainfoix.com&#038;blog=1857102&#038;post=2219&#038;subd=alainfoix&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Martin sort, Mumia reste</title>
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		<pubDate>Wed, 17 Oct 2012 22:41:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>alainfoix</dc:creator>
				<category><![CDATA[2- Publications]]></category>
		<category><![CDATA[2.1- Essais]]></category>
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		<category><![CDATA[Mumia Abu Jamal]]></category>

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				<content:encoded><![CDATA[<p>Aujourd&rsquo;hui, 18 octobre 2012,<strong> MARTIN LUTHER KING</strong> sort dans toutes les librairies en Folio-biographies sous ma signature.</p>
<p><a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/10/martin-luther-king-rolex.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2213" title="Martin-Luther-King-Rolex" alt="" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/10/martin-luther-king-rolex.jpg?w=604&#038;h=417" height="417" width="604" /></a></p>
<p>Demain 19 octobre, <strong>MUMIA ABU-JAMAL</strong> reste en prison aux Etats-Unis malgré nos cris et nos écrits. La Dernière Scène où il dialogue avec Martin Luther King est un de ces cris. Petite goutte dans l&rsquo;océan des protestations. Ce cri est encore à entendre demain dans la salle de CANAL 93 à Bobigny. Maintes oreilles se tendent: les deux séances de la journée sont déjà complètes. Nous espérons chaque fois le pousser le plus beau et le plus juste, le plus émouvant possible. Nous espérons surtout que par sa forme et son intensité, il se répercute en échos et réflexions. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;un chant de poète poussé par deux beaux interprètes (Mariann Mathéus et Assane Timbo) et comme tel, il ne vaut que s&rsquo;il est chanté et répercuté par d&rsquo;autres, de loin en loin. Espérons, bouteille à la mer, qu&rsquo;il atteigne les rives de l&rsquo;Amérique. Depuis ses trente ans de solitude dans une geôle de Pennsylvanie, je sais que Mumia l&rsquo;a déjà entendu par les oreilles de son fils venu l&rsquo;entendre à Bobigny. Et si l&rsquo;art avait comme Martin le disait du chant, la faculté d&rsquo;aider à briser les barreaux? Et pourquoi pas? Why not?</p>
<p><a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/10/mumiaabujamal.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2214" title="mumiaabujamal" alt="" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/10/mumiaabujamal.jpg?w=604&#038;h=604" height="604" width="604" /></a></p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/alainfoix.wordpress.com/2212/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/alainfoix.wordpress.com/2212/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=alainfoix.com&#038;blog=1857102&#038;post=2212&#038;subd=alainfoix&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Samuel Archimède in memoriam</title>
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		<pubDate>Wed, 03 Oct 2012 16:32:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>alainfoix</dc:creator>
				<category><![CDATA[Pas de catégorie]]></category>
		<category><![CDATA[Petit-Canal]]></category>

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		<description><![CDATA[C&#8217;est ici qu&#8217;il est né au tout début du siècle dernier, en 1918, et c&#8217;est ici au début de ce siècle, un jour de septembre 2012, que ses cendres ont été répandues dans la mer selon son souhait. Il s&#8217;appelait Samuel Archimède et c&#8217;était mon père. Ce lieu, c&#8217;est à Petit-Canal (Guadeloupe), en prolongement des [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=alainfoix.com&#038;blog=1857102&#038;post=2207&#038;subd=alainfoix&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_2208" class="wp-caption aligncenter" style="width: 614px"><a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/10/sept2012-152.jpg"><img class="size-full wp-image-2208" title="sept2012 152" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/10/sept2012-152.jpg?w=604&#038;h=453" alt="" width="604" height="453" /></a><p class="wp-caption-text">Photo AF</p></div>
<p style="text-align:center;">C&rsquo;est ici qu&rsquo;il est né au tout début du siècle dernier, en 1918, et c&rsquo;est ici au début de ce siècle, un jour de septembre 2012, que ses cendres ont été répandues dans la mer selon son souhait. Il s&rsquo;appelait Samuel Archimède et c&rsquo;était mon père.</p>
<p>Ce lieu, c&rsquo;est à Petit-Canal (Guadeloupe), en prolongement des fameuses marches de l&rsquo;esclavage où les Africains capturés étaient débarqués au Nord de l&rsquo;ile pour couper la canne.</p>
<p>Comme c&rsquo;est drôle, c&rsquo;est ici même, il y a près de trois décennies, que j&rsquo;ai écrit ma première nouvelle dont voici un extrait:</p>
<p>&laquo;&nbsp;Des cascades d&rsquo;eau de pluie dévalent les marches mille fois lavées. Une rangée de cocotiers court mollement vers la jetée comme les notes mouillées d&rsquo;une triste mélodie, comme une longue portée de chants déportés. Et je ne sais pourquoi, descendant l&rsquo;escalier, je me dis, titubant, que vraiment, alors vraiment, je hais le rhum et je hais la poésie.&nbsp;&raquo;</p>
<div id="attachment_2209" class="wp-caption aligncenter" style="width: 614px"><a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/10/sept2012-160.jpg"><img class="size-full wp-image-2209" title="sept2012 160" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/10/sept2012-160.jpg?w=604&#038;h=453" alt="" width="604" height="453" /></a><p class="wp-caption-text">Photo AF</p></div>
<p>Comme c&rsquo;est drôle, avant de retourner en ces lieux pour disperser ces cendres, j&rsquo;avais en tête de rejouer du saxophone. Et, juste avant de prendre l&rsquo;avion pour Pointe-à-Pitre, je suis passé rue de Rome, dans le quartier où je suis arrivé petit débarquant de la Guadeloupe, pour commander dans une boutique un saxophone ténor.</p>
<p>Comme c&rsquo;est drôle, le soir de la veillée, le jour-même, à 7000 km de là, on me montre le saxophone de mon père et on me demande d&rsquo;en jouer pour la cérémonie de dispersion des cendres. Alors j&rsquo;ai pris ce vieux saxophone oublié, et j&rsquo;ai travaillé un air que me permettaient ses quelques clefs encore valides: une adaptation à ma manière du 6è mouvement du Requiem de Mozart.</p>
<p>Et comme c&rsquo;est drôle, peu de temps avant d&rsquo;apprendre sa mort, j&rsquo;avais écrit ce poème que je lui ai dit face à la mer:</p>
<p style="text-align:center;" align="center">
<p style="text-align:center;" align="center"><strong>SOMMES-NOUS</strong></p>
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:center;">Sommes-nous la peau brulée du monde ?</p>
<p style="text-align:center;">Sommes-nous sa brulure même ?</p>
<p style="text-align:center;">Et si toute peau n’était que poésie ?</p>
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:center;">Une écorce à bruler.</p>
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:center;">Et si ce n’était l’eau mais bien le feu</p>
<p style="text-align:center;">Non pas noyés du temps</p>
<p style="text-align:center;">Mais bien son aliment</p>
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:center;">En sursis de la cendre</p>
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:center;">Pas dans le fleuve mais en la flamme</p>
<p style="text-align:center;">Jamais lavés mais consumés jamais sauvés</p>
<p style="text-align:center;">Etres en fusion sans rémission</p>
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:center;">Etre-là de la lave</p>
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:center;">Si l’existence n’était qu’essence</p>
<p style="text-align:center;">Un parfum délivré</p>
<p style="text-align:center;">Papiers de vie odeurs de temps</p>
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:center;">Un bouquet d’incendie</p>
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:center;">Et si la fin n’était qu’une faim ?</p>
<p style="text-align:center;">Ordre d’un désordre affamé</p>
<p style="text-align:center;">Qui n’a de sens qu’en consciences dévorées</p>
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:center;">L’appétit et son cri</p>
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:center;">Ni l’océan ni l’horizon</p>
<p style="text-align:center;">Ni les grands lacs apaisés de passion</p>
<p style="text-align:center;">Ni même la chute aux gouffres d’abandon</p>
<p style="text-align:center;">Ne valent consolation</p>
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:center;">Pour nous les voiles du temps</p>
<p style="text-align:center;">
<p style="text-align:center;">Alain Foix</p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/alainfoix.wordpress.com/2207/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/alainfoix.wordpress.com/2207/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=alainfoix.com&#038;blog=1857102&#038;post=2207&#038;subd=alainfoix&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Heureux événement</title>
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		<pubDate>Tue, 02 Oct 2012 12:31:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>alainfoix</dc:creator>
				<category><![CDATA[2- Publications]]></category>
		<category><![CDATA[2.3- Romans]]></category>
		<category><![CDATA[2.4- Théâtre]]></category>
		<category><![CDATA[Bobigny]]></category>
		<category><![CDATA[Canal 93]]></category>
		<category><![CDATA[Folio-Biographies]]></category>
		<category><![CDATA[Galaade]]></category>
		<category><![CDATA[Gallimard]]></category>
		<category><![CDATA[Martin Luther King]]></category>
		<category><![CDATA[Mumia Abu Jamal]]></category>

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		<description><![CDATA[J&#8217;ai le plaisir de vous annoncer la naissance de mon nouvel ouvrage: Martin Luther King. Il sera en librairie dès le 18 octobre. C&#8217;est toujours très émouvant d&#8217;avoir en mains, tout juste sorti de l&#8217;imprimerie, un ouvrage réalisé après de long mois d&#8217;écriture. J&#8217;ai hâte de le partager bientôt avec mes lecteurs. Autre événement attendu, [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=alainfoix.com&#038;blog=1857102&#038;post=2197&#038;subd=alainfoix&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>J&rsquo;ai le plaisir de vous annoncer la naissance de mon nouvel ouvrage: Martin Luther King.</p>
<p>Il sera en librairie dès le 18 octobre.</p>
<p>C&rsquo;est toujours très émouvant d&rsquo;avoir en mains, tout juste sorti de l&rsquo;imprimerie, un ouvrage réalisé après de long mois d&rsquo;écriture.</p>
<p>J&rsquo;ai hâte de le partager bientôt avec mes lecteurs.</p>
<p>Autre événement attendu, le lendemain de cette parution, le 19 octobre, la reprise à Canal 93 (Bobigny) de ma pièce LA DERNIERE SCENE crée à Avignon cet été.</p>
<p>Une rentrée riche en événements personnels.</p>
<p><a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/10/mlk_afa.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2198" title="MLK_AFA" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/10/mlk_afa.jpg?w=604&#038;h=988" alt="" width="604" height="988" /></a></p>
<p><a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/10/c3a9ditions-gallimard.pdf">ÉDITIONS GALLIMARD</a></p>
<p>LA DERNIERE SCENE</p>
<p><a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/10/20120622-hp-foix-01-658x437.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2202" title="20120622-hp-foix-01-658x437" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/10/20120622-hp-foix-01-658x437.jpg?w=604&#038;h=401" alt="" width="604" height="401" /></a></p>
<p>ET AUX EDITIONS GALAADE</p>
<p><a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/10/la-derniere-scene.pdf">la-derniere-scene</a></p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/alainfoix.wordpress.com/2197/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/alainfoix.wordpress.com/2197/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=alainfoix.com&#038;blog=1857102&#038;post=2197&#038;subd=alainfoix&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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			<media:title type="html">MLK_AFA</media:title>
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	</item>
		<item>
		<title>La Dernière Scène</title>
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		<pubDate>Fri, 01 Jun 2012 16:11:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>alainfoix</dc:creator>
				<category><![CDATA[Pas de catégorie]]></category>
		<category><![CDATA[Martin Luther King;Mumia Abu Jamal;Coretta Scott King]]></category>

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		<description><![CDATA[<img src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/06/affiche-la-derniecc80re-scecc80ne-24-mai.jpg" alt="Affiche de la Dernière Scène" class="size-full wp-image-2192" /><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=alainfoix.com&#038;blog=1857102&#038;post=2183&#038;subd=alainfoix&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Me revoici après de si longues semaines d&rsquo;absence. C&rsquo;est que j&rsquo;étais accaparé par deux monstres sacrés: Martin Luther King et Mumia Abu Jamal.</p>
<p>Le premier a tenu ma plume pendant de longs mois pour sa biographie que j&rsquo;ai commencé à écrire en allant sur ses traces à Atlanta et dans tout le Sud des Etats-Unis. Cette biographie est maintenant dan les tuyaux de Gallimard et sera publiée à la rentée dans la collection Folio-Biographies (la même que mon Toussaint Louverture).</p>
<p>Le second m&rsquo;a accaparé dès que j&rsquo;ai lâché la plume de Martin pour écrire La Dernière Scène dans laquelle il rencontre Martin et sa femme Coretta dans sa prison de Pennsylvanie où il était enfermé depuis 30 ans dans le couloir de la mort d&rsquo;où il est sorti au moment où j&rsquo;écrivais cette pièce. Il est encore hélas en prison à vie et la lutte continue pour l&rsquo;en sortir. Cette pièce apporte à sa manière sa petite contribution à ce combat. La ville de Bobigny qui en a fait un citoyen d&rsquo;honneur est l&rsquo;inspiratrice de cette pièce qu&rsquo;elle coproduit. Pièce qui sera présentée à l&rsquo;occasion du baptême de la rue Abu Jamal le 19 octobre 2012 à Canal 93 (Bobigny), après avoir été créée à Avignon cet été du 8 au 28 juillet.</p>
<p>J&rsquo;en fais la mise en scène et je travaille actuellement avec Mariann Mathéus qui incarne Coretta et Assane Timbo qui incarne Martin Luther King et Mumia Abu Jamal. Une lecture publique aura lieu en amont, le 14 juin 2012 à 17h à la librairie Orphie 15 rue Victor Cousin à Paris dans le 5è. Venez nombreux.</p>
<p>Une délégation partie soutenir Mumia le 24 avril dans sa prison de Pennsylvanie à l&rsquo;occasion de son anniversaire, l&rsquo;a tenu au courant de mon projet. Il en est paraît-il ravi.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><img class=" wp-image-2192" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/06/affiche-la-derniecc80re-scecc80ne-24-mai.jpg?w=3321&#038;h=4981" alt="Affiche de la Dernière Scène" width="3321" height="4981" /></p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/alainfoix.wordpress.com/2183/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/alainfoix.wordpress.com/2183/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=alainfoix.com&#038;blog=1857102&#038;post=2183&#038;subd=alainfoix&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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			<media:title type="html">Affiche de la Dernière Scène</media:title>
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	</item>
		<item>
		<title>Mozart et le tambourin indien</title>
		<link>http://alainfoix.com/2012/02/14/mozart-et-le-tambourin-indien/</link>
		<comments>http://alainfoix.com/2012/02/14/mozart-et-le-tambourin-indien/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 14 Feb 2012 08:18:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>alainfoix</dc:creator>
				<category><![CDATA[Pas de catégorie]]></category>

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		<description><![CDATA[Voici le texte de ma communication du 13 février à la Cité Nationale de l&#8217;histoire de l&#8217;immigration Dans le cadre du colloque Quelles politiques culturelles pour les départements d&#8217;Outre-mer Sujet: La Création et la diffusion artistique en Outre Mer à l’épreuve de l’identité et de l’isolement &#160; « Toutes les civilisations ne se valent pas. » Un [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=alainfoix.com&#038;blog=1857102&#038;post=2180&#038;subd=alainfoix&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p align="center">
<p align="center">Voici le texte de ma communication du 13 février à la Cité Nationale de l&rsquo;histoire de l&rsquo;immigration</p>
<p align="center">Dans le cadre du colloque</p>
<p align="center">Quelles politiques culturelles pour les départements d&rsquo;Outre-mer</p>
<p align="center">
<p align="center">
<p align="center">Sujet: La Création et la diffusion artistique en Outre Mer à l’épreuve de l’identité et de l’isolement</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>« Toutes les civilisations ne se valent pas. »</p>
<p>Un mot qu’on pourrait mettre dans la bouche d’un cannibale comparant la chair d’un missionnaire français avec celle d’un anglais.</p>
<p>Lorsqu’on voit tous les trésors de civilisations dont s’est gavé l’occident pour enrichir la sienne, on peut comprendre.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Et au philosophe officiel de renchérir sur France Inter « Ben oui, il faut bien admettre qu’entre Don Giovanni de Mozart et un tambourin Nambikwara, il y a une différence ».</p>
<p>Ben oui, entre les torchons et les serviettes aussi. C’est celui qui les confond qui est le rustre. Viendrait- il à l’idée de ce même philosophe de comparer la musique et la danse sacrées de la cour royale de Bali avec les tambourins poitevins, basques ou auvergnats ?</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>De quoi parle-t-on et d’où parle-t-on ?</p>
<p>Comparer sa civilisation à celle des autres suppose en préalable qu’on connaisse bien la sienne.</p>
<p>Lorsqu’on est philosophe, comment ignorer la dialectique historique de Hegel qui inscrit les renversements de l’histoire dans le mouvement des civilisations ?</p>
<p>Comment ignorer la distinction entre le diachronique et le synchronique dont parle Levi Strauss pour distinguer l’état présent d’une civilisation et les divers moments de son histoire ? Comment gommer d’un trait sa notion d’entropie et faire l’impasse sur la constatation de Valéry qui dit qu’il faut bien admettre que les civilisations soient mortelles et que leur principe est le vivant, c&rsquo;est-à-dire le mouvement ?</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Elles meurent comme les hommes mais contrairement à eux, la décomposition précède la mort. Aujourd’hui on ferait bien de s’intéresser à l’état de santé de la nôtre qui permet de dire de telles absurdités au plus haut sommet de l’Etat.</p>
<p>Comment ignorer l’apport des Lumières qui au sein même de notre civilisation ont apporté le regard nécessaire permettant de comprendre l’autre dans son humanité distincte et cependant universelle ? Qui ont montré qu’il fallait savoir sortir de soi pour rencontrer l’autre.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Dans son « Complément au voyage de Bougainville », Diderot prenant l’exemple d’un missionnaire à Tahiti voulant convertir ce qu’il pensait être des sauvages, montra que pour apprendre à l’autre, il faut aussi apprendre de l’autre.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Comment enfin ignorer le principe d’Heisenberg  qui dit qu’on ne peut connaître l’objet qu’on cherche à saisir absolument puisqu’en le saisissant on inscrit en lui notre propre savoir qui est par nature limité à nous-mêmes et à notre système de connaissance ?</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Emettre un jugement de valeur entre civilisations est impossible dans la mesure où c’est toujours à partir de la nôtre qu’on raisonne. On peut seulement tenter d’engager le dialogue.</p>
<p>Et dieu sait si le dialogue entretenu par force ou par nécessité avec les autres civilisations a contribué à enrichir la nôtre.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Le grand problème de notre société, n’est pas qu’il y ait des ignorants, ce qui est le lot de toute civilisation. Mais que des ignorants soient au pouvoir ou pire encore, qu’en toute conscience on donne pouvoir aux ignorants pour conforter son propre pouvoir.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Suis-je si loin du sujet à traiter ? J’ai bien peur hélas que non.</p>
<p>Car le grand problème de la diffusion et de la création est lié à la question du pouvoir et de ce que le pouvoir veut faire entendre par culture, par diffusion de la culture, par art et par création.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Tant que cette base n’est pas clarifiée, on aura beau jeu de s’indigner contre les sorties d’un ex-ministre de l’Education qui se dit philosophe et qui reprend à peu de mots près, au XXIe siècle, les mots de son ancêtre colonialiste Jules Ferry.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Tant que cela n’est pas clarifié, on ne pourra voir venir que d’un mauvais œil de Guadeloupe, de Martinique, de Guyane ou de la Réunion, un envoyé de l’Etat venant porter l’art et la culture.</p>
<p>La question de la diffusion et de la création en outre-mer reste empêtrée dans cette question coloniale.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Tant que cette question ne sera pas clarifiée, tant qu’on confondra culture, us et coutumes, art, tradition et création, on restera empêtré dans cette question de la relation entre pouvoir politique, art, civilisation et culture.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Tant que cela ne sera pas clarifié, ce qu’on appelle scène nationale en outre-mer, sera aux scènes nationales métropolitaines ce que le franc CFA était au franc.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Parce que tant qu’on continuera à mélanger les torchons et les serviettes, on fera le jeu des sectarismes voire des intégrismes identitaires qui veulent tout sauf la reconnaissance de la liberté individuelle de l’artiste et celle de l’autonomie de l’art et de la création. C&rsquo;est-à-dire au fond à l’expression individuelle de l’artiste comme expression de la liberté de tous. Et il est un fait politique que de tels intégrismes politiques servent le pouvoir des deux côtés.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Comparer le tambourin Nambikwara  à Don Giovanni de Mozart c’est en réalité ne pas reconnaître que l’un et l’autre ont des fonctions différentes dans la société où ils sont joués. C’est en réalité ne pas reconnaître la fonction sociale de l’art.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Comparer le jeu du tambourin à l’œuvre de Mozart, c’est ne pas reconnaître tout un pan de l’histoire de l’Occident et de notre civilisation qui comme d’autres mais différemment ont fait émerger un art savant qui tout en s’alimentant de l’art populaire, a créé sa dimension propre passant par l’écriture, à savoir par l’individualisation de l’auteur et de l’artiste.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Et ce n’est pas parce qu’on crée une agence de diffusion culturelle de l’Outre-mer qu’on résoudra nécessairement le problème.</p>
<p>Parce que le problème n’est pas de qualifier ou de singulariser une identité culturelle. Parce que la résolution du problème n’est pas dans le fait de créer et développer des identités communautaires. Bien au contraire.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>La question qui se pose au cœur d’une politique culturelle devrait être à mon sens quelle est la fonction de l’artiste dans telle ou telle société, et en quoi l’artiste peut contribuer à développer à la fois la culture dans laquelle il se trouve et l’ouverture et le rapport au monde des individus qui y sont confrontés. Et en quoi finalement l’Etat et la collectivité peuvent par leur pouvoir y contribuer.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>C’est cette question-là qui devrait être au cœur des préoccupations d’un directeur d’une scène nationale. C’est avec celle-ci et missionné par l’esprit de Malraux qui a présidé à la création de telles structures, que j’ai pris dans la fin des années 80 la direction de la scène nationale de la Guadeloupe.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>En tant qu’ethnologue ayant étudié les cultures de la caraïbe et en tant que philosophe ayant étudié l’histoire de l’art et les questions spécifiques de la création artistiques contemporaines, mais aussi en tant qu’artiste moi-même, il ne faisait aucun doute qu’une scène nationale en Guadeloupe a ses spécificités liées au terroir. Mais aussi au même titre que celle de Poitiers qui doit prendre en compte les dimensions propres du paysage humain où elle s’inscrit.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Mais la grande différence, c’est qu’autour de la scène nationale de Poitiers existe le Festival des arts traditionnels de Confolens, le Centre de musique et de danse traditionnel et la Fédération des associations de musique et de danse traditionnels de Poitou-Charentes, le pôle régional des musiques actuelles, une plate-forme interrégionale d’échange et de coopération pour le développement culturel, des conservatoires et écoles de musique et de danse, des centres dramatiques, des musées et centres d’Art contemporain, et j’en passe.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>D’où la confusion. J’ai perçu que l’on me demandait de prendre le tout dans ma mission, c&rsquo;est-à-dire déroger à la mission nationale dévolue aux scènes nationales qui est la création et la diffusion du spectacle vivant contemporain.</p>
<p>Sur un territoire tel que celui-ci, le manque de maillage des structures culturelles, porte inévitablement à la confusion des genres.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>L’autre problème qui renforce cela est l’isolement. Comment aider les artistes locaux et le public (cela va de pair) à développer leur perception et leur savoir-faire si on ne crée pas des ponts de diffusion leur permettant d’avoir accès aux œuvres contemporaines dans leur multiplicité et leur variété ?</p>
<p>Ces ponts, outre la nécessité d’accès à la diffusion nationale et internationale qui est une des missions d’une scène nationale, et je m’y attachais, il fallait les mettre en place au niveau interrégional. Ce que nous avons commencé non sans mal avec la scène nationale de la Martinique et Fanny Auguiac, en créant des échanges entre nous, mais aussi avec l’ensemble de l’arc caraïbe (Haïti, Sainte-Lucie, Porto-Rico, Dominique…). Mais c’est un travail de titans mené contre vents et marées et parfois contre de grandes réticences.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>La question reste celle-ci. Si on ne met pas en œuvre une vraie politique culturelle propre à créer un véritable échange entre publics et entre artistes, comment intégrer réellement ces outre-mer dans l’unité d’une nation une et indivisible ?</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Le communautarisme culturel vise aujourd’hui à donner du rap aux jeunes de banlieue, du Mozart et de l’art contemporain aux classes moyennes cultivées, de l’outre-mer à l’outre-mer. C&rsquo;est-à-dire à aller à l’opposé même de la vision d’un Malraux qui pensait la mission de l’Etat et des collectivités comme celle qui consiste à créer un dialogue personnel entre l’œuvre et l’individu, c&rsquo;est-à-dire le citoyen à part entière.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Créer les conditions d’un véritable développement et d’un véritable échange pour l’outre-mer ne serait-ce pas, tout en respectant, voire développant la donnée culturelle et spécifique locale, créer les conditions d’une véritable mixité et de rencontre des publics et de leurs horizons culturels.</p>
<p>Si Césaire fut Césaire, n’est-ce pas du fait qu’il a pu produire un dialogue universel entre Shakespeare et lui-même comme porteur d’une dimension singulière ?</p>
<p>Peut-on comparer Césaire à un conteur de veillées antillaises ?</p>
<p>Vous admettrez qu’une telle comparaison serait parfaitement imbécile. A la fois en termes de degrés et en termes de nature.</p>
<p>Alors laissons les scènes nationales faire leur travail spécifique de diffusion et de création quitte à les adapter au cadre dans lesquels elles agissent, et développons autour d’elles les conditions et structures locales, régionales et nationales de développement et d’échange culturels.</p>
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<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/alainfoix.wordpress.com/2180/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/alainfoix.wordpress.com/2180/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=alainfoix.com&#038;blog=1857102&#038;post=2180&#038;subd=alainfoix&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>LA DANSE, THEATRE ABSTRAIT</title>
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		<pubDate>Fri, 20 Jan 2012 12:58:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>alainfoix</dc:creator>
				<category><![CDATA[2.4- Théâtre]]></category>
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		<description><![CDATA[LA DANSE, THEATRE ABSTRAIT Danse et stylisation Les anthropologues nous ont montré depuis Marcel Mauss, en passant par Franziska Boas, Marcel Jousse, Ananda Coomaraswamy, Michel Leiris ou encore Jean-Michel Guilcher, que la danse est d’abord, dans sa fonction communautaire,  une stylisation des gestes quotidiens. Cette stylisation est donc une extraction de gestes à partir d’un [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=alainfoix.com&#038;blog=1857102&#038;post=2169&#038;subd=alainfoix&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>LA DANSE, THEATRE ABSTRAIT</p>
<div id="attachment_2173" class="wp-caption aligncenter" style="width: 415px"><a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/01/alvin-show2.jpg"><img class="size-full wp-image-2173" title="alvin-show2" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/01/alvin-show2.jpg?w=604" alt=""   /></a><p class="wp-caption-text">Alwin Nikolais, Tensile involvement</p></div>
<p>Danse et stylisation</p>
<p>Les anthropologues nous ont montré depuis Marcel Mauss, en passant par Franziska Boas, Marcel Jousse, Ananda Coomaraswamy, Michel Leiris ou encore Jean-Michel Guilcher, que la danse est d’abord, dans sa fonction communautaire,  une stylisation des gestes quotidiens. Cette stylisation est donc une extraction de gestes à partir d’un substrat commun, connu et reconnu par tous.<br />
C’est une abstraction qui dans son effectuation ne se sépare pas de l’élément dont elle est tirée, mais au contraire y renvoie avec force en reliant par le geste l’ensemble de la communauté d’où est issu le mouvement.  C’est la fonction de communication de la danse comme mise en commun (le premier sens donné à ce terme par des économistes du XVe siècle.). La danse est donc dans son abstraction même, partage.<br />
Alors le signifiant de la danse renvoie à un signifié qui se lit dans le corps de tous et de chacun. Et si le danseur par son mouvement écrit sur le corps de sa communauté c’est parce qu’il est en lui-même un corps partagé. C’est un ferment de construction et de consolidation de l’unité humaine telle que chaque peuple, chaque culture se la représente pour elle-même. « Montre moi comment tu danses, je te dirai qui tu es. »<br />
Mais la danse renvoie aussi à l’énigme de l’homme, sa complexité. Elle dessine bien un mur de clôture de la Cité sur elle-même, mais ce mur en son fondement renvoie à la complexité, l’énigme et le mystère existentiels.<br />
« C’est sur les pas des premiers danseurs que fut construit le labyrinthe » écrivit Bataille dans Les larmes d’Eros.<br />
La danse fait signe, mais c’est un signe qui se désigne lui-même. Qui ne renvoie à rien d’autre que lui-même, c&rsquo;est-à-dire à l’homme comme un miroir énigmatique où il se reconnait en même temps qu’il se questionne.<br />
Elle prend appui sur le signifié, le corps de tous, mais elle s’en sépare en même temps. Elle déploie un sens, non pas une signification, non pas un vouloir-dire. Mais un sens qui se délivre comme celui d’un poème : en le rejouant pour soi. C’est là que se trouve la limite entre danse et récit. La limite de l’usage du concept<br />
de danse comme écriture.</p>
<div id="attachment_2174" class="wp-caption aligncenter" style="width: 370px"><a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/01/illustration-expo-nikolais-360-fred-hayes-a_liturgies_-ade-nikolais-par-ririe-woodbury-dance-company.jpg"><img class="size-full wp-image-2174" title="illustration-expo-nikolais-360--fred-hayes-a_liturgies_-ade-nikolais-par-ririe-woodbury-dance-company" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/01/illustration-expo-nikolais-360-fred-hayes-a_liturgies_-ade-nikolais-par-ririe-woodbury-dance-company.jpg?w=604" alt=""   /></a><p class="wp-caption-text">Fred Hayes, illustration-expo-Alwin Nikolaïs</p></div>
<p>La danse comme dépense</p>
<p>Paul Valéry compare le corps de la danseuse à une pièce de monnaie. La valeur de son corps est sa dépense. L’argent ne vaut que dépensé. Il n’est rien en soi s’il n’est pas d’abord pour l’autre, pour l’échange.<br />
Le corps du danseur est donc un corps abstrait, un corps anticorps. Pour renvoyer au corps de tous, pour se donner, il faut s’abstraire de soi-même.<br />
Artaud parlait de corps métaphysique en voyant danser les danseurs balinais. Le théâtre de la cruauté dont il parlait est un théâtre où l’acteur dit-il « gesticule comme un supplicié sur un bûcher ». C’est un corps qui se brûle, se consume par nature. Qui se donne en s’abandonnant. Il y a quelque chose de christique dans cette saisie de l’acteur. Sa mise en croix en fait celui qui est au centre de tous les carrefours. Il est à la fois le carrefour et l’écartelé, le mis en croix, le crucifié. Il se donne pour tous, aux quatre vents, aux quatre points cardinaux..<br />
Ceci explique en une certaine mesure pourquoi les danses paysannes furent tant rejetées par l’église. Si le danseur est une sorte de christ, le christ est une espèce de danseur. Or il ne peut y avoir deux Christ.<br />
La conception du théâtre d’Artaud rejoint la danse comme théâtre fondamental. Théâtre comme âtre, âtre de Dieu (Theos), comme foyer alimentant l’humain. La danse n’est-elle pas toujours comparée à un feu ?<br />
Elle est encore en ce sens fondamentalement abstraction car comme le feu, elle exprime ce qu’elle brûle.</p>
<div id="attachment_2176" class="wp-caption aligncenter" style="width: 610px"><a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/01/merce-cunningham-beach-birds-1.jpg"><img class="size-full wp-image-2176" title="Merce-Cunningham-Beach-Birds-1-" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/01/merce-cunningham-beach-birds-1.jpg?w=604" alt=""   /></a><p class="wp-caption-text">Merce Cunningham, Beach birds</p></div>
<p>Les deux abstractions et la question de l’expression.</p>
<p>La danse comme théâtre du monde pose bien-sûr la question du récit du monde. Lorsque Noverre s’insurge contre cette formalité géométrique dans laquelle s’est enfermé le ballet de la fin du XVIIe siècle en opposant la vérité de la nature à l’artifice de la forme géométrique, il défend la nécessité de l’expression comme modalité de l’expression du monde. La vérité en chorégraphie s’impose à la joliesse de la forme. L’asymétrie devient vecteur de sens et de justesse contre le contentement d’un équilibre formel.<br />
Il est ce faisant en accord avec la philosophie d’un Diderot telle qu’elle s’exprime dans Le Neveu de Rameau ou dans ses critiques picturales notamment  lorsqu’il critique le portrait de Campaspe de Falconnet comme faux car il montre une jeune fille sage belle et bien apprêtée, aux traits réguliers. La vérité aurait été de laisser voir dans ce portrait, les rides d’une vie de dépravation.<br />
La peinture comme la chorégraphie doit saisir l’instant de l’expression et non se laisser guider par le désir d’une beauté abstraite et par là artificielle.<br />
Noverre comme Diderot s’opposent alors à l’abstraction comme négation du réel, du naturel. Abstraction cartésienne basée sur le principe selon lequel la nature ou la matière est passive et résiste au vrai et au beau qui est dans l’esprit. L’abstraction géométrique étant expression du vrai et du beau.<br />
Exprimer c’est délivrer. L’âme délivre le beau par l’abstraction géométrique. La beauté d’un théorème est alors de la même essence que la beauté d’un danseur dans l’abstraction de la forme. Le danseur pour Descartes est celui qui, par son ascension vers la beauté, montre une belle âme, c&rsquo;est-à-dire une âme qui par sa volonté (dimension infinie de l’esprit, la seule qu’il partage avec l’infinité divine) montre la maîtrise de l’esprit sur le corps-matière. Il est la représentation idéale de l’homme comme être qui en son essence, domine la nature.<br />
Dès lors Noverre pose la pantomime comme cœur du théâtre. La pantomime étant la mimesis du tout (pantos), donc de la nature. Il dit « l’imitation ». Mais l’imitation dont il parle n’est pas la reproduction servile, mais ce qu’on ne peut traduire autrement aujourd’hui que par mimesis. Mimesis, capacité de ressaisir en soi un objet dans sa représentation pour rejouer et affirmer l’essence pour soi, à travers soi. Il ne s’agit évidement pas de la conception du mime moderne du type de celui de Marceau qui a pour objet de soumettre le geste au signifiant.<br />
Si dès lors la danse de Noverre se livre au récit et à la narration, c’est qu’elle cherche, au-delà de la signification, le sens profond délivré par le corps et son expressivité. Ceci renvoyant à la notion rousseauiste selon laquelle un geste juste dit plus qu’un long discours.<br />
Ce théâtre chorégraphique de Noverre pose donc la nécessité de la dramaturgie en chorégraphie. Cette dramaturgie étant le déroulement logique des séquences du mouvement. Mais dans sa structure, ce déroulement est moins littéraire que pictural. Noverre le dit : « Le ballet est un tableau » et il ajoute qu’il en est même le modèle. Car l’expressivité d’un tableau est la saisie d’un instant du mouvement. Le tableau raconte une histoire dans sa composition même.<br />
Cette théâtralité chorégraphique instaurée par Noverre sera ressaisie au début du XXè siècle par Rudolph Von Laban. Il mettra en œuvre cette conception de la dramaturgie chorégraphique comme opposé au récit. Il ne s’agit pas tant de raconter une histoire comme dans les ballets de Marius Petipa que d’exprimer un sens. Sens et signification devant là être distingués comme la prose de la poésie. Ainsi dit-il « Le mime est la prose du mouvement, la danse en est la poésie ».</p>
<div id="attachment_2177" class="wp-caption aligncenter" style="width: 608px"><a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/01/merce-cunningham-beach-birds-1-2.jpg"><img class="size-full wp-image-2177" title="Merce-Cunningham-Beach-Birds-1---2-" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/01/merce-cunningham-beach-birds-1-2.jpg?w=604" alt=""   /></a><p class="wp-caption-text">Merce Cunningham, Beach birds</p></div>
<p>Il y a une logique dans le déroulement dramaturgique en chorégraphie comme il y a une logique en poésie. Mais cette dramaturgie est abstraite en ce sens qu’elle ne raconte pas une histoire et ne peut être soumise à un récit. Cette abstraction là renoue avec les dimensions propres aux danses traditionnelles car la lisibilité du geste du danseur vient du fait qu’il peut être lu par le spectateur qui partage avec le danseur le même matériau gestuel de base qui est dans l’homme et dans l’ensemble de ses fonctions gestuelles. Le mouvement en même temps que son sens est donc partagé grâce au sens kinesthésique.<br />
Et c’est par l’abstraction comme délivrance de l’essence du geste commun que se structure la danse comme telle.<br />
S’il y a de la danse dans les ballets classiques et narratifs. Ce n’est donc pas au cœur de la narration, mais précisément là où elle s’arrête pour laisser place au mouvement lui-même.</p>
<div id="attachment_2178" class="wp-caption aligncenter" style="width: 503px"><a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/01/ebf61f42-7d43-11e0-bfbe-447629e42126.jpg"><img class="size-full wp-image-2178" title="Alwin Nikolais - Une fête pour ses 100 ans : &quot;Imago&quot; Crédit : Fred Hayes/Opéra national de Paris" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/01/ebf61f42-7d43-11e0-bfbe-447629e42126.jpg?w=604" alt=""   /></a><p class="wp-caption-text">Alwin Nikolaïs, imago</p></div>
<p>Ainsi tout au long de l’histoire de la danse, s’opposent et se succèdent deux conceptions de l’abstraction liées à deux conceptions opposés de  la théâtralité du geste et de son logos.<br />
D’une part une abstraction qui est comprise comme négation de quelque chose (négation du naturel par la géométrie, de l’objet par l’arithmétique ou l’algèbre, négation du récit par le « geste pur »).<br />
D’autre part une abstraction comprise comme déploiement de l’essence du réel et de ses mouvements, et construction d’une logique interne au mouvement par laquelle se délivre un sens abstrait et cependant réel.<br />
Du point de vue contemporain, nous pourrions opposer par exemple la conception de Cunningham comme abstraction qui serait liée à cette première conception à celle de Nikolaïs qui inscrit la danse dans sa dimension dramaturgique et expressive.<br />
Mais ce qui fait la beauté de l’œuvre de Cunningham, c’est que cependant l’abstraction-négation de son geste renvoie toujours au danseur dans sa particularité, sa singularité matérielle, son incarnation individuelle.<br />
Celle de Nikolaïs rejoue l’homme dans son cosmos, et sous l’abstraction parfois totalitaire de ses scénographies, de ses lumières et projections d’images sur le corps, on voit toujours l’individu s’agiter comme un « supplicié sur un bûcher » exprimant jusqu’au dernier moment son être comme volonté inaliénable de liberté.</p>
<p>Alain Foix<br />
Albi, le 18 janvier 2012.</p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/alainfoix.wordpress.com/2169/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/alainfoix.wordpress.com/2169/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=alainfoix.com&#038;blog=1857102&#038;post=2169&#038;subd=alainfoix&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Bonne année 2012</title>
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		<pubDate>Sun, 01 Jan 2012 17:32:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>alainfoix</dc:creator>
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				<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_2164" class="wp-caption aligncenter" style="width: 614px"><a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/01/dsc_0588.jpg"><img class="size-full wp-image-2164" title="DSC_0588" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/01/dsc_0588.jpg?w=604&#038;h=401" alt="" width="604" height="401" /></a><p class="wp-caption-text">Tourner la roue, pousser la porte, embrasser l&#039;arbre. (Photo Alain Foix, Oak alley, Louisiane, Août 2011)</p></div>
<p>Bonne année à tous mes lecteurs réguliers et occasionnels.Je vous sais de plus en plus nombreux et en augmentation constante de mois en mois, d&rsquo;année en année. Grâce à l&rsquo;application de l&rsquo;outil statistique de ce blog, je sais même vos goûts et tendances. Mais puisque je suis plutôt un artiste qu&rsquo;un commercial (ce dont je suppose, vous m&rsquo;en savez gré) je ne réponds pas à la demande, mais je suis dans l&rsquo;offre personnelle. Je tente, avec plus ou moins de bonheur et de constance, de vous faire partager mes réactions à l&rsquo;actualité, vous informer  de celle de mes ouvrages et créations, et connaître mes humeurs ou indignations passagères ou constantes. On écrit pour être lu, je l&rsquo;affirme sans faux-semblant. Je ne suis pas de ceux qui pensent que plus on est ignoré, plus on est maudit, donc plus on est talentueux.Je ne suis pas non plus de ceux qui pensent le contraire. La quantité de lecteurs ou de spectateurs est loin d&rsquo;être l&rsquo;aune à laquelle se mesure le talent, comme les commerçants cherchent à le faire croire. D&rsquo;ailleurs ce n&rsquo;est pas le talent en soi, mais ce que dit l&rsquo;oeuvre en chaque spectateur dans l&rsquo;improbable alchimie de la forme et du fond, du style et du récit, du sens global et formel et de la signification singulière, qui fait l&rsquo;artiste. Le talent n&rsquo;est que ce qui permet de passer d&rsquo;une oeuvre à l&rsquo;autre à travers la remise en cause toujours recommencée du matériau littéraire et artistique dont on modèle et remodèle la forme. On n&rsquo;a toujours qu&rsquo;un lecteur, et ce lecteur est en dialogue avec celui qui écrit et qui se projette d&rsquo;une manière ou d&rsquo;une autre en ce lecteur inconnu et par nature idéal. Cet idéal n&rsquo;est jamais que celui qu&rsquo;on peut projeter à partir de soi-même, mais au-delà, en-dehors de soi-même. Cet idéal se joue donc entre l&rsquo;universel projeté d&rsquo;un lecteur et la singularité de l&rsquo;écrivain. Certains ferment le cercle volontairement. D&rsquo;autres l&rsquo;ouvrent excessivement et s&rsquo;y perdent, pensant sans tout à fait le dire que le lecteur fait l&rsquo;écriture. Je ne cite pas de nom, mais il est clair que nous sommes là dans la limite entre l&rsquo;oeuvre et la marchandise. Frontière malheureusement trop souvent transgressée pour la cause mercantile. Tout ça pour vous dire, chers lecteurs, que je suis heureux, encore une fois, que votre nombre aille grandissant et que j&rsquo;espère que ce cercle s&rsquo;agrandit autour d&rsquo;une singularité s&rsquo;ouvrant en dialogues multiples. Merci de me lire, et puisqu&rsquo;on est à l&rsquo;heure des bonnes résolutions, je vous promets que je vais tenter d&rsquo;être plus constant dans mes écrits sur ce blog. Sachez cependant que ce blog n&rsquo;est pour moi qu&rsquo;un espace complémentaire d&rsquo;expression, et que le coeur de mon activité doit être préservé, à savoir la littérature et le théâtre. Mes absences ici sont souvent l&rsquo;expression de ma concentration sur mes créations. J&rsquo;en ai plusieurs en cours cette année. Je ne manquerai pas de vous en faire part au plus tôt. Belle année 2012</p>
<div id="attachment_2159" class="wp-caption aligncenter" style="width: 614px"><a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/01/fin.jpg"><img class="size-full wp-image-2159" title="fin" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2012/01/fin.jpg?w=604&#038;h=453" alt="" width="604" height="453" /></a><p class="wp-caption-text">Plage de Bois-Jolan, Sainte Anne, Guadeloupe</p></div>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/alainfoix.wordpress.com/2158/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/alainfoix.wordpress.com/2158/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=alainfoix.com&#038;blog=1857102&#038;post=2158&#038;subd=alainfoix&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Heureux les simples d&#8217;esprit</title>
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		<pubDate>Sat, 31 Dec 2011 16:21:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>alainfoix</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chronique des matins calmes]]></category>

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				<content:encoded><![CDATA[<p>Aujourd’hui, 31 décembre 2011. 11h30 à Sainte-Anne, Guadeloupe, 16h 30 à Paris. Mon année 2011 durera cinq heures de plus. Depuis ce balcon où un chapelet multicolore de boules de noël se découpe en grand sourire sur un ciel qui se fronce, je regarde l’arbre à pain, le goyavier et le manguier se balançant au vent qui souffle en rafales. Le temps, radieux ce matin, se dégrade en averse tropicale. Le ciel est bouché, mais pas tout à fait. Une mince ligne bleue se dessine déjà sur l’horizon. Dans quelques jours je serai de nouveau à Paris.<br />
J’aimerais comme l’oiseau migrateur avoir le temps qui se lisse entre mes deux horizons. Que le temps ne soit qu’un dans un continuum reliant comme un pont ses deux rives, comme un arc-en-ciel ses deux bouts de ciel.<br />
L’an dernier, à la même époque, je me préparais à monter cette pièce, Rue Saint-Denis, écrite à l’époque où je pensais encore que l’horizon final était celui-ci où jappent des chiens jaunes et chantent des coqs de midi sur les arbres à pain. Une pièce tout empreinte de nostalgie et où ma langue se créolise. Je l’ai montée, cette pièce, dans le théâtre, la scène nationale de Guadeloupe, dont 20 ans plus tôt j’avais signé le projet architectural. Je bouclais une boucle. J’en finissais avec la nostalgie. Je passais à autre chose. Mais quoi ? Cette pièce, une fois montée (et démontée) dort de nouveau en moi et joue en moi. Pourtant je sais maintenant ma distance avec elle. Je l’ai mise en scène et pour cela pris la distance nécessaire avec l’écrivain que je suis. Cette pièce fut de mon point de vue et de celui de quelques personnes, auteurs, comédiens, et metteurs en scène dont j’estime le jugement, une réussite. Mais quelque chose en moi dit finalement son insatisfaction. Peut-être celle propre à l’artiste. Peut-être pas. Je suis venu ici pour embrasser ma mère au dernier jour de l’an. Je sens que c’est aussi pour embrasser ma terre. Ma terre et ma mère se confondent dirait-on. Et je suis là à quelques heures du jour de l’an. Je rentrerai le lendemain et me demande, question idiote, sans doute : quel est le sens de tout cela ? Un sens qui s’inscrit d’Est en Ouest.<br />
J’écoutais Trinh Xuan Thuan, hier dans la voiture à Pointe-à-Pitre. C’était dans l’émission le Grand entretien sur France-Inter. Ce grand astronome répondait aux questions de François Busnel : « Y a-t-il selon vous un sens à la vie ? ». « Certainement, répondit-il en substance, l’univers a créée la conscience et la conscience est l’instrument par lequel l’univers se voit et exprime son sens. » C’est exactement ce que je pense depuis longtemps. Notre pensée est le miroir de l’univers. Miroir par lequel il se voit. Nous sommes ses yeux. Chacun de nous. Le sens de la vie est aussi le regard que nous portons à la nôtre. Alors je cherche encore. Je cherche cette identité. Certains l’ont paraît-il trouvée d’emblée en levant leur drapeau, en vantant leur folklore. Heureux les simples d’esprit.</p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/alainfoix.wordpress.com/2155/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/alainfoix.wordpress.com/2155/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=alainfoix.com&#038;blog=1857102&#038;post=2155&#038;subd=alainfoix&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Du côté de Simone Schwartz-Bart</title>
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		<pubDate>Wed, 28 Dec 2011 14:18:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>alainfoix</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chronique des matins calmes]]></category>

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		<description><![CDATA[Ce bruissement de feuilles. Ces balancements au vent. Ces cris d’oiseaux perçants, suraigus et réguliers. Ces coqs qui chantent en plein midi. Ce linge multicolore qui se balance dans l’alizé sous le grand goyavier. Ces cris joyeux d’enfants venant de loin et ces coups de marteaux répétés sur un toit de tôle ondulée. Ce colibri [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=alainfoix.com&#038;blog=1857102&#038;post=2148&#038;subd=alainfoix&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2011/12/trochilinae_colibri_thalassinus1.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2150" title="Trochilinae_Colibri_thalassinus" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2011/12/trochilinae_colibri_thalassinus1.jpg?w=604&#038;h=377" alt="" width="604" height="377" /></a>Ce bruissement de feuilles. Ces balancements au vent. Ces cris d’oiseaux perçants, suraigus et réguliers. Ces coqs qui chantent en plein midi. Ce linge multicolore qui se balance dans l’alizé sous le grand goyavier. Ces cris joyeux d’enfants venant de loin et ces coups de marteaux répétés sur un toit de tôle ondulée. Ce colibri qui s’immobilise sous mes yeux faisant vibrer toute la palette de vert de son plumage. Il semble sortir de l’arc-en-ciel qui étale comme un paon sa roue sous les nuages après l’averse brutale qui vient d’immobiliser le paysage. Ce balancement encore dont je ressens toujours les effets au sortir du grand ballet des algues océaniques, alangui, encore humide sur mon rocking-chair. Je suis chez moi. Oui, chez moi. Je suis chez moi. Tout est si calme en moi. Et cependant, je suis d’ailleurs aussi. L’autre chez moi, là-bas dans le froid, est l’autre temps. Pas le temps qu’il fait, plutôt le temps qui passe. L’identité c’est d’abord un paysage. Un paysage est d’abord une qualité de temps. Deux temps en moi, au moins. Celui qui cherche en la multiplicité de ses essences, de ses parfums, de ses couleurs et de ses sons, à arrêter le temps au cœur du balancement. Et l’autre là bas, qui court après la vie, qui se veut être le temps dans sa fluidité même, qui existe dans l’urgence, dans la ligne droite ou à peine courbée. La faim toujours, l’appétit de courir, sans cesse dans la recherche, celui du temps perdu, du temps à ne pas perdre. C’est la vie rêvée du surfer. Ici, je ne surfe pas. Je me balance et me laisse emplir. Je prends et je n’attrape pas. Ce pourrait être le simple effet des vacances. Je ne crois pas. C’est le retour au temps qui sourd en moi, à mon temps-source.</p>
<p>Hier, je suis allé rendre visite à Simone Schwartz-Bart dans sa grande maison au cœur de la forêt. Sa voix d’eau douce, son calme fondamental, son exquise gentillesse. La Guadeloupe profonde. Un merle siffle. Depuis, la lecture de son livre « Pluie et vent sur Télumée miracle », il y a maintenant des décennies, je ne peux voir un de ces merles noirs aux yeux jaunes sans penser à elle. Elle, que j’ai filmé il y a bien des années, se balançant sur son rocking-chair dans son ancienne boutique d’antiquités à Pointe-à-Pitre, me racontant avec émotion la vie des scieurs de long de sa chère commune de Goyave, je la retrouve là et nous nous parlons entre écrivains. Je l’ai rejointe en littérature comme une rivière rejoint un fleuve. Quelques mornes plus loin, Maryse Condé, l’autre visage de l’île, plus sévère et plus sombre sur les hauteurs de Montebello, m’avait accueilli dans sa maison. Ces deux visages-là dans leur opposition et leur complémentarité reflètent si bien l’ombre et la lumière qui se jouent aux faciès, aux caractères des gens d’ici. Curieux comme la littérature dans ses hauteurs, tout comme la politique ici, semblent portés par le versant féminin. Maryse, elle, a quitté le pays parce que son fleuve d’écriture lui semblait se tarir au milieu d’un paysage qui l’absorbait comme un buvard. Tout au contraire celle de Simone s’étale en vives et molles ravines au milieu des ajoncs. Elle est maîtresse de l’ombre. Je baigne entre ces eaux femelles. Sans doute suis-je incapable de rompre dans l’écriture avec ce paysage. Sans doute suis-je incapable tout autant d’y rester. Mes deux temps jouent en moi. Ils sont dans leurs frottements mes moteurs d’écrivain.</p>
<p><a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2011/12/ssbart2.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2152" title="ssbart2" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2011/12/ssbart2.jpg?w=604" alt=""   /></a></p>
<p>Je quitte Simone. Nous avons un projet ensemble. Il semble que mon ici-là-bas lui soit utile. Je n’en dirai pas plus. Ca tourne autour de la littérature. Je la quitte et je la vois au milieu de ses petits enfants, leur faisant leur goûter. Je la vois aussi partir dans l’autre maison, la grande, celle d’à côté, celle qu’elle vient d’abandonner à l’Histoire et aux souvenirs et où elle a tant vécu et écrit avec la complicité de son mari, l’immense André Schwartz-Bart aujourd’hui disparu. Elle n’y peut plus écrire. Elle va y préparer à manger à une chercheuse israélienne venue en résidence étudier la vie et l’œuvre de son mari. Elle me dit : « Elle ne mange que casher ». Je la regarde en la quittant, son œil clair et ses cheveux de vent. Mais oui, bien-sûr, elle est ici ailleurs et elle tient son ailleurs ici. Elle est toute créole, créole fondamentale.</p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/alainfoix.wordpress.com/2148/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/alainfoix.wordpress.com/2148/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=alainfoix.com&#038;blog=1857102&#038;post=2148&#038;subd=alainfoix&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Le rond pain du théâtre</title>
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		<pubDate>Thu, 22 Dec 2011 12:53:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>alainfoix</dc:creator>
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		<description><![CDATA[  Théâtre du Rond-Point, Golgota Picnic. La multiplication des pains : des tranches de hamburgers jonchant la scène. Je compte et, selon mes calculs rapportant la surface couverte à celle, moyenne de chaque morceau: 25 464, 73 pains ronds par soir, écrasés, piétinés contre la piété.  Soit 229 162, 57 petits pains en 9 représentations. Mon cœur se soulève [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=alainfoix.com&#038;blog=1857102&#038;post=2142&#038;subd=alainfoix&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
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<p> <a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2011/12/golgota-picnic2-615-davir-ruano.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2143" title="golgota-picnic2-615-davir-ruano" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2011/12/golgota-picnic2-615-davir-ruano.jpg?w=604&#038;h=586" alt="" width="604" height="586" /></a></p>
<p>Théâtre du Rond-Point, Golgota Picnic. La multiplication des pains : des tranches de hamburgers jonchant la scène. Je compte et, selon mes calculs rapportant la surface couverte à celle, moyenne de chaque morceau: 25 464, 73 pains ronds par soir, écrasés, piétinés contre la piété.  Soit 229 162, 57 petits pains en 9 représentations. Mon cœur se soulève et je m’interroge. Non pas cette bouche en gros plan qui déglutit et laisse couler le long des lèvres cette pâte de pain et de viande hachée gluante et jaune qu’elle vient de mâcher. Non pas ces vers de terre grouillant dans un empilement instable de tranches de pains en forme de triple hamburger sur lequel on épingle l’étiquette Babel. Non pas ce burger vertical en gros plan dont on découvre qu’il est le sexe de la comédienne assise, jambes écartées devant la caméra. Même pas ce corps du Christ étendu sur le visage duquel on vient écraser des kilos de viande hachée préalablement passée dans une moulinette filmée, encore une fois, en gros plan. Non pas ce texte scandé en espagnol sous-titré en français qui dit dans une prose qui ne manque pas d’éclat des choses entendues, des choses qui se dégueulent dans une logorrhée dans laquelle des morceaux de vraie intelligence et de pertinence, d’humour et de justesse, le disputent à des banalités et des naïvetés sans nom. Non pas ces images décoiffantes d’une femme (ange déchu en noir au début, puis ange blanc à la fin) tombant du ciel en vol libre dans les harmoniques du vent projetées à pleine puissance par les haut-parleurs. Encore moins ce corps massif et rond d’homme moyen, d’une banale laideur, corps blanchâtre, mou et mat qui joue nu, bellement, image surréaliste, sur le corps noir, brillant, somptueux, d’un piano à queue. Il joue les <em>Sept dernières paroles du Christ sur la croix de Haydn,</em> clôturant la pièce dans une longue agonie, un Golgotha musical d’une bonne demi-heure dans un silence faisant mur où s’écrivent note à note des lamentations s’élevant peu à peu de ce corps de chair épaisse vers des sommets de spiritualité. Et ce faisant, l’œuvre finit comme en contrepoint de ce qu’elle a commencé. Comme si l’artiste dénonçait lui-même ses contradictions et ses impostures tel un moine de Bataille se mettant en scène dans une pièce sacrée-salée.</p>
<p>Non, le malaise que je ressens (cette odeur de pain qui me retourne le cœur et m’agite au-delà du conscient, de l’esthète qui juge les beautés et les faiblesses d’une œuvre) s’apaise étrangement dans le déplacement inattendu de deux jeunes femmes (sans doute catholiques pratiquantes) qui se lèvent dans le noir et descendent en bord de scène prélever comme deux pies volant l’impie, deux morceaux de pain pour s’en retourner s’asseoir sagement, sans mot dire. C’est le plus beau moment du spectacle qui n’est pas le spectacle lui-même. Elles ont dit en silence, en belle intelligence, ce qu’elles avaient à dire : le sacré est le pain. C’est ce que mon corps tout entier, mon inconscient, avait à dire, moi qui me dis agnostique. Et alors ? La morale dont nous sommes pétris, moi-même autant que cet artiste se dépêtrant comme un adolescent, jeune animal pris dans un filet, est efficiente. Elle est dans l’ADN de notre culture, qu’on soit laïque ou chrétien, qu’on croie au ciel ou qu’on n’y croie pas. Ce n’est pas un spectacle quelle que soit sa qualité qui changera ça. Ces deux pies voleuses volent au-dessus de tout ça. Alors, beaucoup de bruit pour rien ? Oui, sans doute de part et d’autre. Pour un croyant modéré, pas de quoi fouetter un chat. Sade, Diderot, Voltaire, Nietzsche ou même Freud ont lancé des scuds bien plus efficaces car d’intelligence et de raison contre les dogmes de la religion. La provocation dont ils ont fait preuve étant une conséquence de leur pensée se frayant un chemin de vérité, et non un but. Ce spectacle-là, tout au contraire, utilise le savoir-faire indéniable d’un artiste comme outil de provocation. Là est le malaise. Il n’y a pas seulement de la naïveté baignée d’outrance dans ce spectacle, mais de la fausseté, de la manipulation, de l’inauthentique. Tous les grands artistes qui ont fait scandale et sont entrés dans l’histoire l’ont fait par une nécessité impérieuse, intrinsèque, de changer les codes de l’écoute et de la vision alliés au sentiment de la beauté et du sublime pour trouver des chemins d’expression nouvelle. Ces changements esthétiques font par eux-mêmes des victimes collatérales dans le champ social de la religion et de la politique. Mais la force d’inertie et de récupération de la société est telle qu’une fois refermées les cicatrices d’un Picasso, d’un Schönberg ou d’un Brecht sur la peau de la culture, celles-ci deviennent intouchables et sont les scarifications de sa fierté. Alors, bien-sûr, pour qu’advienne de nouveau ce possible, il faut laisser libre l’espace de la création, et on ne peut reprocher aux programmateurs, quels qu’en soient les conséquences esthétiques, morales ou politiques, de prendre le risque de la création. C’est leur mission et leur honneur.</p>
<p>Cela dit, ce qui s’est passé sur la scène du Rond Point et a créé un tel « buzz » médiatique, ne trouve à mes yeux qu’un point de vérité dans toute cette mascarade. Cette vérité est dans l’œuvre même, toujours ; sur la scène, le pupitre ou le tableau. Dans ce qu’on peut appeler le contenu de vérité d’une forme esthétique. C’est pour cela qu’on a tant besoin de critiques qui sont de la médecine de l’art : ils ne font ni sa maladie, ni sa santé, mais font des diagnostics et font parler ses symptômes. Ils manquent cruellement dans nos journaux qui laissent plus d’espace à l’événement qu’à la chose même. Oui, il y a une chose en laquelle Rodrigo Garcia est juste et vrai : il se pose de manière masochiste comme antéchrist esthétique et dit en même temps que le Christ est un charlatan qui a réussi. Le premier portant à sa manière les qualités de celui auquel il s’oppose, comme l’ange noir à l’ange blanc, devient ainsi touchant dans cet aveu. Et c’est peut-être bien ce charlatanisme avoué publiquement et mis en scène par l’artiste lui-même qui donne à cette œuvre toute sa qualité.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Alain Foix</p>
<p>&nbsp;</p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/alainfoix.wordpress.com/2142/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/alainfoix.wordpress.com/2142/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=alainfoix.com&#038;blog=1857102&#038;post=2142&#038;subd=alainfoix&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Justine à Bondy</title>
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		<pubDate>Fri, 09 Dec 2011 14:36:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>alainfoix</dc:creator>
				<category><![CDATA[Pas de catégorie]]></category>
		<category><![CDATA[Diderot]]></category>
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		<description><![CDATA[Chers lecteurs, voici de quoi vous donner envie de venir à Bondy: un extrait de Justine de Sade dans lequel l&#8217;infortunée héroïne du Divin marquis a la mauvaise idée de venir à Bondy. Du pur plaisir littéraire. Sans vouloir sauter du coq à l&#8217;âne (et sans vilaines allusions à cette littérature des bois qu&#8217;on trouve [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=alainfoix.com&#038;blog=1857102&#038;post=2133&#038;subd=alainfoix&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Chers lecteurs, voici de quoi vous donner envie de venir à Bondy: un extrait de Justine de Sade dans lequel l&rsquo;infortunée héroïne du Divin marquis a la mauvaise idée de venir à Bondy. Du pur plaisir littéraire. Sans vouloir sauter du coq à l&rsquo;âne (et sans vilaines allusions à cette littérature des bois qu&rsquo;on trouve aussi dans le Songe&#8230;) je pense que dans quelques heures, je vais prendre le RER et me retrouver quelques minutes plus tard au  coeur du scandale du Rond-Point  des Champs Elysées. Champs où se fait le &laquo;&nbsp;pique-nique de Golgotha&nbsp;&raquo; (Golgotha picnic) qui rassemble tous ces excités de la foi autour d&rsquo;un théâtre brûlant.  Et je me dis que, tudieu! Pourquoi ne demande-t-on pas qu&rsquo;on brûle tous les livres de Sade et tous ceux de Diderot (qui a donné son nom à ma bien-aimée bibliothèque de Bondy). Car, sans même avoir vu cette pièce, je me dis que ces deux grands maîtres de la littérature ont sans doute été plus loin dans la critique de la religion que ne le feront jamais les auteurs d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Et ce, il y a plus de deux siècles! Mais bon, comme le prophétisait déjà un célèbre Bondynois: &laquo;&nbsp;le 21 siècle sera spirituel ou ne sera pas&nbsp;&raquo;. Des petits malins ont remplacé spirituel par religieux. Ce qui n&rsquo;est pas la même chose.  Malraux, de Bondy? Et oui, personne n&rsquo;est parfait.</p>
<p><a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2011/12/justine.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2134" title="justine" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2011/12/justine.jpg?w=604&#038;h=604" alt="" width="604" height="604" /></a></p>
<p>JUSTINE OU LES MALHEURS DE LA VERTU du Marquis de Sade (Extrait)</p>
<p>Dès le même jour nous gagnâmes la chaumière d&rsquo;un braconnier de la forêt de Bondy, intime ami de notre bande.</p>
<p>– Te voilà libre, Thérèse, me dit alors la Dubois, tu peux maintenant choisir tel genre de vie qu&rsquo;il te plaira, mais si j&rsquo;ai un conseil à te donner, c&rsquo;est de renoncer à des pratiques de vertu qui, comme tu vois, ne t&rsquo;ont jamais réussi ; une délicatesse déplacée t&rsquo;a conduite aux pieds de l&rsquo;échafaud, un crime affreux m&rsquo;en sauve ; regarde à quoi les bonnes actions servent dans le monde, et si c&rsquo;est bien la peine de s&rsquo;immoler pour elles ! Tu es jeune et jolie, Thérèse : en deux ans je me charge de ta fortune; mais n&rsquo;imagine pas que je te conduise à son temple par les sentiers de la vertu : il faut, quand on veut faire son chemin, chère fille, entreprendre plus d&rsquo;un métier et servir à plus d&rsquo;une intrigue ; décide-toi donc, nous n&rsquo;avons point de sûreté dans cette chaumière, il faut que nous en partions dans peu d&rsquo;heures.</p>
<p>– Oh ! madame, dis-je à ma bienfaitrice, je vous ai de grandes obligations, je suis loin de vouloir m&rsquo;y soustraire ; vous m&rsquo;avez sauvé la vie ; il est affreux pour moi que ce soit par un crime ; croyez que s&rsquo;il me l&rsquo;eût fallu commettre, j&rsquo;eusse préféré mille morts à la douleur d&rsquo;y participer ; je sens tous les dangers que j&rsquo;ai courus pour m&rsquo;être abandonnée aux sentiments honnêtes qui resteront toujours dans mon coeur ;  mais quelles<em> </em>que soient, madame, les épines de la vertu, je les préférerai sans cesse<em> </em>aux dangereuses faveurs qui accompagnent le crime. Il est en moi des<em> </em>principes de religion qui, grâces au ciel, ne me quitteront jamais ; si la<em> </em>providence me rend pénible la carrière de la vie, c&rsquo;est pour m&rsquo;en dédommager<em> </em>dans un monde meilleur. Cet espoir me console, il adoucit mes<em> </em>chagrins, il apaise mes plaintes, il me fortifie dans la détresse, et me fait<em> </em>braver tous les maux qu&rsquo;il plaira à Dieu de m&rsquo;envoyer. Cette joie<em> </em>s&rsquo;éteindrait aussitôt dans mon âme si je venais à la souiller par des<em> </em>crimes, et avec la crainte des châtiments de ce monde, j&rsquo;aurais le douloureux<em> </em>aspect des supplices de l&rsquo;autre, qui ne me laisserait pas un instant<em> </em>dans la tranquillité que je désire.</p>
<p>– Voilà des systèmes absurdes qui te conduiront bientôt à l&rsquo;hôpital, ma fille, dit la Dubois en fronçant le sourcil ; crois-moi, laisse là la justice de Dieu, ses châtiments ou ses récompenses à venir ; toutes ces platitudes-là ne sont bonnes qu&rsquo;à nous faire mourir de faim. Ô Thérèse ! la dureté des riches légitime la mauvaise conduite des pauvres ; que leur bourse s&rsquo;ouvre à nos besoins, que l&rsquo;humanité règne dans leur coeur, et les vertus pourront s&rsquo;établir dans le nôtre ; mais tant que notre infortune, notre patience à la supporter, notre bonne foi, notre asservissement, ne serviront qu&rsquo;à doubler nos fers, nos crimes deviendront leur ouvrage, et nous serions bien dupes de nous les refuser quand ils peuvent amoindrir le joug dont leur cruauté nous surcharge. La nature nous a fait naître tous égaux, Thérèse ; si le sort se plaît à déranger ce premier plan des lois générales, c&rsquo;est à nous d&rsquo;en corriger les caprices et de réparer, par notre adresse, les usurpations du plus fort. J&rsquo;aime à les entendre, ces gens riches, ces gens titrés, ces magistrats, ces prêtres, j&rsquo;aime à les voir nous prêcher la vertu ! Il est bien difficile de se garantir du vol quand on a trois fois plus qu&rsquo;il ne faut pour vivre ; bien malaisé de ne jamais concevoir le meurtre, quand on n&rsquo;est entouré que d&rsquo;adulateurs ou d&rsquo;esclaves dont nos volontés sont les lois ; bien pénible, en vérité, d&rsquo;être tempérant et sobre, quand on est à chaque heure entouré des mets les plus succulents  ils ont bien du mal à être sincères, quand il ne se présente pour eux aucun intérêt de mentir !… Mais nous, Thérèse, nous que cette providence barbare, dont tu as la folie de faire ton idole, a condamnés à ramper dans l&rsquo;humiliation comme le serpent dans l&rsquo;herbe ; nous qu&rsquo;on ne voit qu&rsquo;avec dédain, parce que nous sommes pauvres ; qu&rsquo;on tyrannise, parce que nous sommes faibles ; nous, dont les lèvres ne sont abreuvées que de fiel, et dont les pas ne pressent que des ronces, tu veux que nous nous défendions du crime quand sa main seule nous ouvre la porte de la vie…</p>
<p>…</p>
<p><a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2011/12/9782843083778fs.gif"><img class="aligncenter size-full wp-image-2139" title="9782843083778FS" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2011/12/9782843083778fs.gif?w=604" alt=""   /></a></p>
<p align="left">Et le jeune négociant me pria de lui raconter alors les raisons qui m&rsquo;engageaient à m&rsquo;éloigner de Paris, où je lui avais dit que j&rsquo;étais née. Je le fis avec autant de confiance que d&rsquo;ingénuité.</p>
<p align="left">– Oh ! si ce n&rsquo;est que cela, dit le jeune homme, je pourrai vous être utile avant d&rsquo;être à Lyon ; ne craignez rien, Thérèse, votre affaire est assoupie; on ne vous recherchera point, et moins qu&rsquo;ailleurs assurément dans l&rsquo;asile où je veux vous placer.</p>
<p>J&rsquo;ai une parente auprès de Bondy, elle habite une campagne charmante dans ces environs ; elle se fera, j&rsquo;en suis sûr, un plaisir de vous avoir près d&rsquo;elle ; je vous y présente demain.</p>
<p>Remplie de reconnaissance à mon tour, j&rsquo;accepte un projet qui me convient autant ; nous nous reposons le reste du jour à Luzarches, et le lendemain nous nous proposâmes de gagner Bondy, qui n&rsquo;est qu&rsquo;à six lieues de là.</p>
<p>– Il fait beau, me dit Saint-Florent, si vous me croyez, Thérèse, nous nous rendrons à pied au château de ma parente, nous y raconterons notre aventure, et cette manière d&rsquo;arriver jettera, ce me semble, encore plus d&rsquo;intérêt sur vous. Bien éloignée de soupçonner les desseins de ce monstre et d&rsquo;imaginer qu&rsquo;il devait y avoir pour moi moins de sûreté avec lui que dans l&rsquo;infâme compagnie que je quittais, j&rsquo;accepte tout sans crainte, comme sans répugnance ; nous dînons, nous soupons ensemble ; il ne s&rsquo;oppose nullement à ce que je prenne une chambre séparée de la sienne pour la nuit, et après avoir laissé passer le grand chaud, sûr à ce qu&rsquo;il dit que quatre ou cinq heures suffisent à nous rendre chez sa parente, nous quittons Luzarches</p>
<p>et nous nous acheminons à pied vers Bondy.</p>
<p>Il était environ cinq heures du soir lorsque nous entrâmes dans la forêt. Saint-Florent ne s&rsquo;était pas encore un instant démenti : toujours même honnêteté, toujours même désir de me prouver ses sentiments;  ussé-je été avec mon père, je ne me serais pas crue plus en sûreté. Les ombres de la nuit commençaient à répandre dans la forêt cette sorte d&rsquo;horreur religieuse qui fait naître à la fois la crainte dans les âmes timides, le projet du crime dans les coeurs féroces. Nous ne suivions que des sentiers ; je marchais la première, je me retourne pour demander à Saint-Florent si ces routes écartées sont réellement celles qu&rsquo;il faut suivre, si par hasard il ne s&rsquo;égare point, s&rsquo;il croit enfin que nous devions arriver bientôt.</p>
<p>– Nous y sommes, putain, me répondit ce scélérat, en me renversant à terre d&rsquo;un coup de canne sur la tête qui me fait tomber sans connaissance…</p>
<p>Oh ! madame, je ne sais plus ni ce que dit, ni ce que fit cet homme ; mais l&rsquo;état dans lequel je me retrouvai ne me laissa que trop connaître à quel point j&rsquo;avais été sa victime. Il était entièrement nuit quand je repris</p>
<p>mes sens ; j&rsquo;étais au pied d&rsquo;un arbre, hors de toutes les routes, froissée, ensanglantée… déshonorée, madame ; telle avait été la récompense de tout ce que je venais de faire pour ce malheureux ; et portant l&rsquo;infamie au dernier période, ce scélérat, après avoir fait de moi tout ce qu&rsquo;il avait voulu, après en avoir abusé de toutes manières, de celle même qui outrage le plus la nature, avait pris ma bourse… ce même argent que je lui avais si généreusement offert. Il avait déchiré mes vêtements, la plupart étaient en morceaux près de moi, j&rsquo;étais presque nue, et meurtrie en plusieurs endroits de mon corps ; vous jugez de ma situation : au milieu des ténèbres, sans ressources, sans honneur, sans espoir, exposée à tous les dangers. Je voulus terminer mes jours : si une arme se fût offerte à moi, je la saisissais, j&rsquo;en abrégeais cette malheureuse vie, qui ne me présentait que des fléaux…</p>
<p>– Le monstre ! que lui avais-je donc fait, me disais-je, pour avoir mérité de sa part un aussi cruel traitement? Je lui sauve la vie, je lui rends sa fortune, il m&rsquo;arrache ce que j&rsquo;ai de plus cher ! Une bête féroce eût été moins cruelle ! Ô homme, te voilà donc, quand tu n&rsquo;écoutes que tes passions ! Des tigres au fond des plus sauvages déserts auraient horreur de tes forfaits. Quelques minutes d&rsquo;abattement succédèrent à ces premiers élans de ma douleur ; mes yeux remplis de larmes se tournèrent machinalement vers le ciel ; mon cœur s&rsquo;élance aux pieds du Maître qui l&rsquo;habite… Cette voûte pure et brillante… ce silence imposant de la nuit… cette frayeur qui glaçait mes sens… cette image de la nature en paix, près du bouleversement de mon âme égarée, tout répand une ténébreuse horreur en moi, d&rsquo;où naît bientôt le besoin de prier. Je me précipite aux genoux de ce Dieu puissant, nié par les impies, espoir du pauvre et de l&rsquo;affligé.</p>
<p>Être saint et majestueux, m&rsquo;écriai-je en pleurs, toi qui daignes en ce moment affreux remplir mon âme d&rsquo;une joie céleste, qui m&rsquo;as, sans doute, empêchée d&rsquo;attenter à mes jours, ô mon protecteur et mon guide,</p>
<p>j&rsquo;aspire à tes bontés, j&rsquo;implore ta clémence : vois ma misère et mes tourments, ma résignation et mes voeux. Dieu puissant ! tu le sais, je suis innocente et faible, je suis trahie et maltraitée ; j&rsquo;ai voulu faire le bien à ton exemple, et ta volonté m&rsquo;en punit ; qu&rsquo;elle s&rsquo;accomplisse, ô mon Dieu ! tous ses effets sacrés me sont chers, je les respecte et cesse de m&rsquo;en laindre ; mais si je ne dois pourtant trouver ici-bas que des ronces, est-ce t&rsquo;offenser, ô mon souverain Maître, que de supplier ta puissance de me rappeler vers toi, pour te prier sans trouble, pour t&rsquo;adorer loin de ces hommes pervers qui ne m&rsquo;ont fait, hélas ! rencontrer que des maux, et dont les mains sanguinaires et perfides noient à plaisir mes tristes jours dans le torrent des larmes et dans l&rsquo;abîme des douleurs ?</p>
<p>La prière est la plus douce consolation du malheureux ; il devient plus fort quand il a rempli ce devoir. Je me lève pleine de courage, je ramasse les haillons que le scélérat m&rsquo;a laissés, et je m&rsquo;enfonce dans un taillis pour y passer la nuit avec moins de risque. La sûreté où je me croyais, la satisfaction que je venais de goûter en me rapprochant de mon Dieu, tout contribua à me faire reposer quelques heures, et le soleil était déjà haut quand mes yeux se rouvrirent : l&rsquo;instant du réveil est affreux pour les infortunés; l&rsquo;imagination, rafraîchie des douceurs du sommeil, se remplit bien plus vite et plus lugubrement des maux dont ces instants d&rsquo;un repos trompeur lui ont fait perdre le souvenir.</p>
<p>Eh bien, me dis-je alors en m&rsquo;examinant., il est donc vrai qu&rsquo;il y a des créatures humaines que la nature ravale au même sort que celui des bêtes féroces ! Cachée dans leur réduit, fuyant les hommes à leur exemple, quelle différence y a-t-il maintenant entre elles et moi ? Est-ce donc la peine de naître pour un sort aussi pitoyable ?… Et mes larmes coulèrent avec abondance en faisant ces tristes réflexions ; je les finissais à peine, lorsque j&rsquo;entendis du bruit autour de moi ; peu à peu, je distingue deux hommes. Je prête l&rsquo;oreille :</p>
<p>– Viens, cher ami, dit l&rsquo;un d&rsquo;eux, nous serons à merveille ici ; la cruelle et fatale présence d&rsquo;une tante que j&rsquo;abhorre ne m&rsquo;empêchera pas de goûter un moment avec toi les plaisirs qui me sont si doux.</p>
<p>Ils s&rsquo;approchent, ils se placent tellement en face de moi, qu&rsquo;aucun de leurs propos, aucun de leurs mouvements ne peut m&rsquo;échapper, et je vois… Juste ciel, madame, dit Thérèse, en s&rsquo;interrompant, est-il possible que le sort ne m&rsquo;ait jamais placée que dans des situations si critiques, qu&rsquo;il devienne aussi difficile à la vertu d&rsquo;en entendre les récits, qu&rsquo;à la pudeur de les peindre ! Ce crime horrible lui outrage également et la nature et les conventions sociales, ce forfait, en un mot, sur lequel la main de Dieu s&rsquo;est appesantie si souvent, légitimé par Coeur-de-Fer, proposé par lui à la malheureuse Thérèse, consommé sur elle involontairement par le bourreau qui vient de l&rsquo;immoler, cette exécration révoltante enfin, je la vis s&rsquo;achever sous mes yeux avec toutes les recherches impures, tous les épisodes affreux, que peut y mettre la dépravation la plus réfléchie ! L&rsquo;un de ces hommes, celui qui se prêtait, était âgé de vingt-quatre ans, assez</p>
<p>bien mis pour faire croire à l&rsquo;élévation de son rang, l&rsquo;autre à peu près du même âge paraissait un de ses domestiques. L&rsquo;acte fut scandaleux et long. Appuyé sur ses mains à la crête d&rsquo;un petit monticule en face du</p>
<p>taillis où j&rsquo;étais, le jeune maître exposait à nu au compagnon de sa débauche l&rsquo;autel impie du sacrifice, et celui-ci, plein d&rsquo;ardeur à ce spectacle, en caressait l&rsquo;idole, tout prêt à l&rsquo;immoler d&rsquo;un poignard bien plus affreux et bien plus gigantesque que celui dont j&rsquo;avais été menacée par le chef des brigands de Bondy ; mais le jeune maître, nullement craintif, semble braver impunément le trait qu&rsquo;on lui présente ; il l&rsquo;agace, il l&rsquo;excite, le couvre de baisers, s&rsquo;en saisit, s&rsquo;en pénètre lui-même, se délecte en l&rsquo;engloutissant ; enthousiasmé de ses criminelles caresses, l&rsquo;infâme se débat sous le fer et semble regretter qu&rsquo;il ne soit pas plus effrayant encore ; il en brave les coups, il les prévient, il les repousse… Deux tendres et légitimes époux se caresseraient avec moins d&rsquo;ardeur… Leurs bouches se pressent, leurs soupirs se confondent, leurs langues s&rsquo;entrelacent, et je les vois tous deux, enivrés de luxure, trouver au centre des délices le complément de leurs perfides horreurs. L&rsquo;hommage se renouvelle, et pour en rallumer l&rsquo;encens, rien n&rsquo;est épargné par celui qui l&rsquo;exige ; baisers, attouchements, pollutions, raffinements de la plus insigne débauche, tout s&rsquo;emploie à rendre des forces qui s&rsquo;éteignent, et tout réussit à les ranimer cinq fois de suite ; mais sans qu&rsquo;aucun des deux changeât de rôle. Le jeune maître fut toujours femme, et quoiqu&rsquo;on pût découvrir en lui la possibilité d&rsquo;être homme à son tour, il n&rsquo;eut pas même l&rsquo;apparence d&rsquo;en concevoir un instant le désir. S&rsquo;il visita l&rsquo;autel semblable à celui où l&rsquo;on sacrifiait chez lui, ce fut au profit de l&rsquo;autre idole, et jamais nulle attaque n&rsquo;eut l&rsquo;air de menacer celle-là. Oh ! que ce temps me parut long ! Je n&rsquo;osais bouger, de peur d&rsquo;être aperçue ; enfin les criminels acteurs de cette scène indécente, rassasiés sans doute, se levèrent pour regagner le chemin qui devait les conduire chez eux, lorsque le maître s&rsquo;approche du buisson qui me recèle ; mon bonnet me trahit… Il l&rsquo;aperçoit…</p>
<p>– Jasmin, dit-il à son valet, nous sommes découverts… Une fille a vu nos mystères… Approche-toi, sortons de là cette catin, et sachons pourquoi elle y est.</p>
<p>Je ne leur donnai pas la peine de me tirer de mon asile ; m&rsquo;en arrachant aussitôt moi-même, et tombant à leurs pieds :</p>
<p>– Ô messieurs ! m&rsquo;écriai-je, en étendant les bras vers eux, daignez avoir pitié d&rsquo;une malheureuse dont le sort est plus à plaindre que vous ne pensez ; il est bien peu de revers qui puissent égaler les miens ; que la situation où vous m&rsquo;avez trouvée ne vous fasse naître aucun soupçon sur moi ; elle est la suite de ma misère, bien plutôt que de mes torts ; loin d&rsquo;augmenter les maux qui m&rsquo;accablent, veuillez les diminuer en me facilitant les moyens d&rsquo;échapper aux fléaux qui me poursuivent.</p>
<p>Le comte de Bressac (c&rsquo;était le nom du jeune homme), entre les mains de qui je tombais, avec un grand fonds de méchanceté et de libertinage dans l&rsquo;esprit, n&rsquo;était pas pourvu d&rsquo;une dose très abondante de commisération dans le coeur. Il n&rsquo;est malheureusement que trop commun de voir le libertinage éteindre la pitié dans l&rsquo;homme ; son effet ordinaire est d&rsquo;endurcir : soit que la plus grande partie de ses écarts nécessite l&rsquo;apathie de l&rsquo;âme, soit que la secousse violente que cette passion imprime à la masse des nerfs diminue la force de leur action, toujours est-il qu&rsquo;un libertin est rarement un homme sensible. Mais à cette dureté naturelle dans l&rsquo;espèce de gens dont j&rsquo;esquisse le caractère, il se joignait encore dans M. de Bressac un dégoût si invétéré pour notre sexe, une haine si forte pour tout ce qui le caractérisait, qu&rsquo;il était bien difficile que je parvinsse à placer dans son âme les sentiments dont je voulais l&rsquo;émouvoir.</p>
<p>– Tourterelle des bois, me dit le comte avec dureté, si tu cherches des dupes, adresse-toi mieux : ni mon ami, ni moi, ne sacrifions jamais au temple impur de ton sexe ; si c&rsquo;est l&rsquo;aumône que tu demandes, cherche</p>
<p>des gens qui aiment les bonnes oeuvres, nous n&rsquo;en faisons jamais de ce genre… Mais parle, misérable, as-tu vu ce qui s&rsquo;est passé entre Monsieur et moi ?</p>
<p>– Je vous ai vus causer sur l&rsquo;herbe, répondis-je, rien de plus, monsieur,</p>
<p>je vous l&rsquo;assure.</p>
<p>– Je veux le croire, dit le jeune comte, et cela pour ton bien ; si j&rsquo;imaginais que tu eusses pu voir autre chose, tu ne sortirais jamais de ce buisson… Jasmin, il est de bonne heure, nous avons le temps d&rsquo;ouïr les aventures de cette fille, et nous verrons après ce qu&rsquo;il en faudra faire.</p>
<p>Ces jeunes gens s&rsquo;asseyent, ils m&rsquo;ordonnent de me placer près d&rsquo;eux, et là je leur fais part avec ingénuité de tous les malheurs qui m&rsquo;accablent depuis que je suis au monde.</p>
<p>– Allons, Jasmin, dit M. de Bressac en se levant, dès que j&rsquo;eus fini, soyons juste une fois ; l&rsquo;équitable Thémis a condamné cette créature, ne souffrons pas que les vues de la déesse soient aussi cruellement frustrées; faisons subir à la délinquante l&rsquo;arrêt de mort qu&rsquo;elle aurait encouru : ce petit meurtre, bien loin d&rsquo;être un crime, ne deviendra qu&rsquo;une réparation dans l&rsquo;ordre moral ; puisque nous avons le malheur de le déranger quelquefois, rétablissons-le courageusement du moins quand l&rsquo;occasion se présente…</p>
<p>Et les cruels, m&rsquo;ayant enlevée de ma place, me traînent déjà vers le bois, riant de mes pleurs et de mes cris.</p>
<p>– Lions-la par les quatre membres à quatre arbres formant un carré long, dit Bressac, en me mettant nue.</p>
<p>Puis, au moyen de leurs cravates, de leurs mouchoirs et de leurs jarretières, ils font des cordes dont je suis à l&rsquo;instant liée, comme ils le projettent, c&rsquo;est-à-dire dans la plus cruelle et la plus douloureuse attitude</p>
<p>qu&rsquo;il soit possible d&rsquo;imaginer. On ne peut rendre ce que je souffris ; il me semblait que l&rsquo;on m&rsquo;arrachât les membres, et que mon estomac, qui portait à faux, dirigé par son poids vers la terre, dût s&rsquo;entrouvrir à tous les instants ; la sueur coulait de mon front, je n&rsquo;existais plus que par la violence de la douleur ; si elle eût cessé de comprimer mes nerfs, une angoisse mortelle m&rsquo;eût saisie. Les scélérats s&rsquo;amusèrent de cette posture, ils m&rsquo;y considéraient en s&rsquo;applaudissant,</p>
<p>– En voilà assez, dit enfin Bressac, je consens que pour cette fois elle en soit quitte pour la peur. Thérèse, continue-t-il en lâchant mes liens et m&rsquo;ordonnant de m&rsquo;habiller, soyez discrète et suivez-nous : si vous vous attachez à moi, vous n&rsquo;aurez pas lieu de vous en repentir. Il faut une seconde femme à ma tante, je vais vous présenter à elle, sur la foi de vos récits ; je vais lui répondre de votre conduite ; mais si vous abusez de mes bontés, si vous trahissiez ma confiance, ou que vous ne vous soumissiez pas à mes intentions, regardez ces quatre arbres, Thérèse, regardez le terrain qu&rsquo;ils enceignent, et qui devait vous servir de sépulcre ; souvenez-vous que ce funeste endroit n&rsquo;est qu&rsquo;à une lieue du château où je vous</p>
<p>conduis, et qu&rsquo;à la plus légère faute, vous y serez aussitôt ramenée.</p>
<p>A l&rsquo;instant j&rsquo;oublie mes malheurs, je me jette aux genoux du comte, je lui fais, en larmes, le serment d&rsquo;une bonne conduite ; mais aussi insensible à ma joie qu&rsquo;à ma douleur :</p>
<p>– Marchons, dit Bressac, c&rsquo;est cette conduite qui parlera pour vous, elle seule réglera votre sort.</p>
<p>Nous avançons ; Jasmin et son maître causaient bas ensemble ; je les suivais humblement sans mot dire. Une petite heure nous rend au château de Mme la marquise de Bressac, dont la magnificence et la multitude de valets qu&rsquo;il renferme me font voir que quelque poste que je doive remplir dans cette maison, il sera sûrement plus avantageux pour moi que celui de la gouvernante en chef de M. du Harpin. On me fait attendre dans une office où Jasmin m&rsquo;offre obligeamment tout ce qui peut servir à me réconforter. Le jeune comte entre chez sa tante, il la prévient, et lui-même vient me chercher une demi-heure après pour me présenter à la marquise.</p>
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		<title>Tremblements de textes</title>
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		<pubDate>Wed, 07 Dec 2011 10:05:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>alainfoix</dc:creator>
				<category><![CDATA[2.4- Théâtre]]></category>
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				<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_2108" class="wp-caption aligncenter" style="width: 614px"><a href="http://alainfoix.com/tag/fence/">Fence</a><a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2011/11/bibliothc3a8que.jpg"><img class="size-full wp-image-2108" title="bibliothèque" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2011/11/bibliothc3a8que.jpg?w=604&#038;h=457" alt="" width="604" height="457" /></a><p class="wp-caption-text">bibliothèque Denis Diderot de Bondy, lieu de ma résidence d&#039;auteur et d&#039;accueil de FENCE</p></div>
<h6>Très bientôt, mes amis de Fence (réseau international d&rsquo;auteurs de théâtre) viennent me rejoindre dans ma résidence de compagnie et d&rsquo;auteur à Bondy pour y réaliser le 14eme meeting du réseau. Nous nous retrouverons pour, comme à notre habitude, y travailler autour des questions de l&rsquo;écriture théâtrale et sur le thème général du &laquo;&nbsp;tremblement de terre&nbsp;&raquo;, suite de cette thématique qui nous a réunis en novembre dernier en Guadeloupe pour notre 13eme meeting, en collaboration avec l&rsquo;association ETC_Caraïbe. Nous y lirons des textes produits dans la collaboration internationale de 40 auteurs, mais aussi des textes écrits sur ce même thème par des lycéens de Bondy qui ont travaillé avec Kazem Sharyhari et moi même dans des ateliers d&rsquo;écriture. Ce sera du 13 au 17 décembre.</h6>
<p>Programme:</p>
<p>-Le 13 décembre, carte blanche de Fence à la Maison de l&rsquo;Europe et de l&rsquo;Orient, 19h</p>
<p>-Le 14 décembre, séminaire à Bondy et lecture publique de textes à l&rsquo;espace Chauzy de Bondy (19h 30)</p>
<p>-Le 15 décembre, séminaire entre auteurs, à Bondy  dans la journée et le soir, rencontre à l&rsquo;Espace 1789 de Saint-Ouen autour de 4 courts-métrages  de Kazem Shahryari intitulés Air Taxi, et débat avec le public (18h)</p>
<p>- Le 16 décembre, rencontre à la SACD avec les auteurs de l&rsquo;association EAT (écrivains associés du théâtre), du BAT (billet des auteurs de théâtre), les responsables de l&rsquo;action culturelle de la SACD de 10h à 17h. A 19h, lectures publiques à la bibliothèque Denis Diderot de Bondy.</p>
<p>-Le 17 décembre 10h/16h, séminaire suite et fin. 17h lecture publique à la bibliothèque Denis Diderot de Bondy</p>
<p><a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2011/11/bondy-heureux-sous-son-ombre.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2110" title="bondy-heureux-sous-son-ombre" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2011/11/bondy-heureux-sous-son-ombre.jpg?w=604" alt=""   /></a></p>
<h6>Histoire bondynoise:</h6>
<h6>Vers 1775, Justine, renvoyée à douze ans du couvent parce qu’elle est soudain devenue orpheline et pauvre, mène, à Paris, une vie de misère et de combats pour sa vertu. Faussement accusée de vol par son maître, l’usurier Du Harpin, elle s’évade à seize ans de la Conciergerie, mais c’est pour courir au-devant d’un viol dans la forêt de Bondy.</h6>
<p>Eh oui, c&rsquo;est là que l&rsquo;infortunée Justine de Sade a été violée. Mais n&rsquo;ayez pas peur, gentes demoiselles, il n&rsquo;y a plus de forêt à Bondy&#8230;non&#8230;non&#8230; non&#8230; <a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2011/11/alain-et-ombres-21.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2113" title="alain et ombres (2)" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2011/11/alain-et-ombres-21.jpg?w=604&#038;h=329" alt="" width="604" height="329" /></a></p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/alainfoix.wordpress.com/2106/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/alainfoix.wordpress.com/2106/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=alainfoix.com&#038;blog=1857102&#038;post=2106&#038;subd=alainfoix&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Marianne en images et en sons</title>
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		<pubDate>Mon, 28 Nov 2011 19:09:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>alainfoix</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Voici un extrait audio du livre CD d&#8217;Histoires de l&#8217;esclavage racontées à Marianne. Mise en sons par Mariann Mathéus avec les voix de Caroline Appéré, Jenny Alpha, Patrick Karl, Marius Yelolo, Bruno Raffaelli, Christian Julien, Cyrille Bosc, Sonia Floire et Mariann Mathéus. Avec la musique de Paul-Herman Lagier (violon) et Mav Mavoula (tambours et percussions). [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=alainfoix.com&#038;blog=1857102&#038;post=2123&#038;subd=alainfoix&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Voici un extrait audio du livre CD d&rsquo;Histoires de l&rsquo;esclavage racontées à Marianne. Mise en sons par Mariann Mathéus avec les voix de Caroline Appéré, Jenny Alpha, Patrick Karl, Marius Yelolo, Bruno Raffaelli, Christian Julien, Cyrille Bosc, Sonia Floire et Mariann Mathéus. Avec la musique de Paul-Herman Lagier (violon) et Mav Mavoula (tambours et percussions). Egalement les voix des enfants du collège Le Parc d&rsquo;Aulnay sous bois (93). Le tout enregistré à la Muse en Circuit par les soins de l&rsquo;excellent Antoine Mercier et produit par ma compagnie Quai des arts. Le livre est édité aux éditions Gallimard et en vente dans toute bonne librairie.</p>
<p>Cliquez sur le lien ci-dessous:</p>
<p><strong><a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2011/11/08-le-tableau-vivant2.mp3">08 &#8211; Le Tableau Vivant2</a></strong></p>
<p><a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2011/11/esclavage.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2125" title="esclavage" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2011/11/esclavage.jpg?w=604" alt=""   /></a></p>
<p>Egalement en vente, une autre aventure de Marianne à l&rsquo;Assemblée Nationale:</p>
<p><a href="http://alainfoix.files.wordpress.com/2011/11/21578211_3756629.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-2126" title="21578211_3756629" src="http://alainfoix.files.wordpress.com/2011/11/21578211_3756629.jpg?w=604" alt=""   /></a></p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/alainfoix.wordpress.com/2123/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/alainfoix.wordpress.com/2123/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=alainfoix.com&#038;blog=1857102&#038;post=2123&#038;subd=alainfoix&#038;ref=&#038;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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