Quelques poèmes

SANS LES MOTS

Ils s’en vont sans leurs mots
Sous des murs sans écho
Sans semelle et sans but
Apprendre l’écorchure.

Des mots sans sépulture
Qui s’exhalent en prière
Des mots de marée noire

Des mots de pétrole brut
Des échappés du pot
Pulsant et vrombissant

Et l’essence dévore l’existence
Un jerrican et une flamme
Et nique ton polymère

Qui sait un nouveau pain ?
Qui sait un vin nouveau ?
Les ruines ne disent mot

Alain Foix


BONDY-NORD

François Rabelais sur l’asphalte
Trinquamelle et Grandgousier
Picrochole et Escholiers
Noms goûteux et délicieux
Du vieux quartier Terre Saint-Blaise
Et celui de la Noue Caillet
C’est le Bondy côté Nord
Matricule 93-140

Des escholiers sans scolastique
Y scandent leurs verbes amnésiques
Au son des armes automatiques.
Des verbes blancs qui râpent ta mère
Des plaies bien noires sur peaux amères
Qui pissent le rouge sur le bitume

Murs bombés
Torses bombés
Femmes voilées
Femmes violées
Ombres d’ombres
Sur murs morts
Vies en noir
Laisse béton

C’est le Bondy des Léon
Léon Blum, Léon Jouhaux
Des noms trop roses sur ce fond gris
L’espoir englué dans l’oubli

Des murs qui murent sans mot dire
Le square des gosses disparu
Sous crachats, pissat, sida
Le sable a gobé tous les rires

Que reste-t-il d’autre que chanter
A un jet de pierre de Paris
Un vaste chantier à chanter
I can’t ghetto sa¬-tis-fac-tion !!!

La tour Y a disparu
Il ne reste qu’un grand X
La nuit qui s’étale au grand jour
I can’t ghetto sa-tis-fac-tion !!!

Alain Foix


BABEL NOUVELLE

Un
Roc
Deux
Blocs
Trois
Chocs
Impact
Fissures
Lézardes
Effritements
Eboulements
Affaissements
Roulements de gravats
Un silence de poussière
Une tour s’écroule sans cri
Un passé froissé dans la chute
Les mémoires ne sont qu’ombres
Un néant d’horizon dévore les fondations
Dans leur cave les souvenirs se tapissent comme des rats
Sous l’empire anonyme d’un présent indécis apposant son cachet

Sommes-nous pierres, somme de blocs mal taillés au destin de poussière ?
Sommes-nous somme nostalgique toute scellée au ciment du passé ?
Ou Babel d’une savante ignorance élevant sur l’échelle de nos langues
D’incrédules timoniers qui font signe au néant et leur danse la réponse ?

Alain Foix


NOMADES

Empilements d’horizons
Mille-feuille de ciels
Les noms oubliés des nomades
Se lisent dans leurs traces

Alain Foix


BATIR

Bâtir, toujours bâtir
S’élever sur nos mots
Le Verbe est architecte
Nos pauvres mots maçons
Ouvriers d’érosion, tapissiers du silence
Elevons des maisons de poèmes
Bâtissons des buildings de concepts
Offrons tous ces gratte-ciels au vertige
Ouvrons grand nos fenêtres aux nuages de signes
Et qu’elles battent dans l’espace encadrant le néant
Car il suffit qu’un seul arbre s’abatte, qu’un immeuble s’effondre
Qu’une folie meurtrière et ses lames fanatiques emporte des innocents
Et nous voilà sans parole sans mouvement et comme nus
Comme ceux d’avant le verbe quand la mort n’était mot.

Alain Foix


TAGS

Murs de tags qui s’effacent
Plus d’ardoise pour l’angoisse
Pour les cris du silence

Plus de traces

Vois les yeux sans mémoire
D’un petit peuple en capuche
Et leurs mains stupéfaites

Vois le vide étonné des regards
Les murs fondent sous leurs pleurs
Le béton sous l’acide de leurs signes

Plus de traces

Est-ce le poids de leurs mots ?
Ou la masse de leurs cris ?
L’impossible se dit

L’espérance sur les pierres se lit
Mais plus lourds que les mots
Le roulement des gravats

Plus de traces

Femmes fantômes
Vies en noir
Sous les cris colorés de murs morts

Que de mots envolés
De slogans disparus
Et que d’hommes interdits

Etourdis d’interdits
Interdits de se dire
Que de jeux interdits

Plus de traces

Alain Foix


MA LIBERTE

Tu es là et tes yeux dans mes yeux
Aux barreaux translucides
D’une vie sans éclats
Je suffoque à ton souffle
Et mon ombre se rétracte à mes pieds
Une cape camisole qui recouvre ma danse

Tu es là aux façades bourdonnantes
Aspirant à ton miel
Mais l’humaine condition
Enfermée en rayons
Doit aux ruches geôlières
Effondrer une à une leurs cellules

Tu es là et m’aspires vers l’ailleurs
Mais ma tête obstinée
Sans arrêt se brisera aux carreaux
Si de moi je ne fais le détour
Si des autres je ne casse les cloisons
Pour chercher l’unisson de ton chant
Liberté.

Alain Foix


 

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