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Posts Tagged ‘Gerty Archimède’

Avis pour Avignon

In 2.4- Théâtre, 3- Spectacle vivant on 14 juin 2009 at 1:44

Nous relançons l’aventure de Pas de prison pour le vent à Avignon cet été (du 8 au 31 juillet, 12h40 tous les jours) dans le magnifique théâtre du Petit Louvre (tout près du Palais des Papes).

J’y serai dès le 29 juin pour le montage technique avec Antoine Bourseiller, metteur en scène.

Dès le 29 juin, je compte lancer une chronique avignonaise (cahiers d’Avignon) portant un regard sur la vie de cette ville lors du festival, un peu à la manière de mes chroniques hollywoodiennes (cahiers de Californie) de l’été dernier (voir les archives). Ainsi, ceux qui n’ont pu se rendre sur place pourront vivre à travers le prisme de mes textes une aventure d’un mois faite sans aucun doute de galères en tous genres d’une compagnie se produisant dans le off d’Avignon. Restez à l’écoute.

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Ci-dessous, la salle de la chapelle au théâtre du Petit Louvre (225 places à remplir tous les jours au milieu de plus de 800 spectacles présentés à Avignon. Ca c’est téméraire! Que ceux qui ont déjà vu et apprécié ce spectacle fassent circuler le bouche à oreilles. C’est vital.) P.S. Salle climatisée, fauteuils confortables, on peut y dormir à l’aise (voilà un argument publicitaire). En prime, deux extraits vidéos: extrait1, extrait2

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Guadeloupe sur Seine

In Chronique des matins calmes on 3 mars 2009 at 10:17

Le problème guadeloupéen tel qu’il s’exprime aujourd’hui est l’expression d’une situation sociale qui a des racines profondes dans l’histoire coloniale française. Ce n’est pas le moindre intérêt de cette crise qui trouve en France un bel écho médiatique que de jeter une lumière nouvelle sur cette partie de l’histoire de France. Histoire de France, oui, et non simplement histoire des outre-mers. Car c’est une question posée à la relation séculaire qu’entretient la France avec ses territoires dits outre-mer. Gerty Archimède fait partie de ces élus qui, en 1947 se sont battus avec Césaire pour que les Antilles, la Guyane et la Réunion deviennent des départements français, ce dans le but d’obtenir les mêmes droits sociaux et politiques que ceux qui sont en vigueur dans l’hexagone. La départementalisation a eu lieu, mais l’espoir d’égalité territoriale a été déçue. Gerty Archimède (décédée en 1980), m’a confié peu de temps avant sa mort (elle était ma grande-tante), qu’elle en venait à regretter cette victoire de la départementalisation parce que sous certains aspects, notamment ceux des droits sociaux, rien n’avait progressé en regard de l’ancien statut colonial.

Le combat actuel tel qu’il s’exprime dans cette grève qui dure depuis plus de cinq semaines, est bien à la fois une lutte sociale et une lutte politique de fond pour que soit enfin pris en compte la question du statut des départements d’outre-mer. Révision du statut ne signifiant pas nécessairement indépendance, mais reconsidération de la réalité sociale, économique et politique du fobctionnement de ces département et de leur relation avec la métropole. Ne répondre qu’aux demandes sociales actuelles pour faire taire momentanément la colère, reviendrait tout compte fait à mettre une cautère sur une jambe de bois, soigner le symptôme et laisser courir la maladie.

Dans ma pièce Pas de prison pour le vent ( écrite en 2005, créee en Martinique en 2006, elle va être reprise cet été en Avignon), Angela Davis et Gerty Archimède s’entretiennent sur la question antillaise. Voici un extrait de ce dialogue qui me semble jeter une lumière particulière sur ce qui se passe aujourd’hui en Guadeloupe:

Gerty Archimède à Paris. Pain et force de l'ordre...

Gerty Archimède à Paris. Pain et force de l'ordre...

Gerty : Et pourquoi tout cela, parce que ce n’est pas l’océan qui sépare, c’est la Seine. Rive gauche et rive droite. Nous sommes rive droite, très au large, à la dérive, périphériques extérieurs. Pour se battre contre cela, nous n’avons d’autre choix que passer rive gauche dans cette grande cathédrale où les lois scélérates sont votées, et se battre contre elles.

Angela : La Seine, je l’ai vue, étudiante à Paris. J’ai vu des femmes antillaises pleurer et trembler, s’enfermer dans leur chambre. Dehors, au milieu de la Seine, des cadavres par dizaines. Elles tremblaient d’être prises pour des femmes algériennes. Êtes-vous donc des rois et des reines, avez-vous un sang bleu qui vous coule dans les veines ? En quoi seriez-vous différents de tous ceux qu’on poussait ces jours-là dans les eaux de la Seine ?

Gerty : En quoi serions-nous différents ? Mais c’est simple, mademoiselle, nous, on se jette tous seuls dans la Seine. Pas besoin de pousser. Quand la loi s’applique de manière différente d’un côté ou de l’autre de la Seine, on se jette au milieu. La République nous a faits ce que nous sommes et la République est ce qui se trouve au milieu. Elle est ce sang bleu qui nous coule en plein cœur et nettoie nos artères qu’un sang rouge oxygène. Elle est notre liberté et nos chaînes, notre amour et la haine de nous-mêmes, notre défi et toute notre tragédie. Car le blanc au milieu parfois nous sépare de nous-mêmes.

Athlètes affectifs et régisseurs au bord de la crise de nerfs

In Chronique des matins calmes on 16 septembre 2008 at 12:19

Galère ! Pas de son. La console en rideau. Il faut en trouver une. La seule disponible est requise pour un autre spectacle. On l’aura à 17 heures, l’heure de la représentation. Mais pas grave, la pièce qui passe avant nous a déjà du retard au montage. On aura bien 15 minutes pour faire la balance du son juste avant que le public entre, si la console marche. Pour l’heure il faut quitter la régie, l’équipe du spectacle qui commence à 13h 30 n’a pas encore fini son montage, et il est midi passé. Leur spectacle dure 2 heures. Royal ! Il nous restera bien 1h 30 à notre tour pour faire la conduite lumière juste avant de tester le son. Cool ! Allez, on va manger. Tout va bien se passer. Je transpire à grosses gouttes. Ce n’est pas qu’il fasse chaud sous ce chapiteau de l’espace théâtre de la fête de l’huma. Je soulève ma casquette pour essuyer mon front d’un revers de la main. Je suis le régisseur de la compagnie Quai des arts. Auteur et régisseur d’occase. Le contrat est trop riquiqui pour s’en payer un vrai, et c’est moi qui m’y colle. Il faut bien honorer le salaire des comédiens.

Marie-Noëlle Eusèbe

Marie-Noëlle Eusèbe

Je les regarde. Ils restent calmes, concentrés comme des gladiateurs avant l’entrée dans l’arène. Ils ont accepté avec joie de jouer ici malgré le tout petit cachet qu’on leur a proposé, malgré les conditions limites auxquelles ils sont confrontés. Parce que c’est la fête de l’huma, parce que faire du théâtre est aussi un acte militant. Militer ici, c’est rencontrer un public qui ne va pas souvent au théâtre. C’est poser la scène comme l’espace d’un don gratuit, espace d’échange humain, un potlatch au milieu de la foire. Ca vit dehors, ça chante, ça braille, ça hurle de terreur et de plaisir dans les manèges de la fête foraine, ça boit de la bière, et ça se gave de frites et de merguez. Ca sent la joie et le plaisir de se sentir ensemble. C’est jour de fête, c’est la fête de l’humanité, la bien nommée. Je me fais tous les ans cette réflexion en venant dans cette foule joyeuse : « s’il y avait autant de communistes qu’il y avait ici de fêtards, ce parti serait de loin le plus puissant de France. ». Moi-même qui ne suis adhérent d’aucun parti, je viens toujours ici car au-delà des slogans, des discussions politiques, des distributions de tracts, des cartes d’adhésion qui se remplissent quand même et de l’internationale qui se chante à tue-tête, il y a ici quelque chose d’unique, une ferveur populaire, un vrai parfum d’humanité, et tant d’amis. Je m’y plonge avec délectation. Mais cette année, je goute à cette fête différemment car je suis dans l’arène avec les lions, et je présente ma pièce « Pas de prison pour le vent ».

Sonia Floire

Sonia Floire

Angela Davis dont le personnage est joué par Sonia Floire, devait être présente ici, car invitée par les organisateurs. Elle m’a fait savoir personnellement par email, cet été, qu’elle ne pourra pas se déplacer. Tant pis. Je sais qu’une bonne partie des gens qui viennent voir cette pièce, viennent pour ce personnage célèbre que j’ai croqué, mis en scène par Antoine Bourseiller. J’espère ne pas les décevoir, mais j’espère surtout qu’ils y découvriront la valeur humaine d’autres personnages réels qui y sont représentés comme Gerty Archimède (jouée par Marie-Noëlle Eusèbe) et Sœur Suzanne (jouée par Mariann Mathéus). Je souhaite également qu’ils trouveront dans cette fiction qui prend en charge des personnages réels, le plaisir d’une poésie théâtrale qui met en jeu par la situation de frottement dramatique entre ces 3 femmes et cet homme (Joachim le jardinier, joué par Alain Aithnard aussi à la guitare) des questions d’humanité et une réflexion sur l’émancipation humaine.

16h déjà ! Le spectacle qui nous précède vient tout juste de se terminer avec un sacré retard. Il ne nous reste qu’une heure pour tout mettre en place (décors, lumière, son). Je cache avec grand-peine ma fébrilité. Le régisseur d’occasion que je suis maîtrise mal toutes les données techniques, et la conduite de la lumière et du son, que je corrige au fur et à mesure, me donne du fil à retordre. 17h ! Impossible de faire entrer le public. Fabien, le régisseur général demande de le faire patienter une demi-heure. Sa console lumière vient d’exploser. Courir chercher un ordinateur et entrer les données à toute vitesse. Voici qu’arrive la console son. Il va falloir faire la conduite et la balance en même temps. 17h 30 ! Impossible de faire attendre le public plus longtemps. Allez, ça ira. On improvisera s’il le faut au cours du jeu. La salle est bourrée à craquer, des gens restent debout. La pression est à son comble. Du calme, souffle, respire. Allez, je donne le top. Noir salle. Son, lumière, premier effet. Ca roule. Marie-Noëlle se lève et donne sa première réplique : « Si ce n’est le vent. Si ce n’est ce vent qui agace et soulève les jupons, Joachim. Si ce n’est ce souffle qui affole et chavire toute une île. » Et là, je réalise l’ampleur du bruit extérieur qui s’engouffre sous le chapiteau, le son d’un concert de rock envahit tout l’espace. C’est le vent qui l’apporte. Je vois, pour la connaître, que

Mariann Mathéus

Mariann Mathéus

Marie-Noëlle en jouant, prend toute la mesure de cette invasion sonore dans son espace de jeu. Elle hésite un bref instant, tâtonne, se mesure à la force de cet intrus, cherche au fond d’elle toute ses ressources psychiques et physiques. Elle trouve enfin au fond de sa gorge le ton, la bonne mesure, la puissance de sa voix. Ca doit tenir, pendant une heure et quinze minutes. Un combat inégal. Aucun doute là-dessus, ce sera une bataille, un jeu athlétique, celui d’ « athlètes affectifs » comme dit Artaud. La salle est à l’écoute, silencieuse, concentrée sur les mots. Les comédiens tiennent le public. Je suis admiratif autant de mes acteurs que du public car ce n’est pas un texte facile. 7è effet lumière. J’entends un « merde » étouffé proféré par Fabien qui me fait comprendre que l’ordinateur vient de « buger. ». « Il faut le redémarrer, est-ce qu’on a le temps avant le prochain effet ? » me demande-t-il ? Je lui montre la conduite : « ça devrait aller, il y a encore quelques répliques ». Jamais le temps qu’un ordinateur redémarre ne m’a semblé si long. C’était moins une. Il s’est remis en marche juste avant la catastrophe. Le public n’a vu que du feu. Mais patatras, voilà que c’est l’ampli de la guitare d’Alain qui vient de rendre l’âme. Au lieu d’un puissant riff accompagnant le « F.BI ! Estes vous Angela Davis ? Etes-vous bien Angela Davis ? Are you really Angela Davis ? » C’est un pauvre grattement de cordes sèches qui passe. Tant pis, il s’en est sorti quand même. 9è effet. La console lumière ne veut plus répondre et c’est en pleine lumière qu’Alain joue l’entrée de l’homme soûl alors que ce devait être dans une nuit bleutée.

Alain Aithnard

Alain Aithnard

Allez, on enchaîne. Les comédiens sont des pros, ils s’adaptent. Je dégouline. Vivement que ça finisse. Il ne faut à aucun prix rater le dernier effet son et lumière. A la régie, la tension est à son comble, les deux régisseurs de part et d’autre attendent mes tops avec une fébrilité palpable. Top ! Son, lumière… noir… lumière. Et d’un seul coup, une vague, une explosion. Les spectateurs sont debout, « standing ovation ». Je vois les comédiens sonnés, k.o. debout, tels des poids-lourds au bout du 15è round. Rappels sur rappels. Je les rejoints sur scène pour les soutenir, les embrasser, les féliciter, féliciter ce public qui a toute mon admiration et saluer l’exploit de ces deux régisseurs qui ont réalisé l’impossible dans cette situation extrême pour une pièce dont la nature est d’être intimiste.

Je reçois un email ce matin de la part de Marie-Noëlle Eusèbe qui me dit ceci : « J’étais épuisée après cette représentation qui demeurera dans les annales. Standing ovation, spectateurs enthousiastes après une représentation si désagréable …L’essentiel est bien que le public soit ravi et qu’il ait éprouvé de l’émotion. Ainsi va la loi du théâtre au delà de tout ego inutile. »

Il n’y a plus rien à ajouter.

« Pas de prison pour le vent » au Théâtre du Lucernaire

In 3- Spectacle vivant on 6 octobre 2007 at 1:31

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Du 17 octobre au 1er décembre 2007 – du mardi au samedi à 19h

A travers cette pièce de théâtre, c’est bien d’un hommage qu’il s’agit : Alain Foix a voulu, à l’occasion du 25ème anniversaire de la mort de Gerty Archimède, ranimer la voix de cette grande Dame qui a affirmé, toute sa vie durant, sa générosité et son dévouement pour la Guadeloupe et les Antilles. L’auteur a choisi de relater la rencontre entre deux personnages qui ont marqué leur époque : Gerty Archimède, avocate et militante politique, et Angela Davis, afro-américaine, dans les années 70. Toutes deux ont porté le combat sur tous les fronts avec pour seul but de lutter pour la justice, l’égalité et l’émancipation des peuples.

« Cette histoire vraie qu’Angela Davis rapporte dans son autobiographie et qui lui donna l’occasion de sa rencontre avec Gerty, je la fais mienne offrant à ces deux grandes Dames de notre histoire contemporaine une nouvelle occasion de dialoguer » (Alain Foix)

Tout se passe en présence d’un personnage pour le moins insolite, le vent : il ramène constamment Gerty Archimède au cyclone de 28 qui éveilla par le malheur, sa conscience politique.

Mise en scène de Antoine Bourseiller
Avec Marie-Noëlle Eusèbe (Gerty Archimède), Sonia Floire (Angela Davis), Mariann Mathéus (Soeur Suzanne), Alain Aithnard (l’homme)
Design sonore : Jean-Baptiste Barrière

Théâtre du Lucernaire
53, rue Notre Dame-des-Champs 75006 Paris

www.lucernaire.fr
RESERVATIONS au 01 45 44 57 34