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Posts Tagged ‘tremblement de terre’

Tremblements de textes

In 2.4- Théâtre, 4- Rencontres/événements on 7 décembre 2011 at 10:05
Fence

bibliothèque Denis Diderot de Bondy, lieu de ma résidence d'auteur et d'accueil de FENCE

Très bientôt, mes amis de Fence (réseau international d’auteurs de théâtre) viennent me rejoindre dans ma résidence de compagnie et d’auteur à Bondy pour y réaliser le 14eme meeting du réseau. Nous nous retrouverons pour, comme à notre habitude, y travailler autour des questions de l’écriture théâtrale et sur le thème général du « tremblement de terre », suite de cette thématique qui nous a réunis en novembre dernier en Guadeloupe pour notre 13eme meeting, en collaboration avec l’association ETC_Caraïbe. Nous y lirons des textes produits dans la collaboration internationale de 40 auteurs, mais aussi des textes écrits sur ce même thème par des lycéens de Bondy qui ont travaillé avec Kazem Sharyhari et moi même dans des ateliers d’écriture. Ce sera du 13 au 17 décembre.

Programme:

-Le 13 décembre, carte blanche de Fence à la Maison de l’Europe et de l’Orient, 19h

-Le 14 décembre, séminaire à Bondy et lecture publique de textes à l’espace Chauzy de Bondy (19h 30)

-Le 15 décembre, séminaire entre auteurs, à Bondy  dans la journée et le soir, rencontre à l’Espace 1789 de Saint-Ouen autour de 4 courts-métrages  de Kazem Shahryari intitulés Air Taxi, et débat avec le public (18h)

– Le 16 décembre, rencontre à la SACD avec les auteurs de l’association EAT (écrivains associés du théâtre), du BAT (billet des auteurs de théâtre), les responsables de l’action culturelle de la SACD de 10h à 17h. A 19h, lectures publiques à la bibliothèque Denis Diderot de Bondy.

-Le 17 décembre 10h/16h, séminaire suite et fin. 17h lecture publique à la bibliothèque Denis Diderot de Bondy

Histoire bondynoise:
Vers 1775, Justine, renvoyée à douze ans du couvent parce qu’elle est soudain devenue orpheline et pauvre, mène, à Paris, une vie de misère et de combats pour sa vertu. Faussement accusée de vol par son maître, l’usurier Du Harpin, elle s’évade à seize ans de la Conciergerie, mais c’est pour courir au-devant d’un viol dans la forêt de Bondy.

Eh oui, c’est là que l’infortunée Justine de Sade a été violée. Mais n’ayez pas peur, gentes demoiselles, il n’y a plus de forêt à Bondy…non…non… non…

Pensées pour Haïti

In Chronique des matins calmes on 13 janvier 2010 at 3:52

J’étais en grande conversation avec Toussaint Louverture auquel une importante chaîne de télévision française souhaite (enfin) consacrer deux longs téléfilms (dont je suis en train de coécrire le scénario), lorsque j’ai appris la catastrophe dont est victime son pays, Haïti. Haïti qui vient tout juste de célébrer, ce 1er janvier, le 206e anniversaire de sa naissance en tant que première république du monde occidental dite noire et indépendante.

Haïti devenue malgré elle le symbole universel du malheur de la condition humaine. Haïti, anciennement pays de cocagne et grenier de la France, dont les sillons fertiles se creusaient des coups de fouets sur le dos de l’Afrique. Haïti à laquelle Toussaint Louverture a relevé la tête, refleuri les vergers, offert la corne d’abondance et qui, malgré l’acharnement haineux d’un petit corse au grand bicorne terrassé sur terre noire par un petit homme à tête de Maure ceinte de madras, fut le premier pays réel de cette liberté universelle dont avaient rêvé tant de philosophes.

Haïti, jadis paradis sur terre, refleuri après l’incendie puis tourné en enfer. Enfer non par le fait d’une utopie déréalisante mais  par la trahison d’une utopie en marche. Trahison fomentée par ceux-là mêmes qui à l’ombre du bicorne couvrant l’arène d’une liberté conquise, affutaient les banderilles sur le sang séché noir d’un rêve mort-né.

Banderilles comme longs tuteurs d’une liane envahissante qu’on appellera libéralisme. Une liane vivant comme toute liane sur l’arbre qu’elle étouffe.

Haïti pleure encore sur le ventre tremblé de sa terre, de la terre mère de liberté et d’espérance de ce peuple nouveau-né, né dans les spasmes.

Dans ma Guadeloupe natale, j’entendis rire juste après l’ouragan Hugo. On racontait qu’après avoir dévasté Cuba, Sainte-Lucie, la Dominique et la Guadeloupe, mais épargné Césaire, le cyclone s’approcha des rivages d’Haïti, et regardant le paysage, il se dit : « Suis-je bête, je suis déjà passé par là ».

Oui, on rit après l’ouragan comme on rit parfois en son œil. Un rire secousse, frottement et mélancolie comme une biguine. Un rire existentiel. Et ce rire là se lève dans l’explosion florale des flamboyants, des hibiscus et des bougainvillées comme une manière de pied de nez à un cyclone au dos tourné. Au cœur même de l’ouragan, ma grand-mère réfugiée chez ses voisins voyant Hugo soulever une à une les pauvres tôles de sa vieille case s’amusa : « Il l’aime, un peu, beaucoup, passionnément… »

La nature est stoïcienne et le stoïcisme philosophie de la nature, car son principe est dans la grâce, autrement dit la liberté inaliénable de l’homme comme la nature en son moment de surgissement. Instant insaisissable qui rit de celui qui entend le soumettre par le corps supplicié.  C’est le rire moqueur d’Epictète, élève de Rufus (cela ne s’invente pas) qui dit, esclave, à son maître qui lui écrase la jambe dans un outil de torture : « Maître, tu vas la casser ». Une fois la jambe cassée : « Je te l’avais bien dit. » Ce rire là, c’est la force de l’instant, moment d’éternité de toute liberté et de son expression. Cette force là s’exprime chez l’homme dans toutes les terres tremblées et secouées, depuis la Californie où naquit le « flower power », passant par les Antilles où se dit en riant : « demain est un couillon », puis ceinturant la terre jusqu’au Japon où le seul Zen et son instant d’éternité défie d’avance tout tremblement de terre. Le maître Zen est l’homme qui rit.

Et cependant, Haïti ne rit pas. Cela sans doute parce qu’on ne peut l’imaginer Sisyphe heureux, pour parodier Camus. La roche qu’elle roule n’atteint aucun sommet car son sommet est derrière elle, sa liberté volée. Volée par ses élites mêmes qui l’ont trahie en se revendiquant de la lignée des grands libérateurs, comme d’aucuns aujourd’hui se revendiquent de Jean Jaurès, ou le libéralisme de la liberté. Et comment rire lorsque la vie est derrière soi et la douleur devant. Les zombis ne rient pas.

Mais l’Haïtien est un beau peuple et Haïti une belle nation. Elle garde en elle cet essentiel qui fait sa force : la puissance d’espérance.

Alors, après ce tremblement de terre comme après l’ouragan, elle peut encore nous dire en reprenant les mots de Toussaint Louverture: « Vous avez arraché l’arbre de la liberté mais il repoussera par ses racines car elles sont profondes et nombreuses. »

Tremblement de terre à Hollywood

In Cahiers de Californie on 30 juillet 2008 at 6:59
5h45. Etrange phénomène tout de même. Mon compteur est bloqué à cette heure là. Je tente de prolonger la nuit de force, mais rien à faire. Les phares antibrouillard sont allumés et le moteur monte en régime sous le capot. Faut se lever, en profiter. La brume se lève lentement sur Los Angeles. Encore un matin frais comme un yaourt, qui met en appétit, en appétit d’écrire. C’est sans doute un matin comme ce matin que ça viendra. Que ça viendra comme hier matin. Ce sera la dernière, la Big one, comme on dit ici. On en parle ici comme les surfeurs parlent de la grande vague mythique. Une dernière secousse, la grande, qui nous viendra de la faille de San Andrea sur laquelle nous dansons. Celle après laquelle il n’y aura rien, rien qu’une vague qui se retire sur une grande plage déserte. Peut-être dans cette brume renouvelée de ces matins si frais, renaîtront des marais ayant gagné le monde les diplodocus aux yeux si doux, au si long cou, et tous les dinosaures. Un monde lavé des hommes où tout serait de nouveau à refaire. C’est ce possible que j’ai touché du doigt où plutôt du pied hier matin dans un air si serein alors que tranquillement je pianotais sur mon clavier. C’est venu comme un grand éternuement. On se sent bousculé, on voit les murs bouger, on n’y croit pas, on continue de pianoter. Et puis le corps prend le relais du cerveau hébété. Earthquake ! Earthquake ! Tremblement de terre ! Dehors ! Dehors, vite ! Descendre les escaliers. Ca bouge, les pieds dérapent. S’accrocher à la rampe. La rampe est un serpent et l’escalier une queue de caïman qui vous envoie balader. Personne et rien à qui se fier, seulement à ce qui nous reste du sens de l’équilibre, l’héritage fondamental de la pesanteur. Dehors tout est devenu si calme. Comme si de rien n’était. Seulement les jambes, les pieds qui tremblent encore et le cerveau qui tente de débugger. Son écran est figé. Je regarde incrédule les murs de la villa. Pas une fissure, je me risque dedans. Pas une lézarde, tout est en place. Pourtant quelques secondes plus tôt elle gigotait comme une tige de tournesol sous un grand vent. C’est bien cela, un tournesol, cette maison, un habitat sismique. Tout est fondé ainsi sur ces collines dansantes.
Je repense à ce petit train truqué qui nous promenait avant-hier à travers les studios Universal. Entré dans un faux tunnel de métro, il s’était mis à secouer. Une rame cassée en deux nous a foncé tout droit dessus. Une vague artificielle a fait mine de nous submerger. D’énormes conduites fendues semblaient vouloir déverser tout le contenu des égouts de L.A. C’était un simulacre du Big One, comme un exorcisme, la fonction cathartique du cinéma. On vit là-dessus, on joue là-dessus. Un movie c’est bien ça, c’est ce qui bouge. La terre ne serait pas si elle n’était tremblée, le cinéma non plus qui s’inscrit dans la vie. Tout est construit ici sur le mouvement et tout est cinéma. Le cinéma, ne serait-ce pas cela depuis le premier train des frères Lumière : ce qui s’expose sur le possible d’une catastrophe, d’un crash ? Voilà sans doute pourquoi la première star du cinéma américain est la voiture, et le road-movie l’essence même de ce cinéma. Au Studio Universal, d’énormes machines faisaient danser entre elles des voitures dans un gigantesque ballet. Les voitures stars s’exposent fièrement, depuis celle des Marx brothers jusqu’à celles de Retour vers le futur en passant par celle des Blues Brothers ou de Marylin. C’est la voiture qui fait la star. Il suffit de voir se promener sur les boulevards ces interminables limousines blanches ou noires. Comme si le véhicule de leur destin était la voiture même. Je pense à James Dean, Isadora Duncan, Grace Kelly…

Sur le boulevard, les stars. Sous la lune hier au soir nous marchions sur les étoiles de Hollywood boulevard. Un boulevard cimetière taillé dans le marbre noir. Les étoiles ont un nom, un nom de star taillé dans ce ciel noir roulant sous les pas de la foule. Ava Gardner, Ray Charles, B.B. King, James Stewart, Mickey Mouse, humains et toons, vivants et morts, scintillant dans une voie lactée. Et ce sont nos pas, notre mouvement qui donnent vie à ces étoiles dorées. Nos pas qui viennent se poser auprès des empreintes de stars laissées dans le ciment. Mes pieds sont grands comme ceux de George Cloney. « Ca me fait une belle jambe, me dis-je ». Mais pourquoi diable vient-on mettre ses pieds dans les empreintes des stars ? Pour se dire qu’on existe ou pour se rassurer de l’existence réelle de ces idoles ? Au sol, en quelques endroits le marbre noir est éclaté et des étoiles aussi. Sans doute l’effet d’un tremblement de terre venu rappeler la vanité des hommes.

Je suis surexcité, ce soir je dine avec C.C.H. Pounder, héroïne de Bagdad Café, road movie par excellence, un des plus beaux actes poétique du cinéma de ces 20 dernières années. J’ai entendu sa voix au téléphone, et elle a ri, je l’ai fait rire malgré (à cause de) mon épouvantable parler anglais. Le si beau chant de ce beau film me trotte depuis ce matin dans la tête, et une question me hante : « de quoi allons nous donc parler ? » Nous sommes des étrangers. Elle me connait par une amie et moi par le cinéma. De quoi allons-nous donc parler ? Vivement ce soir.