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Archive for the ‘3- Spectacle vivant’ Category

Martin sort, Mumia reste

In 2- Publications, 2.1- Essais, 2.3- Romans, 2.4- Théâtre, 3- Spectacle vivant on 17 octobre 2012 at 10:41

Aujourd’hui, 18 octobre 2012, MARTIN LUTHER KING sort dans toutes les librairies en Folio-biographies sous ma signature.

Demain 19 octobre, MUMIA ABU-JAMAL reste en prison aux Etats-Unis malgré nos cris et nos écrits. La Dernière Scène où il dialogue avec Martin Luther King est un de ces cris. Petite goutte dans l’océan des protestations. Ce cri est encore à entendre demain dans la salle de CANAL 93 à Bobigny. Maintes oreilles se tendent: les deux séances de la journée sont déjà complètes. Nous espérons chaque fois le pousser le plus beau et le plus juste, le plus émouvant possible. Nous espérons surtout que par sa forme et son intensité, il se répercute en échos et réflexions. Ce n’est qu’un chant de poète poussé par deux beaux interprètes (Mariann Mathéus et Assane Timbo) et comme tel, il ne vaut que s’il est chanté et répercuté par d’autres, de loin en loin. Espérons, bouteille à la mer, qu’il atteigne les rives de l’Amérique. Depuis ses trente ans de solitude dans une geôle de Pennsylvanie, je sais que Mumia l’a déjà entendu par les oreilles de son fils venu l’entendre à Bobigny. Et si l’art avait comme Martin le disait du chant, la faculté d’aider à briser les barreaux? Et pourquoi pas? Why not?

LA DANSE, THEATRE ABSTRAIT

In 2.4- Théâtre, 3- Spectacle vivant, 4- Rencontres/événements on 20 janvier 2012 at 12:58

LA DANSE, THEATRE ABSTRAIT

Alwin Nikolais, Tensile involvement

Danse et stylisation

Les anthropologues nous ont montré depuis Marcel Mauss, en passant par Franziska Boas, Marcel Jousse, Ananda Coomaraswamy, Michel Leiris ou encore Jean-Michel Guilcher, que la danse est d’abord, dans sa fonction communautaire,  une stylisation des gestes quotidiens. Cette stylisation est donc une extraction de gestes à partir d’un substrat commun, connu et reconnu par tous.
C’est une abstraction qui dans son effectuation ne se sépare pas de l’élément dont elle est tirée, mais au contraire y renvoie avec force en reliant par le geste l’ensemble de la communauté d’où est issu le mouvement.  C’est la fonction de communication de la danse comme mise en commun (le premier sens donné à ce terme par des économistes du XVe siècle.). La danse est donc dans son abstraction même, partage.
Alors le signifiant de la danse renvoie à un signifié qui se lit dans le corps de tous et de chacun. Et si le danseur par son mouvement écrit sur le corps de sa communauté c’est parce qu’il est en lui-même un corps partagé. C’est un ferment de construction et de consolidation de l’unité humaine telle que chaque peuple, chaque culture se la représente pour elle-même. « Montre moi comment tu danses, je te dirai qui tu es. »
Mais la danse renvoie aussi à l’énigme de l’homme, sa complexité. Elle dessine bien un mur de clôture de la Cité sur elle-même, mais ce mur en son fondement renvoie à la complexité, l’énigme et le mystère existentiels.
« C’est sur les pas des premiers danseurs que fut construit le labyrinthe » écrivit Bataille dans Les larmes d’Eros.
La danse fait signe, mais c’est un signe qui se désigne lui-même. Qui ne renvoie à rien d’autre que lui-même, c’est-à-dire à l’homme comme un miroir énigmatique où il se reconnait en même temps qu’il se questionne.
Elle prend appui sur le signifié, le corps de tous, mais elle s’en sépare en même temps. Elle déploie un sens, non pas une signification, non pas un vouloir-dire. Mais un sens qui se délivre comme celui d’un poème : en le rejouant pour soi. C’est là que se trouve la limite entre danse et récit. La limite de l’usage du concept
de danse comme écriture.

Fred Hayes, illustration-expo-Alwin Nikolaïs

La danse comme dépense

Paul Valéry compare le corps de la danseuse à une pièce de monnaie. La valeur de son corps est sa dépense. L’argent ne vaut que dépensé. Il n’est rien en soi s’il n’est pas d’abord pour l’autre, pour l’échange.
Le corps du danseur est donc un corps abstrait, un corps anticorps. Pour renvoyer au corps de tous, pour se donner, il faut s’abstraire de soi-même.
Artaud parlait de corps métaphysique en voyant danser les danseurs balinais. Le théâtre de la cruauté dont il parlait est un théâtre où l’acteur dit-il « gesticule comme un supplicié sur un bûcher ». C’est un corps qui se brûle, se consume par nature. Qui se donne en s’abandonnant. Il y a quelque chose de christique dans cette saisie de l’acteur. Sa mise en croix en fait celui qui est au centre de tous les carrefours. Il est à la fois le carrefour et l’écartelé, le mis en croix, le crucifié. Il se donne pour tous, aux quatre vents, aux quatre points cardinaux..
Ceci explique en une certaine mesure pourquoi les danses paysannes furent tant rejetées par l’église. Si le danseur est une sorte de christ, le christ est une espèce de danseur. Or il ne peut y avoir deux Christ.
La conception du théâtre d’Artaud rejoint la danse comme théâtre fondamental. Théâtre comme âtre, âtre de Dieu (Theos), comme foyer alimentant l’humain. La danse n’est-elle pas toujours comparée à un feu ?
Elle est encore en ce sens fondamentalement abstraction car comme le feu, elle exprime ce qu’elle brûle.

Merce Cunningham, Beach birds

Les deux abstractions et la question de l’expression.

La danse comme théâtre du monde pose bien-sûr la question du récit du monde. Lorsque Noverre s’insurge contre cette formalité géométrique dans laquelle s’est enfermé le ballet de la fin du XVIIe siècle en opposant la vérité de la nature à l’artifice de la forme géométrique, il défend la nécessité de l’expression comme modalité de l’expression du monde. La vérité en chorégraphie s’impose à la joliesse de la forme. L’asymétrie devient vecteur de sens et de justesse contre le contentement d’un équilibre formel.
Il est ce faisant en accord avec la philosophie d’un Diderot telle qu’elle s’exprime dans Le Neveu de Rameau ou dans ses critiques picturales notamment  lorsqu’il critique le portrait de Campaspe de Falconnet comme faux car il montre une jeune fille sage belle et bien apprêtée, aux traits réguliers. La vérité aurait été de laisser voir dans ce portrait, les rides d’une vie de dépravation.
La peinture comme la chorégraphie doit saisir l’instant de l’expression et non se laisser guider par le désir d’une beauté abstraite et par là artificielle.
Noverre comme Diderot s’opposent alors à l’abstraction comme négation du réel, du naturel. Abstraction cartésienne basée sur le principe selon lequel la nature ou la matière est passive et résiste au vrai et au beau qui est dans l’esprit. L’abstraction géométrique étant expression du vrai et du beau.
Exprimer c’est délivrer. L’âme délivre le beau par l’abstraction géométrique. La beauté d’un théorème est alors de la même essence que la beauté d’un danseur dans l’abstraction de la forme. Le danseur pour Descartes est celui qui, par son ascension vers la beauté, montre une belle âme, c’est-à-dire une âme qui par sa volonté (dimension infinie de l’esprit, la seule qu’il partage avec l’infinité divine) montre la maîtrise de l’esprit sur le corps-matière. Il est la représentation idéale de l’homme comme être qui en son essence, domine la nature.
Dès lors Noverre pose la pantomime comme cœur du théâtre. La pantomime étant la mimesis du tout (pantos), donc de la nature. Il dit « l’imitation ». Mais l’imitation dont il parle n’est pas la reproduction servile, mais ce qu’on ne peut traduire autrement aujourd’hui que par mimesis. Mimesis, capacité de ressaisir en soi un objet dans sa représentation pour rejouer et affirmer l’essence pour soi, à travers soi. Il ne s’agit évidement pas de la conception du mime moderne du type de celui de Marceau qui a pour objet de soumettre le geste au signifiant.
Si dès lors la danse de Noverre se livre au récit et à la narration, c’est qu’elle cherche, au-delà de la signification, le sens profond délivré par le corps et son expressivité. Ceci renvoyant à la notion rousseauiste selon laquelle un geste juste dit plus qu’un long discours.
Ce théâtre chorégraphique de Noverre pose donc la nécessité de la dramaturgie en chorégraphie. Cette dramaturgie étant le déroulement logique des séquences du mouvement. Mais dans sa structure, ce déroulement est moins littéraire que pictural. Noverre le dit : « Le ballet est un tableau » et il ajoute qu’il en est même le modèle. Car l’expressivité d’un tableau est la saisie d’un instant du mouvement. Le tableau raconte une histoire dans sa composition même.
Cette théâtralité chorégraphique instaurée par Noverre sera ressaisie au début du XXè siècle par Rudolph Von Laban. Il mettra en œuvre cette conception de la dramaturgie chorégraphique comme opposé au récit. Il ne s’agit pas tant de raconter une histoire comme dans les ballets de Marius Petipa que d’exprimer un sens. Sens et signification devant là être distingués comme la prose de la poésie. Ainsi dit-il « Le mime est la prose du mouvement, la danse en est la poésie ».

Merce Cunningham, Beach birds

Il y a une logique dans le déroulement dramaturgique en chorégraphie comme il y a une logique en poésie. Mais cette dramaturgie est abstraite en ce sens qu’elle ne raconte pas une histoire et ne peut être soumise à un récit. Cette abstraction là renoue avec les dimensions propres aux danses traditionnelles car la lisibilité du geste du danseur vient du fait qu’il peut être lu par le spectateur qui partage avec le danseur le même matériau gestuel de base qui est dans l’homme et dans l’ensemble de ses fonctions gestuelles. Le mouvement en même temps que son sens est donc partagé grâce au sens kinesthésique.
Et c’est par l’abstraction comme délivrance de l’essence du geste commun que se structure la danse comme telle.
S’il y a de la danse dans les ballets classiques et narratifs. Ce n’est donc pas au cœur de la narration, mais précisément là où elle s’arrête pour laisser place au mouvement lui-même.

Alwin Nikolaïs, imago

Ainsi tout au long de l’histoire de la danse, s’opposent et se succèdent deux conceptions de l’abstraction liées à deux conceptions opposés de  la théâtralité du geste et de son logos.
D’une part une abstraction qui est comprise comme négation de quelque chose (négation du naturel par la géométrie, de l’objet par l’arithmétique ou l’algèbre, négation du récit par le « geste pur »).
D’autre part une abstraction comprise comme déploiement de l’essence du réel et de ses mouvements, et construction d’une logique interne au mouvement par laquelle se délivre un sens abstrait et cependant réel.
Du point de vue contemporain, nous pourrions opposer par exemple la conception de Cunningham comme abstraction qui serait liée à cette première conception à celle de Nikolaïs qui inscrit la danse dans sa dimension dramaturgique et expressive.
Mais ce qui fait la beauté de l’œuvre de Cunningham, c’est que cependant l’abstraction-négation de son geste renvoie toujours au danseur dans sa particularité, sa singularité matérielle, son incarnation individuelle.
Celle de Nikolaïs rejoue l’homme dans son cosmos, et sous l’abstraction parfois totalitaire de ses scénographies, de ses lumières et projections d’images sur le corps, on voit toujours l’individu s’agiter comme un « supplicié sur un bûcher » exprimant jusqu’au dernier moment son être comme volonté inaliénable de liberté.

Alain Foix
Albi, le 18 janvier 2012.

Vénus et Adam au Lucernaire (lecture)

In 2.3- Romans, 2.4- Théâtre, 3- Spectacle vivant on 10 novembre 2011 at 10:55

Le 18 novembre 2011 à 11h du matin au théâtre du Lucernaire, je dirigerai une dernière lecture avant production de Vénus et Adam.

Cette pièce s’inspire en partie de ce fait divers rapporté par la presse anglaise en septembre 2001. Cette pièce fut écrite en 2004, avant le dénouement de l’affaire qui fut rapporté par la presse anglaise dix ans plus tard, en mai 2011.

Ce jour-là, j’étais précisément à Londres. Et à l’arrivée dans la gare d’Eurostar, j’ouvre un journal qui me dit que le réel a rencontré le dénouement de ma pièce.

Le réel et l’imaginaire s’épousant dans une même dramaturgie. Tout le problème du théâtre aujourd’hui est comment être aussi fort que la dramaturgie du réel et relire ce réel par l’imaginaire. Je pense que cette pièce est un mouvement en ce sens. Mouvement qui tend à ressaisir la poésie du réel et en faire une matière d’écriture.

Le roman que j’ai écrit à la suite de la pièce est un acte de mise en scène d’une dramaturgie dans l’écriture romanesque. Acte inversé de ce qui se fait couramment.

Pour la petite histoire, on a découvert le corps d’Adam sur le rivage du théâtre du Globe (celui de Shakespeare) au bord de la Tamise. Chose troublante: le premier poème connu de Shakespeare s’intitule « Vénus et Adonis ». Ce que je ne savais pas en trouvant le titre de ma pièce.

L\’étrange enquête sur le meurtre d\’Adam

En septembre 2007, au festival « La bibliothèque idéale », en compagnie d’Irvin Yalom, je parle à propos de Vénus et Adam de la relation fertile entre littérature, philosophie et psychanalyse. Relation créatrice où se joue bien-sûr la question du réel toujours ressaisi, toujours recommencé. La photo ci-dessous, prise à Strasbourg, en septembre 2007, illustre à quel point l’image est intégrée au réel. Le théâtre, mon théâtre en tout cas et ma littérature, tient compte de cette dimension du réel dans l’imaginaire, et réciproquement, de l’imaginaire dans le réel.

Dak (art) 4 Epervier de ma faiblesse…

In 2.4- Théâtre, 3- Spectacle vivant on 18 décembre 2010 at 5:53

Scène de l'Institut Français sous vol d'éperviers

Le ballet ennivrant de centaines d’éperviers dessine sur le bleu d’un ciel impassible la fin du dernier acte d’une journée de plomb. La stridence de leurs cris rythme les gestes mesurés des techniciens qui, depuis le point du jour installent la scène pour notre pièce enfin annoncée. Bien qu’épuisé, je suis d’un calme qui me surprend, tout pénétré que je suis de la sérénité de ce ciel qui recouvre Dakar d’un manteau de douceur. Le chant du muezzin s’est tu et le vert minaret se laisse enrober du chant silencieux des rayons de soleil mordorés. Il nous reste deux heures à peine pour implanter les lumières dans cette nuit qui nous vient à petit pas. Cette nuit est à nous. Cette nuit est la nôtre. Il me faut être maintenant d’une grande précision. Toute erreur est fatale pour le spectacle, tout malentendu nous est décompté sur le peu de temps qui nous est alloué. Il faut faire avec ce qu’ils ont et jamais essayer de tenter l’impossible. Peu de projecteurs, peu de possibilités de combinaison. Ici la découpe sur la table. Là la douche sur Angela Davis. Les gelatines ambres sont trop sombres. Ca ne fait rien, enlevons les on fera en blanc avec moins d’intensité. Les palmiers en pot empruntés dans le jardin d’à côté feront un beau rideau d’arrière scène signifiant le parc de la maison de Gerty. Les douches diagonales sur leurs palmes sont du plus bel effet. D’un seul coup, le mouvement des éperviers s’accélère, une vraie frénésie. Le ciel s’épaissit. Ils crient la nuit qui vient et saluent les derniers rayons du soleil avant de venir se poser en grappes sur les branches de l’immense fromager qui coiffe la scène. Le drap blanc qui recouvre la table et que j’ai fait repasser garde encore des plis qui joueront le jeu d’un théâtre pauvre et voulu ainsi. Une tache de fiente d’éperviers le macule déjà. On craint qu’un nouvel envol, un ernier baroud de ces guerriers du ciel ne vienne bombarder cette nappe de manière définitive. Le vent souffle, et dans le mauvais sens. Il faut absolument soutenir la voix des comédiens par des micros posés discrètement à fleur de scène. Le réglage du son est délicat. Effet par effet nous avançons. Ces techniciens sont formidables. Jamais un mot plus haut que l’autre. Ils cherchent immédiatement une solution la plus ingénieuse possible avec leurs faibles moyens techniques. Le temps passe trop vite. Il n’est plus temps. Nous n’aurons pas de filage technique. Je décide de l’annuler. Il est primordial que tous les effets soient le mieux calés possible. La fébrilité monte. Problèmes de son. Le lecteur ne lit pas des passages. Heureusement, ce n’est que du vent enregistré. On décale le minutage. Pas question de mémoriser les effets et leur durée. On fera à la main en improvisant sur le jeu. Je ne suis pas régisseur, mais je commence à prendre un peu d’assurance à la régie entre le régisseur son et celui de la lumière. Je me dis que ça ira. Mais je redoute encore les effets qui ne partent pas au bon moment. On essaie encore le niveau du son. On lance le premier passage du vent, c’est le cyclone et les éperviers s’envolent tout à coup, terrifiés. Des effets lumière ne fonctionnent pas. Tant pis, on simplifie. Il reste un quart d’heure avant le début du spectacle. Les comédiens sont déjà en scène, concentrés derrière les panneaux de bois qui nous servent de rideaux de fond de scène. 21h 15. On n’a qu’un quart d’heure de retard. Une vraie performance. Le public est venu nombreux. Top départ. Noir, son 1, effet lumière 1. Ca marche mais on n’entend pas Marie Noëlle. « Si ce n’est le vent… » dit-elle. En effet, c’est le vent qui te souffle ta voix, la bouscule, la bouleverse. Le technicien son ne comprend pas tout de suite mes gestes. On a perdu 3 ou 4 phrases si on est sur le haut des gradins. Ouf, on l’entend. C’est parti. Effet 2, effet 3. Ca roule. Mais je vois des entrées et des sorties de spêctateurs qui perturbent. On m’avait prévenu. C’est ainsi ici. Des spectateurs qui croyaient être venus à un concert s’en vont tandis que d’autres arrivent. Un militaire passe et repasse plusieurs fois devant la scène pendant qu’Angela dit; « Je suis communiste et j’en suis fier ». Je vois un photographe qui s’approche de la scène.

Installation technique

Catastrophe! Il flashe et Marie Noëlle est en avant-scène. Je sais qu’elle va très mal le prendre. Je fais signe au régisseur lumière d’intervenir. Il a le temps. Le prochain effet est dans un peu de temps. Il descend les marches quatre par quatre pour interpeler l’olibrius qui, heureusement s’exécute. Il remonte essouflé. Il était temps. Effet 4. Le public semble concentré, accroché. Je suis nerveux. C’est toujours ainsi lorsque je suis à la console. J’entends tout, je vois tout, le moindre mot échangé dans le texte me fait sursauter et j’analyse pour voir si le spectateur a compris tout de même et si cela n’a pas d’incidence sur le reste du texte. Non ça va, c’est juste quand même pour l’essentiel. Il y a toujours des râtés mes c’est le spectacle vivant. Partout c’est du bruit. On entend la ville qui fait monter sa musique nocturne, le vent réel qui s’y met, une porte qui bat pas loin, quelqu’un dans la régie qui fait tomber un lourd objet. Ca suit quand même. Enfin, j’espère. Je suis toujours étonné par la capacité de concentration du public. J’ai l’impression que moi-même je ne saurais pas. Plus que quelques répliques et mon calvaire se termine. Ne pas rater la fin et le dernier effet son surtout. Toujours un problème à caler. Bon c’est lancé. Un peut trop tôt peut-être. Marie Noelle se débrouille avec. Sa passe. Sa voix n’est pas couverte par le son du cyclone qui monte. Pas encore. Noir, longtemps, près d’une minute. La nuit de Dakar sous un cyclone guadeloupéen. C’est fini. La lumière se rallume trop vite, mais tant pis, c’est fini. Applaudissements. Le public  a aimé visiblement. Trop nerveux pour vraiment apprécier. Je ne suis pas dans la chose, dans cette chose que j’ai écrite et que je viens de diriger en régie. Trop d’événements à gérer pour goûter ce moment. Je remercie le pûblic, je remercie encore une fois Oumar Ndao sans lequel nous ne serions pas ici, pour son amour de l’art et son respect des artistes. Je dis ce que j’ai à dire d’une organisation trop peu préparée et dont l’impréparation met les artistes en difficultés. Je le dis. Peut-être ne devrais-je pas. Mais il faut que le public soit toujours considéré autrement que comme des simples spectateurs. Ce sont d’abord des citoyens et le théâtre est art de citoyenneté. « Il faut dire, informer, ne pas cacher… » dit Gerty Archimède. Oumar me congratule. Il est heureux du spectacle et me félicite pour ce que j’ai dit. Merci Oumar. Je suis aussi venu pour toi.

Naissance d’une marionnette

In 2.4- Théâtre, 3- Spectacle vivant on 10 décembre 2010 at 2:36

Début janvier, nous commençons le travail de mise en scène de ma pièce Rue Saint Denis. Même si les quelques lectures sur table que nous avons organisées avec les comédiens dans le cadre du casting, ont commencé à donner chair au texte, et m’ont permis de mieux fouiller au coeur de ses entrailles, tout cela reste encore abstrait et les intentions scéniques flottent encore dans le monde des idées platoniciennes.

Bientôt donc commence l’épreuve du réel et la tombée dans le monde sublunaire comme disait Aristote. L’esprit devient anima, mouvement, conjugaison intime entre l’âme et le corps, le sprituel et le réel. Mouvement est ce qui donne vie, motion comme on dit en anglais, de même racine que motus, moteur ou encore motion en français qui signifie aussi mouvement. La motion divine, c’est la grâce, c’est à dire ce mouvement propre (motu proprio) qui exprime la grâce d’un individu exprimant la liberté de son corps. Ainsi le texte dans la mise en scène doit trouver sa grâce, motu proprio. Le but est donc bien de créer un monde par le mouvement et en mouvement, mais un mouvement propre. Une entité qui a sa vie autonome et qui de fait, échappe à son créateur. Petrouchka échappe à Fokine comme Pinocchio à Gepetto. Et on comprend la fascination de Kleist pour la marionnette qui, en action, exprime encore mieux que le danseur le mouvement de l’esprit. Mais la marionnette vit. Elle vit réellement. Plus, elle donne vie. C’est en tout cas ce que je perçois dans la naissance à petits pas de celle de la Mère Paulin, personnage à part entière de ma pièce Rue Saint Denis. Nous avions déjà la maquette du décor conçu et construit par Laurent Berman. Elle nous donne un espace, une ambiance, mais projetés dans une miniature, encore abstraits tant que ses 5 mètres de haut, ses 8 de profondeur et ses 10 de large n’auront pas pris possession de la scène. Mais la marionnette, elle, naissant grandeur nature, nous donne le la de cette chair, de cette vie qui prend corps sur la scène. Ombline de Benque sa créatrice nous la présente et nous restons bouche-bée. Elle est déjà si vivante. Voici le 7eme comédien de la troupe et c’est lui qui ouvre le bal, nous met en mouvement. C’est paradoxal mais c’est ainsi.

Puis viendront les costumes de Charlotte Villermet qui eux aussi ont leur vie. Ils doivent habiter le comédien autant qu’ils l’habillent. Ils sont une part indéfectible du personnage. Que seraitArlequin sans son manteau? Oui, les personnages vivent et c’est ce que nous dit d’emblée notre marionnette. Cette vie a une âme et un corps, ceux du comédien, alchimistes du verbe et du mouvement qui transmutent la matière scénique en l’or du drame. Le texte? Oui, bien-sûr le texte. Le metteur en scène? oui, bien-sûr le metteur en scène. Que serait le texte s’il n’était déjà habité par les personnages qu’il fait parler, s’il n’était conçu pour être porté par les comédiens qui s’en habillent? Que serait le metteur en scène si, comme le meilleur des cavaliers, il ne savait accompagner le mouvement du texte, des comédiens et des personnages pour mieux leur indiquer sa direction?

décor de Laurent Berman

Et en tant qu’auteur je vois dans cette marionnette mon texte qui prend déjà vie, et en tant que metteur en scène, je suis comme Gepetto qui fabrique son pantin et rêve en son for intérieur que ce sera un enfant vrai. Et c’est ce qui peut arriver de mieux à un auteur ou un metteur en scène: que cet enfant soit vrai, c’est à dire qu’il sorte des chemins imaginés et pré dessinés, qu’il prenne ses jambes à son cou et trace son bonhomme de chemin, le chemin de son indépendance en tant qu’oeuvre pour prendre le risque de toutes les rencontres avec le spectateur. C’est ce que me dit la marionnette de la mère Paulin dans son silence si éloquent.

Glasgow sur scène

In 2.4- Théâtre, 3- Spectacle vivant, 4- Rencontres/événements on 8 novembre 2010 at 12:10

Glasgow (bridge)

Les artistes sont sans doute les meilleurs ambassadeurs de leur pays, pour autant qu’ils s’expriment en toute liberté.

Les rencontres organisées par l’IETM (Informal European Theater Meeting) ou par FENCE, réseau d’auteurs auquel j’appartiens, ont pour objet de créer des ponts enjambant les frontières culturelles, politiques, sociales, afin que les individus porteurs de leurs horizons dialoguent, se questionnent, communiquent des informations pouvant aider non seulement à la production et à la diffusion (c’est l’aspect marché) mais aussi à la réflexion sur son propre travail, le cadre de sa créativité, et à la compréhension de l’autre, une meilleure appréciation de son horizon esthétique.

Dire des artistes qu’ils sont des ambassadeurs pourrait être reçu au mieux comme un poncif dont le danger réside dans la légèreté d’une telle affirmation qui pourtant porte à conséquence, au pire comme un postulat qui du point de vue du politique fait des artistes leurs vassaux et de l’art un objet de marchandisation et un outil politique (deux dimensions que l’on retrouve dans la notion de « vitrine culturelle à l’étranger»). Il est donc clair qu’il faut porter une attention toute particulière à la deuxième partie de la proposition : « pour autant qu’ils s’expriment en toute liberté ».

Un artiste est d’abord un citoyen et un individu qui exprime un point de vue personnel. Ce point de vue est forcément le produit d’une analyse critique. Critique au sens de réflexion distanciée prenant en compte les paramètres d’une situation, d’un événement. Il n’y a pas meilleure manière de comprendre un pays qu’à travers le regard critique d’un de ses ressortissants. L’artiste est un être social et l’art dont il est porteur porte en lui l’essence même d’une dimension de la société. L’art n’est pas nécessairement en soi social mais il exprime une relation au social et questionne en ceci la cité.

Rien de plus européen donc que ces meetings d’artistes européens qui, à leur manière construisent une Europe faite d’individualités, de diversités, et de volonté de mouvement vers l’autre.

Ces rencontres FENCE, les douzièmes du nom, organisées à Glasgow dans le cadre de l’IETM, par  le Playwrights’ Studio of Scotland dirigé par la charmante et dynamique Julie Ellen, fut comme les précédentes, passionnantes. Il fut question d’identités et de séparation artificielle des nations. Des Tchèques et des Slovaques, nous ont parlé de leur ancien pays commun : la Tchécoslovaquie. L’Afrique aussi était présente et on entendit parler de néocolonialisme dans la manière dont est organisée la diffusion européenne des œuvres et des artistes africains. Nous nous sommes lu, comme d’habitude, nous nous sommes traduits, nous avons bu et dansé et partagé nos rires et, pour certains nous nous sommes donnés rendez-vous en Guadeloupe dans une semaine et pour d’autres à Stockholm au début du printemps prochain.

Alors ne pas croire que la pluie écossaise sur Glasgow soit porteuse de frimas et de claquements de dents. Elle est comme la douche du même nom. Elle cache entre ses gouttes une chaleur étonnante…

Après Mulhouse, le ciel est vide à Strasbourg

In 3- Spectacle vivant on 29 novembre 2009 at 1:11

Ce week-end, Bernard Bloch reprenait ma pièce Le ciel est vide à la Filature de Mulhouse dans une salle pleine à craquer. Je ne l’avais pas vue depuis un an, et je dois dire le plaisir, la distance aidant, que j’ai pris en recevant comme un don cette formidable interprétation des comédiens, véritables athlètes affectifs comme disait Artaud, qui se donnaient tout entier sur scène. Ils me confièrent après la représentation qu’ils se sentaient complètement vidés comme s’ils venaient de courir un marathon. Je le comprends aisément. La mise en scène de Bernard Bloch a bougé, a pris une certaine maturité, allant au plus loin de l’interprétation qu’il a de cette pièce. Cette interprétation qui, de par l’esthétique de ce metteur en scène, s’inscrit dans la part sombre de ce texte et va fouiller au plus profond. Je dois dire qu’elle me touche profondément, car sans céder à aucune facilité, il lève une sourde émotion qui jamais ne vous lache dans le continuum d’un développement taillé dans une rigueur proprement ascétique. Le type d’émotion que je ressens en écoutant notamment le Lontano de Ligeti. Bernard est un chercheur de perles qui va au plus profond à la limite de sa respiration. Qui plonge et qui replonge sans cesse avec obstination. Son expression samedi soir après la représentation, un peu fermée, très concentrée, disait qu’il était encore loin d’être satisfait du résultat, qu’il cherchait encore, un an plus tard, cette perle là, encore au bout des doigts qu’il n’avait pas encore saisie à pleines mains. Une perle noire. De fait, il convoqua les comédiens pour l’après-midi suivante afin de faire un raccord, comme il se dit dans le jargon du théâtre. Je ne suis pas le genre d’auteur qui, à l’instar de Jean Genêt face au metteur en scène Roger Blin, impose sa vision du texte. Je veux comme disait Jean Cocteau, être étonné. « Etonne-moi », est le mot d’ordre tacite que je passe au metteur en scène. Autrement dit, fais moi voir ce que tu vois et que je n’avais pas vu dans mon propre texte.  En cela Bernard m’étonne, et je reste spectateur devant sa mise en scène. Il s’est lui-même beaucoup étonné, puisque, prenant à bras le corps cette pièce de théâtre qui impose dans la construction scénique un rapport opératique entre le texte parlé, la musique et l’image, il s’est lancé dans un processus de mise en scène qu’il n’avait jamais auparavant mis en œuvre, allant même par la présence obsédante de l’image et de la musique, plus loin qu’il n’était indiqué dans les didascalies. J’en profite pour saluer ici le remarquable travail cinématographique de Dominique Aru, qui dans la douceur, la complicité et la ténacité, a apporté à Bernard Bloch dans leur collaboration artistique sa vision d’artiste de l’image accompagnant le texte et la musique dans la particularité d’une scénographie de théâtre. Chose éminemment délicate et complexe. Oui, j’étais content de les retrouver tous, en même temps que cette pièce. Oui, je suis heureux de cette interprétation, même si comme Bernard et comme artiste, je sais qu’une œuvre n’est jamais terminée, qu’il faut la pousser toujours et encore dans ses retranchements. L’insatisfaction n’est pas antinomique du plaisir. Sans doute, en tant qu’auteur de cette pièce, et peut-être parce que je suis créole et baroque, homme de l’Ouest et non pas Alsacien comme Bernard, pétri dans la culture des bords du Rhin, j’aurais fait valoir une autre lecture faisant jouer sa part d’humour désespéré se mêlant au tragique, le rire de Silène qui se déploie dans le blues ou certaines biguines, cette part africaine de la musique qui faisait que Nietzsche préféra Bizet à Wagner. Mais Bernard préfère la rive orientale du Rhin, là où les ombres sont plus sombres. Et pourquoi pas? Cela me convient.

Je reviendrai samedi prochain à Strasbourg, le 5 décembre, voir la dernière, j’espère provisoire, de cette pièce. Je sais que par l’obstination de ce « chercheur de traces », elle aura encore bougé pour mon plus grand plaisir et, j’espère aussi pour celui de la compagnie et des spectateurs.

Post-scriptum: ce vendredi 4 décembre, je reçois ce sms de Bernard: La représentation de ce soir a été la plus gracieuse de toutes. J’ai entendu ton texte comme jamais. A samedi. BB

La métrique des cigales

In 3- Spectacle vivant, Cahiers d'Avignon on 30 juillet 2009 at 11:09

img_0458J’ai lâché prise et j’ai quitté le four aux mille plateaux et le moulin à paroles de la Cité des papes qui fait farine de tout ce grain et cette ivraie qui se déverse tous les ans dans la fournaise de cette ville du théâtre. J’ai fui le temps d’une belle après-midi, las d’arpenter les rues étroites et tortueuses, les places écrasées de soleil, peuplées de buveurs de pastis, de bières, d’orgeat et de coca-cola auxquels je tends dans une indifférence aimable ou une feinte attention les cartons rouges sur lesquels s’affichent les visages d’Angela Davis et de Gerty Archimède. Las de jouer le vendeur à la criée : « Pas de prison pour le vent, messieurs et dames, ou 24 heures de la vie d’Angela Davis, une pièce mise en scène par Antoine Bourseiller, écrite par Alain Foix, tous les jours à 12h 40 au théâtre du Petit Louvre ». Las d’expliquer qui est Angela Davis, Antoine Bourseiller ou Gerty Archimède. Las de vanter l’histoire de ce huis clos de « 3 femmes de combat fendant l’armure en butte à un cyclone et un douanier imbécile et illettré » et d’inviter à lire au verso les extraits d’une critique élogieuse qui « porte cette pièce dans un vent favorable»,  las de cacher l’auteur Alain Foix derrière les lunettes noires de ce vendeur à la criée. Las de lire derrière certains sourires condescendants « tiens, encore une histoire de noirs » avant que le nom d’Antoine Bourseiller et le mot Comédie française ne fixe plus sérieusement leur attention. J’ai pris un dernier bain d’applaudissements, recueilli le miel tout frais des émotions d’un public secoué de « mots et d’émois » comme l’écrit Armelle Héliot, critique du Figaro, et puis j’ai pris mes jambes à mon cou sans oublier la caisse rouge sonnante et trébuchante des recettes (oui, je suis également caissier en plus d’être régisseur, psychologue du travail, gestionnaire producteur, taxi pour la compagnie, responsable de la communication, comptable, garçon coursier et parfois restaurateur) et je suis rentré en douce sur l’île de la Barthelasse où la compagnie a loué une agréable maison pour sa résidence avignonnaise. Me voilà seul, enfin, pour la première fois depuis un mois. Je goûte le vent qui passe dans les vignes et les tournesols et caresse mes cheveux, je hume l’odeur mêlée de conifère et de lavande. Caché à l’ombre d’un néflier aux feuilles d’un vert d’amande, mes yeux se laissent happer par le songe des feuillages troué par l’infini d’un ciel si bleu. Mon rêve se berce des cigales. Mon corps harassé, abandonnant toute résistance, se laisse emporter par les sens. Je suis un bateau ivre, je bois l’eau qui me berce, je bois comme un buvard toute cette nature qui veut s’écrire en moi. Je suis un grand silence, un rien dans cette grande mélodie du monde. Jamais je n’avais entendu ainsi toutes les nuances, toutes les flexions et tout le rythme de ce chant des cigales pourtant si familier. J’entends leurs canons et leurs répons et, de loin en loin, le tissage de leurs harmonies qui tapisse le paysage. Je découvre étonné que la poésie de ces insectes chanteurs s’écrit en octosyllabes avec césure, deux hémistiches : 1,2,3,4/1,2,3,4 comme celle du coureur de 110 m haies que je fus, mais en mode vivace.  Cigales coureuses de haies, chanteuses de haies, de toutes ces haies qui bordent ce grand jardin et protègent du mistral, qui chantent au ciel l’intense plaisir d’une solitude retrouvée. Cigales qui me soulèvent et me donnent de nouveau l’envie d’écrire. Une belle heure d’écriture, si douce, havre de paix.

Au loin la rumeur d’Avignon que m’apporte le vent. Il faut que j’y retourne. Plus que 2 jours. Il faut tenir.

Avis pour Avignon

In 2.4- Théâtre, 3- Spectacle vivant on 14 juin 2009 at 1:44

Nous relançons l’aventure de Pas de prison pour le vent à Avignon cet été (du 8 au 31 juillet, 12h40 tous les jours) dans le magnifique théâtre du Petit Louvre (tout près du Palais des Papes).

J’y serai dès le 29 juin pour le montage technique avec Antoine Bourseiller, metteur en scène.

Dès le 29 juin, je compte lancer une chronique avignonaise (cahiers d’Avignon) portant un regard sur la vie de cette ville lors du festival, un peu à la manière de mes chroniques hollywoodiennes (cahiers de Californie) de l’été dernier (voir les archives). Ainsi, ceux qui n’ont pu se rendre sur place pourront vivre à travers le prisme de mes textes une aventure d’un mois faite sans aucun doute de galères en tous genres d’une compagnie se produisant dans le off d’Avignon. Restez à l’écoute.

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Ci-dessous, la salle de la chapelle au théâtre du Petit Louvre (225 places à remplir tous les jours au milieu de plus de 800 spectacles présentés à Avignon. Ca c’est téméraire! Que ceux qui ont déjà vu et apprécié ce spectacle fassent circuler le bouche à oreilles. C’est vital.) P.S. Salle climatisée, fauteuils confortables, on peut y dormir à l’aise (voilà un argument publicitaire). En prime, deux extraits vidéos: extrait1, extrait2

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Lecture de Vénus et Adam

In 3- Spectacle vivant on 13 juin 2009 at 8:13

L’association L’Ecritoire organise le 22 juin 2009 à 20h au théâtre Darius Milhaud à Paris (19è), une lecture de Vénus et Adam (Grand Prix Beaumarchais_ETC). J’en profite pour mettre au point cette lecture avec les comédiens pressentis pour la création de cette pièce que la compagnie Quai des arts produira et que je mettrai en scène. C’est l’occasion de confronter une nouvelle fois ce texte au public et à sa critique qui sera bienvenue lors de la discussion qui s’ensuivra, et qui contribuera  à notre réflexion sur ce projet. Alors bienvenue amis critiques.

Ci-dessous l’affiche de cette lecture produite par l’écritoire.

Vénus et Adam lecture

Retour sur Duel d’ombres à Avignon

In 1- Presse, 3- Spectacle vivant on 24 juillet 2008 at 12:28

Voici un article de Françoix Xavier Guillerm sur la lecture de Duel d’ombres à Avignon, une interview et quelques photos:

Duel d’ombres


A l’instigation de Stany Coppet, Alain Foix a écrit une nouvelle pièce, Duel d’ombres, la rencontre entre le chevalier d’Eon et le chevalier de Saint-George. Découverte en Avignon.


Saint-George sorti de sa confidentialité toute antillaise fait une sortie magistrale en Avignon ! Après la rencontre du Juif et du Nègre, Shylock, l’usurier du Marchand de Venise, et Othello, le prince maure, dans Le ciel est vide, celle des deux figures de la négritude faite femme, Gerty Archimède et Angela Davisdans Pas de prison pour le vent, Alain Foix ose nous raconter en alexandrins rimés le moment fameux ou les deux chevaliers, d’Eon et Saint-George se rencontrent avant leur fameux duel londonien.

Cette fois, le Noir se confronte à celui qui a une autre identité sexuelle. Le chabin et le travesti. Ni Noir, ni blanc, ni homme, ni femme… Chacun est aux yeux de l’autre une apparence… Jeux de marivaudages, jeux de mots chargés de sens, dialogue léger abordant les profondeurs d’une réflexion sur la différence, « un monde où la surface est profonde… » « Ce sont des personnages majeurs, dit Alain Foix, qui ne sont ni l’ombre de Mozart, ni, dans le cas de Toussaint Louverture (autre héros noir exhumé par la dramarturge), celle de Napoléon 1er. »

Corps sage et corsage
Habilement, Alain Foix ne chante pas la douleur liée à l’histoire. Il trouve d’autres chemins pour raconter ce que ces gens avaient à dire au milieu de leur temps et ce que leur temps a à nous dire. Le texte est empreint d’une légèreté apparente, « très créole et qui cache une mélancolie, une désespérance », prévient l’auteur qui rêvait depuis longtemps d’écrire une comédie. Saint-George, le XVIIIe siècle, les lumières… Voltaire, qu’il faudrait faire taire, « une drôle de lumière sur la traite négrière », « un Mozart noir comme il se dit d’un chocolat blanc, mais en pire », même en alexandrins !

Stany Coppet, Anne Sée, Alain Foix et Caroline Ducrocq

Stany Coppet, Anne Sée, Alain Foix et Caroline Ducrocq

Anne Sée est le chevalier d’Eon, le Guyanais Stany Coppet est Saint-Georges. Dans cette mise en espace de Caroline Ducrocq, les deux héros sont l’affiche du duel du siècle. Le Nègre battra-t-il la femme ? La pièce relate ce jeu de dupés pas dupes. Soudain, entre deux mesure du concerto en la mineur de Saint-George, au paroxysme de l’action, un cri. Un cri créole. Le juron prend une étrange résonance dans cet aristocrate salon londonien… Les masques tombent… « Un esprit sain dans un corps sain », lance le chevalier d’Eon. « Un esprit sage dans un corsage », rétorque Saint-George affranchi ! Duel d’ombre n’était qu’en lecture publique. Un producteur était dans la salle… Duel d’ombres fera, on en prend le pari, un gros succès, pourvu que la France s’en mêle. Saint-George et Alain Foix méritent bien cela.

François Xavier Guillerm (France-Antilles)

Interview. Alain Foix


« Qu’est-ce qu’il y a derrière l’image

d’une femme, derrière l’image d’un

Noir ? »


Ecrire en alexandrin aujourd’hui, ce n’est pas banal…
J’ai d’abord écrit le texte en prose, mais je voulais quelque chose de musical, en vers en alexandrins. Mais surtout, je trouvais intéressant de resituer le chevalier Saint-George dans son temps. Je sais qu’au temps de Saint-George, à la fin du XVIIIe siècle, des gens comme Beaumarchais avaient déjà abandonné l’alexandrin, mais le propos était de créer de la distanciation, une forme de distance noble entre les deux personnages et entre les personnages et nous. Ca procure aussi un effet de distanciation théâtrale. Et puis l’alexandrin impose beaucoup de choses et c’est un jeu. A partir de cette contrainte, on peut nourrir beaucoup de choses. Je me suis rendu compte en ayant écrit le texte en prose, puis en alexandrin, que j’y découvrais du sens, des niches où je pouvais développer du sens par l’apport de l’alexandrin. Curieusement, je dis plus de choses dans l’alexandrin qu’en prose simple.

Saint-George était honoré le 10 mai dernier par le président de la République. Saint-George est à la mode ?

Vive la mode, si la mode porte Saint-George ! (rires)


L’an dernier, vous présentiez Le ciel est vide, la confrontation shakespearienne du Noir et du Juif par rapport à leur histoire, cette fois, c’est le Noir et l’homosexuel. C’est encore une question d’identité ?

Bien sûr, c’est une question d’identité, mais c’est d’abord une question de représentation. La question qui est posée est : qu’est-ce qu’il y a derrière l’image d’une femme ? Qu’est-ce qu’il y a derrière l’image d’un Noir ? Le chevalier d’Eon qui est, on le sait, un makoumè, peut très bien dire autre chose. D’ailleurs, il dit autre chose et il a l’image d’une femme. Et si on retourne la question sur l’image d’un Noir, le chevalier Saint-George répond : « Il n’y a rien, madame. Il n’y a que des idées. » C’est la question profonde du racisme. Le racisme est le fait de penser que derrière le visage de quelqu’un, il se trouve une pensée parce que sonvisage définit un caractère génétique et que la pensée serait inscrite dans ces gènes.

Un sujet grave et une forme légère, pleine d’humour…
Il y a des jeux de mos…. On est dans le XVIIIe siècle qui est un siècle à la fois léger et profond. Un siècle qui sait jouer de la légèreté pour renvoyer de la profondeur. Comme dit Nietzche, la surface est profonde.

La pièce sera-t-elle jouée chez Saint-George, en Guadeloupe?
Je l’espère ! En tout cas, j’ai pensé fortement à eux en écrivant cette pièce. D’aileurs, l’histoire du makoumè c’est très créole… C’est bien parce que c’est un créole qui l’a écrit !

Propos recueillis par François-Xavier Guillerm

Pariscaraibe.com

DUEL D’OMBRES A AVIGNON

In 3- Spectacle vivant, Chronique des matins calmes on 14 juillet 2008 at 2:12

Beaucoup d’eau a coulé depuis le dernier article. Sans doute l’eau du Maroni en crue que je n’ai pu remonter sous les pluies diluviennes de la Guyane. Sans doute aussi piqué par la mouche tsé-tsé, ou peut-être dans mon sommeil par la mygale que j’ai ramenée à la maison. Elle est naturalisée mais sans papiers dans sa prison de verre, mais je me méfie des rêves. Toujours est-il qu’un énorme palmier a poussé sur la paume de mes mains.

Cela dit, j’ai tout de même eu un sursaut créatif puisque j’ai trouvé de l’énergie pour écrire une pièce de théâtre inspirée du duel historique entre le Chevalier d’Eon et le Chevalier Saint-George. Une comédie en musique intitulée « Duel d’ombres », et en alexandrins. Oui, en alexandrins. Je l’avais d’abord écrite en prose, puis me ravisant, je me suis dit que l’alexandrin collerait bien avec cette comédie légère et musicale. A première vue, si on y réfléchit un peu, ça peut paraître bizarre d’écrire au XXIè siècle une pièce en alexandrins, baroque même. D’autant qu’à l’époque où se situe l’action, le 9 avril 1787, date exacte du duel organisé à Londres, Beaumarchais et bien d’autres avaient déjà abandonné cette forme classique. Alors quelle mouche (ou quelle mygale) m’a piquée? Le plaisir d’abord. Oui, c’est un véritable plaisir que de ciseler sa langue dans cette forme si musicale. Un challenge aussi. Mais il m’est aussi très vite apparu que la contrainte imposée par l’alexandrin est très créative. Elle permet de trouver des solutions stylistiques mettant en valeur le sens des répliques, mais plus encore, condense et révèle du sens, crée des ouvertures nouvelles, des niches qui m’ont permis d’alimenter ce texte et d’en exhaler tout le parfum. Un autre intérêt de cette forme, est qu’elle facilite la distanciation théâtrale autant que la distinction des personnages. Intéressant d’ailleurs de noter que distinction et distanciation sont de même nature. Elles sont cet habit invisible, ce « je-ne-sais-quoi » comme disait Balthazar Gracian qui définit la grâce, et la tenue, le port d’une noblesse liée à la représentation du corps. Duel d’ombres est un jeu sur la représentation et l’opposition des images du corps qui se fait dans la conversation. Conversation à la fois sensuelle et conflictuelle. D’une certaine façon l’alexandrin élève les personnages de la prose du monde et les y dessine avec précision. Joute verbale à fleurets mouchetés, piques et frottements d’épidermes, ces deux escrimeurs restent à distance d’eux-mêmes et de de notre époque pour mieux mettre en abîme des questions contemporaines.

Alors non, rassurez vous, je ne suis pas devenu un vieux réactionnaire, une mygale au plafond, ayant la nostalgie des formes anciennes. Je crois au contraire que l’alexandrin, pour autant qu’on sache le manier sans se faire piquer, peut être un outil créatif pour une forme contemporaine. Et puis zut! Marre de ces pièces de théâtre où le texte n’est qu’amas de mots, matière informe prétexte (prête-texte) à des fantasmes de metteurs en scène bandés sur la question du corps. On a un peu trop tendance à oublier que le premier corps du théâtre est le texte lui-même et que le corps au théâtre comme dans la vie n’est rien s’il n’est habillé et tenu par un langage qu’il soit parlé ou gestuel.

Anne Sée

Anne Sée

Duel d’ombres sera mis en lecture à Avignon le 21 juillet 2008 à 10h 30 au théâtre du Petit Louvre et le 22 juillet à 15h à la Maison Jean Vilar. Lu par Anne SEE (Chevalier d’Eon) et Stany COPPET (Chevalier Saint-George), mis en espace par Caroline DUCROCQ avec des extraits musicaux du Chevalier Saint-George.

extrait musical: Saintgeorges_string_5

Duel des Chevaliers Saint-George et d'Eon à Londres le 9 avril 1787

Duel des Chevaliers Saint-George et d'Eon à Londres le 9 avril 1787

Le bonjour d’Albert à Lourmarin

In 2.3- Romans, 3- Spectacle vivant, Pas de catégorie on 29 juin 2008 at 10:41

Une naissance, c’est toujours émouvant et c’est le cas pour ce festival nouveau-né à Lourmarin le 26 juin 2008. Lourmarin, jolie bourgade où vivait Albert Camus juste avant son tragique accident de voiture du 4 janvier 1960 dans la voiture de Michel Gallimard. Plaisir d’être invité en tant qu’écrivain pour soutenir ce festival ensoleillé et chaleureux nommé Sun Art. Plaisir d’échanger avec des lecteurs attentifs et passionnés, tous âges confondus. Plaisir d’entendre et découvrir à l’ombre fraîche du très beau temple cet incroyable conteur qu’est Emile Abossolo M’Bo, de retrouver la belle, sympathique et fantasque Aissatou Thiam qui vient d’écrire un livre sur sa vie en collaboration avec Marc Tardieu. Plaisir encore de retrouver depuis si longtemps le fabuleux Manu Dibango qui semble immunisé contre les caresses de l’âge. Plaisir enfin de flâner sous ce soleil estival, mon panama vissé sur la tête dans cette ambiance de beauté et d’intelligence qui semble émaner des murs, des échoppes et du public. Pas étonnant qu’Albert Camus ait choisi cette commune comme lieu de résidence. Son fantôme chaleureux et humaniste y traverse les murs.

Ecoute d'histoires de l'esclavage racontées à marianne et discussion autour du texte dans la très belle boutique du Voyageur sans bagage.

Ecoute d'histoires de l'esclavage racontées à marianne et discussion autour du texte dans la très belle boutique du Voyageur sans bagage.

Voir aussi:

Salon du Livre de l’Outre-Mer

In 3- Spectacle vivant, 4- Rencontres/événements on 16 octobre 2007 at 4:23


logo_salonoutremer.jpg1) Rencontre avec Alain FoixSamedi 20 Octobre 2007
Salon Delgrès : 15h45 – 16h15

2) Représentation théâtrale de Pas de prison pour le vent
Dimanche 21 Octobre – Salle Félix Eboué – 14h30
Mise en scène d’Antoine Bourseiller. Avec Marie-Noelle Eusèbe, Sonia Floire, Mariann Mathéus, Alain Aithnard.

Entrée libre et gratuite
Secrétariat d’Etat à l’Outre-Mer
27 rue Oudinot, 75007 Paris
www.outre-mer.gouv.fr

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FENCE A ISTANBUL

LE FENCE, réseau européen d’auteurs de théâtre se réunissait à Istanbul du 31 mars au 8 avril 2007 dans le cadre du festival de théâtre Oyun Yaz. Au programme réunions débat sur l’état du théâtre en Turquie et en Europe, la place de l’auteur, du metteur en scène, les réseaux et moyens de production. Egalement spectacles et lectures.

FENCE ISTANBUL EN IMAGES:

séance de travail au hammam
autre groupe de travail au hammam
no comment

no comment

autre groupe de travail au hammam

« Pas de prison pour le vent » au Théâtre du Lucernaire

In 3- Spectacle vivant on 6 octobre 2007 at 1:31

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Du 17 octobre au 1er décembre 2007 – du mardi au samedi à 19h

A travers cette pièce de théâtre, c’est bien d’un hommage qu’il s’agit : Alain Foix a voulu, à l’occasion du 25ème anniversaire de la mort de Gerty Archimède, ranimer la voix de cette grande Dame qui a affirmé, toute sa vie durant, sa générosité et son dévouement pour la Guadeloupe et les Antilles. L’auteur a choisi de relater la rencontre entre deux personnages qui ont marqué leur époque : Gerty Archimède, avocate et militante politique, et Angela Davis, afro-américaine, dans les années 70. Toutes deux ont porté le combat sur tous les fronts avec pour seul but de lutter pour la justice, l’égalité et l’émancipation des peuples.

« Cette histoire vraie qu’Angela Davis rapporte dans son autobiographie et qui lui donna l’occasion de sa rencontre avec Gerty, je la fais mienne offrant à ces deux grandes Dames de notre histoire contemporaine une nouvelle occasion de dialoguer » (Alain Foix)

Tout se passe en présence d’un personnage pour le moins insolite, le vent : il ramène constamment Gerty Archimède au cyclone de 28 qui éveilla par le malheur, sa conscience politique.

Mise en scène de Antoine Bourseiller
Avec Marie-Noëlle Eusèbe (Gerty Archimède), Sonia Floire (Angela Davis), Mariann Mathéus (Soeur Suzanne), Alain Aithnard (l’homme)
Design sonore : Jean-Baptiste Barrière

Théâtre du Lucernaire
53, rue Notre Dame-des-Champs 75006 Paris

www.lucernaire.fr
RESERVATIONS au 01 45 44 57 34