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DUEL D’OMBRES A AVIGNON

In 3- Spectacle vivant, Chronique des matins calmes on 14 juillet 2008 at 2:12

Beaucoup d’eau a coulé depuis le dernier article. Sans doute l’eau du Maroni en crue que je n’ai pu remonter sous les pluies diluviennes de la Guyane. Sans doute aussi piqué par la mouche tsé-tsé, ou peut-être dans mon sommeil par la mygale que j’ai ramenée à la maison. Elle est naturalisée mais sans papiers dans sa prison de verre, mais je me méfie des rêves. Toujours est-il qu’un énorme palmier a poussé sur la paume de mes mains.

Cela dit, j’ai tout de même eu un sursaut créatif puisque j’ai trouvé de l’énergie pour écrire une pièce de théâtre inspirée du duel historique entre le Chevalier d’Eon et le Chevalier Saint-George. Une comédie en musique intitulée « Duel d’ombres », et en alexandrins. Oui, en alexandrins. Je l’avais d’abord écrite en prose, puis me ravisant, je me suis dit que l’alexandrin collerait bien avec cette comédie légère et musicale. A première vue, si on y réfléchit un peu, ça peut paraître bizarre d’écrire au XXIè siècle une pièce en alexandrins, baroque même. D’autant qu’à l’époque où se situe l’action, le 9 avril 1787, date exacte du duel organisé à Londres, Beaumarchais et bien d’autres avaient déjà abandonné cette forme classique. Alors quelle mouche (ou quelle mygale) m’a piquée? Le plaisir d’abord. Oui, c’est un véritable plaisir que de ciseler sa langue dans cette forme si musicale. Un challenge aussi. Mais il m’est aussi très vite apparu que la contrainte imposée par l’alexandrin est très créative. Elle permet de trouver des solutions stylistiques mettant en valeur le sens des répliques, mais plus encore, condense et révèle du sens, crée des ouvertures nouvelles, des niches qui m’ont permis d’alimenter ce texte et d’en exhaler tout le parfum. Un autre intérêt de cette forme, est qu’elle facilite la distanciation théâtrale autant que la distinction des personnages. Intéressant d’ailleurs de noter que distinction et distanciation sont de même nature. Elles sont cet habit invisible, ce « je-ne-sais-quoi » comme disait Balthazar Gracian qui définit la grâce, et la tenue, le port d’une noblesse liée à la représentation du corps. Duel d’ombres est un jeu sur la représentation et l’opposition des images du corps qui se fait dans la conversation. Conversation à la fois sensuelle et conflictuelle. D’une certaine façon l’alexandrin élève les personnages de la prose du monde et les y dessine avec précision. Joute verbale à fleurets mouchetés, piques et frottements d’épidermes, ces deux escrimeurs restent à distance d’eux-mêmes et de de notre époque pour mieux mettre en abîme des questions contemporaines.

Alors non, rassurez vous, je ne suis pas devenu un vieux réactionnaire, une mygale au plafond, ayant la nostalgie des formes anciennes. Je crois au contraire que l’alexandrin, pour autant qu’on sache le manier sans se faire piquer, peut être un outil créatif pour une forme contemporaine. Et puis zut! Marre de ces pièces de théâtre où le texte n’est qu’amas de mots, matière informe prétexte (prête-texte) à des fantasmes de metteurs en scène bandés sur la question du corps. On a un peu trop tendance à oublier que le premier corps du théâtre est le texte lui-même et que le corps au théâtre comme dans la vie n’est rien s’il n’est habillé et tenu par un langage qu’il soit parlé ou gestuel.

Anne Sée

Anne Sée

Duel d’ombres sera mis en lecture à Avignon le 21 juillet 2008 à 10h 30 au théâtre du Petit Louvre et le 22 juillet à 15h à la Maison Jean Vilar. Lu par Anne SEE (Chevalier d’Eon) et Stany COPPET (Chevalier Saint-George), mis en espace par Caroline DUCROCQ avec des extraits musicaux du Chevalier Saint-George.

extrait musical: Saintgeorges_string_5

Duel des Chevaliers Saint-George et d'Eon à Londres le 9 avril 1787

Duel des Chevaliers Saint-George et d'Eon à Londres le 9 avril 1787

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  1. Rien de moins réactionnaire qu’un alexandrin. La preuve c’est mon ami Michel-Antoine Burnier : il en commit de forts beaux dans Liberation. C’était la campagne présidentielle de 2002, et sa super satire s’appelait : « les coriaces ».

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