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Correspondances avec Baudelaire. Petit-Canal, Guadeloupe.

In Chronique des matins calmes on 9 novembre 2012 at 6:36

Curieux la vie. Lorsque j’ai écrit, tout jeune encore cette nouvelle du haut des Marches de l’esclavage de Petit Canal, en 1983, je ne pouvais me douter que trente ans plus tard, j’y disperserais les cendres de mon père selon sa volonté. Il y a des correspondances comme disait Baudelaire.

Cent sept marches

 

 

 

 

 

Aujourd’hui la pluie. La pluie à perte de vue, à perte de temps, à bout de patience. La pluie. Rien que de l’eau. Sauve qui peut. Il pleut, nous pleuvons, vous pleuvez, ils ou elles pleuvent. Nom de Dieu. Ma pauvre calebasse pleine d’eau oublie que pleuvoir ne se conjugue qu’au singulier de la troisième personne. Je récite ma leçon : « pleuvoir, verbe impersonnel… » C’est ça que les maîtres d’école bien au sec dans leur poêle apprennent à ceux qui sont nés, bouche bée, de la dernière pluie. Et le grand « Il » transcendant nous pleut ses jours humides sans lune et sans soleil, nous pétrit et  repétrit corps et âme, jusqu’à ne plus savoir ni hier ni demain, ni tu ni toi ni soi, ni Eve, jusqu’à se sentir pleuvoir soi-même, transmuté de sang en eau, de chair en boue parmi d’autres morceaux de boue à forme courbée face à terre, vaguement humaine, reconjugués sans passé, sans présent, sans futur en un « nous » compact et aqueux. Mais ceux qui ont pataugé dans la boue tropicale de Petit-Canal, Guadeloupe, au mois d’Août, savent bien eux, dans leur petit coin de glaise qu’on peut bien dire « je pleus, tu pleus, nous pleuvons ».

 

Ici à Petit-Canal, d’habitude sec comme un coup de fouet, quand il pleut, on pleut. Rien d’autre à faire. On est pluie, on pense pluie, on pense flique, on pense flaque, on ne pense pas, on a l’âme pluvieuse et l’esprit spongieux. Corps mous, esprits mous et boues coagulés, le cerveau se répand goutte à goutte, à vau-l’eau la pensée va. La pluie a réponse à tout. Qui suis-je? La pluie. Où vais-je? A la pluie. Que puis-je espérer? La pluie. Après la philosophie des Lumières, il faudrait une philosophie de la pluie et de la pensée trouble. Descartes, poule mouillée. Répète après moi « je pense donc je suis sec. »

 

Pas de doute, Petit-Canal apporte à sa manière, une contribution humide à la Pensée de l’Etre.

 

Nom d’un chien, Petit-Canal. Je me sens l’âme d’une éponge de mer qui rumine dans ses bas-fonds des pensées de crabe. Assis en haut de tes cent sept marches de l’esclavage, vestige hideux d’un temps lamentable, je les recompte une à une, ces marches pour passer le temps. Un… grand coup de fouet, deux… jarrets coupés pour marronnage, trois… bras arrachés dans un moulin de canne, quatre… langues retournées dans des gosiers, cinq… femmes qui mâchent la terre pour en mourir, six … révoltes mâtées dans le sang et dans l’horreur, sept… peaux noires dans des crocs blancs, huit… nourrissons tués pour fuir la vie qui ne tient qu’à une chaîne… trente deux… dents arrachées d’un grand sourire, cinquante… viols de toutes petites négresses, soixante… jours à fond de cale, quatre vingt quinze… tonnes de café noir, autant de sang versé… cent sept… cris de douleur… et… cent sept par trois… ans d’esclavage.

 

Des pensées rouges de crabe tourlourou au fond de son trou de terre humide. Je me sens percé de partout. Ce n’est pas la pluie, la pluie est tiède. D’en haut on les jetait ces hommes pour les punir de n’être pas des chiens, dans des tonneaux percés de clous qui roulaient qui roulaient, tambours … cris humains, du haut des cent sept marches. A l’arrivée c’était de la boue, de la boue rouge, de la boue d’homme dans un déluge de larmes.

 

Pas de doute, Petit-Canal à sa manière apporte sa contribution criante à la Pensée de l’Homme.

 

Et le poète disait:

 

 

 

C’est là que j’ai vécu dans les voluptés calmes,

 

Au milieu de l’Azur, des vagues, des splendeurs

 

Et des esclaves nus, tout imprégnés d’odeurs

 

 

 

Ah! Baudelaire, Baudelaire, immense albatros, vaste poète égaré dans l’insondable Léthé, le bel azur et l’éther glacé. O esprit gémissant en proie aux longs ennuis. Toi, mon semblable, mon frère soumis d’amour aux yeux noirs d’une belle créole. Que n’as tu pleuré de ta fenêtre ouverte aux enfers, cette horreur d’un autre âge qu’on appelle l’esclavage.

 

 

 

Quand la terre est changée en un cachot humide

 

Quand la pluie étalant ses immenses traînées 

 

D’une vaste prison imite les barreaux…

 

 

 

Et je suis là, assis en haut des marches  de pierre à trembler tout à coup. Ce n’est pas à cause de la pluie. Elle est douce, elle est tiède. Et je suis là, assis en haut de ces marches mouillées à parler aux poètes bien au sec à leur fenêtre et qui pleurent par-dessus leur balcon les dames créoles au parfum envoûtant. Poète. Hypocrite poète.

 

 

 

Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits.

 

 

 

C’est beau comme un tonneau de rhum clouté qui roule son homme marche par marche dans les cris rythmés d’un vers à cent sept pieds.

 

Et je tremble tout à coup. Ce n’est rien, c’est la pluie. La pluie tropicale qui  tatam, tamtamise sur les toits de tôle, les feuilles de bananier et mon crâne bien fatigué, répétitive, lancinante, fascinante, fascinante.

 

 

 

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle…

 

 

 

 

… Sur un peuple innocent noirci sous le harnais. Harnais, Beauharnais, belle Salope.

 

Ah! Baudelaire, Baudelaire, poète imperator du haut de ta pyramide, général mille étoiles régnant sur une armée de vers luisants, toi qui te dis roi d’un pays pluvieux qui dis avoir plus de souvenirs que s’il avait mille ans, toi l’amoureux d’une dame créole, que ne clames-tu ô poète lucide, que ta belle Joséphine te fit rétablir l’esclavage.

 

Par vers ou par décret qu’importe, serviteur volontaire d’une immonde infamie qui feint drôlement de croire que la morsure de l’amour vaut bien celle du fouet.

 

 

 

Que vos grands yeux rendraient plus soumis que vos noirs

 

 

 

Des cascades d’eau de pluie dévalent les marches mille fois lavées. Une rangée de cocotiers court mollement vers la jetée comme les notes mouillées d’une triste mélodie, comme une longue portée de chants déportés. Et je ne sais pourquoi, descendant l’escalier, je me dis, titubant, que vraiment, alors vraiment, je hais le rhum et je hais la poésie.

 

 

 

Je suis le roi d’un pays pluvieux

 

 

 

Une bouteille de rhum vide du haut des cent sept marches du passé regarde dans l’aube d’un jour pluvieux l’ivresse d’une longue nuit blanche descendre les escaliers à pas comptés. Je suis noir, je suis gris, je suis rond. Mais je tiens bon. Cent trois, cent quatre, cent cinq, cent six …cent six … mais où est passée la cent septième? Allez, je remonte … et puis zut, je descends. Je retourne en Afrique. Où est passée la cent septième? Garde-à-vous! A ma droite, un régiment de bananiers plutôt débraillé, la fleur au clair qui pend par terre. A ma gauche, la mélodie des cocotiers qui bat de l’aile. Droit devant, la mer étale et salace sur le gris sale du matin glauque au bout de la jetée, pénétrée, empêtrée d’espérance. A moi l’Afrique oublieuse du passé. A moi la négraille d’avant la négritude. A moi Pénélope, à moi Ariane tisseuses infatigables, je remonte le fil du temps, d’un long voyage de trois cents ans.

 

A moi Eurydice, douce Eurydice, je tourne le dos à l’enfer. Je ne regarderai pas en arrière. J’ai crevé l’œil cannibale du grand Cyclope. Je suis né de la dernière pluie. Je suis libre. Je suis ma pente. Je sors de la gueule  du père Cronos. Adieu l’île aux belles larmes, née pour pleurer sur le passé, fille languissante de l’Echo, amoureuse des rêves de Narcisse. La jetée craque, la jetée crisse. Me voilà au bord du bout du monde. Il n’y a plus rien entre moi et moi. A moi l’absolu de l’eau. Je plonge.

 

Des canots verts et bleus barbotent dans ma soupe de mer salée. Une chaudière sous pression siffle dans mon crâne chargé comme un paquebot. J’émerge doucement de la brume. La mer recrache avec douceur ma longue nuit d’ivrogne.

 

 

Alain Foix

 

 

 

Petit-Canal/Guadeloupe le 16/août 1983

 

 

 

 

 

 

L’auberge de la Vieille tour, partenaire de notre meeting d’écrivains de théâtre

In 4- Rencontres/événements on 30 octobre 2010 at 3:37

En 2008, l’Auberge de la Vieille Tour à Gosier (Guadeloupe), a initié un partenariat avec ma compagnie Quai des arts, à l’occasion de la tournée antillaise de ma pièce « Pas de prison pour le vent ». Le meeting des écrivains de théâtre du monde et de la Caraïbe regroupant les auteurs du réseau Fence piloté par Quai des arts et celui, caribéen, d’ETC_Caraïbe, fut l’occasion du renouvellement de ce partenariat.


Après la Route du Rhum, l’Auberge de la Vieille Tour accueille pour une semaine les 40 écrivains de ce meeting et leur offre des conditions exceptionnelles de travail en ateliers, de réceptions et de rencontres avec le public de la Guadeloupe.

Pouvait-on rêver d’un plus bel écrin pour un travail d’imagination collective, pour des débats littéraires et scéniques, et pour des rencontres approfondies entres diverses personnalités venant d’horizons si différents? Pouvait-on offrir aux invités européens et non caribéens une meilleure image des Antilles?

Certes, nous ne resterons pas enfermés dans ce cadre luxueux et nous irons rencontrer le monde dit réel, les gens, « les vrais » gens, les lieux, les faubourgs de Pointe-à-Pitre, et bien entendu, nous parlerons du contexte social et historique très particulier de la Guadeloupe et des Caraïbes. Car les auteurs de théâtre, et ceux de Fence en particulier, n’écrivent pas dans une tour d’ivoire et se confrontent à la réalité du monde.

Le sujet sur lequel nous travaillerons et écrirons collectivement: « tremblement de terre » en témoigne amplement, mais aussi le thème global de cette rencontre qui est « écrire en périphérie ».

Mais l’implication d’un tel établissement rattaché au groupe Sofitel est suffisamment rare et précieuse pour ne pas en parler. Notre résidence en ses lieux est une des concrétisations de sa volonté de n’être pas seulement un espace d’accueil et de résidence luxueux, mais également une plateforme avancée de visibilité culturelle de la Guadeloupe et du monde caribéen.

Avis pour Avignon

In 2.4- Théâtre, 3- Spectacle vivant on 14 juin 2009 at 1:44

Nous relançons l’aventure de Pas de prison pour le vent à Avignon cet été (du 8 au 31 juillet, 12h40 tous les jours) dans le magnifique théâtre du Petit Louvre (tout près du Palais des Papes).

J’y serai dès le 29 juin pour le montage technique avec Antoine Bourseiller, metteur en scène.

Dès le 29 juin, je compte lancer une chronique avignonaise (cahiers d’Avignon) portant un regard sur la vie de cette ville lors du festival, un peu à la manière de mes chroniques hollywoodiennes (cahiers de Californie) de l’été dernier (voir les archives). Ainsi, ceux qui n’ont pu se rendre sur place pourront vivre à travers le prisme de mes textes une aventure d’un mois faite sans aucun doute de galères en tous genres d’une compagnie se produisant dans le off d’Avignon. Restez à l’écoute.

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Ci-dessous, la salle de la chapelle au théâtre du Petit Louvre (225 places à remplir tous les jours au milieu de plus de 800 spectacles présentés à Avignon. Ca c’est téméraire! Que ceux qui ont déjà vu et apprécié ce spectacle fassent circuler le bouche à oreilles. C’est vital.) P.S. Salle climatisée, fauteuils confortables, on peut y dormir à l’aise (voilà un argument publicitaire). En prime, deux extraits vidéos: extrait1, extrait2

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NOIR, dernier ouvrage contre écran noir

In 2- Publications on 28 mars 2009 at 4:14

9782351760710A l’heure où Yazid Sabeg, commissaire à la diversité et à l’égalité des chances va présenter à Nicolas Sarkozy son rapport concernant notamment les statistiques ethniques auxquelles il est favorable, et les dispositifs pour la discrimination (raciale) positive dont il est devenu le chantre, à l’heure où le CRAN (le soi-disant comité représentatif des associations noires – qu’est-ce qu’une association noire ? et en quoi en est-il représentatif ?- ) pose son écran noir sur la nuit blanche et surfe à contrepied et contretemps sur l’écume mal contrôlée de l’élection d’Obama, je sors mon cran d’arrêt. Il a pour nom NOIR, sous-titré de Toussaint Louverture à Barack Obama. C’est un essai sur la question noire édité par Galaade dans la collection auteur de vue (c’est le second ouvrage de cette collection qui fut récemment baptisé par l’ouvrage à quatre mains d’Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau joliment intitulé L’intraitable beauté du monde). J’y démonte méthodiquement la mécanique de la couleur pour aider à remettre les pendules à l’heure afin que la couleur du temps ne se lise pas seulement sur la Rolex de notre président bling-bling. C’est mieux et moins cher qu’une Rolex (8 euros) si on a peur, avant l’âge de 50 ans d’avoir raté sa vie. Parution le 9 avril. Avril, ne vous découvrez pas d’un fil…de pensée.

Et comme un bonheur ne vient jamais seul, quelques jours plus tard sortira mon ouvrage intitulé Marianne et le mystère de l’Assemblée nationale où la petite héroïne de l’histoire de l’esclavage, raconte aux petits et grands à travers une de ses aventures oniriques (un polaroïd bizarroïde un peu burlesque qui renvoie de l’autre côté du miroir) le fonctionnement, l’histoire, la structure, l’esprit et les couloirs de l’Assemblée nationale. Une autre manière de remettre les pendules à l’heure de la démocratie décidément bien agitée sous les giboulées. Une coédition Gallimard-jeunesse/Assemblée nationale. Collection Giboulées (justement). A paraître le 25 avril.

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Guadeloupe sur Seine

In Chronique des matins calmes on 3 mars 2009 at 10:17

Le problème guadeloupéen tel qu’il s’exprime aujourd’hui est l’expression d’une situation sociale qui a des racines profondes dans l’histoire coloniale française. Ce n’est pas le moindre intérêt de cette crise qui trouve en France un bel écho médiatique que de jeter une lumière nouvelle sur cette partie de l’histoire de France. Histoire de France, oui, et non simplement histoire des outre-mers. Car c’est une question posée à la relation séculaire qu’entretient la France avec ses territoires dits outre-mer. Gerty Archimède fait partie de ces élus qui, en 1947 se sont battus avec Césaire pour que les Antilles, la Guyane et la Réunion deviennent des départements français, ce dans le but d’obtenir les mêmes droits sociaux et politiques que ceux qui sont en vigueur dans l’hexagone. La départementalisation a eu lieu, mais l’espoir d’égalité territoriale a été déçue. Gerty Archimède (décédée en 1980), m’a confié peu de temps avant sa mort (elle était ma grande-tante), qu’elle en venait à regretter cette victoire de la départementalisation parce que sous certains aspects, notamment ceux des droits sociaux, rien n’avait progressé en regard de l’ancien statut colonial.

Le combat actuel tel qu’il s’exprime dans cette grève qui dure depuis plus de cinq semaines, est bien à la fois une lutte sociale et une lutte politique de fond pour que soit enfin pris en compte la question du statut des départements d’outre-mer. Révision du statut ne signifiant pas nécessairement indépendance, mais reconsidération de la réalité sociale, économique et politique du fobctionnement de ces département et de leur relation avec la métropole. Ne répondre qu’aux demandes sociales actuelles pour faire taire momentanément la colère, reviendrait tout compte fait à mettre une cautère sur une jambe de bois, soigner le symptôme et laisser courir la maladie.

Dans ma pièce Pas de prison pour le vent ( écrite en 2005, créee en Martinique en 2006, elle va être reprise cet été en Avignon), Angela Davis et Gerty Archimède s’entretiennent sur la question antillaise. Voici un extrait de ce dialogue qui me semble jeter une lumière particulière sur ce qui se passe aujourd’hui en Guadeloupe:

Gerty Archimède à Paris. Pain et force de l'ordre...

Gerty Archimède à Paris. Pain et force de l'ordre...

Gerty : Et pourquoi tout cela, parce que ce n’est pas l’océan qui sépare, c’est la Seine. Rive gauche et rive droite. Nous sommes rive droite, très au large, à la dérive, périphériques extérieurs. Pour se battre contre cela, nous n’avons d’autre choix que passer rive gauche dans cette grande cathédrale où les lois scélérates sont votées, et se battre contre elles.

Angela : La Seine, je l’ai vue, étudiante à Paris. J’ai vu des femmes antillaises pleurer et trembler, s’enfermer dans leur chambre. Dehors, au milieu de la Seine, des cadavres par dizaines. Elles tremblaient d’être prises pour des femmes algériennes. Êtes-vous donc des rois et des reines, avez-vous un sang bleu qui vous coule dans les veines ? En quoi seriez-vous différents de tous ceux qu’on poussait ces jours-là dans les eaux de la Seine ?

Gerty : En quoi serions-nous différents ? Mais c’est simple, mademoiselle, nous, on se jette tous seuls dans la Seine. Pas besoin de pousser. Quand la loi s’applique de manière différente d’un côté ou de l’autre de la Seine, on se jette au milieu. La République nous a faits ce que nous sommes et la République est ce qui se trouve au milieu. Elle est ce sang bleu qui nous coule en plein cœur et nettoie nos artères qu’un sang rouge oxygène. Elle est notre liberté et nos chaînes, notre amour et la haine de nous-mêmes, notre défi et toute notre tragédie. Car le blanc au milieu parfois nous sépare de nous-mêmes.

« Ta mémoire, Petit Monde » chez Gallimard

In 2.3- Romans on 1 octobre 2005 at 8:46

memoire-foix.gif« Petit monde », ti moun en créole, c’est Lino, l’enfant que fut l’auteur et dont il se souvient.
Il a huit ans quand il quitte son île de Guadeloupe avec Lucia, sa mère, et s’embarque pour la métropole. Dix jours de traversée qui vont tout bouleverser, et marquer douloureusement la déchirure avec Aurèle, l’ouvrier de la mer, qu’il aime comme un père, les melons de maman Telle, les accents du pays, et les averses qui réveillent les parfums de la terre.
Tôt levée, tard rentrée de l’hôpital où elle fait des ménages, Lucia, mère courage à laquelle Lino apprendra l’orthographe et la grammaire, parvient à recréer un écosystème créole au rez-de-chaussée du dernier immeuble de Bondy.
Plus tard, l’hôpital de Berck-Plage où Lino est envoyé sera une autre déchirure, mais il en reviendra avec un nouveau rapport au monde. Puis il y aura d’absolues nouveautés : les filles, la découverte de la psychanalyse… La lecture passionnée de Tristes Tropiques, de Lévi-Strauss, et la mort d’Aurèle marqueront la fin de l’enfance et la dernière émancipation.
À travers la mémoire de l’enfant, ce petit monde dans le monde, c’est aussi toute une poétique de la banlieue qui surgit.

Ta mémoire, Petit Monde
Roman d’Alain Foix
Collection « Haute Enfance », Gallimard, 2005
Prix : 12,50 euros

Sélection du Prix des Amériques insulaires 2006