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Sur l’érotisme, encore

In Chronique des matins calmes on 27 novembre 2008 at 3:04

digital51Certes le sujet est inépuisable, mais il épuise aussi et j’ai besoin en ce moment de toute mon énergie mentale aspirée déjà en grande partie par ce ciel vide, glacé et gris, pour faire face à la grande charge de travail qui m’attend tous les matins sur mon bureau. Nous allons passer à autre chose incessamment, mais je ne résiste pas, ne serait-ce que pour emplir une page pleine et trois colonnes sur ce sujet, d’en écrire une dernière avant la prochaine. C’est Maurice Merleau-Ponty qui m’en offre l’occasion. Il m’arrive souvent de visiter ce philosophe qui hante par ses livres ma bibliothèque, et relire au hasard un de ses nombreux articles et conférences, toujours pleins d’enseignements et de questionnement. Ce matin j’ai ouvert Signes (éditions Gallimard,), et suis tombé comme par hasard sur un article intitulé Sur l’érotisme. Je vous en livre sans commentaire un extrait. L’érotisme est un véritable enchantement et une bonne douche froide, rien de tel pour faire…déchanter.

Bon, j’agrémente l’article de quelques illustrations pour relever le tout… et faire passer la pilule.

Sur l’érotisme

126790portrait-of-the-marquis-de-sadeL’érotisme est-il une forme de courage intellectuel et de liberté ? Mais que deviendrait Valmont sans l’innocence de Cécile, sans la chasteté de la présidente ? Il n’aurait rien à faire. Que deviendraient les mauvais sentiments sans les bons ? Le plaisir de profaner suppose les préjugés et l’innocence. Il les suppose peut-être même chez le profanateur, et le concours de méchanceté que Mme de Merteuil et Valmont ont institué entre eux, on soupçonne à la fin du livre, qu’elle du moins ne l’a peut-être accepté que parce que Valmont comptait pour elle. Il n’y a de fleurs du mal que si il y a un Mal et un Bien, et de postulation vers Satan que s’il y a une postulation vers Dieu. Un certain érotisme suppose tous les liens traditionnels et n’a ni le courage de les accepter ni celui de les rompre. Ici libertin est un diminutif.

L’érotisme de profanation est trop attaché à ce qu’il nie pour être une forme de liberté. Il n’est pas toujours signe de force d’âme. J’ai connu un écrivain qui ne parlait que sang et destruction, et qui, comme on lui demandait ce qu’il sentait après avoir tué, répondit qu’après tout, il n’avait tué personne, mais que, s’il l’avait fait, il aurait assurément le sentiment d’être « tombé dans un trou ». Nos sadiques sont souvent bonasses. Il y a des lettres de Sade qui le montrent geignard et timide devant l’opinion. Ni Laclos ni Sade n’ont joué pendant la Révolution française le rôle de 2470391030_7e244f99331Lucifer. Et, par contre, ce que l’on sait de la vie personnelle de Lénine et de Trotski montre qu’ils étaient des hommes classiques. La candeur et l’optimisme des thèses marxistes sur la sexualité n’ont pas grand rapport avec le libertinage. L’aventure d’une révolution se joue sur une scène plus aérée que celle de Sade et, plus qu’à Sade, Lénine ressemble à Richelieu.

Considérons que nos grands érotiques sont toujours la plume à la main : la religion de l’érotisme pourrait bien être un fait littéraire Le propre de la littérature est de faire croire au lecteur qu’on trouverait dans l’homme et dans ce qu’il vit, à l’état concentré, la substance rare que ses œuvres laissent deviner. Ce n’est pas vrai : tout est là, dans le livre, ou du moins le meilleur. Le public aime mieux croire que l’écrivain, comme un être d’espèce inconnue, doit avoir certaines sensations qui contiennent tout, et qui sont comme des sacrements noirs. L’écrivain érotique mise sur cette légende (et l’accrédite d’autant mieux que le sexe est en beaucoup d’hommes le seul accès à l’extraordinaire). Mais il y a là un jeu de miroir entre l’écrit et le vécu. Une bonne part de l’érotisme est sur le papier. L’écrivain non érotique, plus franc, plus courageux, n’élude rien de sa tâche, qui est de changer la vie des signes, à lui tout seul et sans complice.

an-orgy-illustration-from-histoire-de-juliette-by-the-marquis-de-sade-1797-giclee-print-c11720127Quant aux philosophes, il y en a de très grands, comme Kant, qui passent pour avoir été aussi peu érotiques que possible. En principe, comment resteraient-ils dans le labyrinthe de Sade et de Masoch puisqu’ils cherchent à comprendre tout cela ? En fait, ils y sont comme tout le monde, mais avec l’idée d’en sortir. Comme Thésée, ils emportent avec eux un fil. Ecrivains eux aussi, leur liberté de regard ne se mesure pas à la violence de ce qu’ils sentent, et il arrive qu’un morceau de cire leur en apprenne beaucoup sur le monde charnel. La vie humaine ne se joue pas sur un seul registre : de l’un à l’autre il y a des échos, des échanges, mais tel affronte l’histoire qui n’a jamais affronté les passions, tel est libre avec les mœurs qui pense de manière ordinaire, et tel vit apparemment comme tout le monde dont les pensées bd023venus-in-furs-by-leopold-von-sacher-masoch-postersdéracinent toutes choses.

Maurice Merleau-Ponty, octobre 1954

A fleur de sexe, suite des aventures de Clitoris

In Chronique des matins calmes on 19 novembre 2008 at 5:55

fleurclitowincegn81Il suffit de parler de sexe pour voir la fréquentation de son blog exploser de façon exponentielle. J’ai vu le graphique statistique des clics sur mon site saisi d’une soudaine érection, et vu affluer une foule de lecteurs surgis du diable vauvert qui telle une ruée de bourdons lubriques, ont butiné mes mots et belles fleurs virtuelles. Encourageant ou déprimant ? J’ai tendance à pencher pour le deuxième terme à moins que… à moins que le suc de mes mots savoureusement répandus sur le large pétale de leur écran ait donné à certains le goût du revenez-y et finalement les ait fidélisé. boudoir1C’est ce qui semble apparaître finalement puisque n’ayant rien écrit ces deux derniers jours, la moyenne statistique des visites est restée au-dessus de la moyenne habituelle. Alors, j’ai décidé d’en remettre une couche juste pour voir, mais aussi parce que ça m’amuse et, pour tout avouer, en panne d’inspiration, ce champ là reste un domaine inépuisable. D’autant que ce site me servant également de cour de récréation, cela me permet de me défouler entre deux séances d’écriture sérieuse. Je dois vous confier que ma tête explose en ce moment car je dois rendre d’ici peu deux ouvrages de commande et les premiers chapitres d’un roman qui est en passe d’en devenir une. Rien que ça pour ce qui ne concerne que l’écriture. Mais foin de raconter ma vie, parlons de sexe.sexe_femme

Par où commencer ? Tiens, pourquoi pas continuer sur le thème de la littérature, les fleurs et le sexe ?

A ce propos il me vient une question : quel est celui qui a dit « le premier qui a comparé la femme à une fleur était un poète. Le second était un imbécile » ? Réponse sur la fonction commentaires de mon blog. Le premier qui donne la bonne réponse a droit à… toute mon estime.

cocoTant que nous y sommes, une autre question : quels sont le titre du film, et le nom de son metteur en scène, où l’on voit, dans une séquence torride de séduction, un homme qui ouvre une figue et enseigne à la jeune femme en face de lui la meilleure manière de la manger ?

im-2101-fleursBon, je passe du coq à l’âne. En regardant les belles fleurs tropicales insérées dans le dernier article et en me laissant aller à la rêverie d’une promenade dans un jardin tropical, notamment celui de ma mère à Sainte-Anne en Guadeloupe, je me suis dit en pensant à toutes ces fleurs et tous ces fruits turgescents, que peut-être que c’est là, finalement, que se ressource le style des écrivains tropicaux : dans les fleurs et les fruits, leurs formes et leurs couleurs. figue-ouverteLa libido propre à tout écrivain se répand et dessine leur forme et leur lumière en contours de mots. 6a00d834516cb769e200e54f18ab788833-800wiFinalement les poètes tropicaux restent poètes sans jamais devenir des imbéciles puisqu’ils ne comparent pas les femmes aux fleurs mais les fleurs aux femmes.

Voilà, c’est tout, et je garnis cet article de belles fleurs féminines et de fruits aussi, des deux sexes, un jardin propre à votre inspiration. Et puis aussi et surtout pour donner un peu de couleurs et de formes à ce ciel uniformément gris d’un automne qui nous recouvre d’un linceul de tristesse. Bon, je retourne au travail.marilyn-monroe-sexy

Clitoris, mon amour

In Chronique des matins calmes on 15 novembre 2008 at 4:37
anthurium-21177964392Est-ce d’avoir vu hier soir à la télévision l’inénarrable feuilleton américain « Sex and the city » où un quarteron d’hurluberlues New-Yorkaises se débattent dans leurs (més) aventures truculentes, ou d’avoir lu dans Libération cette incroyable histoire d’un homme enceint pour la deuxième fois (en fait un transsexuel à l’origine femme qui veut faire des enfants) ? Toujours est-il qu’au terme d’une nuit passablement agitée dont je ne me souviens plus d’une bribe (hello Mr Freud !), je me suis réveillé avec un clitoris en plein milieu du front.
En prenant calmement mon petit déjeuner, œil noir reflétant ma question sur la surface lisse et noire de ma tasse de café noir, je me suis demandé ce que ce clitoris faisait sur mon front. Jolie réminiscence sans doute de ces pistils d’hibiscus qu’enfant de la Guadeloupe je me collais sur la tête en guise de furoncles de fée Carabosse. Il se dressait solitaire et insistant comme un point d’interrogation à la recherche de ses racines en plein cœur de mon cerveau encore baigné de brume.
« Drôle de chose, me dis-je rêveur, que cet organe si justement appelé clitoris (petite clef) par la sagesse des grecs. Un organe qui n’a pas son pareil dans le règne animal. » En effet, ce petit organe qui, à la loupe (acte à n’accomplir qu’avec le consentement express de sa propriétaire), ressemble étrangement à un phallus, ne semble pas avoir d’autre raison d’être que le plaisir, alors que tout organe a une fonction vitale dûment répertoriée. Est-ce alors à dire que le plaisir féminin serait de l’ordre vital ? Ici s’ouvre, en me grattant la nuque courbet, sous ma tasse de café, un abîme en forme de naissance du monde. Serait-ce la réponse à la question cent fois répétée de ce feuilleton féminin enflammé d’une Amérique folle de fantaisie aux jambes découvertes ? Sans doute.

L'origine du monde de Courbet

L

Je regarde ma chatte endormie sur son coussin vert pomme près de ma bibliothèque, la queue appuyée sur le formidable roman de Robert Musil « L’homme sans qualités ». Elle vient sans doute de passer une folle nuit de sabbat au milieu de la jungle de mon jardin. Et pourtant je la plains. Avez-vous déjà vu le phallus d’un chat (je ne vous recommande pas de tenter de le regarder à la loupe) ? Eh ! bien, c’est un affreux instrument de torture. La chose est faite comme un grappin de pirate qui permet l’abordage en pleine mer. Une fois accostée et accrochée, la proie ne peut s’échapper car le grappin s’est ouvert à l’intérieur et interdit toute possibilité de fuite. Une amie vétérinaire m’assure que ça leur fait horriblement mal. Pauvres chattes. Soit dit en passant, appeler ainsi l’organe féminin, si ce n’est à cause de cette jolie forme triangulaire, me semble pour le coup totalement inadéquat, car celui-ci est muni de ce fameux organe de plaisir qui pousse sa question dans ma tête.

En réalité, et c’est cela le cœur de l’énigme, le sexe féminin est à l’organe viril ce qu’une décapotable est à un combi. Ce dernier intègre dans une unité aérodynamique plusieurs fonctions vitales, et le plaisir est l’expression de la pénétration de l’ensemble par ce drôle de capot qu’on appelle étrangement le gland (ce qu’on donne à manger aux cochons), tandis que son alter ego féminin laisse paraître de manière ouverte et séparée ses différentes fonctions à l’admiration du connaisseur. Au centre de cette ouverture, le clitoris qui s’érige au milieu des pétales ouverts comme le pistil d’un anthurium ou celui des hibiscus de mon enfance. Et c’est avec un plaisir tout enfantin que me je penche sans peur de retomber, mais avec un certain vertige, sur cette origine du monde.

feg_hibiscusBien-sûr, me dira-t-on, s’il ressemble tant à un phallus, c’est du fait qu’il apparaît comme un résidu de l’évolution, une espèce de caput mortuum (horrible !), comme l’est le coccyx pour la queue perdue du singe que nous étions, ou l’appendice, organe rendu inutile, voire nuisible, par notre passage à la station debout.

Que nenni ! Le clitoris n’est pas un résidu de phallus, car il a une fonction propre, une raison d’être. Mais sa fonction est de ne pas avoir de fonction, précisément, sinon celle du plaisir. Le plaisir, une fonction ? Oui, messieurs, bien-sûr, mesdames. Et c’est bien lui qui rend la femme (en disant la femme, j’inclus l’homme n’en déplaise aux virilocrates) supérieure à l’animal, notamment à ma chatte qui dort auprès de « L’homme sans qualités ». Supérieure, mais aussi inférieure, d’une certaine façon, car le clitoris supplée ce que la femme n’a pas : l’instinct animal.

Ma chatte cherche à se reproduire malgré la douleur causée par la pénétration du mâle, car c’est son instinct qui l’y pousse, tandis que dans une situation historique où la femme devient l’égale de l’homme, si ce n’était le plaisir, qu’est-ce qui pousserait la femme à accepter la copulation ? Tant que l’homme, par divers stratagèmes sociaux, pouvait imposer son plaisir de manière unilatérale, le problème ne se posait pas (je veux dire, du point de vue de la reproduction animale). Je soupçonne d’ailleurs que la clitoridectomie pratiquée dans certaines sociétés, s’inscrit sur cette angoisse masculine de la possible égalité féminine face au plaisir, donc face à la reproduction. D’autant que cette égalité devient en fait une supériorité par la capacité interdite jusqu’alors à l’homme de la gestation.

clitoris-arteVoilà qui nous ramène directement à la figure monstrueuse de cette femme qui s’est fait implanter un phallus en lieu et place du clitoris tout en ayant gardé, malgré son apparence aujourd’hui virile et son taux effarant d’hormones mâles, un utérus capable de procréer. Il-elle est enceint ! Dame nature ne sait plus à quels seins se vouer, elle qui, pour déjouer le manque d’instinct de sa pauvre créature humaine avait inventé le plaisir partagé souvent bafoué par l’homme lui-même et son monophalluthéisme érigeant ses obélisques en plein cœur de la place de la discorde.

Le discours de la journaliste de Libération qui rapporte ce fait divers me fait froid dans le dos et me glace telle une stalagmite en pleine érection au milieu d’une caverne. Ce discours con sensuel du relativisme décadent (je parle de la débandade généralisée de la pensée) où tout est dans tout et réciproquement, lui fait dire au nom de la relativité du sacro-saint désir : « Offrir aux gens le choix, c’est toujours mieux que les astreindre à accomplir leur devoir biologique… non ?« . 483800495_9138f3f130Nom d’une pipe ! si je puis dire, « devoir biologique », voilà un surprenant oxymore car le biologique se moque du devoir, et le devoir comme dimension de la conscience morale ne peut être contraint par le déterminisme biologique. De l’art de dire n’importe quoi au nom de la liberté de penser n’importe quoi. « Offrir aux gens le choix », dans le supermarché du sexe, voilà le bon slogan. Choisissez à votre aise la marque de votre sexe. « Vous vous changez ? changez de sexe », dirait la marque aux mille montres qui se mordent la queue. Il y aurait lieu ici d’épiloguer tant ce type de bêtises offre d’ouvertures aux courants d’airs de la pensée. Mais je m’en garderai ici. Je m’interroge seulement sur la condition psychologique de la compagne de cet homme-femme qui elle, aussi, que je sache, est dotée d’un organe de reproduction. Pourquoi n’est-ce pas elle qui porte l’enfant ?

99Pauvre clitoris ! Le voilà en face du plus mortel danger. Cet organe du plaisir se voit destitué de sa fonction vitale première par le cerveau malade de notre état de civilisation qui fait passer le désir de puissance de l’homme-femme (qui se prend, à l’égal de Dieu pour maître du destin) par-dessus le plaisir de nature. Et voilà la femme de nouveau bafouée. Et voilà le destin de l’homme suspendu aux caprices du désir de puissance.

Alors, je regarde en louchant ce joli clitoris poussé ce matin sur mon front soucieux et je me dis qu’il est sans doute le seul espoir de l’homme. A suivre… forcément.clitoris2

Obama et moi par Gabriel Gbadamosi

In Chronique des matins calmes on 10 novembre 2008 at 7:34

En attendant d’en faire la traduction (pardon pour les amis qui ne lisent pas l’anglais), voici un texte très intéressant que m’a envoyé mon ami Gabriel Gbadamosi, auteur britannique, responsable d’ AHRC Creative and Performing Arts Fellow, Goldsmiths College et également animateur de FENCE, réseau international d’écrivains de théâtre, auprès de  Jonathan Meth.

Gabriel Gbadamosi, Jonathan Meth et moi à Istanbul

De droite à gauche: Gabriel Gbadamosi, Jonathan Meth et moi à Istanbul

Obama and me

It’s not because Barack Obama shares with me a black and white ancestry – his white American and Kenyan, mine Irish and Nigerian – but rather because we were born in the same year, 1961, that I’m interested in reflecting on his American story from my position in an English one.

Unlike him I was brought up by both my parents until they died in my twenties; no broken home, but rather stable and comfortable. Like him, I was in my twenties before I went to Africa hoping to find out more about my father’s people and move on from my loss with greater knowledge of who he was and where my own future might lie. But it’s as an Irishman that I come to my first realisation about an Obama presidency.

I was seven when Bobby Kennedy was assassinated; his brother, John F. Kennedy, brought the Irish Catholics as a people, my mother’s people, from second-class to full citizenship in the United States through military service in the Second World War and attainment of the office of the Presidency. The film actor, Audie Murphy, as my mother never tired of pointing out, was one of the most decorated soldiers in that war. As she sat crying in her bedroom at the news of that second Kennedy assassination, I now realise the cost to her of a martyred leader was a calculation of suffering still to be gone through, the reversibility of gains, the fragility of hope and, dare I say it, the necessity of sacrifice.

Earlier that year, 1968, my African American primary school teacher in London had written the name Martin Luther King out on the blackboard and told us to remember it as the name of a man who had been killed in America for freedom.

African-Americans have known freedom was coming and, according to the writer WEB DuBois at the start of the 20th century, even made it their religion, but as of this election of a black President, that day has come: they as a people are now, finally, free. What has changed is subtle, worth registering and momentous. It has changed the meaning of African-American to include the son of a Kenyan goat-herd with no experience in his ancestry of slavery. All African-descended people in America share in this emancipation: African-American identity is no longer defined by slavery. And it has allowed Barack Obama in his acceptance speech to refer ‘we as a people’ – an explicit paraphrase of Martin Luther King’s clarion call in the Civil Rights movement – to all Americans: black, white, Hispanic, Asian, native.

Black leadership of the United States of America has the moral force and aspirational quality of African-American religious rhetoric, but in aiming as it always has to transcend the barriers of race it can now further its aim by re-founding as well as restating the basis of American values. The values of democracy, opportunity, determination and so on, will not obscure the additional quality demanded of American society at a time of global economic, environmental and political crisis: sacrifice, and even, self-sacrifice.

Barack Obama’s rhetoric, his skills as an orator, will have struck anyone during the course of this election contest; the ‘silver-tongued, one-term Senator’ is now America’s President-elect and his word, his writ will run. Unlike Obama, it occurs to me that I don’t have a black voice; he does, out-pacing Hillary Clinton in the search for the African-American vote. My public voice as a writer and broadcaster in Britain has been shaped by a need to defend against the ordinary hostility and harassment I’m used to as an ostensibly black man in a white society. I tend to hide, to shield myself behind my class, education and voice in order to be free of some of the more troubling aspects of my encounters with discrimination. My tactical language skills are not the equal of Obama’s: they are not based on a tradition of black preaching, of self-assertion, openly offered recognition; I am not schooled in a rhetoric openly scornful or critical of injustice. You can hear me now: analytic, intuitive, but not passionate, not steeped in what have been the tragic possibilities of black experience in America. I can’t mobilise and organise with my voice; I can warn. I can’t inspire; I can question. I’m not a politician; I’m a poet and playwright whose job has been to widen the possibilities of my own society. I’m not American; I’m English.

What, then, I wonder, is the equivalent in Britain of Barack Obama’s profound grasp on America’s electoral psyche through his deployment of an American language of hope? Or, to put it another way, what would he say if he were born here? Or again, would he have become Prime Minister? The question was put to British audiences by the Reverend Jesse Jackson in relation to the black populations of Europe: are they as enfranchised as African-Americans turn out to be in the formerly slave-holding States of the US? Change has come to America; will it come to this country?

I sometimes imagine we will have to wait another generation for that change to come; that race has never been an issue here as it has in the United States, and no language has been evolved to tackle its insidious grip on our imagining of the possibility that black people in Britain might aspire to leadership of a predominantly white society. Or, to put that another way, we don’t have a problem here, so can we fix it?

No wonder my own limitations feed so easily into a feeling that being a part of this country kills me. My only hope is that my age-mate, Barack Obama, as well as demonstrating the non-racial basis for a re-invigoration of America’s core values of openness and opportunity to us in Britain, will end up living for his country rather than dying for it.

Gabriel Gbadamosi

AHRC Creative and Performing Arts Fellow, Goldsmiths College

November 2008

Un nouveau monde

In Chronique des matins calmes on 5 novembre 2008 at 11:15

photo_original_14858Cette symphonie du Nouveau Monde commence par un quatuor.

Le rêve américain est aujourd’hui, le 5 novembre 2008, devenu le rêve de l’univers entier.

20081105phowww00194Jamais ce pays n’a autant mérité le titre de Nouveau monde.

Nous y reviendrons, bien-sûr. Ca soulève tant de questions qu’on ne pouvait se poser avant.

Un bouleversement, une révolution au sens d’un renversement du monde sur lui-même.

Pour l’heure, c’est l’émotion, les larmes en torrents d’un lac si longtemps contenu.

photo_original_14860Je regarde ces images si belles, si incroyables, comme sorties de l’imagination d’un peintre surréaliste.

Une révolution sans armes, une révolution en larmes, larmes de fond.

Une révolution par la démocratie. La victoire sans appel de l’idéal démocratique.africa

Quelle leçon pour tous les peuples, à commencer par la France!

Last dance before Obama

In Chronique des matins calmes on 4 novembre 2008 at 2:31

Dessin El don GuillermoNous sommes aujourd’hui au jour moins un avant Obama. Ce sera la nouvelle datation universelle. Il y a eu les années BC (Before Christ), il y aura désormais les années BO (Before Obama), si l’avènement a lieu en la crèche de la Maison Blanche. La pucelle Amérique va peut-être accoucher d’un enfant métis. Son père est le dénommé Personne alias Toutlemonde, car il est fils de l’Univers qui se prépare demain à danser.

Jamais l’Amérique n’a mérité autant qu’aujourd’hui son titre de Nouveau Monde. Car c’est vraiment du nouveau, de l’inédit dont elle est grosse. Rappelons que le monde s’est arrondi comme un ventre féminin lorsqu’un certain Christophe l’a découverte il y a à peine 516 ans.

Dessin El don Guillermo

Dessin El don Guillermo

C’est un nouveau rameau qui porte une mutation. Car s’il nait demain, le monde ne sera jamais plus comme avant. Il ne s’agit pas de l’avènement d’un quelconque messie, et je ne suis pas en cette page un prédicateur illuminé. Il apporte simplement une nouvelle foi en l’homme, et toute foi est en elle-même porteuse de déception. On ne peut être déçu que lorsqu’on a la foi, mais la foi permet de dépasser les déceptions car elle se pose toujours au-dessus de ce qu’elle génère dans sa marche. Ici je parle d’une foi laïque, d’une foi en l’homme.

Ainsi, Obama n’est pas un dieu, il sera seulement si l’Amérique en accouche, le fils de Dieu c’est à dire de Toulemonde, du Tout qui est le monde. Porteur d’espoir et de déceptions tout à la fois. Je ne crois pas en Obama, je crois en ce qu’il représente, c’est à dire Nous, ce Nous universel qui danse au-dessus des frontières.

Dessin El don Guillermo

Dessin El don Guillermo

Peut-être demain le monde va danser, et aujourd’hui, il s’est comme arrêté pour retenir son souffle. Depuis quelques jours, je suis comme fatigué, incapable de bouger et même d’écrire vraiment. Je fais semblant de travailler mais le coeur n’y est pas. Je sens que tout mon être est en attente. C’est une heure décisive, l’heure d’une bascule, c’est un midi ou un minuit. Heure de la danse.

Dessin El don Guillermo

Dessin El don Guillermo

Les sociétés dites traditionnelles organisent des danses avant tout événement d’importance. Des danses préparatoires ou propitiatoires. Danses de guerre, danses de chasse, danses nuptiales… Danser pour préparer l’action, danser parce qu’il n’y a rien d’autre à faire, parce qu’il y a un vide qui se creuse à l’avant de la voile et permet le mouvement du navire monde qui prend le vent. Danser parce qu’à ce moment, toute parole est vide et inutile. Le philosophe, comme Nietzsche, devient danseur car il comprend que la danse est ce vide agissant qui se place devant le concept pour le mettre en mouvement.

Dessin El don Guillermo

Dessin El don Guillermo

Il y avait autrefois, dans la défunte ORTF, ce petit train qui dansait dans l’intermède et préparait la diffusion d’une émission d’importance. Il créait cette vacuité qui rend le cerveau disponible comme dit, hélas, un certain PDG d’une grande chaine commerciale. Disponible aussi pour l’action, pour recevoir pleinement l’information, la création, le vent nouveau, comme au théâtre en ce moment particulier où le silence se fait juste avant le lever du rideau.

Alors, je vous invite à danser sur cette page en l’illustrant de dessins d’El don Guillermo que j’ai tirés de mon livre « Je danse donc je suis ». Dansons en attendant demain, dansons pour être à l’heure

Dessin El don Guillermo

Dessin El don Guillermo

universelle et recevoir demain.