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NOIR, dernier ouvrage contre écran noir

In 2- Publications on 28 mars 2009 at 4:14

9782351760710A l’heure où Yazid Sabeg, commissaire à la diversité et à l’égalité des chances va présenter à Nicolas Sarkozy son rapport concernant notamment les statistiques ethniques auxquelles il est favorable, et les dispositifs pour la discrimination (raciale) positive dont il est devenu le chantre, à l’heure où le CRAN (le soi-disant comité représentatif des associations noires – qu’est-ce qu’une association noire ? et en quoi en est-il représentatif ?- ) pose son écran noir sur la nuit blanche et surfe à contrepied et contretemps sur l’écume mal contrôlée de l’élection d’Obama, je sors mon cran d’arrêt. Il a pour nom NOIR, sous-titré de Toussaint Louverture à Barack Obama. C’est un essai sur la question noire édité par Galaade dans la collection auteur de vue (c’est le second ouvrage de cette collection qui fut récemment baptisé par l’ouvrage à quatre mains d’Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau joliment intitulé L’intraitable beauté du monde). J’y démonte méthodiquement la mécanique de la couleur pour aider à remettre les pendules à l’heure afin que la couleur du temps ne se lise pas seulement sur la Rolex de notre président bling-bling. C’est mieux et moins cher qu’une Rolex (8 euros) si on a peur, avant l’âge de 50 ans d’avoir raté sa vie. Parution le 9 avril. Avril, ne vous découvrez pas d’un fil…de pensée.

Et comme un bonheur ne vient jamais seul, quelques jours plus tard sortira mon ouvrage intitulé Marianne et le mystère de l’Assemblée nationale où la petite héroïne de l’histoire de l’esclavage, raconte aux petits et grands à travers une de ses aventures oniriques (un polaroïd bizarroïde un peu burlesque qui renvoie de l’autre côté du miroir) le fonctionnement, l’histoire, la structure, l’esprit et les couloirs de l’Assemblée nationale. Une autre manière de remettre les pendules à l’heure de la démocratie décidément bien agitée sous les giboulées. Une coédition Gallimard-jeunesse/Assemblée nationale. Collection Giboulées (justement). A paraître le 25 avril.

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Larousse danse à tous vents

In 2- Publications on 19 mars 2009 at 4:55

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Nous avons fêté mardi soir 17 mars, le 10è anniversaire du dictionnaire de la danse édité par Larousse, et son 10 000è exemplaire vendu. Belle performance pour un ouvrage de cette envergure et de ce poids (en mots, noms propres, noms communs, références, notions et concepts, en papier, en photos) et dont le sujet est la danse considéré comme un art majeur. Le succès de cet ouvrage prouve qu’il répondait à un véritable besoin. Et cependant, lorsque Philippe Le Moal, directeur de ce dictionnaire, s’est lancé avec 150 collaborateurs (parmi lesquels je me trouvais en tant que conseiller scientifique), cela paraissait une véritable gageure. Certains même y voyaient un luxe. Il y avait de la fierté ce soir là, dans les bulles de champagne, et Philippe Le Moal s’est vu décorer à l’occasion de l’insigne de Chevalier des arts et des lettres.

Il faut dire que nous revenions de loin. Lorsqu’en 1983, j’ai présenté à la Sorbonne ma thèse de philosophie intitulée « danse et philosophie », j’avais l’impression de naviguer dans un véritable désert, et mon travail était celui d’un archéologue, voire d’un épigraphiste déchiffrant dans les manuscrits les plus anciens le geste dansé par les labyrinthes du concept. Je faisais appel à Platon, Nietzsche, Bergson, Aristote, Plotin, Descartes, Heidegger, Hegel ou Diderot, ou Buytendijk, Merleau-Ponty ou Valéry pour les plus modernes. Mais il est vrai que ma tâche en eût été bien facilitée si je disposais d’un tel ouvrage. Cette thèse, il fut question de l’éditer, mais l’éditeur intéressé à l’époque fit marche arrière, considérant qu’au final, il y avait trop peu de lecteurs potentiels pour un tel ouvrage. Quelle avancée en à peine 25 ans ! Depuis fleurissent maints ouvrages et thèses consacrés à l’étude de la danse qui, il y a 25 ans auraient été regardés avec mépris car la danse n’était pas considérée comme un sujet digne d’étude, et pour un danseur, le fait d’être philosophe et parler de la danse, était suspect. Le succès de librairie que connait mon petit essai « je danse donc je suis », en dit également long sur ce changement d’attitude devant la réflexion sur la danse.

Je fus, à la fin des années 80, tuteur du mémoire de DESS de Philippe Le Moal qui me sollicita après avoir lu quelques uns de mes essais sur la danse, notamment « Notre-Dame de Paris de Victor Hugo, une leçon de philosophie de la danse » paru dans la revue Théâtre-Public. Comme une boucle se bouclant, il me proposa plus tard d’être conseiller scientifique de ce dictionnaire dont je n’aurais, quelques années auparavant, même pas osé imaginer l’existence. J’y ai apporté ma pâte notamment sous l’aspect des notices sur les concepts et notions renvoyant à la philosophie ou à des philosophes et écrivains. Concepts tels l’espace, le temps, la forme, la motion, et des auteurs tels que Nietzsche, Valéry, Artaud, Diderot, Kleist, Brecht…

Ainsi, ce dictionnaire encyclopédique imaginé par Philippe Le Moal et réalisé sous sa direction, est-il un vrai outil de travail pour étudiants et chercheurs en danse, autant qu’un excellent ouvrage de référence pour les amateurs et curieux de cet art aux aspects multiples et à l’histoire dont la richesse se nourrit de la grande histoire de notre civilisation et de sa rencontre avec les autres.

L’Outre Village fait salon

In Pas de catégorie on 14 mars 2009 at 12:38

C’est le salon du livre. Ci-joint le programme du Village Outre-mer (nom très exotique, ça pourrait faire un peu exposition coloniale si on avait mauvais esprit, mais pourquoi toujours voir les choses du mauvais côté? Disons alors que comme le village mondial est un tout-monde, nous sommes le tout-monde du tout-monde. Je dis nous car j’y serai -sans ceinture de banane- pour présenter mon roman Vénus et Adam). Si ça vous chante: de 17h 30 à 18h au Village (sans fleurs ni couronnes)

Programme des rencontres au forum du « Village Outre-Mer » Rencontres, cafés littéraires, lectures… une quinzaine de rendez-vous avec les écrivains invités sont proposés aux visiteurs du « Village Outre-Mer ». En complément du programme initié par le Secrétariat d’Etat, les éditeurs ont été sollicités afin d’imaginer leurs propres rencontres et de donner la parole à leurs auteurs.

SAMEDI 14 MARS

11h30 – 12h00 : Forum des éditeurs d’Outre-Mer / Éditions K’A Rencontre avec André Robèr, Fonnkèr pou lo zié, Editions K’A Ce recueil de poèmes visuels est publié à l’occasion de « Kréyol Factory », exposition qui aura lieu à la Villette à partir du 7 avril 2009. Présenté par André Robèr

12h00 – 12h30 : Forum des éditeurs d’Outre-Mer / Ibis Rouge Rencontre avec Laure Moutoussamy, L’Habitation de morne-Roche, Ibis Rouge 2009 Une histoire imprégnée de faits réels, romancée au travers des souvenances d’une famille,un aperçu de la persistance du culte hindouiste dans les îles… Amour, trahison, aventure et autres péripéties agrémentent ce nouveau palpitant récit. Présentée par Marie-Michaël Manquat, journaliste à Pilibomag

14h00 – 14h30 : Rencontre avec Anne Tallec, Le Maître et le violoncelle, JC Lattès 2009 Thomas, un luthier de réputation internationale, revient dans les Vosges, la région de ses ancêtres. Il découvre dans le violoncelle de son grand-père un secret qui pourrait supplanter les plus grands maîtres de la lutherie. Présentée par Guy Registe, journaliste à Radio France

14h30 – 15h00 : Rencontre avec Mémona Hintermann et Lutz Krusche, Quand nous étions innocents, JC Lattès 2009 Pologne, 1989. Lors d’une visite officielle du Président Mitterrand, deux journalistes tombent amoureux et ne se quittent plus : La Française Mémona Hintermann, grand reporter de France 3 et l’Allemand Lutz Krusche, correspondant du magazine Der Spiegel. Deux parcours hors norme, émouvants, surprenants et parfois fous, se croisent et s’unissent. Présentée par Guy Registe, journaliste à Radio France

15h00 – 16h00 : Rencontre avec Maud Fontenoy, Les Contes de la mer, Ed. du Chêne 08 Avec la passion qu’on lui connaît, la navigatrice nous fait découvrir ou redécouvrir des contes anciens sur le thème de la mer. Maud s’appuie sur ces contes pour nous parler de la mer aujourd’hui, de l’importance de la protéger, la mer étant le berceau du vivant. Présentée par Guy Registe, journaliste à Radio France 7

16h00 – 16h30 : Forum des éditeurs d’Outre-Mer / UDIR – Rencontre jeunesse Jean-François Samlong, Zabeth et le monstre de feu, Éd. Desnel 2008 Peurs et frissons autour d’un récit contemporain qui trouve sa source d’inspiration dans les contes et légendes de l’île de La Réunion, mais aussi dans la réalité scientifique volcanologique. Présentée par Daniel Honoré, auteur de Shemin brakanot, Éditions K’A 2008

16h30 – 17h00 : Forum des éditeurs d’Outre-Mer / Éditions le Motu Les Mythes marquisiens avec Jean-Marc Pambrun, T. III du Karl Von den Steinen, Editions Le Motu 2009 Édition française d’un livre exceptionnel de 1925 qui n’existait à ce jour qu’en allemand, il intéresse tous les scientifiques concernés par le Pacifique. Ce tome III répertorie tous les objets détenus dans les collections mondiales, il est illustré de plus de 850 reproductions. Jean-Marc Pambrun est écrivain et directeur du Musée de Tahiti et des Îles. Rencontre animée par Emmanuel Deschamps, éditeur aux éditions le Motu.

17h00 – 17h30 : Forum des éditeurs d’Outre-Mer / HC éditions Rencontre avec Fred et Marie-josé Alie, Elle & Elle, HC éditions 2009 L’une écrit, l’autre peint. Ce recueil de textes de chansons, de poèmes, de slam, est illustré par des peintures et des croquis.

17h30 – 18h00 : Rencontre avec Alain Foix, Vénus et Adam, Galaade éditions 2007 Alors que la planète regarde les ruines fumantes des Twin Towers, le corps d’un enfant noir est retrouvé dans la Tamise. L’inspecteur Ling, expérimenté et méthodique, et Jean Windeman, journaliste se rêvant écrivain, tentent de lever l’énigme : Crime rituel ou crime raciste ? Présentée par François-Xavier Guillerm, journaliste à France Antilles

Patrick Weil et la diversité

In Chronique des matins calmes on 13 mars 2009 at 3:37

Dans quelques jours, je publie deux ouvrages: le premier, un essai intitulé NOIR ou de l’administration de la couleur de Toussaint Louverture à Barack Obama (chez Galaade), le second un album pour la jeunesse intitulé Marianne et le mystère de l’Assemblée Nationale (coédition Gallimard/jeunesse et Assemblée nationale). Le premier pose les questions concernant la République et la démocratie française dans sa relation avec les gens dits de couleur, le second a pour objet d’offrir au jeune publique sous la forme d’une histoire fantastique, une compréhension claire du fonctionnement et de l’esprit qui anime notre Assemblée nationale. Les deux ouvrages mettent en valeur l’esprit de la République et le fonctionnement de notre démocratie et donc cet esprit des lois qui fondent notre mode de vivre ensemble. Je vous en parlerai plus longuement.

Alors, Alain Foix se met-il à faire de la politique? Non, si on entend par cela l’engagement dans un parti quel qu’il soit. Oui, et j’en ai toujours fait autant dans ma vie professionnelle, civile, littéraire et artistique en tant que citoyen impliqué dans la vie de sa société. En ceci, je souscris tout à fait à la position de Patrick Weil qui, dans un article de Libération paru ce jour, explique pourquoi il refuse de participer au Comité de la diversité. Une belle attitude politique de quelqu’un qui n’est pas un politique mais un citoyen responsable et conséquent quant à la cohérence entre sa pensée et ses actes. Penser c’est agir, écrire c’est agir. Alors oui, l’artiste, l’homme de lettre, le philosophe, le sociologue ou le scientifique sont des hommes politiques dans la mesure où toute action est engagement. Voici donc reproduit ici l’article de Patrick Weil sous la couverture de mon livre racontant un nouvel épisode des aventures citoyennes de ma petite Marianne.couvbassequalite

Patrick Weil: « pourquoi je refuse de participer au Comité sur la diversité »

Comment participer à un comité chargé de lutter contre les discriminations, alors que ce même comité a été nommé par un gouvernement qui mène une politique discriminatoire à un niveau jamais atteint depuis la deuxième guerre mondiale? C’est pour cette raison notamment que Patrick Weil, directeur de recherche au CNRS et historien de l’immigration, a refusé la proposition de Yazid Sabeg, commissaire à la diversité et à l’égalité des chances, de participer à son Comité pour la mesure et l’évaluation des discriminations et de la diversité.

Monsieur le Commissaire,
J’ai bien reçu votre invitation à participer à un «comité pour la mesure et l’évaluation des discriminations Rtr5rre_comp_2 et de la diversité» et vous en remercie.

J’ai toujours pensé que pour un chercheur, accepter de faire partie d’un comité, d’une commission nommée par le pouvoir politique, c’était faire de la politique. En faire avec la formation et l’information du scientifique, mais en faire tout de même puisqu’il s’agit de faire des propositions politiques ce qui implique, non pas un accord complet, mais un minimum d’accord avec le cadre général de la politique suivie dans le domaine de la mission ou de la commission.

Or dans des domaines qui sont particulièrement de ma compétence, ceux de l’immigration et de la nationalité, qui ne sont pas étrangers à la mission de votre commissariat, le gouvernement qui a vous a nommé mène une politique discrètement et objectivement discriminatoire, à un niveau jamais atteint depuis la Seconde Guerre mondiale, sous l’impulsion d’un ministère de l’immigration et de l’identité nationale, inédit dans notre histoire politique.

Je ne me vois pas travailler aux outils de la lutte contre la discrimination dans le cadre d’une commission nommée par vous, pendant que les naturalisations et l’accès à la nationalité par mariage, le regroupement des conjoints de Français, pour ne citer que quelques exemples, continueront de s’effectuer de façons de plus en plus discrétionnaire et discriminatoire.

Je ne saisis pas non plus très bien l’objectif de cette commission et il m’inquiète même pour le moins. S’agit-il mettre en oeuvre une politique de lutte contre les discriminations en raison de l’origine réelle ou supposée? Si c’est le cas, les instruments existent, ils ont été rappelés clairement par la commission présidée parMadame Simone Veil dont j’approuve l’excellent rapport.

Au mois de juin dernier Patrick Simon et moi-même rappelions que dans le cadre constitutionnel existant, une meilleure connaissance des nationalités et lieux de naissance des ascendants, croisée avec des données socioprofessionnelles permettraient dans les statistiques publiques et au niveau des grandes entreprises privées de mieux approcher les phénomènes discriminatoires et d’ainsi mieux les combattre.

De façon ponctuelle, pour permettre notamment de relier les informations recueillies à partir de ces données objectives à la perception ou la réalité des discriminations, sur échantillon anonyme et sous le contrôle de la CNIL, des enquêtes conduites par la statistique publique pourraient contenir des questions faisant référence à la religion, aux origines ou à la couleur de la peau.

Mesurer la diversité dans la société française est un objectif différent, qui ne me paraît ni prioritaire ni de même de la compétence légitime des pouvoirs publics,contraire en réalité à l’article 1 de notre Constitution.

Pour toutes ces raisons, je ne peux accepter votre proposition.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Commissaire, l’expression de mes sentiments les meilleurs.
Patrick Weil

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Promos sur la Guadeloupe

In Pas de catégorie on 4 mars 2009 at 3:45

On me pose beaucoup de questions sur la Guadeloupe. Les événements actuels éveillent l’intérêt sur une île dont on découvre aujourd’hui la réalité territoriale et humaine comme département français. On veut en savoir plus sur sa sociologie, son économie, son histoire. Cette étonnante méconnaissance a des racines profondes liées au fait que les Départements et Territoires d’Outre-mer pourtant partie intégrante de la France, ne font pas l’objet d’une intégration culturelle réelle dans l’histoire et la géographie de la France puisqu’ils n’ont pas une place efficiente dans les manuels et les programmes scolaires et ne sont guère étudiés à l’école avec le sérieux nécessaire. Tout commence à l’école, tout part de l’enfance, c’est un truisme. C’est pour cela que depuis quelques années je me suis attaché à écrire des livres pour la jeunesse qui soient tout à la fois éducatifs et amusants. C’est le cas de L’histoire de l’esclavage racontée à Marianne, de Marianne et le mystère de l’Assemblée nationale (à paraître en avril 2009), de Je danse donc je suis,  ou encore de Aujourd’hui en Guadeloupe (le tout publié chez Gallimard-Jeunesse). Ce dernier ouvrage me semble tout à fait d’actualité pour ceux qui, avec leurs enfants (ou ceux des autres), désirent avoir une information à la fois précise et illustrée par des images et un récit.

Voici la fiche de présentation de ce livre qui j’espère, donne envie d’y aller voir de plus près, pas seulement pour les belles plages et le soleil, mais pour la connaissance d’un monde si proche, si loin. J’ai vu qu’il y avait des promos sur les vols et les séjours. Tiens, tiens…

Journal de Guadeloupe

La collection Le journal d’un enfant propose de mêler fiction et documentaire pour faire découvrir aux enfants la vie quotidienne de leurs homologues d’autres pays ou d’autres époques. Ecrits sous la forme d’un journal, au style à la fois simple et élégant, avec un ton sensible ou drôle, les livres présentent les lieux et les moments à travers un regard proche de celui du lecteur. C’est l’occasion parfaite pour rendre l’Histoire et l’étranger familiers et pour que les enfants prennent conscience que leur point de vue sur le monde n’en n’est qu’un parmi tant d’autres.

Les éditions Gallimard ont publié récemment un nouveau titre, Aujourd’hui en Guadeloupe – Lou à Sainte-Anne . Lou est une petite guadeloupéenne qui doit bientôt rejoindre son papa en métropole. Excitée et angoissée de quitter sa terre natale, elle décide de rédiger le journal de sa dernière année sur son île.

Les jours, les semaines et les mois passent, rythmés par les fêtes, les saisons, les évènements climatiques. Chaque page, chaque moment de la vie de Lou permet alors d’évoquer un aspect de la vie quotidienne en Guadeloupe aujourd’hui, comme l’habitat, l’alimentation, les cyclones ou l’histoire de l’esclavage. A côté des pages de journal, des volets documentaires s’ouvrent et se ferment, qui apportent des compléments d’informations, des chiffres, de nouvelles images ou des schémas. On y trouve même la recette des acras !

Les illustrations très colorées égayent l’ensemble et contribue à plonger le petit lecteur au milieu d’un monde nouveau et fascinant. Les premiers et les dernières pages sont purement informatives et proposent une carte de Guadeloupe, un glossaire et des photos, donnant un cadre précis et concret au journal de Lou.

Aujourd’hui en Guadeloupe , par Alain Foix, illustré par Florent Silloray et Nicolas Thers, chez Gallimard jeunesse, collection Le Journal d’un enfant / Série Monde, 200x235mm / 64 pages / paru le 22 mai 2008 / 12,90euros / pour les enfants à partir de 8 ans.

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Guadeloupe sur Seine

In Chronique des matins calmes on 3 mars 2009 at 10:17

Le problème guadeloupéen tel qu’il s’exprime aujourd’hui est l’expression d’une situation sociale qui a des racines profondes dans l’histoire coloniale française. Ce n’est pas le moindre intérêt de cette crise qui trouve en France un bel écho médiatique que de jeter une lumière nouvelle sur cette partie de l’histoire de France. Histoire de France, oui, et non simplement histoire des outre-mers. Car c’est une question posée à la relation séculaire qu’entretient la France avec ses territoires dits outre-mer. Gerty Archimède fait partie de ces élus qui, en 1947 se sont battus avec Césaire pour que les Antilles, la Guyane et la Réunion deviennent des départements français, ce dans le but d’obtenir les mêmes droits sociaux et politiques que ceux qui sont en vigueur dans l’hexagone. La départementalisation a eu lieu, mais l’espoir d’égalité territoriale a été déçue. Gerty Archimède (décédée en 1980), m’a confié peu de temps avant sa mort (elle était ma grande-tante), qu’elle en venait à regretter cette victoire de la départementalisation parce que sous certains aspects, notamment ceux des droits sociaux, rien n’avait progressé en regard de l’ancien statut colonial.

Le combat actuel tel qu’il s’exprime dans cette grève qui dure depuis plus de cinq semaines, est bien à la fois une lutte sociale et une lutte politique de fond pour que soit enfin pris en compte la question du statut des départements d’outre-mer. Révision du statut ne signifiant pas nécessairement indépendance, mais reconsidération de la réalité sociale, économique et politique du fobctionnement de ces département et de leur relation avec la métropole. Ne répondre qu’aux demandes sociales actuelles pour faire taire momentanément la colère, reviendrait tout compte fait à mettre une cautère sur une jambe de bois, soigner le symptôme et laisser courir la maladie.

Dans ma pièce Pas de prison pour le vent ( écrite en 2005, créee en Martinique en 2006, elle va être reprise cet été en Avignon), Angela Davis et Gerty Archimède s’entretiennent sur la question antillaise. Voici un extrait de ce dialogue qui me semble jeter une lumière particulière sur ce qui se passe aujourd’hui en Guadeloupe:

Gerty Archimède à Paris. Pain et force de l'ordre...

Gerty Archimède à Paris. Pain et force de l'ordre...

Gerty : Et pourquoi tout cela, parce que ce n’est pas l’océan qui sépare, c’est la Seine. Rive gauche et rive droite. Nous sommes rive droite, très au large, à la dérive, périphériques extérieurs. Pour se battre contre cela, nous n’avons d’autre choix que passer rive gauche dans cette grande cathédrale où les lois scélérates sont votées, et se battre contre elles.

Angela : La Seine, je l’ai vue, étudiante à Paris. J’ai vu des femmes antillaises pleurer et trembler, s’enfermer dans leur chambre. Dehors, au milieu de la Seine, des cadavres par dizaines. Elles tremblaient d’être prises pour des femmes algériennes. Êtes-vous donc des rois et des reines, avez-vous un sang bleu qui vous coule dans les veines ? En quoi seriez-vous différents de tous ceux qu’on poussait ces jours-là dans les eaux de la Seine ?

Gerty : En quoi serions-nous différents ? Mais c’est simple, mademoiselle, nous, on se jette tous seuls dans la Seine. Pas besoin de pousser. Quand la loi s’applique de manière différente d’un côté ou de l’autre de la Seine, on se jette au milieu. La République nous a faits ce que nous sommes et la République est ce qui se trouve au milieu. Elle est ce sang bleu qui nous coule en plein cœur et nettoie nos artères qu’un sang rouge oxygène. Elle est notre liberté et nos chaînes, notre amour et la haine de nous-mêmes, notre défi et toute notre tragédie. Car le blanc au milieu parfois nous sépare de nous-mêmes.