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Chat vibre!

In Chronique des matins calmes on 29 octobre 2012 at 5:47

Je n’ai jamais été un écrivain à chat. Pourtant, ma Kiara ne manque pas une occasion, dès que je suis assis sur un canapé, de se blottir sur mes genoux pour laisser à mon grand dam ses touffes de poils de bâtarde d’angora sur mes vêtements. On m’entend aussi régulièrement hurler, constatant que je viens de repasser un pantalon sur une table couverte de poils invisibles, car la table à repasser, avec son molleton moelleux, est un des lits qu’elle affectionne. Mais jamais, ô grand jamais, elle ne s’aventure dans mon bureau lorsque j’y suis, sinon pour me réclamer de ses miaulements autoritaires et péremptoires, de lui ouvrir la porte ou de lui servir son repas. Ainsi, loin de l’image d’Epinal, jamais on ne me verra, écrivain, méditer et travailler avec le support rêveur des yeux d’un chat.

Par contre je puis affirmer maintenant, que je deviens un musicien à chat. Grâce à mon nouveau saxophone, je suis en train d’établir une relation nouvelle avec ce vieux chat mélomane, noir et blanc. Dès que je sors le premier son, je le vois accourir du diable vauvert, traverser mon jardin et venir se blottir contre ma porte vitrée. Il s’installe sur le paillasson devenu sa loge de concert. Même mes couacs ne l’effraient pas. Il ne semble pas se lasser de mes gammes et de mes arpèges. Mon opinion sur ce chat qui était notablement désastreuse, est en train de changer. Et j’ai l’impression que celle qu’il se faisait de moi aussi. Nous devenons amis grâce à la musique. Je ne joue plus pour moi-même, mais également pour un chat de gouttière. Cela peut paraître idiot, mais sa présence m’encourage et m’inspire. Je ne joue pas pour moi seul ou pour d’abstraits auditeurs, mais pour un être de chair, d’os et de poils.

Lorsque j’écris, je m’adresse à un lecteur idéal que je ne croiserai jamais. Lorsque je joue, je communique avec un auditeur idéal qui est un chat. Un vieux chat de gouttière noir et blanc et c’est, comment dire…. Miaou!

Les chats, la flûte, le saxophone et moi

In Chronique des matins calmes on 27 octobre 2012 at 10:22

Je suis tombé amoureux d’un saxophone. Il s’appelle Jupiter, c’est sa marque, et c’est un ténor. Amoureux de sa forme, de sa taille, de sa couleur dorée, de sa peau rutilante. Je le prends à pleines mains, je l’embrasse à pleine bouche. Mes doigts parcourent avec sensualité ses clefs douces et subtiles, dociles aussi. J’aime sentir la vibration de ses basses sur ma poitrine et sur ma cuisse, ses hurlements d’aigus qui me font frémir de plaisir dans des montées d’octave. J’aime sentir sa puissance lorsque sa colonne d’air m’emporte tout entier dans les bas-fonds d’un Stormy Weather où mon âme se renverse, et ses caresses lorsqu’il m’apaise dans le lit de douceur d’un Blueberry Hill. Cet instrument si viril en apparence et si féminin en sa nature profonde, me fait vivre une passion nouvelle. Nous faisons corps comme si nous étions depuis toujours destinés l’un à l’autre. Et cependant je le maîtrise à peine. Pour tout dire je pense que c’est lui qui m’apprivoise. Il m’apparaît plein de mystère, de ce mystère dont je sais bien que je n’aurai jamais fini de creuser les arcanes. C’est le début d’une passion que je soupçonne dévorante. Je le couche dans son étui et admire ses formes sur son drap noir. Je le reprends dans mes bras, l’accroche à mon cou, mords son bec de mes incisives supérieures, pousse ma lippe sous son anche et la titille de ma langue.

J’ai parfois une pensée pour ma flûte traversière au bec d’argent que je délaisse quelque part sur une étagère. Et je suis traversé du sentiment de trahison, une vague culpabilité. Cette bonne vieille flûte qui m’accompagne depuis mon adolescence. Une grande tendresse pour elle, mais j’ai le sentiment qu’il s’agissait entre nous deux moins de passion que d’une profonde amitié et complicité d’enfance.

Je me souviens de ce jour où je fis sa connaissance. J’avais quinze ans et j’ai traversé le terrain vague qui séparait mon immeuble de Bondy Nord du conservatoire de Bobigny. On y prêtait des instruments aux jeunes gens désargentés mais désireux d’apprendre. Je voulais être Miles Davis. Alors j’ai demandé une trompette. Hélas, la dernière venait de partir. Pensant à Charlie Parker dit « The Bird », j’ai alors demandé un saxophone. Il n’y en avait plus depuis belle lurette. Il ne restait qu’une flûte, alors faisant contre mauvaise fortune bon coeur, je suis reparti avec et suis devenu flûtiste. J’étais heureux de toute manière d’avoir un instrument à moi et de jouer de la musique. Elle sut se faire aimer. Je sus la faire chanter et elle me berça de Bach et de Mozart, de Haydn et Vivaldi pendant de longues années jusqu’à ce mois de juillet dernier où tout à coup, passant devant la boutique d’un luthier d’Avignon, la beauté rutilante d’un saxophone Selmer m’arrêta net, faisant remonter en moi ce vieux démon de midi, cet appétit de jazz.

Glisser de la flûte traversière au saxophone ténor n’a rien en apparence de compliqué puisque les clefs et les doigtés se ressemblent comme des frères. Et cependant, on passe dans un tout autre monde. La musique est un dédale où l’on apprend l’oiseau. Tous ses chemins mènent à Icare. Mais chaque chemin perd son homme à sa manière. Celui du saxophone me conduira ailleurs, dans mon ailleurs, un autre ailleurs que celui de la flûte.

Chose étrange, lorsque je joue dans mon bureau, je vois venir les chats du voisinage qui, dans mon jardin s’aventurent sous ma fenêtre, se collent à la porte vitrée. Mon saxophone serait-il un chat ou un appeau à chats ? Ses miaulements auraient-ils quelque résonnance singulière parlant à l’ouïe de ces félins ? Ma flûte jamais n’attira les oiseaux.

J’observe le vieux chat noir et blanc, malin et sage qui reste d’habitude à bonne distance de moi mais ne semble pas me craindre outre mesure, le chat voyou tout blanc qui fait régner la terreur dans les parages et se frotte parfois aux griffes du vieux sage jaloux de sa domination. Le petit roux craintif est là aussi. Ce n’est pas cette fois-ci ma jolie chatte Kiara, cette petite bourgeoise enroulée au coin de ma cheminée qui les attire, mais bien mon saxophone ténor. Une pensée me traverse tout à coup l’esprit : Les Aristochats ! Me voilà plongé dans un dessin animé. L’inventeur de cette comédie musicale pour chats de gouttière était-il lui-même saxophoniste ? Ceci expliquerait cela. Je décide de m’en enquérir quand tout à coup, une autre image me vient. Je me revois à vingt ans chantant et jouant à minuit sous les fenêtres de ma bien-aimée un air de West-side Story en compagnie d’acolytes éméchés. Serais-je moi- même un Cat? Décidément, les voies du saxophone ténor sont impénétrables.

Le livre et la chair

In Chronique des matins calmes on 26 octobre 2012 at 9:24

Samedi dernier, j’ai troqué mon Martin Luther King avec mon crémier, contre deux douzaines d’oeufs, un morceau de fromage et un autographe. Il avait l’air content (voir la photo) et moi aussi.

Le poissonnier d’en face en réclama un tout de suite contre deux truites.

Toni, le fleuriste, l’Italien malin et coquin qui est aussi mon voisin, en veut bien un contre un gros bouquet plein de parfum.

Mais pour ma bouchère qui est plus chère, il faudra compter trois exemplaires pour une belle côte de boeuf posée sur son étagère.

Ca me fait déjà quatre lecteurs sur le marché de Bondy. Qui a dit que la littérature ne nourrissait pas son homme?

Chaude rentrée

In Pas de catégorie on 25 octobre 2012 at 9:01

Il est toujours agréable de voir affiché complet sur le mur du théâtre où se joue sa pièce. Ce fut le cas pour la reprise à Bobigny de La Dernière Scène.

Ce fut d’autant plus agréable que ce lieu, Canal 93, dédié normalement aux musiques actuelles, n’avait jamais vu venir ce public-là, aux dires mêmes de Marc Gore, son directeur.

Beaucoup de gens venant de Paris et affrontant l’inconnu d’une banlieue où ils se sont perdus (beaucoup arrivaient essoufflés ou en retard).

C’est ainsi que j’ai pu mesurer l’intérêt du sujet lui-même, car je ne crois pas que ces gens-là, qui n’étaient pas, visiblement, en grande majorité des habitués des théâtres, soient venus sur mon seul nom et ma réputation.

Non, c’est Mumia Abu-Jamal et Martin Luther King qui les ont fait venir. Mais aussi, sans doute pour partie, concédons-le, le succès que nous avons rencontré à Avignon. Le bouche à oreilles à opéré du Sud au Nord, de l’été à l’automne.

C’était un public chaleureux, vivant, métissé, populaire, pluriel. Tous âges, toutes origines, toutes classes sociales confondues. Un vrai public, un public vrai.

Encore une preuve s’il en faut, que le théâtre intéresse le grand public pour autant que le sujet lui parle. Mais surtout jamais renoncer à  l’exigence de qualité artistique car c’est la forme qui structure le contenu et pas l’inverse. Ils viennent au spectacle, pas à un meeting. Les multiples rappels à la fin de la pièce, les bravos qui fusaient et faisaient chaud au coeur, les yeux mouillés à la sortie, les chaleureux remerciements qu’on nous adressait en sont le témoignage.

Nul doute que cette pièce tournera en France et à l’extérieur. Les demandes affluent déjà, les réseaux se forment pour faciliter sa diffusion. Je suis un auteur-metteur en scène heureux. Je pense de toute façon la reprendre à Paris d’ici la fin de cette saison (des tractations sont en cours) pour la présenter à un plus large public parisien.

Martin sort, Mumia reste

In 2- Publications, 2.1- Essais, 2.3- Romans, 2.4- Théâtre, 3- Spectacle vivant on 17 octobre 2012 at 10:41

Aujourd’hui, 18 octobre 2012, MARTIN LUTHER KING sort dans toutes les librairies en Folio-biographies sous ma signature.

Demain 19 octobre, MUMIA ABU-JAMAL reste en prison aux Etats-Unis malgré nos cris et nos écrits. La Dernière Scène où il dialogue avec Martin Luther King est un de ces cris. Petite goutte dans l’océan des protestations. Ce cri est encore à entendre demain dans la salle de CANAL 93 à Bobigny. Maintes oreilles se tendent: les deux séances de la journée sont déjà complètes. Nous espérons chaque fois le pousser le plus beau et le plus juste, le plus émouvant possible. Nous espérons surtout que par sa forme et son intensité, il se répercute en échos et réflexions. Ce n’est qu’un chant de poète poussé par deux beaux interprètes (Mariann Mathéus et Assane Timbo) et comme tel, il ne vaut que s’il est chanté et répercuté par d’autres, de loin en loin. Espérons, bouteille à la mer, qu’il atteigne les rives de l’Amérique. Depuis ses trente ans de solitude dans une geôle de Pennsylvanie, je sais que Mumia l’a déjà entendu par les oreilles de son fils venu l’entendre à Bobigny. Et si l’art avait comme Martin le disait du chant, la faculté d’aider à briser les barreaux? Et pourquoi pas? Why not?

Samuel Archimède in memoriam

In Pas de catégorie on 3 octobre 2012 at 4:32

Photo AF

C’est ici qu’il est né au tout début du siècle dernier, en 1918, et c’est ici au début de ce siècle, un jour de septembre 2012, que ses cendres ont été répandues dans la mer selon son souhait. Il s’appelait Samuel Archimède et c’était mon père.

Ce lieu, c’est à Petit-Canal (Guadeloupe), en prolongement des fameuses marches de l’esclavage où les Africains capturés étaient débarqués au Nord de l’ile pour couper la canne.

Comme c’est drôle, c’est ici même, il y a près de trois décennies, que j’ai écrit ma première nouvelle dont voici un extrait:

« Des cascades d’eau de pluie dévalent les marches mille fois lavées. Une rangée de cocotiers court mollement vers la jetée comme les notes mouillées d’une triste mélodie, comme une longue portée de chants déportés. Et je ne sais pourquoi, descendant l’escalier, je me dis, titubant, que vraiment, alors vraiment, je hais le rhum et je hais la poésie. »

Photo AF

Comme c’est drôle, avant de retourner en ces lieux pour disperser ces cendres, j’avais en tête de rejouer du saxophone. Et, juste avant de prendre l’avion pour Pointe-à-Pitre, je suis passé rue de Rome, dans le quartier où je suis arrivé petit débarquant de la Guadeloupe, pour commander dans une boutique un saxophone ténor.

Comme c’est drôle, le soir de la veillée, le jour-même, à 7000 km de là, on me montre le saxophone de mon père et on me demande d’en jouer pour la cérémonie de dispersion des cendres. Alors j’ai pris ce vieux saxophone oublié, et j’ai travaillé un air que me permettaient ses quelques clefs encore valides: une adaptation à ma manière du 6è mouvement du Requiem de Mozart.

Et comme c’est drôle, peu de temps avant d’apprendre sa mort, j’avais écrit ce poème que je lui ai dit face à la mer:

SOMMES-NOUS

Sommes-nous la peau brulée du monde ?

Sommes-nous sa brulure même ?

Et si toute peau n’était que poésie ?

Une écorce à bruler.

Et si ce n’était l’eau mais bien le feu

Non pas noyés du temps

Mais bien son aliment

En sursis de la cendre

Pas dans le fleuve mais en la flamme

Jamais lavés mais consumés jamais sauvés

Etres en fusion sans rémission

Etre-là de la lave

Si l’existence n’était qu’essence

Un parfum délivré

Papiers de vie odeurs de temps

Un bouquet d’incendie

Et si la fin n’était qu’une faim ?

Ordre d’un désordre affamé

Qui n’a de sens qu’en consciences dévorées

L’appétit et son cri

Ni l’océan ni l’horizon

Ni les grands lacs apaisés de passion

Ni même la chute aux gouffres d’abandon

Ne valent consolation

Pour nous les voiles du temps

Alain Foix

Heureux événement

In 2- Publications, 2.3- Romans, 2.4- Théâtre on 2 octobre 2012 at 12:31

J’ai le plaisir de vous annoncer la naissance de mon nouvel ouvrage: Martin Luther King.

Il sera en librairie dès le 18 octobre.

C’est toujours très émouvant d’avoir en mains, tout juste sorti de l’imprimerie, un ouvrage réalisé après de long mois d’écriture.

J’ai hâte de le partager bientôt avec mes lecteurs.

Autre événement attendu, le lendemain de cette parution, le 19 octobre, la reprise à Canal 93 (Bobigny) de ma pièce LA DERNIERE SCENE crée à Avignon cet été.

Une rentrée riche en événements personnels.

ÉDITIONS GALLIMARD

LA DERNIERE SCENE

ET AUX EDITIONS GALAADE

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