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De l’identité nationale

In Chronique des matins calmes, Pas de catégorie on 31 octobre 2009 at 2:38

alain Foix,auteurAprès la sécurité, l’identité nationale, nouveau cheval de bataille de politiques qui, à court de projet font jouer la fibre ethnique et la corde patriotique juste avant les élections régionales. Le mot est lancé en pâture aux médias, tous vont se jeter dans ce piège, tous vont monter au Front, au Front national bien-entendu qui s’érige comme garant de l’identité nationale. Va-t-on aller au fond de ce concept? le mettre en question? Etudier sa validité, son sens historique, sa pertinence dans un monde désormais ouvert? Peu de chances. Il est plus que certain qu’on va agiter les couleurs du noir au rouge en passant par le blanc, le rose et le bleu. Les drapeaux vont claquer, la marseillaise résonner et la France de 2009 retrouvera les spasmes et les odeurs fétides d’un 19è siècle raciste et impérialiste qui a commis ce fameux concept d’identités nationales sur les bases d’une perception essentialiste et romantique des peuples. L’arbitre sifflera la fin du match juste avant que le Front national ne marque le but décisif. Les maillots bleus auront alors peut-être gagné des points sur les roses et rouges, mais le mal sera fait et l’on verra se lever des tribunes des chemises brunes entonnant des chants de hooligans.Juste pour gagner quelques voix et quelques régions, on remue la boue dans laquelle sommeille la bête immonde. Ecoeurant.

La question doit être posée, mais pas de cette manière par le fameux ministre de l’identité nationale qui sans doute ne sait pas quel ministère il dirige puisqu’il pose la question à la nation entière. Cela dit,  il n’y a pas le choix, il va falloir s’y coller et faire entendre de nouvelles voix qui montrent d’autres voies.

A propos voici un extrait de  mon dernier essai (Noir de Toussaint Louverture à Barack Obama, ed. Galaade) où je parle justement de cette question:

Identité, mot policier, mot administratif, fondamentalement, outil de classement, de recherche, de mise en carte. Avant que le mot identité ne devienne un concept de combat de nations dominées cherchant à faire valoir leur existence dans l’ordre de la diversité contre le dominant, il fut un outil de marquage de territoires et de populations mis à disposition de l’administration par les anthropologues. Ceux-ci dessinaient les contours humains de la carte du monde après que les géographes de la force militaire de l’occupant en eurent tracé les contours physiques. Ainsi chacune de ces populations du monde qui, dans leur langue s’auto-désignaient «les  hommes », fut marquée d’un nom, d’une particularité qui la classait dans une sous-catégorie d’homme. Et de sous-catégorie d’homme à catégorie de sous-hommes, il n’y a qu’un pas allègrement franchi. (Alain Foix, Extrait de Noir de Toussaint Louverture à Barack Obama, ed. Galaade)

Simone et André Schwartz-Bart contre la pluie et le vent

In Chronique des matins calmes on 21 octobre 2009 at 11:04
Simone Schwartz-Bart lors d'un dîner au Maud'huy (Guadeloupe). Photo A.F.

Simone Schwartz-Bart lors d'un dîner au Maud'huy (Guadeloupe). Photo A.F.

A l’heure où Bernard Bloch reprend les répétitions de notre pièce le « Ciel est vide » (qui sera jouée en novembre et décembre à la Filature de Mulhouse et au TJP de Strasbourg), pièce qui dénonce les bêtises identitaires et communautaristes en confrontant sur une même scène Shylock et Othello, je lis cet article ci-dessous, sur le magnifique couple d’écrivains que furent Simone et André Schwartz-Bart. Tous deux ont eu à lutter à la fois contre la bêtise identitaire de leur « communauté » respective et contre celle de leur conjoint.

J’ai rencontré Simone Schwartz-Bart pour la première fois en 1986 en Guadeloupe alors que j’étais un jeune réalisateur de documentaires. Je l’avais filmée dans sa boutique d’antiquités à Pointe-à-Pitre, se balançant nonchalamment sur un rocking chair. Je me souviens du calme souverain de cette dame dont la parole coulait comme une rivière de sous-bois. J’étais ému et admiratif de l’auteure de Pluie et Vent sur Télumée Miracle, livre d’une incroyable puissance poétique. Elle me parlait de sa maison à Goyave, de la campagne environnante et de son admiration pour les scieurs de long travaillant dans cette région. J’étais loin d’imaginer son combat quotidien contre la bêtise politique et populiste qui amenait certains nationalistes à rejeter ou soutenir les artistes, écrivains et penseurs selon leur supposée appartenance ethnique. Deux ans plus tard, je fus nommé directeur de la scène nationale de la Guadeloupe. Sa pièce, Ton beau capitaine, produite par ce théatre était jouée à Chaillot tandis que j’étais confronté à ce monstre de bêtise identitaire que je n’avais pu soupçonner derrière le calme souverain de cette gracieuse guerrière des stupidités communautaires. Je n’étais pas alors écrivain ou artiste, ou du moins, je ne m’identifiais pas comme tel, juste le directeur d’un théâtre qui entendait faire son travail de manière consciencieuse en direction du public, le vrai, pas de cette frange d’idéologues et d’artistes frustrés qui faisaient entendre leur voix aux politiques complaisants jusque de l’autre côté de l’océan. Le combat était inégal. La simple honnêteté du travail bien fait, le simple souci de vérité et d’authenticité ne peuvent rien contre la mauvaise foi politique. L’art et la création artistique, la culture en son acception la plus haute étaient battus en brèche par une certaine idée de la culture comme identité ethnique. Je jetai l’éponge au bout de 3 ans de combats  au cours desquels je comptabilisais de belles victoires en présentant à un public nombreux et conquis de belles oeuvres de la création mondiale. Je ne désirais pas céder sur le terrain de l’exigence artistique au profit de l’idéologie. C’est pour cela que je quittai ce poste lorsque j’ai compris que je ne gagnerais pas cette guerre. Si à l’époque j’étais artiste ou écrivain peut-être que comme André et Simone Schwartz-Bart, j’aurais trouvé en moi-même et en mon oeuvre matière à continuer ce combat. Et c’est à cette aune que je mesure le courage de ces artistes qui tiennent bon contre vents et marées. Mais hélas, comme il est dit dans cet article, ils finissent par s’exiler au moins un moment pour parfois revenir comme ce fut le cas pour Simone et André, ou partir de façon définitive comme ce fut le cas récemment pour Maryse Condé. Je continue à regarder ma Guadeloupe natale et tant aimée comme la terre d’un immense gâchis où tant de potentialités sont étouffées par les fautes politiques de quelques uns.

Juste retour des choses

PORTRAIT

Simone Schwarz-Bart. Elle est noire des Antilles, il était juif de Pologne. Ils ont croisé leur écriture pour mêler douleurs et cultures.

Par NATALIE LEVISALLES

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Simone passe le bac dans un mois, mais elle a perdu sa convocation, elle perd toujours tout. La voilà rue du Cardinal-Lemoine à Paris, qui cherche le rectorat pour en demander une copie. Un jeune homme l’aborde en créole, il l’accompagne au rectorat, ils parlent, ils s’asseyent dans un café. A eux deux, ils ont un franc, le café coûte 45 centimes, ils en commandent deux qu’ils ne boivent pas pour pouvoir rester tout l’après-midi. Simone rentre très tard chez sa mère. Interrogatoire en règle. «- D’où tu viens ? – J’ai rencontré un jeune homme, nous avons bavardé jusqu’à présent. – Il est antillais pour que tu lui fasses pareille confiance ? – Non, il m’a abordée en créole, mais il est juif. – Ma pauvre enfant, il n’y a plus de juifs, c’est le peuple de la Bible. Et que fait-il dans la vie ? – Ecrivain. – Un jour, on va te retrouver morte au bois de Boulogne, il n’y a plus d’écrivains depuis le XIXe siècle.»

Simone Brumant venait de rencontrer André Schwarz-Bart, le jour même où il avait déposé au Seuil le manuscrit du Dernier des Justes, un des premiers romans sur la Shoah, qui allait lui apporter le prix Goncourt en 1959.

Cinquante ans plus tard, trois ans après la mort d’André, Simone, sa femme, écrivain elle aussi, fait publier un inédit, l’Etoile du matin,qui reprend certains thèmes du Dernier des Justes, la magie de l’enfance, les shtetls de Pologne et l’extermination des Juifs. Qu’elle soit guadeloupéenne et lui juif polonais n’est pas anecdotique, c’est au centre de leurs livres et de leur histoire. Simone vit aujourd’hui entre sa maison de Goyave en Guadeloupe et son pied-à-terre parisien. Cette femme qui a deux fils et quatre petits-enfants a une silhouette et une vivacité de jeune fille. Légère et solide, elle sert un café italien dans son appartement de Chinatown, là où les marchands de fruits vendent surtout du gingembre et des durians et où, tous les matins, de vieux Chinois qui mourront en France s’installent sur un banc pour prendre le soleil.

La grand-mère paternelle de Simone était une négresse de Saint-Martin qui parlait anglais et créole. Elle était entrée au service d’un négociant en vins (bordelais mais né en Guadeloupe) tombé amoureux d’elle au point de l’épouser. «Les Békés le lui ont fait payer, il a dû laisser son affaire. Ils sont partis à l’îlet Brumant, dans la rade de Pointe-à-Pitre, pour se préserver de l’imbécillité des deux communautés, les Noirs non plus n’étaient pas prêts à accepter ça.»Plus tard, ils se sont installés à Goyave, à l’époque une commune déshéritée où venaient se réfugier les Blancs gâchés, ces déclassés qui «s’étaient mis à la négresse ou à l’Indienne». Ils auront quatre enfants, dont le père de Simone, militaire de carrière. La mère de Simone était institutrice à Trois-Rivières, «tellement soucieuse de tirerses élèves du joug de la canne à sucre». Dans la petite salle à manger familiale, il y avait un énorme tableau noir, la mère faisait rattraper les enfants qui manquaient parce qu’il fallait aller au charbon ou soigner les bêtes.

André, lui, venait d’une modeste famille de juifs polonais installés à Metz. Ses parents et deux de ses frères sont morts déportés. Restaient deux frères dont il s’est occupé et une petite sœur qu’il a sauvée en la cachant dans une salle de cinéma où ils ont regardéGoupi mains rouges en boucle. Il l’a ensuite cachée dans un grand manteau et posée dans le filet à bagages d’un train qui partait en zone libre.

Quand Simone et André se sont rencontrés, ils ne se sont plus quittés. Simone fréquente les amis d’André, anars, artistes, disciples de Lévi-Strauss. Elle est fascinée par les «âpres critiques des Juifs contre les Juifs. Et pourtant un lien fort les unissait, ça m’a appris à questionner ma propre communauté».

Après le Goncourt, blessé par l’accueil mêlé rencontré en France, en particulier parmi les Juifs dont certains lui reprochent le côté christique de son héros, André veut s’éloigner. Ils partent au Sénégal puis en Suisse où ils resteront dix ans et écriront beaucoup. D’abord, ensemble, Un Plat de porc aux bananes vertes (1967). Puis lui se met à la Mulâtresse Solitude, elle à Ti Jean l’horizon et à Pluie et vent sur Télumée miracle, qui seront achevés plus tard en Guadeloupe. Simone écrira encore une pièce, Ton beau capitaine(1987) et ils feront ensemble une encyclopédie, Hommage à la femme noire (1989). C’est tout.

Quand André publie la Mulâtresse Solitude, le grand roman de la résistance à l’esclavage, il déclenche encore une fois des réactions mêlées, chez les Noirs cette fois. Simone lit ce passage d’une lettre de Léopold Senghor à André : «Je crois savoir que vous avez du sang juif. Et en effet, seul un Juif pouvait nous sentir à ce point, pouvait être à notre niveau de souffrance et de puissance imaginante : de force et de tendresse en même temps.»Mais tout le monde n’est pas Senghor.

En Guadeloupe, les années 70 sont des années de nationalisme radical. «Les Noirs ne lui reconnaissaient pas le droit de parler en leur nom»,dit Simone. D’autres décrivent le climat de l’époque : la seule musique politiquement juste est le gwo ka (populaire et paysan) pas la biguine (bourgeoise et urbaine). La seule langue identitaire est le créole, pas le français, langue de l’aliénation. En 1986 encore, l’écrivain Raphaël Confiant écrivait : «Je somme les écrivains antillais de cesser la désertion de leur langue maternelle.»Pendant plus de vingt ans, l’ambiance est irrespirable. Maryse Condé, autre Guadeloupéenne, part pour continuer à écrire. La Mulâtresse Solitude (1972) d’André et Pluieet vent… (1979) de Simone sortent dans cette période. Pour certains, il est insupportable qu’un Blanc écrive le grand livre de la résistance à l’esclavage. Quant au succès de Pluie et vent… en métropole, il est suspect pour les indépendantistes. Certains se souviennent du quasi-procès politique dont Simone est sortie en pleurant.Contrairement à Maryse Condé, André et Simone sont restés en Guadeloupe, ils n’ont plus jamais publié. Simone passe la main sur la nappe, pensive.«Certains ont même nié qu’il ait écrit Solitude. Il ne fallait pas qu’il soit dit que ce petit juif avait fait ce travail-là. Ça a changé maintenant.» Inutile de dire qu’elle n’est pas dans la concurrence des mémoires.

Dans les années qui suivent, ils ouvrent une boutique d’antiquités coloniales, puis Simone tient une table d’hôte dans sa maison de l’îlet Brumant. C’est bon, pas cher, joyeux, certains jours on y joue du gwo ka. Simone n’écrit plus une ligne. André écrit tout le temps, des milliers de pages, qu’il détruit toutes, ou presque. Après sa mort, en triant ses papiers dans la maison blanche de Goyave, Simone retrouve le manuscrit de l’Etoile du matin«Ces personnages qu’il portait, c’est comme s’il me les avait confiés et que je les portais comme lui a porté mon monde. Il m’a restitué cette ignominie de l’esclavage à laquelle je ne voulais pas m’atteler, pour me préserver. C’est un cadeau qu’il m’a fait. Et un cadeau double, car en éditant ce manuscrit, j’ai repris le goût d’écrire.»

En 5 dates

1er août 1938

Naissance en Charente.

1967

Un Plat de porc aux bananes vertes (avec André Schwarz-Bart).

1989 Hommage à la femme noire

(avec André).

20 septembre 2006

Mort d’André.

2009

Fait publier l’Etoile du matin d’André.

Ma promesse de l’aube

In Chronique des matins calmes on 16 octobre 2009 at 1:09
plage de Big Sur

plage de Big Sur

Il est des livres qui vous hantent à votre insu. Je devais avoir 12 ans lorsque, prenant sa reliure de carton pour du cuir doré, je me saisis d’un des Reader’s Digest que ma mère lisait à l’hôpital pendant ses longues nuits d’aide-soignante. Que n’ai-je entendu sur ces ouvrages calibrés pour la digestion légère d’une littérature jetée en pâture au plus grand nombre. Certes, il n’y a pas que du bon, loin de là, dans ces recueils, et il est vrai qu’à l’instar du fameux Lagarde et Michard, ils peuvent, par l’aperçu livré à la lecture, donner le sentiment de connaissance, une docte ignorance. Mais j’ai toujours tenu le mépris affiché pour ce type d’ouvrages, pour l’expression hautaine de ceux qui sont nés dans la bibliothèque de leurs parents. Ceux-là mêmes aimeraient sans doute aujourd’hui que leur fils ou petit-fils daignât sortir un instant le nez de son ordinateur ou de l’écran de son portable pour le plonger ne serait-ce qu’un moment dans un de ces ouvrages. Las, le Reader’s Digest a subi de plein fouet la crise qui frappe l’édition et la presse écrite, et a posé le bilan en 2008.

Cet après-midi là qui pleuvait l’ennui à seaux versés sur la cité HLM de Bondy-Nord où je vivais, j’ouvris ce livre, calé chaudement sur l’oreiller,   sur un extrait de La promesse de l’aube de Romain Gary. A peine le titre lu, je me sentis emporté dans les profondeurs d’une poésie nouvelle. Mes lectures se bornaient habituellement à Jules Verne, Le Club des cinq ou Bob Morane. Avec cet extrait, j’entrais dans la grande eau de la littérature, et j’en avais pleinement conscience. Ce que je ressentis à la fin de ce grand moment de lecture,  ne fut pas la petite frustration causée par le mot à suivre au terme d’un feuilleton, mais une faim immense qui me prit à l’estomac. Ce livre, j’allais le lire un jour, le dévorer en entier, je me l’étais promis. Il m’ouvrait une immense perspective sur le monde. Les années ont passé, par dizaines, et récemment, au milieu d’un tas de livres épars, je tombe sur lui. J’avais lu maints ouvrages de Romain Gary et de son pseudonyme Emile Ajar, et j’ai une grande admiration pour cet auteur. Mais sans doute par un des effets pervers du Reader’s Digest, j’avais, par le travail du temps et de l’oubli, l’impression d’avoir lu ce récit jusqu’à son terme, et j’en ai oublié ma « promesse de l’aube », celle du petit lecteur qui deviendra un jour, dans l’emmêlement de ses chemins de vie, un écrivain. Et peut-être le suis-je devenu un peu à cause de cette lecture du Reader’s Digest.

Je ressentis immédiatement au milieu de ces pages le même sentiment d’immensité qui m’avait saisi à l’aube de mon adolescence. Mais cette fois-ci, avec un air de familiarité. Immédiatement projeté sur une plage de Big Sur, Californie, je retrouvais une baie que j’arpentais il y a tout juste un an sur les traces de Steinbeck, Miller, Faulkner, Stevenson, Fante ou Kerouac, recevant de plein fouet la puissance frémissante de l’océan Pacifique. Elle s’écrivait sur la page vierge de sable blanc toujours recommencée, ouverte sur l’infini comme un cahier de poésie. C’est en écrivain que je captais alors toute la puissance de ce lieu littéralement enivrant. Mais le lecteur que je suis, emporté par les mots de Romain Gary au milieu des phoques et des oiseaux marins, revivait son enfance attachée à celle de cet auteur dans les reflets dorés d’un crépuscule fermant en la reliure de l’horizon le grand livre du monde sur nos existences si différentes, si lointaines et si proches.

Loto école

In Chronique des matins calmes on 7 octobre 2009 at 9:50

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Scène dans un collège pilote de l’académie de Créteil:

Aubry ! … Présente!… Borloo!…Présent !… Bayrou!…Présent !… Besancenot ! …Présent !…  Boutin !… Présente !…Cohn-Bendit!… Présent!… Delanoë !… Présent !  Debré !…Présent…  De Villepin !… Emmanuelli !… Présent…  Fabius !… Présent !…  Guigou !… Présent !… Giscard d’Estaing ! … Présent !… Hollande!… Présent…  Jospin !… Présent !… Kahn !… Présent !… Lepage !…  Présente !… Le Pen !… Présente !… Mammère !.. Présent !… Mitterrand !… Présent !  Royal !… Présente !… Sarkozy !… Sarkozy !…. Sarkozy… !

–         Absent, monsieur

–          Comment absent ?  Encore absent ! Si ça continue, on n’ira pas au match du Paris Saint Germain.

–         Il dit qu’il s’en moque, monsieur.

–         Comment il s’en moque ?

–         Il préfère rester à la maison jouer au loto en ligne et aux paris sportifs. Ca rapporte plus que l’école. D’ailleurs, il dit qu’il n’aime pas le football

–         Mais il parie sur des joueurs.

–         Les joueurs, c’est que de l’argent

–         Et sa classe, et son équipe ? Il y pense ?

–         Il dit qu’il s’en moque, monsieur. Chacun pour sa pomme qu’il dit, monsieur. Il veut jouer plus pour gagner plus.

–         Et son avenir ? Il pense à son avenir ?

–         Ben oui, monsieur, il dit qu’il veut être Président de la République

–         Eh bien alors ?

–         Eh ben, il dit que l’école ça sert à rien, que pour être président il suffit de savoir tchatcher.

–         Tchatcher ?

–         Oui, tchatcher, parler plus vite et plus fort que les autres, ne pas leur laisser le temps de répondre, s’agiter et faire croire qu’on sait tout quand on ne sait rien. Ca s’apprend pas à l’école, surtout pas.

–         Ca me laisse sans voix

–         Eh ben, on peut partir maintenant, si vous n’avez plus rien à dire

–         Partir ?

–         Oui, de toutes façons, ça sert à rien de rester, vu que Sarko il n’est pas là, on n’a aucune chance de gagner les billets pour le match. Et nous aussi, on veut être présidents.