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Posts Tagged ‘Toussaint Louverture’

Toussaint Louverture, le film

In En chantier on 6 mai 2011 at 1:53

A quelques jours de la date de commémoration de l’abolition de l’esclavage, je suis allé faire un petit tour sur le tournage du film Toussaint Louverture (Production France télévisions et Eloa Productions).

Film au scénario duquel j’ai collaboré et dont les droits de mon livre Toussaint Louverture (Folio/biographie) ont été achetés par la production.

Voici en quelques photos l’ambiance bon enfant de ce tournage prises au château d’Ambleville. Le film devrait être diffusé courant 2012.

Hubert Koundé alias Dessalines

Stany Coppet alias Général Rigaud

Jimmy Jean-Louis alias Toussaint Louverture




cocaphonie en anachronie (province d'utopie)

Repos du guerrier

Pensées pour Haïti

In Chronique des matins calmes on 13 janvier 2010 at 3:52

J’étais en grande conversation avec Toussaint Louverture auquel une importante chaîne de télévision française souhaite (enfin) consacrer deux longs téléfilms (dont je suis en train de coécrire le scénario), lorsque j’ai appris la catastrophe dont est victime son pays, Haïti. Haïti qui vient tout juste de célébrer, ce 1er janvier, le 206e anniversaire de sa naissance en tant que première république du monde occidental dite noire et indépendante.

Haïti devenue malgré elle le symbole universel du malheur de la condition humaine. Haïti, anciennement pays de cocagne et grenier de la France, dont les sillons fertiles se creusaient des coups de fouets sur le dos de l’Afrique. Haïti à laquelle Toussaint Louverture a relevé la tête, refleuri les vergers, offert la corne d’abondance et qui, malgré l’acharnement haineux d’un petit corse au grand bicorne terrassé sur terre noire par un petit homme à tête de Maure ceinte de madras, fut le premier pays réel de cette liberté universelle dont avaient rêvé tant de philosophes.

Haïti, jadis paradis sur terre, refleuri après l’incendie puis tourné en enfer. Enfer non par le fait d’une utopie déréalisante mais  par la trahison d’une utopie en marche. Trahison fomentée par ceux-là mêmes qui à l’ombre du bicorne couvrant l’arène d’une liberté conquise, affutaient les banderilles sur le sang séché noir d’un rêve mort-né.

Banderilles comme longs tuteurs d’une liane envahissante qu’on appellera libéralisme. Une liane vivant comme toute liane sur l’arbre qu’elle étouffe.

Haïti pleure encore sur le ventre tremblé de sa terre, de la terre mère de liberté et d’espérance de ce peuple nouveau-né, né dans les spasmes.

Dans ma Guadeloupe natale, j’entendis rire juste après l’ouragan Hugo. On racontait qu’après avoir dévasté Cuba, Sainte-Lucie, la Dominique et la Guadeloupe, mais épargné Césaire, le cyclone s’approcha des rivages d’Haïti, et regardant le paysage, il se dit : « Suis-je bête, je suis déjà passé par là ».

Oui, on rit après l’ouragan comme on rit parfois en son œil. Un rire secousse, frottement et mélancolie comme une biguine. Un rire existentiel. Et ce rire là se lève dans l’explosion florale des flamboyants, des hibiscus et des bougainvillées comme une manière de pied de nez à un cyclone au dos tourné. Au cœur même de l’ouragan, ma grand-mère réfugiée chez ses voisins voyant Hugo soulever une à une les pauvres tôles de sa vieille case s’amusa : « Il l’aime, un peu, beaucoup, passionnément… »

La nature est stoïcienne et le stoïcisme philosophie de la nature, car son principe est dans la grâce, autrement dit la liberté inaliénable de l’homme comme la nature en son moment de surgissement. Instant insaisissable qui rit de celui qui entend le soumettre par le corps supplicié.  C’est le rire moqueur d’Epictète, élève de Rufus (cela ne s’invente pas) qui dit, esclave, à son maître qui lui écrase la jambe dans un outil de torture : « Maître, tu vas la casser ». Une fois la jambe cassée : « Je te l’avais bien dit. » Ce rire là, c’est la force de l’instant, moment d’éternité de toute liberté et de son expression. Cette force là s’exprime chez l’homme dans toutes les terres tremblées et secouées, depuis la Californie où naquit le « flower power », passant par les Antilles où se dit en riant : « demain est un couillon », puis ceinturant la terre jusqu’au Japon où le seul Zen et son instant d’éternité défie d’avance tout tremblement de terre. Le maître Zen est l’homme qui rit.

Et cependant, Haïti ne rit pas. Cela sans doute parce qu’on ne peut l’imaginer Sisyphe heureux, pour parodier Camus. La roche qu’elle roule n’atteint aucun sommet car son sommet est derrière elle, sa liberté volée. Volée par ses élites mêmes qui l’ont trahie en se revendiquant de la lignée des grands libérateurs, comme d’aucuns aujourd’hui se revendiquent de Jean Jaurès, ou le libéralisme de la liberté. Et comment rire lorsque la vie est derrière soi et la douleur devant. Les zombis ne rient pas.

Mais l’Haïtien est un beau peuple et Haïti une belle nation. Elle garde en elle cet essentiel qui fait sa force : la puissance d’espérance.

Alors, après ce tremblement de terre comme après l’ouragan, elle peut encore nous dire en reprenant les mots de Toussaint Louverture: « Vous avez arraché l’arbre de la liberté mais il repoussera par ses racines car elles sont profondes et nombreuses. »

NOIR, dernier ouvrage contre écran noir

In 2- Publications on 28 mars 2009 at 4:14

9782351760710A l’heure où Yazid Sabeg, commissaire à la diversité et à l’égalité des chances va présenter à Nicolas Sarkozy son rapport concernant notamment les statistiques ethniques auxquelles il est favorable, et les dispositifs pour la discrimination (raciale) positive dont il est devenu le chantre, à l’heure où le CRAN (le soi-disant comité représentatif des associations noires – qu’est-ce qu’une association noire ? et en quoi en est-il représentatif ?- ) pose son écran noir sur la nuit blanche et surfe à contrepied et contretemps sur l’écume mal contrôlée de l’élection d’Obama, je sors mon cran d’arrêt. Il a pour nom NOIR, sous-titré de Toussaint Louverture à Barack Obama. C’est un essai sur la question noire édité par Galaade dans la collection auteur de vue (c’est le second ouvrage de cette collection qui fut récemment baptisé par l’ouvrage à quatre mains d’Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau joliment intitulé L’intraitable beauté du monde). J’y démonte méthodiquement la mécanique de la couleur pour aider à remettre les pendules à l’heure afin que la couleur du temps ne se lise pas seulement sur la Rolex de notre président bling-bling. C’est mieux et moins cher qu’une Rolex (8 euros) si on a peur, avant l’âge de 50 ans d’avoir raté sa vie. Parution le 9 avril. Avril, ne vous découvrez pas d’un fil…de pensée.

Et comme un bonheur ne vient jamais seul, quelques jours plus tard sortira mon ouvrage intitulé Marianne et le mystère de l’Assemblée nationale où la petite héroïne de l’histoire de l’esclavage, raconte aux petits et grands à travers une de ses aventures oniriques (un polaroïd bizarroïde un peu burlesque qui renvoie de l’autre côté du miroir) le fonctionnement, l’histoire, la structure, l’esprit et les couloirs de l’Assemblée nationale. Une autre manière de remettre les pendules à l’heure de la démocratie décidément bien agitée sous les giboulées. Une coédition Gallimard-jeunesse/Assemblée nationale. Collection Giboulées (justement). A paraître le 25 avril.

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Le cimetière des éléphants

In Chronique des matins calmes on 29 août 2008 at 9:05

A Denver, la nomination de Barack Obama comme candidat officiel du parti démocrate à la présidence des Etats Unis, est en train de reléguer la France, ex-pays colonial n’assumant pas son passé, au rang de vieille puissance recroquevillée sur elle-même, incapable de renouveler ses élites à l’image de sa réalité. Il pourrait fort bien y avoir en novembre prochain un homme noir président des Etats Unis alors que la France, bardée de surdiplômés originaires de ses ex-colonies, est même incapable, à part quelques exceptions notables, d’offrir à ces gens là les postes de responsabilité qu’ils méritent, à hauteur de leurs compétences. Paradoxe d’une république qui se targue de méritocratie. (Quel mot affreux !). Aujourd’hui, j’ai envie de crier, parodiant JF Kennedy à Berlin : « Je suis Américain ». Et je suis certain qu’une grande partie du monde a envie de le crier avec moi. Oui, avec Obama Président des Etats-Unis, c’est la face du monde qui en sera changée. C’est une révolution dont il s’agit. Les Etats Unis, pays éminemment capitaliste, sont en passe d’élire à leur tête le représentant de ceux sur la souffrance desquels le capitalisme s’est développé. Car il n’est plus un secret pour personne que le capitalisme s’est fondé sur le commerce triangulaire, sur la traite des noirs. Obama a de commun avec Toussaint Louverture qu’il a compris que pour changer l’histoire, il faut dépasser le piège de la couleur dans laquelle les noirs et la négritude furent enfermés. Comme le pensait Toussaint Louverture, la liberté des noirs, ne peut s’entendre sans celle des blancs. C’est là un saut qualitatif qui ravale au rang d’absurdité le fameux concept de deuxième terme du matérialisme historique : la dictature du prolétariat qui eut pour avatar aux Etats-Unis le fameux black power. C’est aux Etats-Unis que se fait la marche de l’histoire comme, c’est dans la banlieue qu’elle se prépare. C’est clairement ce que m’ont dit à Los Angeles ces cinéastes noirs américains qui voient dans le 93, le lieu où « ça » se passe. Mais aujourd’hui, les socialistes et communistes ouvrent tranquillement leur université d’été. Drôle de pays où il n’existe qu’une seule race d’éléphants : les éléphants blancs. Laissons les danser sur leur puissance, laissons les s’entre admirer de leur mémoire arrogante qui ne voit le présent que par la trompe du passé, et fermons derrière eux les portes du cimetière des éléphants.

« Toussaint Louverture » chez Gallimard

In 2.3- Romans on 1 février 2007 at 4:02

toussaint-foix.gif« En me renversant, on n’a abattu que le tronc de l’arbre de la liberté des Noirs ; il repoussera par les racines parce qu’elles sont nombreuses et profondes. »

Né sur l’île de Saint-Domingue, Toussaint Louverture (1743-1803), esclave affranchi, fit fortune grâce à la culture du café. Prenant la tête de l’insurrection contre la tutelle française lorsque éclate la Révolution de 1789, il est nommé général en chef puis prend le titre de « gouverneur général à vie » après avoir décrété la liberté de la colonie. Arrêté sur ordre de Bonaparte, il est déporté au fort de Joux, dans le massif du Jura, où il meurt le 7 avril 1803. Moins d’un an plus tard, l’indépendance de Saint-Domingue est proclamée. Prenant le nom créole d’Haïti – ce qui signifie pays montagneux -, l’île devient alors la première république noire de l’histoire du monde.

Toussaint Louverture
Biographie par Alain Foix
336 pages, Collection Folio biographies (No 29), Editions Gallimard, 2007
Prix : 7,70 euros

Toussaint Louverture est actuellement sélectionné parmi les 3 finalistes du GRAND PRIX DE LA BIOGRAPHIE POLITIQUE. Résultat le 11 novembre au Touquet.