Réponses à Serge Guichard

A propos du débat qui a eu lieu samedi au café philo AUTREMENT sur le thème de la discrimination raciale, un correspondant, Serge Guichard du Réseau International Frantz Fanon (collectif de chercheurs français et étrangers), me pose ces deux questions auxquelles je réponds:

 

1. Vous dites « contre la discrimination raciale » ? Pourquoi pas « contre les discriminations racistes ? » Pour ma part j’ai toujours du mal à manier, dans ce type de phrase les mots « discriminations raciales je leur préfère les mots « discriminations racistes »… si les races n’existent pas, le racisme lui, existe trop et trop souvent de manière insidieuse.

 

Cher Serge, je crois qu’on ne peut pas dissocier la notion de race du racisme lui-même. La science nous a prouvé que les races n’existaient pas. Ce n’est qu’une pure construction mentale née au XIXè siècle avec les philosophies positivistes, l’usage romantique du concept de génie des peuples, et la naissance de l’anthropométrie basée sur la mesure des crânes et des faciès à laquelle ont collaboré des savants comme Lavater (et sa fameuse physiognomonie), Cuvier (le fameux empailleur de Saartjie Baartman dite La Vénus Hottentote. Voir mon roman Vénus et Adam), ou encore Virey (Histoire naturelle du genre humain-1801-), et bien d’autres savants d’une pseudo science, acoquinés au pouvoir napoléonien et serviteurs zélés d’un commerce colonial caractérisé par sa rapacité. A la pensée et aux écrits vont s’associer des images qui vont servir à la dégradation et la dévaluation (j’utilise ce terme à dessein, puisqu’il s’agit d’ échanges et de masses financières) de la peau du noir et par extension du colonisé. Tout cela est basé sur le fait de la traite esclavagiste comme fondement même du capitalisme moderne qui alors prend son essor.Nicolas Bancel historien des colonies, montre bien ce fait, notamment dans un remarquable ouvrage illustré intitulé Images et Colonies.Donc naissance de la discrimination raciale par la naissance du concept moderne de race. Mais évidemment, la discrimination a toujours existé, mais sur la base d’autres marqueurs, d’autres discriminants et on ne peut tout confondre sinon on se perd dans ses combats.

 

 

2. Il me semble évident que la connaissance et l’analyse des discriminations racistes, notamment les discriminations à la couleur de peau, sont largement insuffisants. Les outils de la connaissance doivent être approfondis, les moyens doivent en être donnés, créés si nécessaire.Pour autant je suis réticent aux « statistiques « ethniques ». Comment faire?

 

   Cher Serge, je suis tout à fait hostile à toute mesure quantitative de l’homme. L’humain n’est pas quantifiable. Surtout  pas à partir de données qualitatives, donc subjectives, renvoyant à l’apparence, au phénotype et à sa part animale. Le quantitatif en ce domaine est gros de l’inqualifiable. La notion de statistique ethnique replonge dans la même eau putride qui a fait naître le racisme : la mensuration de l’humain. On ne peut lutter contre le diable avec ses propres armes. Que faire ? Mais tout ! L’éducation, la culture, le réinvestissement de l’histoire écrite par les colons et les dominateurs.De nouvelles dramaturgies créant de nouveaux personnages et héros modernes. Mais surtout, la lutte contre les inégalités sociales qui sont la première source des discriminations et du racisme.

 

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