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E finita la commedia

In Chronique des matins calmes on 2 décembre 2007 at 2:20

Quel plus bel hommage pour un auteur que des comédiennes en pleurs saluant les spectateurs et venant l’arracher de l’ombre protectrice de la salle pour l’obliger à saluer sur scène avec elles. C’était hier soir, au Lucernaire, le soir de la dernière. Cette irruption subite, incontrôlée, de longs sanglots, ce n’est pas mon ego qui s’en est abreuvé. Je n’ai pas affaire ici à des gonfleuses d’ego, et c’est cela qui au fond m’a touché. Elles pleuraient de bonheur et de tristesse mêlées. Le bonheur d’avoir pu tant donner d’elles, être allées chercher chaque soir pendant six longues semaines toutes les ressources pour donner corps et vie à chacun de leur personnage. « Ce sont des lionnes, des combattantes, des guerrières » m’a dit Antoine Bourseiller qui sait de quoi il parle du haut de ses 77 ans et de ses 50 ans de théâtre. Ces guerrières là en pleurs, pleuraient aussi la fin d’un combat. Elles se sont battues corps et âme pour un texte, un texte qui parlaient d’elles et qui les transcendait. Leur donnait à donner. Toutes ces larmes qu’elles avaient arrachées aux spectateurs tout au long des soirées, elles leur restituaient sur scène. Grand moment d’émotion qui signait la fin d’un combat mais promettait d’autres combats. Ne serait-ce que pour ça, ne serait-ce que pour elles, je me battrai pour que cette pièce se joue encore et leur permette sur scène de vider leur vie et la remplir encore. Qu’est-ce le théâtre sinon de la vie partagée ? Pas un loisir, pas un divertissement mais une confrontation sur l’exigence du sens, un frottement d’épiderme dont personne ne sort indemne. Je suis heureux que mon texte, écrit dans la solitude propre à l’écrivain, mais confronté au corps scénique des acteurs, mâché et remâché, manié et remanié pour donner vie aux mots dans les bouches et les gestes qui les portent avec tant de plaisir, ait provoqué des moments si forts de partage entre acteurs, entre acteurs et spectateurs, entre spectateurs eux-mêmes.

A côté de Marie-Noëlle Eusèbe qui jouait Gerty Archimède, Sonia Floire qui jouait Angela Davis, Mariann Matheus qui jouait sœur Suzanne, il y avait le somptueux comédien et musicien Alain Aithnard qui jouait tous les rôles masculins et accompagnait les scènes de ses guitares. Son œil était humide, mais son sourire mutin et ses facéties, masquaient savamment son émotion. « Nous les hommes, on n’est pas éduqués pour pleurer ainsi » me fit-il remarquer comme à regrets. Il a cette présence discrète et forte qui est le signe des amis fidèles. Un homme ami par excellence. Tout au long de ces semaines, il fut l’ami des comédiennes, de l’auteur et du metteur en scène, passant le baume de ses sourires et de ses mots sur les frottements d’épiderme. Une troupe est née ici, troupe éphémère peut-être mais troupe quand même, autrement dit une société. Société de théâtre qui n’est rien d’autre que la pure extraction d’une société dans son ensemble, constituée autour d’un texte à renvoyer à toute la société. C’est pour cela, que m’arrachant de l’ombre pour me mouiller sous les spot-lights de tous leurs pleurs, ils voulaient signifier non seulement une reconnaissance, mais surtout que l’auteur de théâtre fait partie intégrante de cette société vivante.

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