La critique de Marie-José Sirach (L’Humanité)

le 14 octobre 2008

CULTURE

Shakespeare à l’aide !

Comme une incantation, une prière qui se perdrait quelque part entre enfer et paradis, un no man’s land de bric et de broc où errent des personnages shakespeariens… Ainsi « Le ciel est vide » d’Alain Foix peut-il s’entendre, comme un aller-retour sans fin entre hier et aujourd’hui, entre Shylock, le juif, et Othello, l’Africain, une histoire à vocation poétique et philosophique. Dialogue parfois impossible quand il devient seulement quantitatif – mon peuple a plus souffert que le tien – pourtant jamais inaudible puisqu’Alain Foix, l’auteur de ce texte, ose regarder dans les yeux l’indicible, l’impensable qui de nos jours encore resurgit par bribes, par le truchement de coups d’éclats d’un comique qui parfois oublie de l’être. Alors Alain Foix ressuscite ces deux êtres qui cohabitent depuis quatre cents ans quelque part au creux de notre mémoire pour évoquer l’altérité. Philippe Dormoy et Hassane Kouyaté se lancent à corps perdu dans cette joute verbale flamboyante marquée par les stigmates du temps et de la vie. Ils endossent les habits de leurs personnages avec une conviction sans faille, en même temps que ceux de la sagesse que leur confère le temps de l’histoire. Comme tout un chacun en ce bas monde, ils vivent avec leur propre fantôme : Jessica pour le marchand de Venise, Desdémone pour le guerrier impétueux (respectivement Anne Azoulay Morgane Lombard). Elles ont trahi, ont été trahies et la question de la culpabilité et du pardon brouille leur présence. Il faudra que Shylock et Othello s’amendent de leur geste pour qu’enfin la rencontre puisse avoir lieu. La mise en scène de Bernard Bloch est d’une sobriété à l’épreuve du texte. Une longue table dressée au milieu de la scène autour de laquelle tout se joue, se dit et se défait. On s’interpelle, on se dispute, on se réconcilie. Des images, des voix – célestes – s’élèvent non pour conjurer le mauvais sort mais pour redire encore l’histoire. Pour qu’elle ne se répète pas.

Marie-José Sirach

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