Double ration de croquettes!!

Ma chatte Kiara
Ma chatte Kiara

Le chat est le meilleur ami de l’écrivain. Je l’ai vérifié cette nuit lorsque ma chatte m’a réveillé en poussant de drôles de miaulements m’avertissant de la présence d’intrus dans la maison. Une vraie oie du Capitole. J’ai ainsi sauvé in extremis mon pc portable que, dans leur fuite, les voleurs ont dû abandonner. J’ entends d’ici frémir, mes amis écrivains. Documents, roman en cours, pièces de théâtre et textes divers, envolés en un instant dans un ordinateur et son disque dur externe. Catastrophe déjà survenue il y a quatre ans dans les mêmes lieux. L’horreur ! Oui, bien sûr, les inconditionnels du papier à gratter et de l’encre à mouches et à pâtés auront beau jeu de hausser les épaules. Ce n’est pas à eux qu’une telle mésaventure peut arriver tant qu’il y a du papier et que Wall Street en flammes n’a pas brûlé son cours. Je les comprends. Ce sont d’ailleurs parfois les mêmes qui stigmatisent l’usage des nouvelles technologies et leur irruption sur nos scènes de théâtre. Je les comprends aussi tant il est vrai que le bois, les planches, le papier, sont le socle essentiel de l’écriture et de la voix qui se porte au théâtre. C’est vrai aussi que le silex fait du feu. Mais comment dire ? J’ai l’impression qu’il n’est pas de la même nature que celui qui sort de mon briquet et allume ma cigarette. Une perte de sacralisation mais le gain d’autre chose. Disons que le sacré s’est déplacé. J’écris bien avec mon temps lorsque je prends une feuille de papier ou pianote sur mon ordinateur, mais ce n’est pas le même temps et pas exactement la même écriture. C’est-à-dire que la manière dont j’écris me fait saisir le temps différemment. Pourquoi ai-je choisi l’ordinateur plutôt que le papier ? Pas seulement par fainéantise. C’est parce qu’en écrivant je suis en connexion avec la rumeur immédiate du monde. Parce que mes doigts sur le clavier jouent une espèce de musique. J’écris dans un rythme et un espace mobile. J’écris sur une mémoire qui danse une gigue en gigas dans ma bibliothèque personnelle qui fait tapis sous mon nouvel écrit. J’écris et reçois en même temps par une fenêtre (window en anglais) qui me regarde (un peu trop parfois), mon regard extérieur (outlook). J’écris dans une maison ouverte au monde avec sa boite de déception qui me fait réagir. Et comment dire ? Lorsque j’ai cru un instant que les voleurs avaient encore dérobé l’ordinateur, j’ai bien-sûr pleuré immédiatement mes documents envolés, mais aussi tous mes contacts. Je me suis senti comme nu et moins vivant.

Vivant, voilà le mot. Je vis parce que je partage au jour le jour, je communique, je reçois des écrits du tout venant mais aussi d’amis écrivains. Ce même sentiment de vivre en plus puissant, plus réel et plus charnel que j’ai ressenti il y a quelques jours à Timisoara avec mes amis écrivains du réseau international FENCE. Jours de fête, rires, embrassades, bonne chère, bon vin, lectures, critiques de textes, écritures improvisées, juste pour l’immédiat du temps partagé. Partage, échange, potlatch dans une communauté ouverte et informelle où nous sommes tous si différents et si semblables. Où l’écrit est le cœur de la relation. Tout cela au milieu d’un festival de dramaturgie roumain où des metteurs en scène de renom s’emparent de textes d’écrivains vivants, jeunes ou moins jeunes devant un public pléthorique. Non, pas un rêve. C’est du réel. Ecrire, c’est aussi interagir, c’est-à-dire vivre. Mon ordinateur m’offre virtuellement et réellement cela.

Les policiers venus faire le constat chez moi m’ont dit : « Vous avez une belle maison, dommage qu’elle soit à Bondy ». Où ai-je déjà entendu cela ? Bien-sûr, mais c’est bon sang! C’est au sujet de la MC 93. On songe à la remplacer par la Comédie Française. C’est vrai que ça, c’est du solide, du compact, du silex, de l’essentiel. Du centre dans la périphérie. Pourquoi pas si la périphérie changeait le centre.

J’ai bien songé cadenasser ma maison trop ouverte et en faire un bunker. Mais alors, serais-je encore le même ? Est-ce moi qui fais ma maison ou elle qui me fait ? Histoire de l’œuf et de la poule ? Je crois en fait qu’il y a interaction, que nous écrivons ensemble sur un espace, un territoire. Ma maison est aussi ce territoire. Le feu que j’y allume n’est pas le même qu’ailleurs. Une question d’écriture. Une question de vie. L’écriture est le centre quelque soit le média. Un centre qui se décentre et se transforme en fonction du média mais qui y fait sa loi. Parce que l’écriture, c’est la vie et la vie le mouvement. Alors, pourquoi pas mettre de la vie dans la MC 93 et y installer de l’écriture, des auteurs vivants ? Alors qu’importe le flacon, pourvu qu’il y ait l’ivresse. C’est ça que m’a soufflé mon chat.

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