alainfoix

Du yaourt comme identité

In Cahiers de Californie on 28 juillet 2008 at 4:33

Chroniques hollywoodiennes (2)

5h 45. Hollywood semble m’avoir abonné à cette heure de réveil. Je m’observe du coin de l’œil. J’ai l’air léger, même pas chagrin, réveil d’enfant, réveil gourmand, le ventre derrière les yeux, des yeux qui vont chercher derrière la porte de cet énorme frigo américain, le gigantesque pot de yaourt que je me suis offert hier au supermarché, gros comme un enfant nouveau-né. Au diable la petite cuiller, je vise la demi-louche et me ravise. Soyons sérieux, cette grosse cuiller à soupe fera l’affaire. Je sens que je prends une sacrée revanche, moi qui ai toujours pesté contre la petitesse des pots de yaourt, qui n’ai jamais su les manger à l’unité et qui pense que, comme les seins selon Woody Allen, ils font partie des choses qui se gobent par deux. Oui, revanche d’un grand contre les petits. Je me suis toujours demandé pourquoi les pots de yaourt étaient si petits. Ma réponse est que ceux qui les vendent savent pertinemment qu’on ne peut les manger que par deux unités minimum, mais que les consommateurs français sont éduqués à avoir les yeux plus petits que le ventre. Ainsi on vend une idée : l’unité du pot de yaourt, mais on encaisse une réalité : un pack dévasté quotidiennement dans le frigo. Je viens d’un pays où le petit est la norme et le grand l’exception et j’arrive ici, en Californie où c’est exactement l’opposé. Ici, les grands ne se sentent pas suspects. Pourquoi de Gaulle le géant (donc éminemment suspect par nature) fut-il élu par les Français mangeurs de yaourts à l’unité ? Serait-ce parce que c’était l’exception qui délivrait de la suspicion dont on s’était par trop gavé pendant l’occupation ? Espèce de catharsis qui délivre du mal par le mal ? Donc, si je me suis bien, le pot de yaourt français serait le symbole de la résistance française contre l’invasion des Goths, Teutons et Bulgares, ogres dévoreurs de lait fermenté? Tiens ! Le soleil se lève sur Hollywood et tout à coup, je me sens fatigué. Je me demande pourquoi. Je pense à mon panama oublié à la maison. J’aurais dû me méfier du soleil californien. Déjà 6h 30 ! Il est grand temps de faire la sieste.

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