Death Valley

Je suis saisi d’américanité galopante. Saisi comme un de ces œufs qu’on peut faire cuire à même le capot d’une voiture dans la fournaise de cette Vallée de la mort aujourd’hui traversée. Saisi par cette chaleur invraisemblable qui vous enferme dans le cocon climatisé de votre véhicule, par ce vent brûlant du désert qui fait rouler d’ardents buissons et hurler les coyotes dans l’étonnante immensité de paysages grandioses et tourmentés, d’une beauté sidérante. Par cette lumière qui peint finement ses aquarelles sur cette terre sèche, par ces pastels qui vous confondent, d’une beauté à pleurer, par la tendresse inattendue de verts bosquets jaillissant çà et là de la brutalité des ocres rouges et jaunes et du noir rutilant d’abrupts rochers taillés par la serpe d’un géant. Saisi par le chant d’un ruisseau surgi comme le son d’un crotale au milieu de pierres sèches, un chant qui en appelle aux oasis comme des échos d’éden au milieu de l’enfer. Je roule, je roule et je suis avalé par la beauté des pierres, je suis cristallisé. Une beauté désespérante comme ce ciel bleu où est saisi un nuage blanc gobé par cette incandescence. Il semble comme épinglé ou attaché à son ombre stationnaire qui a dessiné sa tache sombre sur le moutonnement des buissons vert argent. Je suis saisi, je suis hypnotisé et emporté par cette route brûlante, serpent sans tête sinuant lentement qui me conduit, m’impose sa certitude, tous ses avertissements, ses commandements et son épine dorsale d’un jaune sans appel et sans écho au milieu d’une palette infinie de couleurs, de formes et de lumières sans cesse changeante comme autant de mirages. La route ma seule certitude et ma voiture ma seule garantie. Tous les guides le disent et la route vous prévient : jamais sortir de son tracé, jamais s’aventurer trop loin de sa voiture. Tout semble ici possible. Toutes les beautés, toutes les horreurs. Tout peut surgir comme un puma au détour d’un rocher. Ce monde là où planent les vautours et les esprits indiens semble tout imprégné de vapeurs de mescal ou de petite fumée. Il vous porte d’enthousiasme et même d’hilarité, mais il est taillé dans l’étoffe des rêves et des métamorphoses. A l’instar des nuages étirant leurs sourires dans un ciel si serein, il peut à tout moment grimacer un cauchemar. J’ai ma casquette bien vissée sur ma tête et mes lunettes noires qui protègent mon regard. Est-ce un jeu ou une nécessité imposée par la lumière, par la chaleur et le soleil ? Sans doute les deux. Je sens néanmoins que je ne puis aisément les quitter, ils m’offrent au moins un sentiment de sécurité, ils pèsent et donnent du poids à ma réalité et ils m’accrochent à l’ombre dans ce jour versatile. Ce jeu est aussi forme de ma réalité. Je suis saisi d’américanité galopante.

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