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Ici commence le vrai monde des poètes

In Cahiers de Californie on 10 août 2008 at 6:32

De longues lignes noires de motos rutilantes accrochées au trottoir comme des files d’hirondelles à la tombée du soir, comme ces masses d’otaries sur ces gros rochers noirs. Un vol de pélicans en escadre et en V, le ventre lourd et rond comme des B 52, paradent au-dessus des vagues, menaçants bombardiers, la grâce et la puissance.

Au pays des Harley, des motards massifs, des Anges de l’Enfer, s’accrochent aux cornes immenses de taureaux de métal, roulant en masse, en muscles, vers le soleil couchant de la Cité des Anges jusqu’à San Francisco.

Tout vole, tout roule, tout nage, tout marche en escadres ou dispersé dans cette immensité, mais se rassemble sur la plage, au beau milieu des champs, sur les rochers ou dans les bars, en masse compacte et resserrée. Tout est mouvement et tout est poids, tout est puissance et tout est gras. Un bonheur hébété s’étale sur le sable à regarder, enfants sans âge au pays de Dysney, sur l’horizon le film d’une vie passer.

J’ai pris la route vers le nord en quittant Los Angeles. J’ai pris la route numéro 1, la route mythique, et je suis on the road. J’ai fait un détour au Danemark, à Slovang, et j’ai mangé des apfel strudels, j’ai vu des moulins bleus et j’ai vu des autruches, j’ai vu la petite sirène et j’ai vu Andersen et au théâtre Hamlet toujours, toujours, toujours adolescent au milieu des fantômes. Cette ville n’est pas fantôme, mais un rêve du Danemark ressuscité au pays des Indiens. La France conserve, réhabilite et l’Amérique reconstitue. Quelque chose de pourri au royaume de Danemark ressuscité ici ? Peut-être bien, mais tout paraît si vrai tout en étant si faux. Les gens y vivent, de vrais Danois venus ici en l’an 1911. Ici le faux-semblant est vrai et l’authentique est toc. C’est un jeu à jouer, un rêve à rêver jusqu’au bout. Chacun a son milieu, chacun a sa réserve, comme les Indiens et les Danois et les autruches. Chacun la tête dans son tas de sable. Et les Chinois et Japonais, toujours là, toujours là, en masse comme les Français et comme moi-même le Nikon sur le ventre ou l’objectif sous la visière à fixer pour l’éternité ce rêve du Nord imposant sa réalité. Ici le monde n’est pas une sauce créole, mais une soupe populaire, une soupe de Tout-monde qui a pris en grumeaux.

Plus loin, au nord, de l’authentique en vrai, la mission de Purisima juste avant Obispo, un vrai décor pour Sergio Léone avec ses vrais cow-boys et ses vrai mexicains venus en groupe pour un mariage authentique, mexicain. Un mariage pour la vie avec plein de natifs partout. Drôle d’impression d’être dans le vrai décor d’un rêve de cinéma.

Et puis cette côte découpée, ce brouillard qui monte sur la mer ces masses de sommets découpés dans le soleil blafard couchant dans ses draps blancs d’horizon. Nous sommes à Cambria. Ici commence le vrai monde des poètes.

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