Qui es tu San Francisco?


Qui es-tu San Francisco ? Je te questionne et tu me jettes au visage ton puzzle multicolore et te couvres de brume, et ton Golden Gate Bridge, arc en ciel de métal posant ton auréole tout au bout du Sunset, se cache sous les nuages abandonnant son empire d’horizon à cette affreuse grimace, cette verrue sur la mer qui a pour nom de sinistre mémoire la prison d Alcatraz. Je t’ai parcouru de part en part, depuis Union Square et le quartier chinois, ai traversé Haight-Ashbury, ton ancien quartier de hippies aujourd’hui couvert de bobos faisant commerce de pacotille de ce qui fut autrefois une pensée et un mode de vie. J’ai bu le thé servi par des pseudo geishas en robes traditionnelles au milieu de ton tea garden japonais, et parcouru un de tes parcs immenses où se situe ce beau musée de Jong que j’ai préféré pour commencer au Moma. Et puis j’ai vu tes pauvres jetés sur tes trottoirs opulents et arrogants, noirs pour la plupart, tes nuits frivoles, tes bars festifs, tes défilés de mode et ton clinquant. Demain, je prendrai le bateau et passerai sur le Golden Gate Bridge pour t’embrasser depuis la mer avec un recul nécessaire, puis monterai tout en haut de ta tête, aux Russian et Nob Hills, pour plonger de très haut sur ton identité Mais je sais déjà que je ne saurai pas plus sur toi qu’une femme sur qui on lorgne au passage du décolleté généreux. Du reste je sais bien qu’il est illusoire de vouloir saisir le vrai visage d’une ville en si peu de jours. Je ne suis pas de ces voyageurs collectionneurs qui s’illusionnent de leur regards et qui se « font » des villes comme ils disent : « j’ai fait Hong-Kong, New-York, Moscou… ». Se faire une ville comme on se fait une pute. Et sincèrement peut-on d’ailleurs se faire une pute si on n’est pas soi-même déjà fait ? Fait comme un rat, comme ces rongeurs de dépliants touristiques, modernes tapettes pour rats des villes.

San Francisco, je te connais à peine, et déjà tu m’exaspères. Il est des villes comme des humains qui se laissent saisir d’un regard, même s’ils savent garder le mystère derrière ce qu’ils offrent au premier coup d’œil. Tu es d’une autre nature. Tu joues un jeu et tu minaudes comme le premier travelo venu. Oui, tu es une ville qui joue, et ce jeu semble faire partie de ta personne même. Tu joues ta vie comme une adolescente. Comment une ville jeune comme toi, enflammée en 1848 par la fièvre de l’or et fortifiée sur le tissu du jean de Levi-Strauss, peut-elle être autre qu’adolescente. Tu es une adolescente qui a grandi trop vite, mal dans un corps trop grand pour toi qui te vis encore un enfant, toi qui es une mégalopole alors que tu te voudrais encore village. Alors tu joues. Tu joues à ce que tu n’es pas, avec la grâce, la fougue, la sincérité d’une lolita. Tu m’agaces San Francisco et me séduis. Tu as dans ta frivolité la profondeur de ceux qui dansent leur vie sur un volcan. Toi, tu danses sur la faille de San Andréa avec frénésie et indolence. Tu sais qu’à tout moment l’océan peut te reprendre aussi vite qu’il t’a conçue dans un des ses violents coïts avec la terre qui se frotte sous lui. Quelle autre ville sait mieux que toi dans l’univers la fragilité de notre présence ici-bas? Peut être autrefois la frivole Pompéi dont les amants enlacés furent saisis sur le vif par la main léthale de la terre.

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