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La robe de Marylin

In Pas de catégorie on 17 août 2008 at 8:18

A San Francisco, cité des quatre vents, les robes des filles s’envolent comme celle de Marylin Monroe qu’on trouve en effigie et en icône dans bien des bars et des vitrines de magasins. Cette légèreté des robes au vent est à l’image d’une ville qui monte, qui monte, qui monte, tout en rondeurs. Une immense crinoline habillant les collines, que trousse un vent fripon. Une crinoline, une robe mécanique. A y regarder de près, cette robe de Marylin n’est soulevée que par la grâce d’une machine, une rame de métro, symbole très phallique, qui souffle l’expression de sa force, de sa puissance, de sa vitesse par une bouche d’aération ouverte bien opportunément sous les dessous de l’éternel symbole féminin. Féminité ici confrontée à la machine, à la modernité et magnifiée par elle. Et si San Francisco était cela, finalement, une robe métallique s’étendant en dentelles d’immeubles sur les rivages de l’océan ? Une féminité sertie de toute part de métal, et une ville qui roule ses mécaniques de bas en haut d’une géante. Prendre ne serait-ce qu’une seule fois un cable-car pour vous conduire de Union Square au Golden Gate Bridge, permet de bien comprendre ce fait : cette cité vit par la grâce des ingénieurs et des machines. Ces cable cars qui la sillonnent et l’ont sertie de rails en creux, en courbes et en rondeurs, sont plus qu’une institution, ils en sont l’âme. Ils en sont les animateurs, les gnomes travailleurs qui portent l’esprit industrieux de ces collines en mouvement, qui les relient entre elles et nouent leur unité dans le mouvement de haut en bas et par les quatre coins cardinaux. Sans doute sans ces cable-cars et sans tous ces ponts mécaniques, San Francisco ne serait pas l’unité urbaine, la machine-ville qu’elle est devenue. En entrant dans ces drôles d’engins, on pénètre au cœur vivant et immuable de la ville. Ce sont des antiquités modernes roulantes et en usage. Ils sont aussi vieux que la ville moderne elle-même, puisque leur création date de 1873 et a accompagné son essor. Outre de remonter les collines de San Francisco, ce sont également des machines à remonter le temps. On y est confronté à la faconde et à la sueur des conducteurs exprimant une virilité presque anachronique, haranguant les dames, plaisantant les jeunes femmes, affirmant sans ambages leur désir au milieu du tramway. Une mécanique qui craque, qui crisse, qui sent l’acier chauffé à blanc. Formidable machine qui s’élance hardiment dans une pente, retenue par le chauffeur, tous muscles tendus et les mains gantés de cuir, agrippé à d’énormes leviers qu’il actionne avec une science et une adresse manifestes, mais dont la finalité nous échappe, de même que le fonctionnement de cette mécanique pour le moins ingénieuse. La mise en scène du travail et de l’effort fait partie du voyage et est incluse dans le prix du ticket. Nous roulons dans cette modernité du XXè siècle naissant qu’ont magnifié les futuristes, les cubistes et des peintres tels Fernand Léger, Picabia ou Delaunay et tous ces modernes qui pensé la machine comme objet esthétique, qu’on trouve en bonne place au musée d’art moderne (Moma) de San Francisco. J’y remarque également la fameuse « fontaine » de Duchamp à qui on a donné la place juste, bien au milieu d’une galerie, la place du patriarche. Je note que cet objet artistique d’origine industrielle qui a fait couler en France tant d’encre de pisse papiers, laisse le public local dans une indifférence à peine amusée. C’est que sans doute au pays de la machine reine et des automobiles magnifiques, il va de soi que l’objet industriel est un objet esthétique. Une telle culture intégrant une dimension utilitariste et positiviste, est sans doute responsable du fait que la part subversive et provocatrice de l’acte esthétique de Duchamp a très vite été absorbée pour ne conserver que la dimension positive. Il en reste un objet symbolisant l’esthétique produite par le travail et l’industrie. Comme je l’ai déjà dit, l’abstraction fait partie intégrante de la culture américaine et le travail des formes et de la matière surdétermine toute recherche de signification ou d’utilisation. Au Moma, j’ai eu le plaisir de retrouver des œuvres contemporaines américaines. Curieux comme sur leur territoire de création les œuvres prennent plus de force et de sens. Je n’avais jamais remarqué que le fameux drapeau américain de Jasper Johns était à ce point un composé de matières travaillant entre elles. C’est bien ça l’Amérique, une conjuration d’Etats fondée sur le pacte du travail et de l’industrie. En ce sens là, San Francisco telle qu’elle apparaît avec sa robe de crinoline tissée par les cable cars, est bien une des expressions les plus abouties de l’Amérique à la pointe de la modernité. Une modernité aujourd’hui en quête d’une nouvelle identité et de nouveau mythes pour la refonder. Peut-être est-ce là, dans cette mue que se joue la comédie de cette ville encore adolescente.

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