féminisme et antiracisme chez Shakespeare

Anne Azoulay/Jessica
Anne Azoulay/Jessica

Shakespeare est une mine d’or pour tous les humanistes et hommes de progrès, et travailler de concert sur Othello et Le Marchand de Venise réserve aux chercheurs d’or du verbe de magnifiques pépites. Ainsi Bernard Bloch et moi, par le tamis de la mise en scène, nous sommes-nous penchés avec émerveillement sur un superbe parallèle : un monologue de Shylock dans le Marchand de Venise et une répartie d’Emilia, servante de Desdémone, dans Othello. On dirait un copier/collé tant les mots sont proches et le sens identique. La différence est que c’est une femme d’une part et un juif d’autre part qui les prononcent :

Emilia : Que les maris le sachent! leurs femmes ont des sens comme eux ; elles voient, elles sentent, elles ont un palais pour le doux comme pour l’aigre, ainsi que les maris. Qu’est-ce donc qui les fait agir quand ils nous changent pour d’autres ? Est-ce le plaisir ? Je le crois. Est-ce l’entraînement de la passion ? Je le crois aussi. Est-ce l’erreur de la faiblesse ? Oui encore. Eh bien ! n’avons-nous pas des passions, des goûts de plaisir et des faiblesses, tout comme les hommes ? Alors qu’ils nous traitent bien ! Autrement, qu’ils sachent que leurs torts envers nous autorisent nos torts envers eux !

Morgane Lombard/Desdémone
Morgane Lombard/Desdémone

Shylock : Il m’a discrédité, il m’a fait perdre un demi-million ; il s’est moqué de mes pertes, il a raillé mes gains, il a craché sur ma nation, il a empêché mes marchés, excité mes ennemis, monté mes amis contre moi. Et tout ça pourquoi ? parce que je suis juif. Un juif n’a-t-il pas deux yeux tout comme un chrétien ? et des mains et des entrailles et cinq sens et un cœur et des passions ? Est-ce qu’il ne mange pas la même chose ? est-ce qu’on ne le blesse pas avec les mêmes armes ? est-ce qu’il n’est pas sujet aux mêmes maladies ? est-ce qu’il ne guérit pas avec les mêmes remèdes ? est-ce qu’il ne souffre pas du froid en hiver et de la chaleur en été, comme un chrétien ? Si vous nous piquez, est-ce que nous ne saignons pas ? Si vous nous chatouillez, est-ce que nous ne rions pas ? Et si vous nous insultez, ne devons nous pas nous venger ? Puisque nous sommes pareils dans tout le reste, ne croyez vous pas que nous nous ressemblons même en ceci ? Quand un juif insulte un chrétien, que devient l’humilité chrétienne ? Rancune. Et si un chrétien insulte un juif, quel doit être son sentiment, d’après l’exemple chrétien ? Rancune. La méchanceté que vous enseignez, moi, je vais la mettre en pratique. Et il faudra vraiment que le diable s’en mêle pour que je ne surpasse pas le maître.

Dans ces deux tirades, Shakespeare révèle à la fois sa position antiraciste et une posture féministe avant l’heure. Est-ce étonnant ? Non. C’est une démonstration supplémentaire du fait que lutter contre le racisme suppose également, si on est conséquent, de lutter contre les inégalités entre les sexes.

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