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Une critique du « Ciel est vide » par Gilles Costaz dans Webthea

In 1- Presse on 8 octobre 2008 at 12:50

Le ciel est vide d’Alain Foix

WebtheaL’errance posthume des héros shakespariens Montreuil- théâtre Berthelot jusqu’au 19 octobre 2008

De chaque côté d’une très longue table, deux personnages se font face. On peut les reconnaître si l’on a un peu fréquenté Shakespeare. Ce sont Shylock et Othello, réunis par la grâce d’un auteur d’aujourd’hui, Alain Foix, et projetés dans un monde éternel, puisqu’ici, ils survivent depuis quatre siècles, dans un désert nocturne. Ils reprennent et creusent leurs obsessions. Le prêteur sur gages du Marchand de Venise se souvient de ses humiliations, le Noir jaloux de La Tragédie d’Othello ressasse ses sentiments de possession et de dépossession. Des images surviennent, immenses, sur le rideau qui ferme le côté cour de la scène : événements du XXe siècle, exodes, villes détruites, ou bien les doubles des personnages eux-mêmes qui répondent à leur version charnelle. Ils quittent la table, errent, ne savent que deux autres personnages se morfondent également sous ce « ciel vide ». C’est la fille du premier, Jessica, qui l’a trahi pour un non-juif. Et c’est la fameuse et belle Desdémone, étranglée par son mari. Elles cherchent à résoudre l’énigme de leur vie. Et d’elles viendra la lumière qui éclairera ces cheminements d’aveugles. L’oeuvre d’Alain Foix est très écrite, toute en questionnements tournoyants, en formules à la fois ciselées et heurtées. On peut trouver à ce théâtre un caractère trop littéraire ou trop théorique, car, s’appuyant sur ses références, il ne cesse de soulever des problèmes philosophiques. Mais, à partir de cette écriture d’une grande force, Bernard Bloch a composé un spectacle d’une belle puissance humaine et surprenant par son dialogue entre le jeu charnel et la partition filmée. Philippe Dormoy incarne un Shylock étonnant, souterrain, joueur, hanté. Morgane Lombard donne une remarquable flamboyance, tendre et vive, au personnage de Desdémone, tandis que Anne Azoulay, sous une perruque rouge, déploie un jeu plus doux dans le rôle de Jessica. Enfin, en Othello vêtu d’un uniforme galonné, Hassane Kouyaté, passe en force, projetant le texte plus qu’il ne le détaille.

Le Ciel est vide d’Alain Foix, mise en scène de Bernard Bloch, scénographie de Didier Payen, images de Dominique Aru, costumes de Charlotte Villermet et Charlotte Zwobada, musique de Rodolphe Burger et Yves Dormoy, son de Thomas Carpentier, Théâtre Berthelot, Montreuil, tél. : 01 41 72 10 35, jusqu’au 19 octobre (1 h 30).

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