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Culture et identité nationale en débat à Avignon

In Chronique des matins calmes on 2 juillet 2009 at 12:53

Mercredi 15 juillet : 11 h Théâtre des Halles, le Collectif Culture du PCF organise un débat sur le thème « L’identité nationale peut-elle fonder un projet culturel ? »  Débat avec Thierry Fabre, écrivain, animateur des Rencontres Averroës, Alain Foix, philosophe, dramaturge, Mohamed Kacimi, écrivain, dramaturge, Pierre Laurent, coordinateur national du PCF, Michèle Riot-Sarcey, historienne. Modérateur, Alain Hayot.

Question sensible par excellence.

Sur le même thème de l’identité nationale, j’ai écrit un article commandité par le journal L’humanité  que je vous livre ci-dessous (paru samedi 27 juin):

Histoire de l’esclavage et identité nationale

L’histoire officielle retient que la première abolition de l’esclavage fut décrétée le 4 février 1794 par la Convention qui dépêcha Victor Hugues aux Antilles pour l’y faire appliquer. Les békés martiniquais ayant livré l’île aux Anglais, il ne put débarquer qu’en Guadeloupe. Mais le 16 juillet 1802, Napoléon fit rétablir l’esclavage qui ne fut aboli que le  27 avril 1848 à l’instigation de Victor Schœlcher. Mais cette histoire passe curieusement sous silence le 29 août 1793, date de la toute première proclamation d’abolition promulguée par Sonthonax, envoyé par la Convention à Saint-Domingue pour y faire régner l’ordre républicain. Se trouvant alors sous les feux croisés des colons français, des Anglais et des Espagnols, il n’eût d’autre recours que de faire appel à Toussaint Louverture, leader des esclaves révoltés devenu général de l’armée espagnole, en lui promettant l’abolition de l’esclavage contre son ralliement à la République. C’était la seule carte à jouer pour conserver à la France ce pays de cocagne, véritable grenier de la France qui représentait une valeur économique telle que Robespierre, au nom de l’intérêt suprême de la Nation, avait combattu toute idée d’abolition de l’esclavage. Et c’est contrainte et forcée que la Convention signa le décret de 1794.

Toussaint Louverture, après s’être retourné contre les Espagnols, devint alors général en chef de l’armée française de Saint-Domingue puis, ayant pacifié l’île, gouverneur de cette colonie. Dès lors Napoléon voulut en reprendre une totale possession en rétablissant l’économie esclavagiste. Mal lui en prit car Toussaint Louverture par une résistance acharnée réussit à vaincre la plus grande armée du monde et 1er Janvier 1804, Dessalines, son bras droit, déclara Saint Domingue devenue Haïti, indépendante.

Ainsi, le troisième terme de la devise républicaine, Fraternité, conquis de haute lutte, ne fut ajouté qu’en 1795 au binôme Liberté-Egalité après que Louverture ait envoyé à l’Assemblée nationale trois députés : un blanc, un mulâtre, un noir représentant Saint-Domingue, part alors intégrante de la nation française. Fraternité maculée dès 1802 par la marée noire coloniale qui, dans les faits et dans les esprits, posait une tache sombre sur la devise républicaine.

Cette tache demeure malgré la décolonisation dans les esprits, l’organisation sociale, économique, et les lois coutumières de la société française. N’est-il pas long et laborieux de décontaminer une construction ou une usine ayant beaucoup servi ? C’est ainsi que les noirs, mais aussi les ressortissants des anciennes colonies paient encore l’impôt de la couleur, c’est-à-dire une dévalorisation de leurs droits d’accès à l’égalité citoyenne par le travail et le statut social. La loi ne suffit pas s’il n’y a pas un véritable travail de l’histoire, du savoir, de la réflexion critique, et d’éducation sur la condition historique de citoyens français d’une république une et indivisible qu’on appelle à tort les minorités.  Si le 10 mai on s’en tient à la seule date de 1848, on s’interdit en pleurant, de comprendre en quoi le commerce triangulaire fut la pierre angulaire d’une colonisation des terres et des esprits dont les effets se font ressentir jusqu’aujourd’hui. Cette date de commémoration doit être un moment de réflexion sur l’identité française et sa construction à travers l’histoire de la République. Elle ne concerne pas seulement les noirs mais d’abord et avant tout les fondements de notre unité et identité républicaine. Ce que nous dit l’insurrection sociale née en Guadeloupe cet hiver sous l’impulsion du LKP, est que cette histoire n’est pas close. On feint de croire que ces événements sont le produit d’une simple particularité des outres-mers, alors qu’ils concernent le fonctionnement général d’une nation en mal d’identité qui n’a pas réglé son histoire coloniale.

Lorsque Toussaint envoya à l’Assemblée nationale les trois députés représentant les trois couleurs de Saint-Domingue, il signifiait à France la réalité colorée de sa république. Mais il savait, en vieux guerrier, que le combat à venir était plus long que ses neuf années de guerre pour la reconnaissance des droits de tous à la liberté, l’égalité, la fraternité. Distinguer le combat des noirs et autres dites minorités à la lumière de lois et manifestations mémorielles sans les intégrer dans l’unité réflexive d’une nation en marche, c’est en quelque sorte trahir ce « Spartacus noir » qui mena la révolte des siens pour l’intégrer dans une révolution qui restitue la République à elle-même et la réconcilie avec son esprit même.

Alain Foix

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