Fais danser la poussière, le film

Dehors, la pluie étend son empire sur les Champs Elysées. La vie continue tête baissée, dos courbé et moi, j’offre mon visage à l’averse, laissant pleurer le ciel sur mes yeux embués. Camouflage baudelairien. Il pleut dans mon cœur. De belles larmes en vérité. Je sors de la projection privée de  Fais danser la poussière. L’émotion m’est venue par les pieds, poussant ses racines de la terre vers l’écran, m’accrochant littéralement à cette danse de la vie qui me happe dès les premiers mouvements de caméra. Ce n’est pas une femme, mais la ville qui danse. New-York en ballet, «New-York city ballet » dont le corps étiré en gratte-ciels danse un branle de vertige sous le son lancinant d’une ambulance alarmée qui sinue, à ses pieds. Contre-plongée abyssale qui me projette dans le tumulte d’une autre ouverture, celle de la musique de Léonard Bernstein et son envol vertigineux sur la danse des quartiers de Los Angeles dans West Side Story. Magnifiques entrées en matière qui là, dans cette plongée nous dessine un ballet sociétal dont les héros, Roméo et Juliette modernes, enlacent dans la danse de l’amour des corps arrachés à la haine des quartiers opposés, et ici en cette contreplongée New-yorkaise, nous ramène à un corps allongé dans une ambulance hurlant sa souffrance, sa détresse solitaire. Et l’on voit que c’est de ce corps allongé, entre la vie et la mort, que naîtra la danse d’une vie. Je n’en saurai pas plus car un impératif horaire m’arrachera à contrecœur de ce film à 30 minutes de la fin. Je ne saurai pas ce qu’il est advenu de cette enfant métissée que j’ai vu commencer à danser dans la poussière d’une cour de ferme devant son grand-oncle qui joue de l’accordéon. Cette enfant non désirée née de l’amour contrarié d’un père africain qui passait par là et d’une mère envoyée au purgatoire des solitudes de filles mères ayant accouché d’un enfant noir sur le lit d’un monde blanc. Enfant rejetée par la famille bourgeoise de son beau-père, solitaire lui aussi, ayant épousé sa mère malgré l’infirmité sociale d’une fille handicap dont elle lisse  sans cesse les cheveux crépus.

Cette enfant, lâchant pour la première fois ses cheveux sauvages dans la danse impulsée par l’accordéon de ce grand-oncle paysan, humaniste et aimant, s’élèvera peu à peu par la danse. Ruant dans les brancards et sautant la barrière où voulait l’enfermer son beau-père au cœur amidonné de conventions, elle cherchera son corps, sa liberté autant que sa vérité. Un corps pour elle et non pour les autres. Cette flamme noire filiforme trouvera une nouvelle cage, celle de la danse classique, mais pour apprendre l’oiseau.

Par ses pieds elle s’élève tandis que sa mère s’effondre terrassée par une sclérose en plaques foudroyante qui lui vole la marche. Elle, elle s’envole pour New York rejoignant la troupe noire d’Alwin Ailey (Calvin Bailey dans le film), foyer irradiant de flammes noires où l’amant qu’elle avait enlacé à Paris en dansant se brûlera parce que blanc. Il l’abandonnera à sa négritude non voulue pour rentrer à Paris. Elle, déchirée, perdue de nouveau entre le blanc et le noir dans la ville qui hurle, océan de sirènes. C’est là que je l’ai laissée, emportée par la vague d’un malheur dont tout me porte à croire qu’il dévore la couleur de sa peau.

J’attends avec impatience de voir la suite de cette histoire devant mon téléviseur car c’est un téléfilm. Téléfilm ? Non, cinéma pour la télévision mais qui sur grand écran ouvre ses ailes. Film français de télévision pour France2, d’une vérité, d’une authenticité qui en fait toute la beauté. Un scénario tout en justesse aux dialogues percutants qui sonnent juste, écrit à quatre mains par Bruno Tardon et Marie Dô auteur du roman dont ce film est une adaptation (une histoire autobiographique), réalisé avec maestria et une belle direction d’acteurs par Christian Faure, produit par Eloa production. Une belle brochette d’acteurs danseurs parmi lesquels on trouve le magnifique Lario Ekson  campant avec sa prestance naturelle « Calvin Bailey », et une mention spéciale pour toutes les petites, moyennes et grandes filles qui incarnent Maïa, l’héroïne du film à toutes les époques de sa vie.

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6 commentaires

  1. Je viens de voir ce film à la télévision… Vous lire prolonge encore l’émotion, après les mouvements, les couleurs, les musiques, les mots…
    Merci

  2. Film magnifique et je fus très touchée par ce film car étant mariée avec un africain et ayant des enfants métisses qui heureusement actuellement la différence de couleur ne se fait plus trop ressentir dans notre société actuelle mais j’imagine bien ce qu’elle a pu subir car l’acceptation de mon mari il y a 20 ans par ma famille fut très difficile mais j’ai passé outre de tout ce que l’on pouvait dire !!!
    Maintenant j’ai envie de lire le livre et je pense que je ne serai pas déçue.

  3. – Très beau TV Film sur « La Danse » du classique au moderne,
    Aussi et surtout,sur « la Résilience » (théorie de Boris Cyrulnik)
    – En effet, le DEBAT qui suivait animé par l’excellent Ch HONDELATTE était exceptionnel d’écoute et de bonne vulgarisation.
    L’art étant un des meilleurs exécutoire de la réparation morale,le bricolage, Tx manuels, lecture aussi…..
    – Qualité des acteurs,(jeunes et moins), des spectacles de danse présentés, du scénario auto-bio en grande partie de Marie Dô.
    – Bref, de la T Bonne TV publique de première et 2nd soirée.
    Bravo FRance2.
    Il en faudrait beaucoup des « comme ça » pour anéantir les émissions à DElarue.

  4. cette petite fille je la coné c’est la copine de ma fille elles eté tré tré amies mais ce film est trop trop bien!!!!!!!!!!!!!! je vote et je mé 20/20 wouah!!!!!!!!!!

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