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Fabuleuse Philadelphie

In Chronique des matins calmes on 7 avril 2010 at 11:10

Trois jours que je suis dans la capitale de la déclaration de l’indépendance des Etats-Unis et je quadrille les rues et avenues les yeux écarquillés comme celui d’un enfant devant l’immensité et la beauté des immeubles qui marient l’antique, en pierres et briques, au miroir rutilant de leurs façades baignées de ciel. Je mitraille à tout va comme le premier touriste japonais venu. Que me disent ces artères taillées au cordeau, ces angles impeccables, cet espace dessiné comme un immense jardin à la française? Loin du baroque de Bucarest que je viens de quitter, où chaque immeuble est un soliste imposant sa personnalité à l’espace et attire le visiteur à lui, il y a ici une autre forme de chorégraphie. Je revois le Broadway boogie woogie, fameux tableau de Mondrian, où le quadrillage de New-York danse la danse infernale de ses artères multicolores, je retrouve le premier plan séquence de West-Side Story qui en un vol d’oiseau nous plonge dans la danse guerrière des quartiers.

C’est le Nouveau-Monde, monde de l’abstraction géométrique dominante. Tout fait tableau, la ville est un vaste musée d’art contemporain. Plus proche de Forsythe que de Maguy Marin et bien loin du tanztheater, cette ville se moque de l’expressionnisme. Son expression, elle la trouve dans l’espace donné à la liberté individuelle. Chacun s’y débrouille comme il peut sous le regard de Benjamin Franklin qui, du haut de son gratte ciel domine la ville en brandissant sa fameuse déclaration d’indépendance. Ce qu’est devenue sa ville correspond-il exactement à ce qu’il a rêvé? Je n’en suis pas certain, et j’ai hâte de lire L’esprit de Philadelphie d’Alain Supiot, sous-titré la justice sociale face au marché total.

Il y a sans doute entre l’abstraction d’une idée et la réalité, un grand écart qui laisse plus d’un danseur sur le pavé. L’abstraction chorégraphique parfois, met à mal le danseur lui-même et la chorégraphie peut briser le corps sur lequel elle se construit. Ce, jusqu’à donner cette absurdité qu’est la non-danse.

J’entre dans cette chorégraphie abstraite et je cherche pour l’heure le danseur. Il me faudra plus de temps pour le saisir que pour entrer dans le mouvement global de cette ville. Je cherche à comprendre ce qui derrière cette fascination immédiate que je ressens, se recèle comme indicible et latente angoisse.

C’est la danse qui m’emmène ici car j’accompagne Manuèle Robert, présidente de ma compagnie Quai des arts venue travailler à l’Université des arts pour mettre en place une soirée chorégraphique. Soirée qui aura lieu dans quelques jours dans le magnifique Merriam Theater. J’entre dans l’université, je tombe sous le charme de cette usine moderne du mouvement dansé. Ca danse de partout, une ruche. Je me laisse piquer comme d’habitude. La danse me saisit. Je regarde. Je raconterai plus tard.

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