Dak(art)2 Unité Africaine

Village des arts en construction pendant le festival

Contrairement à une croyance répandue, ce n’est pas le temps qu’il fait qui est le plus grand facteur de dépaysement d’un pays l’autre, mais le temps qui passe. Dès lors qu’un occidental (et j’en suis un bel et bien) pose le pied en Afrique, il doit savoir qu’il prend un billet pour la compagnie WAIT (West African International Time) ou pour Peut-être Airlines. Un Sénégalais rencontre un Suisse et lui dit : « Vous, vous avez la montre, mais nous, on a le temps ». Comment le dire mieux ?  Une affiche de CFAO motors du Sénégal croisée à Dakar le dit explicitement : « Plus forts ensemble avec le temps ». CQFD.  Depuis que la compagnie est ici, nous sommes ballotés entre WAIT et Peut-être. Etre zen comme un bonzaï de baobab. Rien d’autre à faire. S’émerveiller devant les formes et les couleurs. Regarder les ouvriers terminer le village des artistes, danser avec les musiciens, rester les yeux rêveurs face à la mer, et attendre. On doit venir nous chercher pour nous emmener à notre nouvel hôtel, Al Baraka. Le nom sonne comme une chance. Il est 19h. Mariann, les yeux face à la mer s’est fait subtiliser son passeport, son portable et 6000 francs CFA posés à côtés de moi, le regard perdu à l’horizon. Il est 23 heures, nous sommes encore assis devant les gendarmes qui recueillent notre déposition, dehors, assis sur des chaises, une pointe Bic et une feuille blanche à la main. Pas de machine à écrire, mais pas plus rapide que le policier parisien qui, un doigt après l’autre, tape sur les touches qu’il cherche l’une après l’autre.

–       Vous étiez assis à une table face à la mer, c’est bien ça.

–       Oui, c’est ça.

–       Les objets volés étaient sur la table à côté de vous ?

–       C’est exact.

–       Et vous n’avez rien vu.

–       Non rien, ni personne s’approcher.

–       C’est de la magie.

–       Ca y ressemble. Vous savez traquer les magiciens ?

–       Ca nous arrive.

–       Nom et prénom, date et lieu de naissance

–       Alain Foix, 4 juillet…

–       Profession

–       Ecrivain

–       Dernière question : savez vous lire ?

–       Je suis écrivain.

–       Répondez à ma question par oui ou par non : savez vous lire ?

–       …

–       Bon, signez ici.

24 h départ en car pour le centre ville, hôtel El Baraka.

1h, comptoir d’Al Baraka.

–       Alain Foix, Quai des arts ? Non, nous n’avons pas votre nom.

–       Le festival a réservé 5 chambres.

–       Il ne nous en reste que 2.

–       Allô Oumar ?

–       Oui, Alain, comment ça va.

–       Il est bientôt 2 heures du matin et l’hôtel dit que vous n’avez pas réservé nos chambres.

–       J’arrive.

 

3 heures du matin, après moult conciliabules, les deux garçons (Alain A. et moi), restent dans les chambres tandis que les filles retournent au village après qu’on leur ai préparé des chambres aussi loin que possible des ouvriers finissant le village. Quand et où allons nous jouer ? Nous ne savons pas encore. Le théâtre dans lequel on nous avait finalement programmé n’est pas encore terminé.

Je n’en veux pas à Oumar. Il fait tout ce qu’il peut, mais il n’est « que » le Directeur des Affaires Culturelles de Dakar et ce festival n’est pas un véritable festival des arts car les arts et les artistes ne sont pas le centre (cela devient une habitude). Cela apparaît de plus en plus comme l’habit chamarré d’une opération politique d’envergure dont Kadhafi a donné hier sous  l’imposant monument de l’Unité Africaine, le la. Un discours agressif mais fin, volontariste et efficace où il appelle les peuples plus que leurs dirigeant à la construction d’une Afrique dotée d’une armée unique (sous les ordres de qui ?).  Nous nous sommes approchés du monument et, lorsque j’ai vu que le directeur artistique du festival avait toutes les peines à entrer dans l’enceinte de cette cérémonie sous le regard armé des gendarmes, tout devint très clair. Alors à suivre…

P.S. Je lis dans les journaux ce matin qu’un « festival de protestations » émanant des artistes qui s’estiment mal traités s’élève. Alors peut-être finalement, les artistes auront-ils leur mot à dire. Le public aussi. A suivre toujours…

 

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