alainfoix

Libération Haïti

In Presse on 6 février 2010 at 1:14

Ci-dessous mon texte sur Haïti  publié dans Rebonds de Libération du 18 janvier dernier.

L’autre urgence pour Haïti

Il est une grande urgence : panser l’histoire de France. Panser avec un a, c’est à dire la repenser. Il faudrait à ce grand corps malade comme autrefois pratiquer une saignée

Et l’on verrait sans doute couler une bonne part de sang noir, celle de l’histoire haïtienne

qui est un affluent de notre identité française. Oui, de notre identité française.

Haïti est présente dans notre mémoire mais il faut qu’elle accède à notre souvenir. C’est à dire à la conscience d’un passé pas si lointain qui, parce qu’il est situé clairement dans l’espace et le temps permette d’identifier notre malaise présent et éclairer actions et décisions. Nous avons bouché l’artère qui mène à Haïti et les secousses de ce membre fantôme nous font encore souffrir.

Notre histoire, notre identité française est malade d’Haïti et aussi des anciennes colonies. Nous nous précipitons au chevet du grand blessé en feignant d’ignorer qu’il est malade de nous et qu’il lève en nous une secrète douleur.

Alors il nous faut d’urgence maintenant enseigner l’histoire d’Haïti comme une part réelle de l’histoire de France car il en est ainsi.

Que cette heure d’histoire qu’on voudrait supprimer en terminale S soit consacrée à l’histoire d’Haïti et anciennes colonies. Alors peut-être que nos futures élites sauront mieux faire la part entre la pitié et la responsabilité. Je ne parle pas de culpabilité. Les coupables sont morts depuis longtemps, mais les responsables sont vivants car on est toujours responsable de son héritage. Mais on devient coupable de ne pas ressaisir ce legs pour le réinvestir différemment pour l’avenir.

Il s’agit bien d’urgence car il ne suffit pas de soigner la plaie, guérir le symptôme, mais s’attaquer aux causes de la maladie.

Parmi ces causes, on trouve la France et son oubli. Reconstruire Haïti, c’est reconstruire aussi la relation entre la France et Haïti qui passe par une histoire commune.

Haïti se meurt d’avoir été isolée dès qu’elle s’est libérée. Elle a commis, sous l’impulsion de Toussaint Louverture, le crime de lèse-majesté d’avoir imposé dès le 29 Août 1793 (date tombée dans l’oubli) une abolition de l’esclavage que la Convention a dû entériner le 4 février 1794. Haïti oubliée des droits universels de l’homme que la France venait de signer, et qui par cet acte d’insoumission devenait le premier pays réalisant de fait le rêve d’universelle liberté des Lumières. Haïti qui fut un pays de cocagne, grenier de la France, et qui sous l’impulsion de Toussaint Louverture devenait une nation pleine et entière au sein de la nation française, développant une économie structurée et porteuse de richesses pour ses habitants. C’en fut trop pour Bonaparte qui voulut rétablir l’esclavage et fut battu à plate couture en 1803, défaite sur laquelle se hissa le drapeau d’Haïti indépendante. Les puissances coloniales, par peur de la contagion d’un tel exemple dans la région, l’ont isolée. Cet isolement économique s’est renforcé par la peur d’une nouvelle contagion, celle de Cuba.

Alors il serait grand temps de libérer de nouveau Haïti, ce qui veut dire de lui laisser la liberté de fait de construire véritablement son indépendance dans sa relation naturelle avec l’ensemble américain et caribéen (c’est à dire aussi les Antilles françaises et la Guyane qui ne demandent que ça).

Hors de toute référence à une fatalité qui par définition clôt l’avenir et renvoie à une faute passée, il s’agit d’arrêter d’enfermer Haïti dans le présent, présent de l’actualité, présent du soin, de l’intervention, de la douleur. Il est bien d’adopter les enfants sinistrés, mais les arracher de leur terre de souffrance renvoie toujours à la douleur d’un arrachement inaugural qui fut celui de l’Afrique. Les enfants sont l’avenir d’Haïti. Il serait bien préférable de construire avec toutes les nations responsables de son état, le cadre géopolitique lui permettant de croître dans son milieu naturel, dans une nouvelle écologie dont elle peut redevenir l’emblème, une économie durable s’inscrivant dans la relation avec une caraïbe enfin libérée des querelles politiques des grands Etats.

La France a dans ce cadre un rôle fondamental à jouer. Cela non pas au nom de la charité, mais à celui de son identité. Car il est aujourd’hui fondamental de rappeler que le mot fraternité qui frappe notre emblème, nous le devons à Haïti, notamment à l’intervention d’un certain Belley, député noir haïtien envoyé en 1794 à l’Assemblée nationale par Toussaint Louverture dans une délégation symbolique de trois députés, un blanc, un mulâtre et un noir. Le mot fraternité qu’il prononça, repris par l’Abbé Grégoire et par l’Assemblée, ornera définitivement notre emblème à partir de 1795, venant rejoindre le couple liberté égalité jusque là sans enfant, et renforçant le lien dans une trinité indéfectible.

Alain Foix

Haïti, petite épine dans les scandales

In Chronique des matins calmes on 28 janvier 2010 at 7:53

Avant-hier je vous donnais des nouvelles de mon ami Louis-Philippe Dalembert, écrivain haïtien. En voici de plus fraiches (en même temps cuisantes) montrant que le scandale ordinaire en Haïti est le petit poisson baignant dans ses eaux et alimentant au jour le jour le gros scandale qui fait le quotidien de ses habitants. Un exemple parmi tant d’autres qui montre que derrière l’urgence humanitaire, il y a une autre urgence: celle de reconsidérer ce peuple et de le respecter vraiment.

Cette mésaventure, il en fait part par lettre à Michel Le Bris, directeur du Festival Etonnants voyageurs, et je l’ai piquée sur le blog papalagui  de l’excellent Christian Tortel, journaliste de son état.

En Haïti, la littérature ne plaît pas à tout le monde

Voici la lettre envoyée de Port-au-Prince (Haïti) par Louis-Philippe Dalembert aux prises avec la petitesse rance et le colonialisme sordide.

Louis-Philippe Dalembert est auteur d’une thèse de doctorat en littérature comparée sur l’écrivain cubain Alejo Carpentier (université de Paris III-Sorbonne Nouvelle). Derniers titres parus : Les dieux voyagent la nuit Le Rocher, 2006, Epi oun jou konsa tèt Pastè Bab pati (en créole), Éditions des Presses Nationales, 2008, Le roman de Cuba Le Rocher, 2009.

Cher Michel Le Bris,

Je ne sais plus si j’ai encore envie ni si, même en le voulant, je pourrai participer à l’émission La Grande Librairie à prévue le 28 janvier prochain en hommage aux victimes du tremblement de terre en Haïti. En tout cas, un certain M. Hervé Lebarbé m’a menacé, ce midi, de ne pas me laisser partir demain mercredi 27, malgré l’autorisation écrite déjà apposée sur mon passeport par la personne en charge. Dans cette situation difficile que nous vivons tous ici, je n’ai pas, en plus, envie de faire face aux préjugés de ce monsieur qui, visiblement, en a après les Haïtiens.

Tout a commencé à mon arrivée à la résidence de l’ambassadeur, le Manoir des Lauriers, où ont rendez-vous ceux qui souhaitent partir (repartir, dans mon cas) d’Haïti pour aller en Guadeloupe d’où ils peuvent prendre un avion pour Paris. De nombreuses personnes sont agglutinées devant la barrière de la résidence. Malgré la tension, l’ensemble des gendarmes en charge de la sécurité reste d’une grande courtoisie. Il convient à la fois de le souligner et d’apprécier à sa juste valeur leur fair-play. Idem pour le personnel de l’ambassade, en particulier Mme Chantal Roques. Jointe au téléphone, elle m’avait suggéré de préciser ma situation d’écrivain invité à la deuxième édition du festival Etonnants Voyageurs qui, comme vous le savez, n’a pu avoir lieu à cause du séisme.

Tout le monde est donc très courtois, sauf ce monsieur que, à un moment, j’entends traiter les gens en attente de « bande de bourriques qui ne comprennent ni le créole ni le français ». Pour ma part, tandis qu’il vise mon passeport, après lui avoir fait savoir que je suis le dernier écrivain invité d’étonnants voyageurs à ne pas être encore reparti, je lui demande si, à sa connaissance, il y a un avion prévu aujourd’hui. J’ai droit à : « Ici, on ne fait pas de la littérature », alors qu’il vient juste de répondre à deux journalistes français qui lui avaient posé la même question de revenir vers 15 heures… Je n’ai, bien entendu, pas relevé la provocation. Une fois à l’intérieur, tous ceux qui sont passés par ses fourches caudines ne cessent de se plaindre de son arrogance. D’après ceux-là, certains ont l’air de bien le connaître, il serait venu en renfort de Guadeloupe.


Une heure plus tard, une dame, peut-être du service consulaire, procède à un dernier contrôle des passeports, destiné visiblement à établir les priorités. Monsieur Hervé Lebarbé est assis à ses côtés. Une Française d’origine haïtienne, venue de province, et qui en est à sa quatrième tentative de départ depuis samedi, a le malheur de demander à la dame s’il y a un avion prévu dans la journée. M. Lebarbé, qui décidément apprécie les formules provocatrices, intervient pour dire : « Ici, ce n’est pas un aérotap-tap » ; le tap-tap, comme tu le sais, désigne les taxis collectifs en Haïti. Il n’a pas d’heure de départ ni d’arrivée.

Après nous être fait dire qu’il n’y a pas de vol prévu aujourd’hui et de revenir le lendemain, certains d’entre nous sont restés dans la cour de la résidence en attendant qu’on vienne nous chercher. A l’invitation d’une autre dame, M. Barbé s’approche et nous demande, en hurlant, de ne pas rester dans la cour. Ce que, soit dit en passant, il n’a pas cessé de faire chaque fois qu’une voiture pénétrait ou sortait de la cour. Cette fois-ci, je lui demande de s’adresser aux gens sur un autre ton. Il nous doit, ai-je ajouté, au moins le respect. Ce à quoi il répond qu’il a le droit de nous adresser la parole comme bon lui semble, et que nous pouvions, si nous le voulions, porter plainte : « Je n’en ai rien à branler », dit-il en appelant les gendarmes. En ce qui me concerne, s’est-il adressé à moi en particulier, je n’aurai qu’à prendre un avion privé, car il ne me laissera pas rentrer à la résidence.

Au moment où des marques de sollicitude nous viennent du monde entier, en particulier de la France, voilà comment ce monsieur Lebarbé se permet de traiter les gens. Je tenais, cher Michel, à ce que tu le saches.

Bien amicalement,

Louis-Philippe Dalembert

Solidarité artistique Haïti

In Pas de catégorie on 26 janvier 2010 at 7:39

Les membres du conseil d’administration d’AVIGNON FESTIVAL & COMPAGNIES souhaitent apporter leur soutien aux artistes d’HAÏTI. Ils ont créé, au sein de la Fondation de France, un fonds qui leur est destiné. Ecoutez l’appel aux dons de Pierrette Dupoyet, vice-présidente d’AF&C dans la vidéo ci-dessous.

http://www.caspevi.com/solidarite-artistique-haiti/

AUTRE INITIATIVE DE SOLIDARITE ARTISTIQUE: CELLE de ETC_CARAIBE

Voici la lettre que nous a fait parvenir Danielle Vandé sa directrice artistique

Bonjour à tous,

Etc_caraibe compte parmi ses membre une douzaine d’auteurs haïtiens fortement touchés par la catastrophe qui s’est abattue sur eux, leur maison, leur pays, leur famille… Nous avons reçu des nouvelles de certains d’entre eux: Saint Just Louvenson va bien mais il n’a aucune nouvelle de sa famille qui vit sur Port au Prince, il ne parvient pas à rejoindre la capitale, les rues sont bloquées; la famille de Guy Régis est sauve, celui  ci cherche à les rejoindre pour leur porter secours et assistance.
Je venais de recevoir un mail de Jean Durosier Desrivière qui était heureux de m’annoncer qu’il avait trouvé un poste au ministère de la culture auprès de Magalie Comeau Denis, une heure plus tard il n’y avait plus de ministère et nous sommes sans nouvelle d’eux.
Nous n’avons pas non plus de nouvelles des autres: Evelyne Trouillot, Emanuel St Hilaire, Jean Marc Voltaire, Jean Joseph, Franck Etienne, Charitable Ducchens,Dovilars Anderson, Dominique Batraville..

Toute l’équipe d’Etc_caraibe tient à leur assurer son soutien.
Voilà pourquoi le bureau a décidé d’organiser une collecte de soutien auprès des auteurs d’Etc pour aider leurs amis et compagnons d’écriture d’Haïti.

Vous trouverez ci-dessous l’adresse d’Etc_caraibe qui vous permettra d’envoyer vos dons que nous nous engageons à remettre et répartir équitablement entre tous nos auteurs qui, sur place, se battent et aident leur famille à survivre.
Nos vous tiendrons régulièrement informés des dons perçus et de la répartition mise en place.

C’est une goutte d’eau dans l’océan mais c’est aussi un engagement, une solidarité nécessaire, d’auteurs à auteurs.

Bien cordialement,
Danielle VENDE directrice
Bernard Lagier Président

ECRITURES THEATRALES CONTEMPORAINES EN CARAIBE

19 lot Monplaisir

Rue de l’espoir Sainte Catherine

97200 FORT DE FRANCE


PENSEES POUR LAURENCE DURAND

Laurence Durand, magnifique comédienne, également diplomate haïtienne en poste à Rome que l’on a pu voir notamment voir dans Et les chiens se taisaient d’Aimé Césaire mis en scène par feu Hervé Denis (ministre de la culture d’Haïti), nous a annoncé qu’elle vient de perdre son père, Hermogène Durand, homme remarquable, dans le séisme qui vient de secouer Haïti. Elle nous envoie cette photo ci-dessus qui est sans commentaire.

NOUVELLES DE LOUIS-PHILIPPE DALEMBERT

Notre ami écrivain Louis-Philippe Dalembert nous a laissé un moment dans l’inquiétude. J’ai reçu plusieurs emails d’associations culturelles me demandant de ses nouvelles. Il vient de répondre qu’il va bien ainsi que sa famille et qu’il s’occupe activement de l’aide aux plus démunis.